Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire











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En théorie : l'improvisation par l'écritJohn ButcherEvan Parker

Taylor Ho Bynum : Apparent Distance (Firehouse 12, 2011) / Bill Dixon : Envoi (Victo, 2011)

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Entendues ici et ailleurs, ces suites constituées de thèmes, d’enchevêtrements et de déstructuration free attirent presque toujours les impasses. Et ici, il n’y a aucun génie à déclarer, aucune imposture à épingler. Juste la précautionneuse mise en place d’une musique qui ne dit rien du brûlant, parfois repéré chez Taylor Ho Bynum, Bill Lowe, Jim Hobbs, Mary Halvorson, Ken Filiano et Tomas Fujiwara en d’autres occasions.

L’aventure tourne court faute de spontanéité et d’intensité rarement dévoilée. On se raccroche donc aux détails surgissant ça et là et  que l’on imagine et espère plus longuement explorés / exploités en concert : l’alto vrillant de Jim Hobbs, la guitare canaille de Mary Halvorson, le solo introductif du leader sous forte influence Dixon, l’archet lacérant de Ken Filiano. Moments forts mais n’arrivant pas à dissiper une trop lourde impression de déjà-entendu.

Taylor Ho Bynum Sextet : Apparent Distance (Firehouse 12 / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Part I : Shift 02/ Part II : Strike 03/ Part III : Source 04/ Part IV : Layer
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Un mois avant de disparaître, Bill Dixon emmenait un nonette à Victoriaville, et donnait son dernier concert. A ses côtés, les musiciens déjà présents sur Tapestries for Small Orchestra : Taylor Ho Bynum, Stephan Haynes, Rob Mazurek, Graham Haynes et Michel Côté, Glynis Loman, Ken Filiano et Warren Smith. En deux temps, Envoi arrange des parallèles et provoque quelques perturbations qui interrogent leur résistance : l’ouvrage de traîne est captivant, que rehausse en plus les incursions qu’y taille la clarinette contrebasse de Côté.

Bill Dixon : Envoi (Victo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 mai 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Envoi, Section I 02/ Envoi, Section II 03/ Epilogue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Thirteenth Assembly : Station Direct (Important, 2011)

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On aurait beau louer derechef la pratique instrumentale des quatre musiciens qui composent The Thirteenth AssemblyTaylor Ho Bynum (cornet), Mary Halvorson (guitar), Jessica Pavone (violon) et Tomas Fujiwara (batterie) –, il faudrait encore s’assurer, pour conseiller l’écoute de leur second enregistrement, Station Direct (Terminus aurait eu le mérite de nous soulager un peu), qu’ils aient trouvé là quelque chose à en faire.

C’est que cela fait quelques disques que ces quatre individualités peinent (ensemble ou séparément) à exprimer quoi que ce soit, sinon d’original, au moins digne d’intérêt. Piochant un peu partout (jazz, folk, rock, minimalisme…), le musicien « neuf » pense que le mélange suffira pour rendre sa musique « nouvelle ». Or, celle-ci tourne à vide : on s’agite en répétitions, en unissons ou en canons ; on change des mélodies bécasses en exercices de style démonstratifs ; on se contente du passage au demi-ton voisin ou d’un peu de frénésie – là, les audaces sont de courtoisie et les impertinences s’imposent de clin d’œil en mouvement du menton – pour développer un peu.

Ainsi Station Direct est-il un gâchis qui semble suffire à ses auteurs : espérons seulement qu’ils ne fassent pas de ces mélanges indigestes le leitmotiv de leur discographie en devenir.

The Thirteenth Assembly : Station Direct (Important / Orkhêstra International)
Enregistrement : 11 décembre 2011. Edition : 2011.
CD : 01/ Nosedive 02/ Coming Up 03/ Randall Clasper 04/ Prosthetic Chorizo 05/ Long Road 06/ Station 07/ Direct
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Matt Bauder : Day in Pictures (Clean Feed, 2010)

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Le titre qui ouvre Day in Pictures, Cleopatra’s Mood, évoque autant les belles heures du Swinging Addis que Krysztof Komeda découvrant l’Amérique. Premières images sorties d’un disque qui impose Matt Bauder en compositeur d’un jazz de taille.

A ses côtés : Nate Wooley (trompette), Angelica Sanchez (piano), Jason Ajemian (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie). A la langueur de l’introduction et à son efficience mélodique, le quintette oppose ensuite un lot de ballades flottantes et soumises à vent d’ouest – pour empêcher toute dérive excessive, le ténor de Bauder s’emportera sur Parks After Dark  et sa clarinette décidera d’un gimmick amusé que les instruments se repasseront comme un virus sur Bill and Maza.

Dans un autre genre, l’assurance des instruments à vent et l’inventivité porteuse de Fujiwara permettent à Bauder d’investir le champ d’un jazz de connivence : projections de bop ou swing dégagé de tout corset (Reborn Not Gone, Two Lucks) faits éléments de relecture d’un genre dans son entier. Ainsi, Matt Bauder réussit là où beaucoup d’autres échouent d'habitude : faire d’exercices de style un bouquet impérial d’originalités. Il suffisait de jouer juste, certes, mais aussi investi. 

Matt Bauder : Day in Pictures (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 24 janvier 2010. Edition : 2010.
CD : 01/ Cleopatra’s Mood 02/ Parks After Dark 03/ January Melody 04/ Reborn Not Gone 05/ Bill and Maza 06/ Two Lucks 07/ Willou-GHBY
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Taylor Ho Bynum, Tomas Fujiwara : Stepwise (Not Two, 2010)

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Très demandé, Taylor Ho Bynum s’autorisait récemment un duo : avec Tomas Fujiwara, batteur en congés, lui, d’Ideal Bread.

Swing, bop, cool ou plus déconstruit, Ho Bynum aborde tout exercice de style en introverti lorsqu’il ne forcit pas le trait pour respirer un peu (Stepwise) ou ne fait pas croire avoir changé son cornet en instrument à anche (Two Abbeys). Souvent, les mélodies sont simples : ne sont donc que prétextes à l’échange intelligent. Les souffles rétrécis en tubes compressés de Detritus et vient le temps de la conclusion : B.C., hymne de discrétion et d’invention égales. Ainsi la parenthèse valait la peine.

Taylor Ho Bynum, Tomas Fujiwara : Stepwise (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 11 mai 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ 3D 02/ Keys No Address 03/ Stepwise 04/ Two Abbeys 05/ Comfort 06/ Weather Conditions May Vary 07/ Iris 08/ Splits 09/ Detritus 10/ B.C.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ideal Bread : Transmit (Cuneiform, 2010)

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C’est au cours d’un entretien avec Quinsac & Hardy, publié en avril 1976 dans le numéro 243 de Jazz Magazine dont le sopraniste faisait d’ailleurs la couverture, que Steve Lacy évoqua, en français (!), ce « pain idéal » à la recherche duquel il était. [« Comme un boulanger fait le pain, moi je fais la musique. Je travaille tout le temps. Aujourd’hui c’était bon, mais demain, je ferai autre chose de meilleur avec ça… pour rester vivant. Si je fais le même pain demain, ça m’ennuie… pas possible… Je dois refaire… je dois faire mieux… Le pain d’aujourd’hui, c’est pas bon pour demain. Je cherche toujours le pain dont j’avais l’idée… le pain idéal. »]

La formule semble avoir plu (du moins davantage que l’autre qualificatif que Steve avançait dans la même interview : « C’est une substance, stuff, shit… je l’appelle ‘merde’… le shit, la chose que je fais. ») à Josh Sinton (saxophone baryton), Kirk Knuffke (trompette), Reuben Radding (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) au point qu’ils l’ont adoptée, en anglais, pour baptiser le quartet qu’ils vouent – comme le trio allemand Lacy Pool – au répertoire lacyen.

Suivant le disque inaugural de la formation (The Ideal Bread, label KMB), Transmit s’acquitte fidèlement de sa tâche de perpétuation sans ânonner avec trop de révérence les sept pièces retenues. Dans leur éventail, ces dernières permettent non seulement d’aborder plusieurs périodes et facettes du compositeur, mais surtout d’illustrer le bel engagement des quatre musiciens dont l’association rappellera aux amateurs certains quartets de Lacy avec baryton (Charles Davis, Charles Tyler) ou trompette (Don Cherry, Enrico Rava)…

Le groupe met intelligemment – jusqu’à la citation de la Locomotive monkienne, dans le morceau final – en évidence et les sinuosités (The Dumps) typiques, chantantes, de la plume du sopraniste, et certains délicats aspects de ses conceptions rythmiques – tantôt presque gauche, flottant, tantôt acéré, tout de placements, ou encore combinant ces mouvements (dans les lancinants As Usual et Longing), le geste lacyen est d’une élégance qui ne laisse pas d’intriguer. La « transmission » de ce levain étant assurée, c’est avec attention qu’on suivra la fermentation (sous l’œil de Steve-‘slow food’-Lacy) et l’annonce de la troisième fournée de nos boulangers new-yorkais !

Ideal Bread : Transmit, Vol. 2 of the music of Steve Lacy (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ As Usual 02/ Flakes 03/ The Dumps 04/ Longing 05/ Clichés 06/ The Breath 07/ Papa’s Midnite Hop
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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