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Le son du grisli
18 juin 2011

DM&P : Insular Dwarfism (Audio Tong, 2011)

insulargrislism

Paweł Dziadur explique dans un texte de quoi retourne ce « wave-attack improvisation software » qu’il a développé et dont il se servait récemment – ainsi que de synthétiseur, laptop, etc. – en friche industrielle en compagnie de deux saxophonistes : Slawomir Maler et Philip Palmer.

Le trio a pour nom DM&P et défend sur Insular Dwarfism une musique improvisée faite d’antagonismes porteurs. Les courts échanges contenus-là font état d’une coalition (celle, bien sûr, de deux ténors et d’un alto, aguerris sûrement par l’écoute de classiques du free jazz) en proie aux assauts électroniques divers et même originaux de Dziadur. La réverbération naturelle de l’ancienne usine dans laquelle ils prennent positions aidant, les trois musiciens parviennent à faire de leur joute forcée un recueil de pièces électroacoustiques affolées, et souvent saisissantes.

DM&P : Insular Dwarfism (Audio Tong)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Sea Serpent Fiesta 02/ Trepanning for Dummies 03/ Glass of Water 04/ The Worm and A Dip Pen 05/ Medicine Man 06/ Power of Fool Bitch System 07/ Reason In Question 08/ Uv Mother DP 09/ Wok Wet to Sing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 juin 2011

Peterlicker : Nicht (Editions Mego, 2011)

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Improbable, la collusion entre les restes métallifères de CoH et les déclinaisons gothiques d’un jeune Michael Gira que viendrait tripatouiller la paire KTL ? Think again, baby love, ça s’appelle Peterlicker, ça nous vient de Vienne, Österreich et ça en jette dans le calebut. Comptant, et le hasard n’y est pour rien, Peter Rehberg parmi ses membres, le combo autrichien renaît de ses cendres après vingt années de constante inactivité – un retour à marquer d’une pierre blanche – si ce n’est qu’elle est carbonifère à la hauteur des enjeux, quelque part entre Throbbing Gristle et Einstürzende Neubauten.

Cinq titres, trois sur la première et deux sur la seconde face du LP, débusquent dans les moindres recoins les ultimes traces psychédéliques d’optimisme béat – autant dire que Nicht porte à merveille le nihilisme de son appellation. Car en matière d’incantations mortifères déboussolantes ébruitées au fond d’une cathédrale gothique en hiver – SunnO))) anyone ? – le quatuor danubien sublime à chaque instant la portée suicidaire des actes du quotidien. Tout en jetant aux orties les déclinaisons purement sordides d’un Xela, le vocaliste F. Hergovich & co transperce un haut degré d’inquiétude perverse pour laisser poindre, en guise de toute espérance, un nouvel ballet de Gisèle Vienne dont ils seraient les co-auteurs sonores. On en salive d’avance.

EN ECOUTE >>> Always Right

Peterlicker : Nicht (Editions Mego / Souffle continu)
Edition : 2011
LP : A1/ Always Right A2/ Tunnel 47053 A3/ Raised On Rock B1/ C-Slide B2/ Schleim
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

8 juin 2011

Sun Stabbed : Des lumières, des ombres, des figures (Doubtful Sounds, 2011)

deslumieresdesombresdesgrislis

Les guitaristes Pierre Faure et Thierry Monnier, de Grenoble, avaient déjà signé un 45 tours sous le nom de Sun Stabbed. Le même label (Doubtful Sounds) sort aujourd’hui un autre vinyle du duo, plus grand et donc plus long : Des lumières, des ombres, des figures.

Le 45 tours était prometteur. Le 33 (et ses 34 minutes) fait bien plus que tenir les promesses. Fruits de la première séance d’enregistrement du groupe, datée de 2009, quatre morceaux donnent dans une noise à drones ambiantique (le correcteur me propose ici « amibiasique » : adjectif relatif à l’amibiase, maladie parasitaire causée par certaines amibes). Diantre, le correcteur m’amène sur une piste qui en promet elle aussi : la musique de Sun Stabbed tiendrait-elle de l’infection et du parasitaire ? Comme la taupe, la quiétude des guitares à effets fouillent au trou, mais rien d’inquiétant : les musiciens domptent le drone. Ensuite, ils s’en donnent à cœur joie et déforment leurs instruments en musiciens insoumis. Ensuite, ils les changent tout bonnement, une guitare-trompette sonne l’alarme et de nouveaux drones prennent corps : le vôtre.

La noise amibiasique de Sun Stabbed est donc diagnostiquée. Elle est à prendre avec des pincettes, c'est-à-dire à écouter au casque, pour se rendre compte qu’on n’a jamais été aussi bien que malade, infesté de parasites !

EN ECOUTE >>> La Terre avec ses bruits > La fin, on l'a devinée

Sun Stabbed : Des lumières, des ombres, des figures (Doubtful Sounds)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
LP : A01/ La Terre avec ses bruits A02/ Ce petit monde en dérive B01/ La fin, on l’a devinée B02/ Les sociétés secrètes et leurs agissements
Pierre Cécile © Le son du grisli

13 mai 2011

Rosa Luxembourg New Quintet : Night Asylum (Not Two, 2011)

grisliluxembourg

En ne s’interdisant rien, et surtout pas le hors-jeu ou le hors-piste, Rosa Luxembourg (Heddy Boubaker, Fabien Duscombs, Françoise Guerlin, Piero Pepin, Marc Perrenoud) fait trembler quelques postes-frontières. Aucun douanier zélé ici pour empêcher ces contrebandiers des sons de diffuser et d’honorer un aléatoire grisant.

Nerveuse et biliaire, leur musique l’est assurément. Mais elle sait aussi se fondre en des ambiances cotonneuses, souterraines. Elle sait aussi être mille autres choses : mal élevée, saturée, soutenue, circulaire, tourmentée, frappée, binaire, ondoyante, insistante, enrouée, berceuse-perceuse, piaffant du Piaf… Et toujours : libre et échevelée. Bref, Rosa Luxembourg est une ruche en ébullition. Une ruche sans reine, faut-il le préciser ?

Rosa Luxembourg : Night Asylum (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008.  Edition : 2011.
CD : 01/ Don’t Look Down 02/ Episodes 03/ Frölich Kamerad 04/ A Matter of Tactic 05/ Order Prevails in Berlin 06/ In the Night Asylum 07/ An Amusing Misunderstanding
Luc Bouquet © Le son du grisli

5 avril 2011

Denley, Lauzier, Martel, Myhr, Normand : Transition de phase (Tour de bras, 2010)

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Trois phases (1 2 3) consignées en Transition de phase, disque que Jim Denley (alto préparé et flûte) et Kim Myhr (guitare, cithare et objets) – partenaires réguliers entendus récemment en Mural – ont improvisé en compagnie de Philippe Lauzier (soprano et clarinette basse), Pierre-Yves Martel (dessus de viole et életronique) et Eric Normand (basse électrique).

Où tout commence par la juxtaposition patiente de longues notes volontairement peu assurées, de souffles découpant en conséquence et de cordes changées en suspensions de métal que le moindre mouvement fait chanter. L’idée naît ensuite dans le changement : les musiciens profitent de zones de perturbations sur lesquelles ils s’accordent, se soutiennent, s’expriment enfin. En intérieur de clarinette, Lauzier se plaît à buter et finit d’engager la rencontre à prendre la forme d’une cohérente conciliation d’expressions individuelles.

Cithare vibrant contre machinerie crépitant, instruments à vent traçant d’autres lignes de fuite, les musiciens sont en phase toujours bien qu’en effet en perpétuelle transition. Les cordes pincées de cithare donnent une dernière couleur à l’improvisation, ressorts contre lesquels viendront se reposer les autres instruments. La dernière phase est la plus fragile, la déroute est encore autre et les propositions sont des trouvailles presque à chaque fois. Qu’on s’y perde est tout ce que l’on pouvait souhaiter avant que revienne l'humeur d'y retourner.

Jim Denley, Philippe Lauzier, Pierre-Yves Martel, Kim Myhr, Eric Normand : Transition de phase (Tour de bras / Metamkine)
Enregistrement : 25 mai 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Phase 1 02/ Phase 2 03/ Phase 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 mars 2011

Michael Gregory Jackson : Clarity (ESP, 2010)

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Contemporains et frères, le Song of Humanity de Wadada Leo Smith et le Clarity de Michael Gregory Jackson ne peuvent pas tout expliquer quant à la singularité des ces disques, publiés tous les deux en 1976.

Pour le guitariste Michael Gregory Jackson, la présence d’un Wadada Leo Smith qu’il admire plus que tout, ne peut qu'être inspirante. De même, le couple David Murray Oliver Lake (ce dernier participant, par ailleurs, au Song of Humanity de Smith) n’est sans doute pas pour rien dans la réussite de ce disque.

Clarity n’est en aucun cas le fourre-tout carte de visite que certains ont cru voir à sa sortie. Si MG Jackson visite quelques chantiers déjà bien avancés (un free éclaté, un folk pas encore estampillé avant, des cadres contemporains, des structures en contrepoint), c’est qu’il est tout cela à la fois. Il est celui qui frôle la dissonance. Il est celui qui avance ses arpèges avec une clarté absolue. Il est celui qui agence ses thèmes en des unissons intrépides (Oliver Lake, Ab Bb 1-7-3°). Il est surtout, ici, celui qui ose avec naturel et décontraction. Un disque bien trop court mais tellement riche de sensations.

Michael Gregory Jackson : Clarity (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976. Edition : 2010.
CD : 01/ Clarity 02/ A View of This Life 03/ Oliver Lake 04/ Prelueionti 05/ Ballad 06/ Clarity (4) 07/ Ab Bb 1-7-3° 08/ Iomi
Luc Bouquet © Le son du grisli

24 mars 2011

Belong : Common Era (Kranky, 2011)

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Sur le site du label Kranky, on apprend que le duo que forment Michael Jones & Turk Dietrich a pris un peu de temps pour travailler son son. On comprend aussi que Belong est retourné à des chansons pop dont les couplets (chantés) sont rendus flous par l’usage de nombreuses pédales de guitares.

Tenter de décrire les chansons de Belong, ce serait un peu comme détailler le visage d’une femme inconnue aperçue à l’autre bout d’une rue par un jour de crachin. Elle aurait forcément les traits de cette autre qui apparaît sur la pochette noir & blanc du disque (je veux dire qu'elle correspondrait aux indices que le groupe a bien voulu nous donner).

Musicalement, ce serait la nette influence de groupes des années 90 (Boo Radleys, Stereolab, Pale Saints, My Bloody Valentine) et de temps à autre un parfum de terrible paradis perdu qui vous enivre à coup de beatbox (Joy Division). Toutes ces références marquent fantastiquement la musique de Belong, moins atmosphérique aujourd’hui qu’hier, mais toujours aussi radio-active.

Belong : Common Era (Kranky / Amazon)
Edition : 2011.
CD : 01/ Come See 02/ Never Came Close 03/ A Walk 04/ Perfect Life 05/ Keep Still 06/ Different Heart 07/ Make Me return 08/ Common Era 09/ Very Careful
Pierre Cécile © Le son du grisli

7 mars 2011

Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier, 2011)

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Au contact de Peter Evans (trompettiste dont il intègre régulièrement le quintette) et de Jim Altieri (violoniste qu’il côtoie en Glissando Bin Laden),Sam Pluta (laptop) élaborait Sum and Difference : six pièces improvisées d’une électronique acoustophage.

La musique, en conséquence, joue les remontées, découpe souffles et archets pour les ré-agencer l’instant d’après et fomenter un langage démonté en conséquences. Passés à la moulinette interactive, violon et trompette rendent couches après couches des râles de noise abstraite. Sous l’égide de parents forcés – Terry Riley du Music for the Gift et Birgit Ulher précipitée –, Pluta compose un ouvrage d’électroacoustique vif et intelligent.

Sam Pluta, Peter Evans, Jim Altieri : Sum and Difference (Carrier Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Fusion 02/ Diffusion 03/ Sum and Difference A 04/ Analysis Resynthesis 05/ The Long Line 06/ Sum and Difference B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 février 2011

Schlippenbach Quartet : At Quartier Latin (FMP, 2010)

schlippenlatinsliSi, au disque, les quatre décennies d’aventures du Schlippenbach Trio sont pour le moins correctement documentées, les avatars du groupe, lorsqu’il a été étendu à un quartet (entre 1973 et 1983, par adjonction d’un bassiste – successivement Kowald puis Silva), n’ont comparativement laissé que peu d’enregistrements.

Les deux concerts berlinois reproduits aujourd’hui – qui combinent la face B du vinyle Three Nails Left (février 1975) et l’intégralité du LP intitulé The Hidden Peak (janvier 1977) – permettent d’écouter Alexander von Schlippenbach (piano), Evan Parker (saxophones ténor & soprano), Paul Lovens (percussions) et Peter Kowald (contrebasse) dans des conditions satisfaisantes, tout en faisant un intéressant pendant au disque publié il y a une dizaine d’années par Atavistic, Hunting the Snake (septembre 1975).

Ecouter ou réécouter cette musique, trente-cinq ans après sa création, c’est aussi s’interroger sur sa réception à l’époque et remettre en cause la doxa de l’oncle qui, nostalgique, s’acharna à nous convaincre que, vraiment, l’âge d’or du free (branche teutonne) en Europe – ces seventies au milieu desquelles nous naissions, tandis que mouraient certains idéaux dudit tonton – « c’était super, pur & dur, politisé » et tout et tout... que la musique y était « libre & sauvage »…
 
Eh bien, je crains de ne pas entendre là le free « intransigeant, viril, destructeur », fantasmé par certains auditeurs vétérans (de ce qu’ils prenaient pour une guerre) mais, précisément, une musique qui tient par un équilibre de concessions (et pas un équilibre de la terreur sonique, héroïco-kaputt et sanglante), une œuvre de gentlemen à grandes oreilles, qui certes s’invente dans les opérations qui la réalisent, mais que travaillent de scrupuleux agencements de textures choisies et une délicate pensée des formes. Cette raffinerie raffinée, prenant à l’occasion l’allure d’une ébullition, agit comme la distillation des essences subtiles du jazz, annonçant ce que le groupe, en trio, poursuivrait : condensation, précipités…

Schlippenbach Quartet : At Quartier Latin (FMP / Instant jazz)
Enregistrement : 1975-1977. Edition : 2010.
CD : 01/ Black Holes 02/ Three Nails Left, for P.L. 03/ The Hidden Peak I 04/ The Hidden Peak II 05/ The Hidden Peak III 06/ The Hidden Peak IV 07/ The Hidden Peak V
Guillaume Tarche © Le son du grisli

fmpsliCe disque est l'un des douze (rééditions ou enregistrements inédits) de la boîte-rétrospective que publie ces jours-ci le label FMP. A l'intérieur, trouver aussi un grand livre de photographies et de textes (études, index de musiciens, catalogue...) qui finit de célébrer quarante années d'activités intenses.   

4 mars 2011

Sonic Youth : Simon Werner a disparu... (SYR, 2010)

SimonGrisliadisparu

Ne pas avoir vu Simon Werner a disparu…, le film (on imagine le french ersatz d’une production Larry Clark vs Gus Van Sant – mais ce n’est qu’une supposition), n’empêche pas qu’on s’intéresse à Simon Werner a disparu…, le disque, puisque Sonic Youth en est l’auteur.

Et cette bande-son, malgré ses « défauts » illustratifs, se laisse écouter. Bien sûr, les ficelles / cordes sont grosses et le groupe fait tourner ses manies (improvisations dissono-suffisantes, gimmicks accrocheurs, accords efficaces, harmoniques et boucles / sur-boucles / sur-sur-boucles, ou encore l’habitude de Steve Shelley de rattraper par le col les improvisateurs trop zélés que sont parfois ses partenaires).

Rien de neuf (peut-être ces traits tirés de Krautrock qui rappellent de temps à autre le son de CAN, et Soundtracks justement) mais rien de mal, sauf peut-être une inquiétude : dans la masse discographique de SY, ce disque pourrait bien disparaître aussi…

Sonic Youth : Simon Werner a disparu (SYR)
Enregistrement : février-mars 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Thème de Jérémie 02/ Alice et Simon 03/ Les anges au piano 04/ Chez Yves (Alice et Clara) 05/ Jean-Baptise à la fenêtre 06/ Thème de Laetitia 07/ Escapades 08/ La cabane au zodiac 09/ Dans les bois / M. Rabier 10/ Jean-Baptiste et Laetitia 11/ Thème de Simon 12/ Au café 13/ Thème d’Alice
Pierre Cécile © Le son du grisli

18 février 2011

Odean Pope : Universal Sounds (Porter, 2011)

universalgrisliCelui qui remplaça parfois Coltrane au sein du quintet de Miles Davis emprunte ici quelques petites choses du phrasé de Trane. Un lyrisme épais et militant se déposant sur le très coltranien  She Smiled Again par exemple.

D’Odean Pope, puisque c’est de lui qu’il s’agit, nous avons encore en tête le rôle essentiel qui fut le sien au sein des diverses formations de Max Roach. On connait donc son amour des tambours. Ici, le voici aux prises avec trois batteurs-percussionnistes (Warren Smith, Craig McIver, Jim Hamilton) ; un contrebassiste (Lee Smith, un modèle de robustesse et de liant) et un altiste (Marshall Allen) complétant le tableau.

Le charme de cet enregistrement réside plus dans sa force et sa diversité que dans une recherche d’unité, de toute façon utopique ici. Car Odean Pope et ses amis sont de mauvais élèves : leur blues s’évade vite de la tradition pour emprunter des chemins décousus, cabossés. De même, entre suspensions et abstinences, il faudra attendre une dizaine de minutes pour que le souffle généreux de Pope retrouve de sa superbe (The Binder, improvisation sanguine dans laquelle son ténor doit résister et tenir têtes aux assauts répétés de trois batteurs en surchauffe). Et même si l’étrangeté de l’EWI (electronic wind instrument) de Marshall Allen interroge plus qu’il ne séduit (déjà dans l’Arkestra…), cet Universal Sounds – que l’on imagine encore plus ravageur en concert – permet de replacer Odean Pope sur le devant d’une scène qu’il n’a, finalement, que très peu quittée.

Odean Pope : Universal Sounds (Porter Records / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD : 01/ Custody of the American Spirit 02/ Mwalimu 03/ The Binder 04/ She Smiled Again 05/ Go Figure 06/ The Track 07/ Blues 08/ Custody of the American (Bullshit Version)
Luc Bouquet © Le son du grisli

11 février 2011

Ulrich Krieger : Fathom (Sub Rosa, 2010)

ulrichsliComme moi, beaucoup iront écouter Fathom pour entendre ce qu’y fait Lee Ranaldo. D’autres viendront pour Alan Licht (comparse de Loren Mazzacane Connors) ou pour Tim Barnes (invité hier par Sonic Youth sur Koncertas Stan Brakhage Prisiminimui). D’autres enfin pour le saxophoniste (baryton) Ulrich Krieger, que les plus pointilleux auront remarqué dans Zeitkratzer, avec Merzbow ou avec Jason Kahn (Timelines Los Angeles). Certains mêmes verront que le groupe d’Ulrich Krieger n’est autre que la mouture la plus récente de Text of Light

Mais qu’importe les noms : Fathom est un disque splendide. On connaissait les atmosphères fin de siècle, fin d’empire, voici venue l’heure de l’atmosphère fin de rock / fin de jazz (attention : on ne parle pas ici de post-rock !). Les musiciens éreintés ont déposé leurs instruments à terre. Les instruments à terre vomissent vers le ciel des drones et des larsens. Le saxophone de Krieger crie le plus fort de tous au départ. Le saxophone de Krieger se fait avoir par les variations post-minimalistes des guitares : il succombe. Une suite de mini-tonnerres ayant fait changer de ton le saxophone, la pièce en est devenue hallucinante. Fathom est une composition d’Ulrich Krieger. Voilà qui explique tout. Voilà qui change tout !

Ulrich Krieger : Fathom (Sub Rosa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2005. Edition : 2010.
CD : 01/ Fathom
Pierre Cécile © Le son du grisli

1 février 2011

Alvin Lucier : Almost New York (Pogus, 2010)

almostgrisliAlvin Lucier a toujours nourri ses compositions des phénomènes acoustiques les plus difficiles à déceler (pour l’auditeur lambda, surtout). Hier à l’aide d’instruments électroniques ou même non-musicaux. Aujourd’hui comme sur Almost New York en utilisant des instruments plus traditionnels : violoncelle (Charles Curtis), piano (Joseph Kubera), flûte (Robert Dick), vibraphone (Danny Tunick) et tuba (Robin Hayward).

Il faut d’abord conseiller d’écouter ces deux disques au casque (rapport aux phénomènes acoustiques dont je parlais plus haut). Ensuite, il faut se laisser prendre par les notes d’un piano, transformées d’autant plus qu’elles s’éloignent du début de la partition. On ne sait pas ce qui fait vibrer ces notes, ce qui les étouffe, quel esprit les double, les prolonge, les cisèle, les lubrifie, les font disparaître… Peut-être cela est-il dû aux silences qui les séparent ? Peut-être à leur multiplication à cause de l’arrivée en renfort des autres musiciens ?

Réunis, ils se passent le relais avant de se hisser les uns sur les autres. Le vibraphone fait entrer ses réverbérations dans le jeu, la flûte tombe, se relève et tombe encore une fois. Plus tard, c'est-à-dire sur le deuxième CD, le tuba sera seul et dansera avec la même lenteur. Hayward se fondra dans la partition de Lucier avec une pondération de bon micro-ton. La musique est automnale, le texte musical est fait pour l’essentiel d’une fine ponctuation et New York est « Almost » parce qu’Alvin Lucier a trouvé en périphéries de quoi faire preuve de son urbanité.

Alvin Lucier : Almost New York (Pogus / Metamkine)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ Townings 02/ Almost New York 03/ Broken Line – CD2 : 01/ Coda Variations
Héctor Cabrero © Le son du grisli

6 décembre 2010

Old Time Relijun : Songbook, Volume One (Northern Spy, 2010)

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Old Time Relijun serait un groupe de rock. Un groupe de rock pas comme les autres parce qu'y sévissent Arrington de Dionyso (guitare & voix, clarinette basse, sax alto, harpe...), Aaron Hartman (basse & anches) et Bryce Panic (batterie, percussions & anches). Mais Old Time Relijun n'existe peut-être plus. Car les morceaux de ce premier Songbook (deux versions pour presque tous les titres) ont été enregistrés en 1996. 

Sur quatre pistes, Old Time Relijun a gravé un rock hargneux et aiguisé que l'on peut rapprocher de ceux  de Gallon Drunk ou John Spencer Blues Explosion (pour le hargneux), de Swell ou de Morphine (pour l'aiguisé). Les titres passent à une vitesse folle et avec eux d'autres adjectifs comme loufoque, baroque, agressif, urbain, échevelé, criard (la voix de Dionyso vous tirerait des larmes tant elle lutte pour s'extirper de la gorge). En bref : écouter aujourd'hui Old Time Relijun c'est découvrir un trio énergique avec quinze ans de retard. D'où l'urgence...   

Old Time Relijun : Songbook, Volume One (Northern Spy)
Enregistrement : 1996. Edition : 2010.
CD : 01/ Sabertooth Tyger 02/ Mirror 03/ Ubu's Theme 04/ Baby Dragon 05/ Manticore / Lion Tamer 06/ The Red Sea anenome 07/ Everything is Broken 08/ Belly Belly 09/ Maggie Charcoal 10/ Gaw Gaw 11/ Bromios the Boisterous 12/ Fig 13/ Scorpion Accordion 14/ qiyamat 15/ Live Intro 16/ Belly Belly 17/ Scorpion accordion 18/ Manticore 19/ Sabertooth Tyger 20/ Maggie Charcoal 21/ Baby Dragon 22/ Lion Tamer 23/ untitled 24/ Caught at the Door 25/ Siren
Pierre Cécile © Le son du grisli

30 novembre 2010

Matt Bauder : Day in Pictures (Clean Feed, 2010)

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Le titre qui ouvre Day in Pictures, Cleopatra’s Mood, évoque autant les belles heures du Swinging Addis que Krysztof Komeda découvrant l’Amérique. Premières images sorties d’un disque qui impose Matt Bauder en compositeur d’un jazz de taille.

A ses côtés : Nate Wooley (trompette), Angelica Sanchez (piano), Jason Ajemian (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie). A la langueur de l’introduction et à son efficience mélodique, le quintette oppose ensuite un lot de ballades flottantes et soumises à vent d’ouest – pour empêcher toute dérive excessive, le ténor de Bauder s’emportera sur Parks After Dark  et sa clarinette décidera d’un gimmick amusé que les instruments se repasseront comme un virus sur Bill and Maza.

Dans un autre genre, l’assurance des instruments à vent et l’inventivité porteuse de Fujiwara permettent à Bauder d’investir le champ d’un jazz de connivence : projections de bop ou swing dégagé de tout corset (Reborn Not Gone, Two Lucks) faits éléments de relecture d’un genre dans son entier. Ainsi, Matt Bauder réussit là où beaucoup d’autres échouent d'habitude : faire d’exercices de style un bouquet impérial d’originalités. Il suffisait de jouer juste, certes, mais aussi investi. 

Matt Bauder : Day in Pictures (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 janvier 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Cleopatra’s Mood 02/ Parks After Dark 03/ January Melody 04/ Reborn Not Gone 05/ Bill and Maza 06/ Two Lucks 07/ Willou-GHBY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 novembre 2010

If, Bwana : Assemble.Age! (Mutable, 2010)

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C'est écrit au dos du disque : « If, Bwana is always Al Margolis ». Pourtant sur Assemble.Age!, on n’entend pas seulement Al Margolis pour la simple et bonne raison qu'il redonne une seconde vie (et peut-être jeunesse) à des captations de concerts.

Parfois, cela sonne baroque quand l’homme se sert des archets du Trio Scordatura en guise de touillette à plonger dans un cocktail de voix délicieux à défaut d’être chatoyant. Parfois cela sonne folk expérimental avec la voix de Lisa Barnard Kelley qui murmure sa poésie. Après cela, Lisa revient avec Monique Buzzarté (trombone), Tom Hamilton (synthé modulaire), Jacqueline Martelle (flûte) et Margolis à l’ordinateur pour planer sous la pression de courants d’airs cyclothymiques. La musique électroacoustique et expérimentale d’If, Bwana est triste et belle à la fois. Encore plus belle lorsqu’on y repense ensuite.

If, Bwana : Assemble.Age! (Mutable)
Edition : 2010
CD : 01/ Ringing the Bell 02/ Dtto Lisa 03/ Death to the 8 04/ Cicada #1 05/ Six Minus
Héctor Cabrero © Le son du grisli

19 novembre 2010

Ninni Morgia, William Parker : Prism (Ultramarine, 2010)

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Quatre faces (double 33 tours qu’est Prism) pour une dizaine de cordes (guitare de Ninni Morgia et contrebasse de William Parker).

Le nombre de pédales nécessaires à Morgia est un mystère mais l’allant qu’il donne à la rencontre est, lui, évident : électricité au service d’une musique ethnique d’un nouveau genre, diphonie mise au jour par un archet distributeur de graves qu’attise un jeu de cordes minces au fantasque irrépressible.

A l’artisanat originel, le duo tourne peu à peu le dos pour élaborer puis mettre en branle une machine à sons hétérodoxes qui bout avant d’éclater : alors, des projections ici et ailleurs des motifs répétés. Pour inventer d’autres manières, Parker abandonne quelques fois sa contrebasse pour un frêle instrument à vent et Morgia développe encore l’idée selon laquelle il serait désormais impensable de faire usage de la guitare à la mode d’avant : les guitar-heroes sont fatigués et il faut dire à leur place mais surtout différemment, c'est à dire à coups d’élucubrations ravissantes dont la nature étrange ne tient pas du phénomène démonstratif. Voilà donc de quoi Prism est fait.

Ninni Morgia, William Parker : Prism (Ultramarine)
Edition : 2010.
LP X 2 : Prism
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

17 novembre 2010

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note, 2010)

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Des Alpes à Harlem, Kali Fasteau a fait entendre son Animal Grace : en trio en 2005 avec Bobby Few, Wayne Dockery et Steve McCraven ; en duo avec Louis Moholo deux ans plus tard.

Si l’échange avec Moholo n’est pas mis en valeur par la qualité de l’enregistrement, il profite de l’adhésion des coups secs du batteur aux excentricités sonores de Fasteau – trop emportée au piano, elle invente avec plus d’esprit au son d’autres instruments (flûte, mizmar, saxophone soprano, voix qu’elle transforme en machines, violon enfin). L’association est iconoclaste, voire étrange, autant qu’éclatante.

Plus tôt donc, dans le canton des Grisons, Fasteau donnait un concert à l’Uncool Festival en compagnie de Bobby Few (piano), Wayne Dockery (basse) et Steve McCraven (batterie). Classique d’apparence, le quartette bouscule les codes mais déçoit au son d’une mixture musicale d’un clinquant inapproprié : tombant quelques fois sur le son juste à force de tentatives nombreuses (flûte, voix et soprano encore), Fasteau doit faire avec le verbiage de partenaires hésitant entre pose free jazz et airs cabotins. Retour à New York alors : réécoute réparatrice de l’association Kali Z. Fasteau / Louis Moholo.

Kali Z. Fasteau : Animal Grace (Flying Note)
Enregistrement : 2005-2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Impulse 02/ Cultivation 03/ Swan’s Flight 04/ All Things 05/ Mongezi’s Laughter 06/ Past Futur Present 07/ A Gift 08/ Airstreams 09/ They Speak Through Me 10/ Melting Ice 11/ Jumping on the Drums 12/ From Above
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

noah

Noah Howard was an enthusiastic pioneer of the Avant-Jazz scene that started in the 1960s.  He brought a bayou warmth and swing from his hometown of New Orleans to his own blues-infused version of the new jazz.  He enjoyed life and people, and traveled and shared his music all over the world.

2 novembre 2010

The Nu Band : Live in Paris (NoBusiness, 2010)

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Pour emblème quelques croissants, Live in Paris consigne un concert donné par The Nu Band à Paris (Atelier Tampon Ramier) en octobre 2007.

Avec mesure, le quartette retourne à son credo : musique hantée par un free jazz antédiluvien entre une danse de Saint-Guy à la vigueur incontestable (Somewhere Over the Seine) et un air que l'on invente sur place et puis répète jusqu'à faire avouer à qui l'entendra qu'il a quelque chose d'inoubliable (Avanti Galoppi). Déjà persuasifs – même lorsqu'ils pêchent par trop de légèreté (première partie de Bolero française) –, Roy Campbell (trompettes, bugle, flûte), Mark Whitecage (saxophone alto, clarinette), Joe Fonda (contrebasse) et Lou Grassi (batterie), réinventent les codes d'un jazz d'emportements alertes et impeccable de cohésion.


The Nu Band, The Angle of Repose (extrait). Courtesy of NoBusiness.

The Nu Band : Live in Paris (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 15 octobre 2007. Edition : 2010.
CD : 01/ Somewhere Over the Seine 02/ Bolero française 03/ Avanti Galoppi 04/ The Angle of Repose
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 juin 2010

Don Rendell, Ian Carr : Live at the Union 1966 (Reel, 2010)

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Avec Ursula (des faux airs du Greensleeves de Trane) et bien plus encore avec Trane’s Mood (de vrais airs de My Favorite Things), le Don RendellIan Carr Quintet rejoignait la musique de John Coltrane.

On retrouvait l’élan coltranien, la modalité davisienne puis l’on s’en échappait (cuivres aux souffles enchâssés, ralentissement de tempos) pour mieux retrouver un bop libéré et fulgurant à forte tendance Milestones (Hot Rod) en fin de concert. Avant cela, le fantôme de Ben Webster avait dévoilé son blues baladeur (Webster’s Mood). Et bien plus avant encore, la sourdine tranchante de Ian Carr avait percé quelques noirs nuages ; le ténor rugueux de Don Rendell avait convulsé quelques phrasés retors ; Michael Garrick avait imposé ses rebondissements millimétrés ; Tony Reeves avait remplacé Dave Green et Trevor Tomkins avait maintenu un tempo infaillible.

En ce 12 décembre 1966, le Don Rendell – Ian Carr Quintet était à mi-course d’un parcours qui allait s’achever trois années plus tard. Cet enregistrement inédit n’en est donc que plus précieux. 

Don Rendell - Ian Carr Quintet : Live at the Union 1966 (Reel Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966. Edition : 2010.
CD : 01/ On 02/ Ursula 03/ Trane’s Mood 04/ Webster’s Mood 05/ Caroling 06/ Hot Rod
Luc Bouquet © Le son du grisli

6 juillet 2010

Les Batteries : Noisy Champs (Musea, 2010)

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Avec la collection les Zut-O-Pistes, chez Musea Records, Dominique Grimaud poursuit son indéfectible mission de mise en valeur d'un patrimoine musical français mésestimé, et ce par la publication de compilations et la réédition de pièces rares. Pour ce septième volume, nous voici au crépuscule de l'époque du Rock In Opposition avec, pour la première fois en CD, Noisy Champs, le premier album de la formation Les Batteries.

L'album fut à l'origine édité par le label AYAA, structure de production et de diffusion concomitante au festival des Musiques de Traverses de Reims (1979-1988). Les Batteries était alors formé par les maîtres des mailloches un peu marteaux Guigou Chenevier (membre d'Étron Fou Leloublan, groupe qui donna son dernier concert en 1986), Charles Hayward (ancien membre de This Heat et membre de The Camberwell Now) et Rick Brown (membre de Fish & Roses avec Sue Garner). Une minorité de titres laisse un peu perplexe, ceux où chacun est derrière ses fûts et élabore une « musique de recherche » un peu trop appliquée. La majorité convainc par la dynamique créée (Post-Polar, par exemple) ou l'effet de surprise (notamment Dernier Solo Avant l'Autoroute, avec sa bande son, sa perceuse et sa machine électromagnétique). Le trio fonctionne en fait surtout dès l'instant où ce ne sont pas uniquement des batteries qui sont en action. Lorsque Charles Hayward chante sur le sublime Identity Parade, accompagné d'une batterie au métronome ralenti et d'un saxophone ténor émouvant. Lorsque ce sont des cloches qui servent d'éléments de percussions (sur White Elegance)...

Noisy Champs regorge de trouvailles. Et lorsque nos trublions font une reprise de The Letter, ce n'est pas au célèbrissime The Box Tops qu'ils s'attaquent mais à une composition d'Harry Partch de 1943. Toujours plein de surprises, chaque volume de la collection contient des morceaux inédits. Ici, ce sont six morceaux enregistrés par les membres du trio entre 2000 et 2006. Et pour une surprise, c'est une surprise. Chacun des six titres est une petite merveille. Vieux Divan installe un jeu de marimba, de machines et autres instruments particulièrement réjouissant, avant de terminer sur un duo chanté par Rick Brown et Sue Garner. Le magnifique Pocket de Guigou Chenevier et Rick Brown (batteries, clavier, chant, machines) fait quant à lui vaguement penser à la rencontre du Velvet Underground et des Doors. D'autres beaux apports sont à découvrir. Ne les révélons pas tous pour garder un peu de mystère.

Les Batteries :  Noisy Champs (Musea)
Réédition : 2010.
CD : 01/ Noisy Champs 02/ Sunday And Dimanche 03/ Identity Parade 04/ Polar 05/ Post-Polar 06/ Dernier Solo Avant L'Autoroute 07/ White Elegance 08/ The Letter 09/ Dernier Rendez-Vous Au Gord 10/ Flintstone 11/ Maksymenko 12/ 3 Hommes Et Un Mouchoir 13/ 3 Legs For 2 Birds 14/ Supply And Demand 15/ Stop Those Ideas 16/ Rosetta 17/ Vieux Divan 18/ Le Pad A Papa 19/ Ondo Martini 20/ Pocket 21/ Concoction
Eric Deshayes © Le son du grisli

5 juillet 2010

Tim Blechmann, Seijiro Murayama : 347 (NonVisualObjects, 2010)

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Quelque part en exergue sur le crème de la pochette, une phrase de John Cage sur le bruit qu'il faut écouter pour vivre une expérience qui lui retirera toute faculté de désagrément. Et la collaboration de Tim Blechmann (enceintes) et Seijiro Murayama (caisse claire) peut commencer à se faire entendre.

Obliquement, l’ouvrage percussif est ici déployé ; son esthétique bientôt revendiquée par un autre ouvrage, d’électroacoustique celui-ci : craquements, grincements, frottements, et un souffle qui parcourt tout l’espace (Comète 347, Paris). Une fois levées les illusions, Murayama manie une baguette : avec elle se débat, accuse le coup d’une pluie artificielle à laquelle le contraint Blechmann. L’exercice de frappe interrompu, l’exhalaison du quotidien et des choses qui le composent reprend ses droits : là-bas, on croit entendre le bruit du trafic même si rien ne nous assure ici d’aucune réalité. Seule l’expérience plaisante aura été palpable : trois quarts d’heure de seconde en seconde.


Tim Blechmann, Seijiro Murayama, 347 (extrait). Courtesy of NonVisualObjects

Tim Blechmann, Seijiro Murayama : 347 (NonVisualObjects)
Edition : 2010.
CD : 01/ 347
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 août 2010

Peter Evans : The Peter Evans Quartet (Firehouse 12, 2007)

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Difficile de trouver un genre qui convienne vraiment pour décrire la musique de ce Peter Evans Quartet que le label Firehouse 12 produisait en 2007. Le premier disque sorti sous le nom du trompettiste parle en effet de jazz, de rock et même de bruitisme.

Chacun des membres du quartet est responsable : Brandon Seabrook (guitare & électronique), Tom Blancarte (basse, écoutez-là répéter son unique note sur Bodies and Souls) et, last but not least, Kevin Shea (batterie) qui n'arrête pas de fouetter pour que la sauce prenne. Et bien sûr elle prend et nappe l'ensemble, qui dépasse tout ce qui a pu nous être présenté jusqu'à aujourd'hui sous l'étiquette « jazz rock ». Même la façon de découper les plages du CD se montre provocante : cutés à l'emporte-pièces, les morceaux vous laissent sur votre faim avant de vous embarquer ailleurs. C'est jeune et fou, et Peter Evans a démontré depuis qu'il l'était toujours autant.

Peter Evans : The Peter Evans Quartet (Firehouse 12 / Instant Jazz)
Enregistrement : 10 et 11 février 2007. Edition : 2007.
CD : 01/ !!!!! 02/ Bodies and Souls 03/ How Long 04/ Tag 05/ Frank Sinatra 06/ Iris 07/ The ¾ Tune
Pierre Cécile © Le son du grisli

aPeter Evans et Kevin Shea se produiront ce mardi 24 août à Mulhouse, dans le cadre du Festival Météo, au sein d'un autre quartette : Mostly Other People Do the Killing. Le même Peter Evans pourra être entendu le jeudi 26 au sein d'un The Thing renforcé.   

4 juin 2010

Interview de Martin Küchen

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Puisque l'étrange sélection naturelle opérant sur le son du grisli veut que l'on donne la parole aux plus prolifiques musiciens des genres à y être défendus, au tour de Martin Küchen, saxophoniste entendu récemment en Angles avec le trompettiste Magnus Broo (sur Epileptical West), en trio avec le guitariste Keith Rowe et le saxophoniste Seymour Wright (sur un disque sans-titre), en quartette avec Ernesto Rodrigues (sur Vinter), et même en solo (sur The Lie & the Orphanage)...

... Mon père avait ramené d’un voyage en Tunisie un tambour à main et une flûte en bois dont j’ai joué dès l’âge de 7 ans.  A la même époque, je me souviens aussi être assis, seul dans le salon, battant avec des baguettes de batterie – je ne pourrais pas dire d’où elles venaient, d’ailleurs – les précieux coussins de ma mère posés sur le canapé. Je pouvais faire ce truc quand ma mère dormait, c'est-à-dire quand elle ne pouvait pas soupçonner que je donnais des coups sur ses coussins chéris… J’ai connu d’autres expériences de ce genre : je battais des mains en classe et tapais sur le couvercle d’un banc d’école, la tête à l’envers afin de pouvoir y coller une oreille et ainsi entendre ce son amplifié, incroyable, alors que je continuais à bouger ma main voire quelques doigts seulement… A neuf ans, j’ai commencé avec des amis à faire des cassettes : nous nous tenions près de la table de ping pong au sous-sol et nous chantions un peu ce qui nous passait par la tête, nos « propres » chansons dont les paroles étaient écrites dans un anglais de notre invention. Parfois, il nous arrivait d’avoir une caisse claire pour accompagner nos chants, qui s’apparentaient d’ailleurs souvent plus à des cris…

Des débuts hantés par les percussions, en quelques sorte… Oui, des percussions de toutes sortes : coussins, bancs d’école, cette véritable caisse claire dotée d’une sale petite cymbale. Il y avait aussi un tambour d’aisselle rapporté du Ghana et puis ce tambour tunisien. Ensuite, la flûte dont j’ai parlé plus tôt, qui avait un son fantastique, faible et crachant, dans le genre des flûtes orientales mais avec quelque chose de bien à elle. Je pense d’ailleurs que je suis encore influencé par ce son, surtout lorsque je joue du saxophone alto, mon jeu me rappelle le son de cette flûte... J’ai aussi été très impressionné par les disques que mon frère jouait à la maison sur un petit lecteur de vinyles : The Free Alectric Band de John Hammond, 2000 Light Years from Home des Rolling Stones ou Desolation Boulevard de Sweet – peut-être que ce qui m’intéressait là était davantage l’expérience de l’écoute à travers l’utilisation de cette machine. Ça tenait de la magie ; en fait, c’était de la magie.

Par quel genre de groupes êtes-vous passé en tant que musicien amateur ? A l’âge de 13 ans, en 1980, j’ai formé avec quelques copains un groupe de rock progressif. J’étais le chanteur et je jouais aussi de la flûte avant de passer aussi au saxophone ténor. A cette époque, je prenais aussi des cours d’improvisation et de jazz à la flûte. Nous jouions des standards tirés du Real Book ; je ne jouais jamais d’oreille, ce qui fait que je n’ai jamais vraiment appris aucun des morceaux de ce livre… Et puis, avec d’autres amis, nous avions pris l’habitude d’improviser et nous enregistrions ces improvisations… Nous jouions tout simplement, dans un style proche de celui d’Oregon – sans atteindre bien sûr le niveau des rythmiques compliquées de ce groupe –, un style qu’on pourrait appeler ECM même si nous n’avions jamais encore entendu parler des groupes ECM à cette époque et que nous n’avions aucune idée non plus de ce que signifiait la « free improvisation ».

De quand datent vos premiers enregistrements ? J’ai enregistré en solo en 2001 le très confidentiel Sing with Your Mouth Shut. En 1999, il y a eu aussi Repets Hjärta, un CD-R enregistré avec ma femme, Maria, qui est poète et écrivain. En ce qui concerne le jazz, le premier disque date de 2002 avec Exploding Customer (Live at Glenn Miller Cafe), et puis il y a eu un enregistrement du Martin Küchen Trio (Live at Glenn Miller Cafe) paru sur Ayler Records. Ce même trio joue maintenant sous le nom de Trespass Trio.

Quel rapport entretenez-vous avec la notion de jazz, justement ? Utilisez-vous ce terme pour décrire votre musique ? Oui, je l’utilise. Avec Trespass Trio, Exploding Customer et Angles, il n’y a pas de doute, c’est une sorte de jazz, même si l’on y entend un million d’autres influences. Et puis, à côté de ça, je joue pas mal en qualité de faiseur de son : là, je me base sur des textures et des événements qui interviennent sur l’instant et j’utilise mon instrument de façon plus anti conventionnelle – même si cette pratique tend à devenir la nouvelle convention à la mode ! Je ne vois vraiment pas comment on pourrait qualifier cette musique : « improvisation » n’est pas tout à fait exact, alors « Instant compositions » ou, comme ils disent à Berlin, « Echtzeitmusik » (musique en temps réel), seraient peut-être des propositions plus viables…

Votre pratique fait donc une différence ces deux musiques ? Le jazz, ce sont des morceaux respectant une rythmique bien particulière, un battement et des harmoniques, qu’ils soient simples ou complexes, et avec le free jazz, c’est encore la même chose mais sans s’embarrasser de prédispositions : tout arrive simplement et l’énergie – ou le manque d’énergie – que l’on trouve entre les joueurs est à l’origine de ce qui arrive. Il s’agit donc d’improvisation tout le temps, tout ce qui arrive se fait à l’instant même. Concernant la composition instantanée, en dehors de l’esprit du free jazz, ce qu’on appelait « free improvisation » par le passé, est de moins en moins de la véritable musique improvisée, mais une architecture délicatement réfléchie, qui construit à coups de bruit et de silence quelque chose que l’on ne pouvait pas voir avant – de nos jours, c’est rare que l’on en arrive là en concert, mais lorsque cela arrive, alors c’est merveilleux, là encore de la pure magie !

Martin Küchen, propos recueillis en juin 2010.
Photos © Fergus Kelly
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 avril 2010

John Tilbury : Lost Daylight (Another Timbre, 2010)

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John Tilbury joue sur ce CD cinq pièces du minimaliste Terry Jennings et, associé au musicien électronique Sebastian Lexer, une composition de John Cage (Electronic Music for Piano).

C’est une petite anthologie des travaux de Jennings que l’on trouve sur ce disque, des œuvres écrites entre deux âges que furent ses 18 et 26 ans. Huit années dont rendent compte avec leurs sobres moyens de pièces de musique ces cinq tableaux d’espace et de temps. Nomade de gauche et de droite, le piano envisage la partition avec plus de mesure que celle qu’on lui recommande, c’est en tout cas l’impression que l’écoute de Winter Trees donne, par exemple. C’est pour cela que Tilbury laisse souvent courir le silence. C'est pour cela qu'il touche toujours au cœur.

Et puis il y a cet « Electronic Music for Piano » de John Cage. Le titre évoque le compositeur en farceur à la Duchamp, en d'autres mots choisis en farceur sérieux. Désabusé, peut-être plus que sérieux. Des flashs sonores naissent des manipulations électroniques de Lexer ; des propositions qui en tiennent compte sont relayées par Tilbury. Voilà ce qu’on trouve sur ces fantastiques musiques pour piano. Quarante minutes qui sont l'essentiel et closent tout à la fois le chapitre Lost Daylight est un disque de drôles et de sérieuses musiques pour piano. Mais belles avant tout.

John Tilbury : Lost Daylight (Another Timbre)
Enregistrement : 2007, 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Piano Piece 1958 (Terry Jennings) 02/ Winter Sun (Terry Jennings) 03/ For Christine Jennings (Terry Jennings) 04/ Winter Trees (Terry Jennings) 05/ Piano Piece 1960 (Terry Jennings) 06/ Electronic Music for Piano (John Cage)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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