Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Oliver Lake, William Parker : To Roy (Intakt, 2015) / Billy Bang, William Parker : Medicine Buddha (NoBusiness, 2014)

oliver lake william parker to roy

De ces deux musiciens, rarement réunis et se rattrapant aujourd’hui pour évoquer la mémoire de Roy Campbell, on imagine assez bien la rencontre. Et notre imagination, de faire mouche.

Le soyeux ne sera pas de mise. Les arrêtes seront vives, tranchantes, limite raides. L’alto sera acéré et les saillies ne surprendront que les non-initiés. La contrebasse annoncera l’harmonie et n’en dira pas plus. Du moins jusqu’à cette balade (Bisceglia) où tous deux partent en connivence. L’archet sortira de son étui, et les cordes grogneront quelque Afrique proche (Victor Jara), le blues se retrouvera, les phrasés se feront de plus en plus cabossés, la convulsion sera reine. Et Oliver Lake et William Parker, de rêver à leurs futures aventures. Et nous avec.

écoute le son du grisliOliver Lake, William Parker
To Roy (extraits)

Oliver Lake, William Parker : To Roy (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/Variation on a Theme of Marvin Gaye 02/ Check 03/ Is It Alright? 04/ Bisceglia 05/ Flight Plan 06/ Victor Jara 07/ 2 of Us 08/ Bonu 09/ Net Down 10/ Light Over Still Water Paints a Portrait of God 11/ To Roy
Luc Bouquet © Le son du grisli

billy bang william parker medicine buddha

Enregistrés en concert à New York le 8 mai 2009, Billy Bang et William Parker ne donnent pas seulement, comme c’est le cas en ouverture (Medicine Buddha), dans le duo / duel d’archets. Sanza, shakuhashi et n’goni s’imposent en effet comme autant d’instruments commandant le renouvellement des paysages. Un folklore à lamelles et un œcuménisme bon enfant décident alors d'un presque tour du monde que Bang et Parker bouclent avec plus de légèreté qu’ils n’en montrent d'ordinaire, à leurs instruments traditionnels.

Billy Bang, William Parker : Medicine Buddha (NoBusiness)
Enregistrement : 8 mai 2009. Edition : 2014.
CD : 01/ Medicine Buddha 02/ Sky Song 03/ Bronx Aborigines 04/ Eternal Planet (Dedicated to Leroy Jenkins) 05/ Buddha’s Joy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ted Daniel's Energy Module : Inerconnection (NoBusiness, 2014)

ted daniel energy module inerconnection

A ceux qui ne veulent entendre ici qu’exubérance et colère, on soutiendra que l’Energie Module de Ted Daniel était tout le contraire. Cette machine à frissons n’avait alors (1975) que faire des pisse-vinaigre : elle regorgeait d’un suc clair, certes incendiaire, mais ce qu’elle désirait avant toute chose c’est que présent et futur abondent en un élan collectif.

Ce collectif invitait Sunny Murray (Jiblet), Dewey Redman (Inerconnection), Albert Ayler (Ghosts) ou Ornette Coleman (Congeniality) – en quelque sorte, n’oubliait pas de remercier les avant-coureurs – à la fête. Ces esprits libres avaient laissé la prudence au vestiaire. Ils savaient la transe jamais calmée. Ils savaient l’appel. Ils savaient l’hymne.

Ainsi le sous-estimé Ted Daniel pouvait en fin de concert faire ondoyer doucement trompette puis bugle dans les plis garrisoniens de la contrebasse de Richard Pierce. Daniel Carter et son ténor fourrageait quelque mer à jamais brûlée. Oliver Lake n’avait pas que son alto pour étrangler son souffle : son soprano s’ouvrait aussi en rouge vif. Quant à Tatsuya Nakamura, il avait mis l’Afrique en son cœur et ne se gênait pas pour le faire savoir. Que ceux qui ne voulurent pas l’entendre le sachent bien : l’esprit ne s’ouvre qu’aux âmes sensibles. Tant pis pour eux.

Ted Daniel’s Energy Module : Inerconnection (NoBusiness Records)
Enregistrement : 8 novembre 1975. Edition : 2014.
2 CD / 2 LP : 01/ Jiblet 02/ Inerconnection 03/ The Probe 04/ Ghosts 05/ Entering-Congeniality-Pagan Spain
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt, 2014)

trio 3 vijay iyer wiring

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément mais avant cela, l’invité Vijay Iyer vampirise le temps d’une de ses compositions (The Prowl) le raffiné Trio 3 (Oliver Lake, Reggie Workman, Andrew Cyrille). Drumming sautillant et risqué, équilibre périlleux, contrebasse visqueuse : le tour de force vire au désastre.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Assurément quand le quartet s’offre la liberté de creuser profond et droit : chaudes coulées de piano, convulsion naturelle de l’altiste, précision millimétrée du contrebassiste. Wiring bouscule le free des origines ; Rosmarie suspend et conditionne les espaces ; Chiara fait grincer la valse et nous rappelle au souvenir du tendre Curtis Clark.

Vieilles recettes pour élan neuf ? Précisément quand Andrew Cyrille – en solitaire – active ses toms royaux et réveille un What About (Byg Records, 1969) de grande mémoire.

écoute le son du grisliTrio 3, Vijay Iyer
Wiring (extraits)

Trio 3, Vijay Iyer : Wiring (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ The Prowl 02/ Synapse II 03/ Willow Song 04/ Shave 05/ Rosmarie / Suite for Trayvon (and Thousand More) 06/ I. Slimm 07/ II. Fallacies 08/ III. Adagio 09/ Wiring 10/ Chiara 11/ Tribute to Bu
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Jazz Expéditives (Rééditions) : Eric Dolphy, Byron Allen, Ornette Coleman, Albert Ayler, Olive Lake, John Carter, Bobby Bratford

jazz expéditives rééditions en trois lignes guillaume belhomme

miles davis digMiles Davis : Dig (Prestige, LP, 2014)
Maintes fois réédité (parfois sous le nom de Diggin’ With the Miles Davis Sextet), voici Dig une autre fois pressé en vinyle. Le 5 octobre 1951 en studio – dans lequel baguenaudaient Charlie Parker et Charles Mingus –, Miles Davis enregistrait en quintette dont Sonny Rollins et Jackie McLean étaient les souffleurs. Sur Denial, Bluing ou Out of the Blue, voici le bop rehaussé par le cool encore en formation du trompettiste. L’effet sera immédiat, à en croire Grachan Moncour III : « Dig a été l’un des disques les plus populaires auprès des musiciens de jazz. »

dolphy live at the five spot 1

Eric Dolphy, Booker Little : Live at the Five Spot, Vol. 1 (Prestige, LP, 2014)
A la mi-juillet 1961, Eric Dolphy et Booker Little emmenèrent au Five Spot un quintette d’exception – présences de Mal Waldron, Richard Davis et Ed Blackwell. Des deux volumes du Live at the Five Spot consigné ensuite, seul le premier est aujourd’hui réédité sur vinyle. Incomplet, donc, mais tout de même : Fire Waltz, Bee Vamp et The Prophet. Dissonances, tensions et grands débordements réécrivent les codes du swing, et avec eux ceux du jazz.

byron allen trioByron Allen : The Byron Allen Trio (ESP-Disk, CD, 2013)
Sur le conseil d’Ornette Coleman, ESP-Disk enregistra le saxophoniste alto Byron Allen. Sous l’influence du même Coleman (hauteur, brisures, goût certain pour l’archet), Allen emmena donc en 1964 un trio dans lequel prenaient place Maceo GilChrist (contrebasse) et Ted Robinson (batterie). Le free jazz est ici brut et – étonnamment – flottant, après lequel Allen gardera le silence jusqu’en 1979 – pour donner dans un genre moins abrasif, et même : plus pompier (Interface).

ornette coleman golden circleOrnette Coleman : Live at the Golden Circle, Volume 1 (Blue Note, LP, 2014)
Pour son soixante-quinzième anniversaire, Blue Note rééditera tout au long de l’année quelques-unes de ses références sur vinyle – reconnaissons que le travail est soigné*. Parmi celles-ci, trouver le premier des deux volumes de Live at the Golden Circle : Coleman, David Izenzon et Charles Moffett enregistrés à Stockholm en 1965. La valse contrariée d’European Echoes et le blues défait de Dawn redisent la place à part que l’altiste sut se faire au creux d’un catalogue « varié ».

albert ayler lörrach paris 1966Albert Ayler : Lörrach, Paris 1966 (HatOLOGY, CD, 2013)
Ainsi HatOLOGY réédite-t-il d’Albert Ayler ces deux concerts donnés en Allemagne et en France en 1966 qu’il coupla jadis. Le 7 novembre à Lörrach, le 13 à Paris (Salle Pleyel), le saxophoniste emmenait une formation rare que composaient, avec lui et son frère Donald, le violoniste Michel Sampson, le contrebassiste William Folwell et le batteur Beaver Harris. Bells, Prophet, Spirits Rejoice, Ghosts… tous hymnes depuis devenus standards d’un genre particulier, de ceux qui invectivent et qui marquent.

oliver lake complete

Oliver Lake : The Complete Remastered Recordings on Black Saint and Soul Note (CAM Jazz, CD, 2013)
Désormais en boîte : sept disques enregistrés pour Black Saint par Oliver Lake entre 1976 et 1997. Passés les exercices d’étrange fusion (Holding Together, avec Michael Gregory Jackson) ou de post-bop stérile (Expandable Language, avec Geri Allen ; Edge-Ing avec Reggie Workman et Andrew Cyrille), restent deux hommages à Dolphy (Dedicated to Dolphy et, surtout, Prophet) et un concert donné à la Knitting Factory en duo avec Borah Bergman (A New Organization). Alors, la sonorité de Lake trouve le fond qui va à sa forme singulière.

john carter bobby bradford tandemBobby Bradford, John Carter : Tandem (Remastered) (Emanem, CD, 2014)
Emanem a préféré na pas choisir entre Tandem 1 et Tandem 2. En conséquence, voici, « remasterisés », les extraits de concerts donnés par le duo John Carter / Bobby Bradford en 1979 à Los Angeles et 1982 à Worcester désormais réunis sous une même enveloppe. Dans un même élan (au pas, au trot, au galop), clarinette et cornet élaborent en funambules leurs propres blues, folklore et musique contemporaine, quand les solos imaginent d’autres échappées encore. Tandem est en conséquence indispensable. 

blue note 75* Dans la masse de rééditions promises pas Blue Note, quelques incontournables : Genius of Modern Music de Thelonious Monk, Black Fire d'Andrew Hill, Unit Structures de Cecil Taylor, Complete Communion de Don Cherry, Out to Lunch d'Eric Dolphy, Blue Train de John Coltrane, Spring de Tony Williams ou encore Let Freedom Ring de Jackie McLean.

couverture

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Michael Gregory Jackson : Clarity (ESP, 2010)

clarisly

Contemporains et frères, le Song of Humanity de Wadada Leo Smith et le Clarity de Michael Gregory Jackson ne peuvent pas tout expliquer quant à la singularité des ces disques, publiés tous les deux en 1976.

Pour le guitariste Michael Gregory Jackson, la présence d’un Wadada Leo Smith qu’il admire plus que tout, ne peut qu'être inspirante. De même, le couple David Murray Oliver Lake (ce dernier participant, par ailleurs, au Song of Humanity de Smith) n’est sans doute pas pour rien dans la réussite de ce disque.

Clarity n’est en aucun cas le fourre-tout carte de visite que certains ont cru voir à sa sortie. Si MG Jackson visite quelques chantiers déjà bien avancés (un free éclaté, un folk pas encore estampillé avant, des cadres contemporains, des structures en contrepoint), c’est qu’il est tout cela à la fois. Il est celui qui frôle la dissonance. Il est celui qui avance ses arpèges avec une clarté absolue. Il est celui qui agence ses thèmes en des unissons intrépides (Oliver Lake, Ab Bb 1-7-3°). Il est surtout, ici, celui qui ose avec naturel et décontraction. Un disque bien trop court mais tellement riche de sensations.

Michael Gregory Jackson : Clarity (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1976. Edition : 2010.
CD : 01/ Clarity 02/ A View of This Life 03/ Oliver Lake 04/ Prelueionti 05/ Ballad 06/ Clarity (4) 07/ Ab Bb 1-7-3° 08/ Iomi
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Oliver Lake, Christian Weber, Dieter Ulrich : For a Little Dancin’ (Intakt, 2010)

grislidancin

Le jazz en guise de langage commun pour Oliver Lake, Christian Weber et Dieter Ulrich. For a Little Dancin’ ne bouleversera pas le genre, mais atteste de l’accord trouvé par le trio sur quelques thèmes de Lake – si ce n’est celui du morceau titre, signé Ulrich.

Le disque dit par contre la facilité avec laquelle les trois musiciens jouent avec les codes. En conséquence, saluer un bop à la traîne et aéré (« Z » Trio), le détachement élégant d’un alto économe (Rollin’ Vamp), un accès de free touchant encore (Spots) et l’atmosphère en ballade de Spelman. Le trio peut aussi se faire oublier au son de passages plus anodins : c’est que Lake, Weber (archet d’exception) et Ulrich (frappe juste), trouvent davantage à dire en zones de perturbation qui les obligent à abandonner les réflexes de leurs savoir-faire.

Oliver Lake, Christian Weber, Dieter Ulrich : For a Little Dancin’ (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Marion Theme 02/ « Z » Trio 03/ Rollin’ Vamp 04/ Art 101 05/ In This 06/ Spring-Ing Trio 07/ Spots 08/ For A Little Dancin’ 09/ Spelman 10/ Backup
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview d'Oliver Lake

lakeitw

Figure éminente du Black Artists Group, de la scène loft new-yorkaise, du World Saxophone Quartet, et aujourd’hui saxophoniste profitant de l’osmose d’un Trio 3 qu’il emmène depuis 1986 avec Reggie Workman et Andrew Cyrille, Oliver Lake déplore quand même de devoir batailler encore pour réussir à faire entendre sa voix. Celle-ci, à entendre sur les références de son propre label, Passin’ Thru, et d’excellentes rencontres avec Irène Schweizer ou Geri Allen publiées récemment par Intakt Records. 

…Mon premier souvenir musical vient de ce juke-box que j’écoutais dans le restaurant de ma mère. J’ai passé beaucoup de temps à cet endroit, j’y ai entendu pas mal de musique noire. Ma mère avait aussi pris l’habitude de chanter du gospel…

Comment êtes-vous arrivé à la musique ? J’avais à peu près 14 ans… Certains de mes copains jouaient d’instruments de musique et j’ai rejoint un marching band du nom de The American Woodman. J’y tenais les cymbales et le tambour de basse. Plusieurs membres de ce groupe étaient de véritables jazzmen. J’ai commencé à me rendre à leurs jam sessions, ce qui m’a donné envie de me mettre au saxophone. Ce groupe participait à des compétitions organisées un peu partout dans le pays. Un de ses membres était le saxophoniste Fred Walker, qui m’a mis entre les mains mes premiers disques de jazz, histoire que je me rende compte de la chose. 

Quel souvenir gardez-vous de vos débuts avec le Black Artists Group ? Le Black Artists Group a été une école pour moi… J’y ai appris à travailler toutes les disciplines : la musique, la danse, le théâtre, les arts visuels, mais aussi l’autopromotion et la production de concerts. Cette expérience a été une force lorsque j’ai gagné New York : je savais comment il fallait que je réagisse. En ce qui concerne l’époque de la scène loft, elle était énergique, frénétique… Il y avait tellement d’endroits où jouer downtown. Là encore, mon expérience dans le Black Artists Group m’a bien aidé : le loft movment était aussi une affaire d’autoproduction : nous louions des endroits où jouer, y répétions avec le groupe, écrivions la musique, fabriquions les affiches et faisions toute la publicité, tout ce que je faisais déjà à St. Louis avec le Black Artists Group, à une époque où nous étions encore payés au nombre d’entrées…

Quelles sont les choses qui ont changées ces quarante dernières années dans le domaine du jazz selon vous ? Il y a quarante ans, les festivals programmaient 90% de musiciens américains et 10% d’Européens. Aujourd’hui, ce serait plutôt l’inverse. Pendant tout ce temps, beaucoup de musiciens non américains ont progressé au point d’être aujourd’hui d’excellents musiciens de jazz, ce qui fait que les festivals qui se tiennent à l’étranger peuvent aujourd’hui programmer leurs propres vedettes…

Être musicien de jazz est donc toujours aussi difficile ? Je me sens bien dans ma peau de musicien de jazz. J’ai eu assez de chance pour faire partie de plusieurs groupes qui ont eu un certain succès, et, en tant que compositeur, j’ai pu faire jouer mes compositions. Je dois quand même dire que je pensais qu’avec l’âge, tout deviendrait plus facile pour moi. Or, ce n’est pas le cas, je dois encore me lever chaque jour si je veux que les choses arrivent.

Il y a une vingtaine d’années, vous avez décidé de fonder votre propre label, Passin Thru, qui existe toujours aujourd’hui… Une fois encore, monter mon label a été une des conséquences de mon expérience dans le Black Artists Group. Nous savions déjà à l’époque qu’il était primordial de contrôler notre propre destin, et gérer soi-même un label découle de cette idée là. Avoir les droits de mes compositions et être maître de mon destin tout en nouant des relations avec d’autres labels : Justin Time pour le World Saxophone Quartet et Intakt Records pour Trio 3.

Vous avez aussi soutenu Freddie Washington par le biais du label… Ca a été un honneur pour moi d’enregistrer son premier disque. Freddie m’a un peu aidé lorsque j’ai commencé au saxophone, et j’ai été heureux de mettre en valeur la pratique de ce superbe saxophoniste, qui plus en dans cet excellent trio dans lequel interviennent aussi John Hicks au piano et Billie Hart à la batterie.

Quelle est l’histoire du Trio 3, que vous formez avec Reggie Workman et Andrew Cyrille ? Tous les trois, nous nous appelions fréquemment, l’un demandant à l’autre de participer à tel ou tel de ses projets, et cela si souvent que nous avons fini pas monter notre propre trio… L’idée était de réunir trois compositeurs qui sont aussi trois improvisateurs et de former un trio dont la musique serait le leader. Nous avons aussi eu l’idée de rencontrer d’autres musiciens à l’occasion : il y a à peu près dix ans, nous avons donné un concert dans un club avec Andrew Hill en invité. En ce moment, nous travaillons beaucoup avec Geri Allen [At This Time, premier disque issu de cette collaboration, vient de sortir sur le label Intakt, ndlr].

Vous avez aussi joué avec Irène SchweizerIrène est une excellente pianiste, nous avons passé des moments fabuleux en concerts et en studio avec elle. Nous devrions la retrouver cet automne, à l’occasion d’une tournée en Europe.

Pouvez-vous me citer de jeunes musiciens que vous appréciez actuellement ? James Carter, Greg Osby, Vijay Iyer.

Pour finir, j’aimerais que vous me parliez de votre rapport à l’écriture, la poésie, par exemple, vous permet-elle de vous exprimer différemment ? J’en reviens encore à mon expérience au sein du Black Artists Group. Là, j’avais l’habitude d’accompagner des poètes, ce qui m’a incité à écrire ma propre poésie. Lorsque j’ai emménagé à New York en 1974, j’ai collaboré avec plusieurs poètes, notamment Ntuzaki Shange. Après avoir travaillé un certain temps avec elle, j’ai commencé à écrire mes propres pièces d’un théâtre solo. Quand tu écris de la poésie, tu t’exposes davantage, tu en dis plus sur toi. Souvent, je récite quelques uns de mes textes lors de mes concerts en solo. C’est ma façon à moi de m’exprimer plus personnellement encore…

Oliver Lake, propos recueillis en mai 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Oliver Lake déjà sur grisli
Berne Concert (Intakt - 2009)
Zaki (HatOLOGY - 2007)
Time Being (Intakt - 2006)
WildFlowers : Loft Jazz New York 1976 (Douglas - 2006)

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Trio 3, Irène Schweizer: Berne Concert (Intakt - 2009)

Triosli

Au Taktlos Festival de Berne en 2007, Oliver Lake, Reggie Workman et Andrew Cyrille accueillaient sur scène la pianiste Irène Schweizer. Enregistré, le concert dévoile les qualités attendues de la rencontre.

Sur le Flow de Lake, Schweizer doit alors se faire une place : discrète, d’abord, trouve l’inspiration dans la paraphrase avant d’imposer sa méthode singulière du découpage mélodique. Faux-airs de valse – abandonnée rapidement pour une poursuite –, ensuite, sur laquelle la pianiste dialogue avec l’autre amateur de répétitions qu’est Workman, et l’échange avec l’entier trio sur Aubade, thème de Cyrille au swing martial et morceau d’angoisse qui profite d’un art de la délicatesse qu’ont en commun les intervenants.

Impétuosités et passages d’une contemplation impatiente de céder à l’emportement font l’essentiel d’une improvisation du duo Schweizer / Lake (Phrases), qui précède une autre du duo Schweizer / Cyrille : retrouvailles (rencontre, vingt ans auparavant, au Festival Willisau, dont Portrait donne une preuve) au lyrisme amusé pendant lesquelles le batteur ponctue avec sagacité les effets frénétiques de l’insatiable imagination de la pianiste. Ensemble, Schweizer, Lake, Workman et Cyrille, gravent leurs initiales sur une improvisation déboîtée (WSLC), et mettent un terme dans une allégresse sauvage à leur association unique.   

CD: 01/ Flow 02/ R.I. Exchange 03/ Aubade 04/ Phrases 05/ Ballad of the Silf 06/ Timbral Interplay 07/ WSLC >>> Trio 3, Irène Schweizer - Berne Concert - 2009 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

Trio 3 déjà sur grisli
Time Being (Intakt - 2006)

Irène Schweizer déjà sur grisli
First Choice (Intakt - 2006)
Portrait (Intakt - 2005)
Live at Taktlos (Intakt - 2005)

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Oliver Lake: Zaki (HatOLOGY - 2007)

Zakigrisli

Enregistré au Festival de Willisau en 1979, Zaki voit Oliver Lake passer de l’alto au soprano, du soprano au ténor, en compagnie de l’impétueux guitariste Michael Gregory Jackson et du plus discret batteur Pheeroan AkLaff. Pour l’interprétation de thèmes signés par le saxophoniste (si ce n’est le plus rock 5/1 de Jackson), le trio fait toute confiance à l’émulation capable, toujours, de nouvelles propositions ascensionnelles – pas convaincantes à chaque fois. Heureusement, brillant, Lake invective, paraphrase quelques schémas répétitifs défendus par Jackson, démontre une verve implacable sur les encouragements rassurants d’AkLaff, et rattrape à lui seul les rares baisses de tension.

CD: 01/ Zaki 02/ Clicker 03/ Shine 04/ 5/1 05/ Zaki

Oliver Lake Trio - Zaki - 2007 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi

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Trio 3: Time Being (Intakt - 2006)

trio3grisli

La spécificité majeure du Trio 3 vient du fait que chacun de ses membres représente à lui seul un pan entier de l’histoire du jazz exigeant. Sidemen de Monk, Coltrane, Cecil Taylor ou Roland Kirk, et musiciens au premier plan du Loft Movement new-yorkais, Oliver Lake, Reggie Workman et Andrew Cyrille poursuivent leurs expériences, avec le même panache qu’hier.

Après une plage déstructurée sur laquelle s’harmonisent déjà les interventions indépendantes (A Chase), le trio prend des libertés sur quelques figures établies : swing dissonant transformé en marche sur les conseils de la contrebasse de Workman (Medea), post bop débonnaire (Given), ou free déclaré sur Special People, dont le thème rendu à l’unisson mais voué bientôt au lynchage rappelle Albert Ayler
.

A chaque fois, les partenaires rivalisent d’habileté : facilité du grand solo de Workman sur Playing For Keeps ; ardeur sublime ou roulements élaborés de la batterie de Cyrille sur Time Being et Tight Rope ; aisance quiète de Lake à dérouler aux saxophones des phrases instables et pourtant décisives (Lope, Time Was). Rassemblés, les voilà excellant sur un Equilateral improvisé, ou sur l’impression trouble et intense qu’est Tight Rope.

En 10 morceaux, Time Being assure ainsi de l’inaltérable qualité de musiciens déjà accomplis il y a une quarantaine d’années. Renouvelle l’engagement, en quelque sorte. Sans refuser, de temps à autre, d’aller creuser encore plus profond.

CD: 01/ A Chase 02/ Medea 03/ Tight Rope 04/ Equilateral 05/ Lope 06/ Time Was 07/ Playing For Keeps 08/ Given 09/ Time Being 10/ Special People

Trio 3 - Time Being - 2006 - Intakt. Distribution Orkhêstra International.

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