Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Interview de Quentin RolletAlan Silva à ParisA paraître : le son du grisli #5
Archives des interviews du son du grisli

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Dysmusie, Doubtful Sounds..., 2015)

la morte young drone electric lust split

Le vinyle que se partagent La Morte Young et Drone Electric Lust – deux supergroupes : Talweg / Sun Stabbed / Nappe contre Kjell Runar Jenssen, Lasse Marhaug, Per Gisle Galåen et Fredrik Ness Sevendal – requit les efforts d’un superlabel – six, s’il faut être précis : Doubtful Sounds, Apartment, Dysmusie, Pica Disk, Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!

Déjà, la tête vous tourne, et c’est maintenant le disque : lentement, un tambour régulier (dont les soubresauts marqueront les séquences de la « longue marche ») et des guitares qui rôdent mettent au jour les éclats aigus d’une voix qui ne demande qu’à gronder – la cage d’Erle n’est-elle pas faite de cordes-clôtures électriques ? Dans un magma plongée enfin, les drones ont obtenu leur revanche : la litanie n’est qu’un lointain souvenir. Mais on sait que l’avenir de La Morte Young n’est envisageable qu’en métamorphose : toute voix dehors ?

Un accordéon, enregistré sans doute, vacille sous les coups d’une batterie : est-ce lui qui s’occupera du bourdon dont Drone Electric Lust a, depuis le milieu des années 1990, fait son affaire ? Enterré par un autre double de guitares – qui rôdent, elles aussi, et chaloupent même –, on ne l’entendra plus : sur un swing lynchien, une voix perce qu’on tentait d’étouffer. Rabattu, le drone : c’est là une ballade de carnaval des âmes. L’étrangeté de la chose épouse celle de l’autre : davantage que le rapprochement, sur un même disque, de deux groupes qui opposent à leurs fortes guitares et batteries d’impénétrables vocalises, ce Split donne à entendre les deux faces d’une même, et transcendante, irritation.     

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Doubtful Sounds / Apartment / Dysmusie / Pica Disk / Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!)
Edition : 2015.
LP : A/ La Morte Young : Cortex the Killer – B/ Drone Elctric Lust : Stjerneskuddenes Natt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



Christine Mannaz-Dénarié : Viridité (Dysmusie, 2014) / La Morte Young : When Angels Speak of Love (Death Carnival, 2014)

christine mannaz-dénarié viridité

Le 12 juin 2010, de 12H à 17H, onze musiciens du projet No Undo faisaient sonner (et résonner) une construction de Le Corbusier, l’église Saint-Pierre de Firminy. Livrons d’abord le nom des préposés à l’office : Jérome Noetinger, Christian Malfray, Jean-François Minjard, Jérome Montagne, Pierre Faure, Mathias Forge, Hervé Boghossian, Bruno Capelle, Nicolas Dick, Hervé Durand, Jean-François Plomb. Or il manquait un douzième apôtre…

Si mes connaissances en prénoms sont exactes, celui-ci sera femme : Christine Mannaz-Dénarié. C’est à elle qu'on a confié les enregistrements de la performance pour en faire deux compositions de musique électroacoustique : L’astrolabe et Le songe de Sisyphe. Un devoir de mémoire autant qu’un exercice de re-spatialisation (sur vinyle) de la performance du 12 juin, qui avait déjà été transformée sur place (si j’ai tout bien compris).

Pour faire référence à la mythologie (face B) ou construire la sienne (face A), Mannaz-Dénarié met tout ce petit monde dans une capsule, direction : voûte céleste. Le véhicule accélère, tourne, troue des champs magnétiques, et c’est sous forme de poudre que les musiciens se rappellent à notre bon souvenir. Lyophilisée, la performance fait penser à certains travaux de Xenakis ou à des chimères de Pierre Henry. Une préférence, quand même, pour la deuxième face (c’est que les guitares y prennent plus de place, et « modernisent » un peu le tout).

Christine Mannaz-Dénarié : Viridité (Dysmusie / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2014.
LP : A/ L’astrolabe B/ Le songe de Sisyphe
Pierre Cécile © Le son du grisli

la morte young when angels speak of love

Comme un Faure et un Malfray peuvent en cacher deux autres (et même, coïncidence ?, les mêmes !), changeons de genre avec La Morte Young. Moi qui ne crois ni aux anges ni à l’amour (triste fin de jeunesse), me voilà bien pour parler de When Angels Speak of Love. Heureusement, après le noiramour de Whisper of Dharma 3 j’ai bien cru apercevoir la queue du diable dans ce slow déguisé où les guitares plombées jouent au loup avec une enfant qui chante son effroi dans un mégaphone. Et croyez-moi, la queue du diable, ce n’est pas rien : titillée du bout du médiator et excitée par sa proie, le coup est parti tout seul : pan, dans l’ange !

La Morte Young : Whisper of Dharma 3 / When Angels Speak of Love (Death Carnival)
Edition : 2014.
Mini CD : 01/ Whisper of Dharma 3 02/ When Angel Speaks of Love
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nappe : mmemm nolain (Dysmusie, 2019)

nappe mmemm nolain

Reprenons le dictionnaire Chevalier & Gheerbrant évoqué dans la chronique d’A Quiet – Earthquake Style, dernier disque de La Morte Young d’où nous arrivent Pierre Faure (guitares) et Christian Malfray (électronique) : « La mutilation peut aussi, dans de très rares cas, revêtir une haute valeur initiatique : le distributeur n’a pas de bras ; le voyant est aveugle et le génie de l’éloquence est bègue ou muet. »

Alors quid du dernier effort de ce couple de « mutilés » ? Est-il encore audible le discours que l’on tient à étouffer ? Car entre les messages codés et les motifs tournants, les expressions enfumées et les parasites élevés en conduits, l’auditeur pourra, en plus d’entendre, s’essayer à l’interprétation : Nappe est-il ce groupe à guitare – qui expliquerait, en deuxième plage, ce clin d’œil adressé à Sonic Youth en compagnie d’Eric Lombaert – qui fait tout pour qu’on oublie jusqu’à son premier instrument ? Ou alors ce duo d’électronique qui étouffe jusqu’au tout premier signal cordé ?  

L’affaire n’est pas résolue quand, en seconde face, le duo mitraille. Un premier assaut derrière lequel c’est l’alerte : Faure et Malfray s’amusent alors d’autres motifs retournés, d’autres discours enfouis. Mais passée l’interrogation qui s’inquiète de l’origine du signal, c’est la trajectoire – la danse, même – que suivent bientôt tous leurs sons qui intéresse et impressionne. C’est – la cause est entendue – le génie de l’éloquence dans le bègue et le presque muet.

 

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Nappe : mmemm nolain
Dysmusie
Edition :  2019
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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La Morte Young : A Quiet - Earthquake Style (Doubtful Sounds, 2018)

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Ce que l’on sait de La Morte Young – ce Talweg (Joëlle Vinciarelli et Éric Lombaert) augmenté de Pierre Faure (guitares), Christian Malfray (électronique) et Thierry Monnier (guitare aussi) – vient de ce que l’on en a déjà entendu : La Morte Young, bien sûr, et aussi ce split avec Drone Electric Lust. Ce qu’on ignore avec La Morte Young, toujours, c’est le contenu du disque suivant. Or voici que celui d’A Quiet – Earthquake Style, enregistré en 2015, claque et surprend à son tour.

La chose est attendue dès la première plage : free rock où s’engouffrent tous les démons (ceux de chacun des cinq musiciens) et qui illustre à lui seul quelques-uns des mots que l’on trouve imprimés sur le carton inséré dans le disque : earthquake, heaven, fright, memory… Tout avait donc été annoncé, restait à estimer l’envergure des déflagrations : la voix et les guitares pourront passer en concrétion, l’énergie l’emportera toujours sur le rabâchage… Mais quelle place accorder alors à ces étranges et minuscules vielles à roue ?

À force de tourner, elles tissent des fils sur lesquels le « super groupe » progresse plus prudemment. C’est la découverte d’un paysage dévasté par le tremblement d’ouverture : abîmes – « ce qui est sans fond, le monde des profondeurs ou des hauteurs indéfinies », dit le dictionnaire Chevalier & Gheerbrant – qu’il faut combler de nouveaux sons : notes tenues, percussions fragiles, charmes de sirènes ou rauquements de dragons, graves démontés, étrange langage codé… Chassant toute inquiétude, la résolution de La Morte Young va son chemin – N’est-ce pas toi qui a desséché la mer, les eaux du Grand Abîme, pour faire du creux de la mer un chemin ? – et, cheminant, met au jour une somme de chants fabuleux.


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La Morte Young : A Quiet – Earthquake Style
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2015. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

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Sun Stabbed : Des lumières, des ombres, des figures (Doubtful Sounds, 2011)

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Les guitaristes Pierre Faure et Thierry Monnier, de Grenoble, avaient déjà signé un 45 tours sous le nom de Sun Stabbed. Le même label (Doubtful Sounds) sort aujourd’hui un autre vinyle du duo, plus grand et donc plus long : Des lumières, des ombres, des figures.

Le 45 tours était prometteur. Le 33 (et ses 34 minutes) fait bien plus que tenir les promesses. Fruits de la première séance d’enregistrement du groupe, datée de 2009, quatre morceaux donnent dans une noise à drones ambiantique (le correcteur me propose ici « amibiasique » : adjectif relatif à l’amibiase, maladie parasitaire causée par certaines amibes). Diantre, le correcteur m’amène sur une piste qui en promet elle aussi : la musique de Sun Stabbed tiendrait-elle de l’infection et du parasitaire ? Comme la taupe, la quiétude des guitares à effets fouillent au trou, mais rien d’inquiétant : les musiciens domptent le drone. Ensuite, ils s’en donnent à cœur joie et déforment leurs instruments en musiciens insoumis. Ensuite, ils les changent tout bonnement, une guitare-trompette sonne l’alarme et de nouveaux drones prennent corps : le vôtre.

La noise amibiasique de Sun Stabbed est donc diagnostiquée. Elle est à prendre avec des pincettes, c'est-à-dire à écouter au casque, pour se rendre compte qu’on n’a jamais été aussi bien que malade, infesté de parasites !

EN ECOUTE >>> La Terre avec ses bruits > La fin, on l'a devinée

Sun Stabbed : Des lumières, des ombres, des figures (Doubtful Sounds)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
LP : A01/ La Terre avec ses bruits A02/ Ce petit monde en dérive B01/ La fin, on l’a devinée B02/ Les sociétés secrètes et leurs agissements
Pierre Cécile © Le son du grisli


Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins, 2009)

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Une face de 33 tours et une seule. Consignées en sillons : deux improvisations de Nappe (Pierre Faure et Christian Malfray) et puis la rencontre du duo avec le guitariste Jean-Marc Montera.

D’abord, deux improvisations de tailles inégales : introduction sur laquelle Nappe confectionne une miniature d’un folk répétitif et pièce principale sur laquelle d’autres notes redites avec insistance par la guitare rivalisent de présence avec un drone et un larsen. A l’arrivée de Montera, un nouveau folklore est mis au jour, plus lointain d’apparence : Inde réinventée et fantasme pris au piège des fils électriques de Malfray. Et lorsque les guitares disparaissent, les suivent les épreuves de musiciens subtils : « Improvised Sound Compositions ».

Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A1/ Nappe : Improvised Sound Composition1  A2/ Nappe : Improvised Sound Composition 2 A3/ JM Montera / Nappe : Improvised Sound Composition
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



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