Le son du grisli

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Reidemeister Move : Borromean Rings (Corvo, 2016)

reidemeister mive borromean rings

Un morceau de partition, celle de Borromean Rings, épouse la forme du picture-disc ; son compositeur, Robin Hayward (tuba microtonal), compare son interprétation à une partie d’échecs qui n’opposerait pas ses joueurs – le second étant Christopher Williams (contrebasse « passée » par Charles Curtis ou La Monte Young ) – mais les ferait s’entendre sur l’exploration de sons tenus – ce rêve, étrange et pénétrant, d’une forme inconnue, qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même ni tout à fait une autre…

Double partition circulaire (basse / tuba), bourdons d’obligation et mouvements composés, mais pour combien d’anneaux promis ? C’est qu’au duo d’instruments allant sur parallèles, Hayward préfère travailler là deux voire trois bourdons proches, certes instables mais toujours fidèles : Borromean Rings est ainsi une course qui révèle l’opposition, que le compositeur et son acolyte auraient aimé cacher, de graves endurants et de hautes notes tenues jusqu’à l’essoufflement. Mais puisque la partition tourne, pourquoi le reste n’irait-il pas ?

robin hayward

Reidemeister Move : Borromean Rings
Corvo / Metamkine
Enregistrement : août 2014. Edition : 2016.
LP : A-B/ Borromean Rings
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus, 2014)

robin hayward nouveau saxhorn nouveau basse

S’il sert et même alimente, depuis 2009, son répertoire personnel via tuba microtonal – l’invention est de lui –, Robin Hayward adresse ici un hommage appuyé à Adolphe Sax et à son « saxhorn nouveau basse ».

Un nombre de pistons en commun, et voici le tuba d’Hayward (plusieurs fois amplifié) allant sur deux longues pièces et une courte troisième. Deux fois, Hayward va seul et lentement. Chaque nouvelle attaque porte en elle les causes de sa disparition : ici une fragilité qui condamne d’emblée la note, là un désir de dire mais seulement après être passée, ailleurs un jeu de cache-cache où rivalisent échos et harmoniques…

En duo avec le guitariste Seth Josel, Hayward diffère : citant une note donnée par une corde pincée ou cherchant à étouffer une sonorité malheureuse, il ne parvient à commander qu'une pièce laborieuse et sans mystère. Or, c’est dans le mystère que sa microtonalité fait effet. Heureusement, c’est là la plus courte des trois pièces du disque.

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Plateau Square 02/ Travel Stain 03/ Nouveau Saxhorn Nouveau Basse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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The Pitch : Xenon & Argon (Gaffer, 2015) / Frozen Orchestra (Amsterdam) (Sofa, 2015)

the pitch xenon & argon

Attention, quatuor inusité à l’horizon pour musique sublim(inal)e. Décliné en deux étapes où la basse, le vibraphone, l’harmonium et la clarinette tournent incessamment autour du point d’équilibre, et c’est pour souvent atteindre la grâce, Xenon & Argon du collectif The Pitch expose en deux langoureuses mélopées un attachement indicible à la micro-mélodie, mais aussi au drone, et il est tout en doigté introspectif.

Autour d’harmonies aussi étranges que sublimes, Morten Olsen, Koen Nutters, Boris Baltschun et Michael Thieke jouent avec nos perceptions sonores, qu’ils se plaisent à titiller à l’envi. Hors de toute sérénité malveillante, ils font grincer leurs instruments juste ce qu’il faut sur les 18 minutes de Xenon, même si le second titre, Argon, s’épanche avec moins d’originalité, en un épisode où le drone est marqué de l’empreinte hypnotique de Luigi Dallapiccola rencontrant My Cat Is An Alien et Peter Rehberg.

The Pitch : Xenon & Argon (Gaffer Records)
Edition : 2015
LP : 01/ Xenon 02/ Argon
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

the pitch frozen orchestra amsterdam

Le Frozen Orchestra, c’est The Pitch avec des invités, et pas des moindres : Lucio Capece, Johnny Chang, Robin Hayward, Chris Heenan, Okkyung Lee et Valerio Tricoli. Sur le drone d’harmonium il y a donc du monde, mais les choses se passent bien, si bien que les instruments acoustiques se confondent rapidement pour « densifier » l’architecture grandiose de ce live. Amateurs de drones et d’électroacoustique vibratoire, Frozen Orchestra (Amsterdam) est fait pour vous.

The Pitch : Frozen Orchestra (Amsterdam) (Sofa)
Enregistrement : 26 février 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Side A 02/ Side B
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Microtub : Star System (Sofa, 2014)

microtub star system

Avec le retour de Microtub, c’est la réapparition d’une ligne d’horizon dessinée par trois tubas : l’un en Fa (Robin Hayward, qui signe ces deux compositions que modifieront quelque peu leurs interprètes), deux autres en Do (Martin Taxt et Kristoffer Lo). Sur le champ qui mène à la ligne en question, l’infini domaine de la microtonalité.

Sur lequel courent une (mais les hauteurs diffèrent), deux ou trois notes. Les tubas se soutiennent, leurs graves se prolongent tout en se disputant la somme des couches qu’ils déposent ; des cargos en partance et d’autres de retour se croisent alors sur la crête de reliefs altérés. Sur la seconde plage, c’est presque le même départ et presque le même chemin : l’allure est lente – atone peut-être, monotone non – mais bien chantante. Tout enveloppées de brume, les rumeurs que le trio laisse dans son sillage composent un hymne enchanteur qui atteste de son passage.

Microtub : Star System (Sofa Music)
Enregistrement : 25 avril 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Star System 02/ Square Dance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Robin Hayward, Kristoffer Lo, Martin Taxt : Microtub (Sofa, 2011)

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Au point de rencontre de graves et de silences, le trio de tubas que forment Robin Hayward, Martin Taxt et Kristoffer Lo, décide d’intervenir : sur une ligne d’action et de principe, les trois hommes s’accordent donc et agissent en agitateurs sensibles.

Résultante : Microtub est une pièce d’une quarantaine de  minutes. Ses notes sont longues et tremblantes en même temps, se chevauchent en conséquence. Il semblerait qu’Hayward, Taxt et Lo, aient fait vœu de silence et, pour ne pas respecter celui-ci, font œuvre de discrétions : leurs graves, lorsqu’ils ne restent pas enfermés en tubes, se taisent après avoir été emportés en rouleaux. Au terme de la quarantaine promise, ce sont plusieurs soleils noirs qui ont été dessinés sur le presque-même canevas : si l’astre qui en résulte brille, c’est par l’épaisseur de ses contours.

Robin Hayward, Kristoffer Lo, Martin Taxt : Microtub (Sofa)
Edition : 2011.
CD : 01/ Microtub
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Echtzeitmusik Berlin (Wolke Verlag, 2011)

Echtzeitmusik

Au milieu des années 1990, un mot s’est imposé pour désigner la musique d’une scène née quelques années plus tôt à Berlin, qui hésitait jusque-là à se dire improvisée, expérimentale, libre ou nouvelle – plus tard, réductionniste. A ce mot, à cette musique et à cette scène, un livre est aujourd’hui consacré : Echtzeitmusik Berlin.

Cette scène est diverse, sa musique donc multiple ; ce mot n’est d'ailleurs pas apprécié de tous les musiciens qu’on y attache. Qu’importe, puisqu’il s’agit ici, sous prétexte d’éclairage stylistique, de revenir sur le parcours de nombre de ses représentants et pour eux d’expliquer de quoi retourne leur pratique musicale. C’est ce que font Andrea Neumann, Margareth Kammerer, Annette Krebs, Kai Fagaschinski, Burkhard Beins, Christoph Kurzmann, Ekkehard Ehlers, Axel Dörner, Franz Hautzinger, Werner Dafeldecker, Ignaz Schick, Robin Hayward

A propos de l’étiquette, tous n’ont pas le même avis (Hayward met en garde contre l’idiome réductionniste, Hautzinger accepte le terme Echtzeitmusik sans se satisfaire d’aucune définition, Ehlers prend de la hauteur et brille par sa sagacité…). Des réflexions poussées, des retours en arrière et même de sérieuses tables rondes, posent le problème dans tous les sens – des voisins et amis abondent qui proposent quelques pistes : Sven Ake-Johansson, Toshimaru Nakamura, Rhodri Davies... A force, sont bien mis au jour des points essentiels : volonté de « sonner électronique » en usant d’instruments classiques ou intérêt revendiqué pour le silence. Et puis voici que Krebs précise « quiet volume » quand Schick conseille « play it loud ». La scène est irréconciliable, si elle est celle d’une époque et d’un lieu ; sa musique seule est d’importance.

Burkhard Beins, Christian Kesten, Gisela Nauck, Andrea Neumann (Ed.) : Echtzeitmusik Berlin. Selbstbestimmung einer szene / Self-defining a scene (Wolke Verlag / Metamkine)
Edition : 2011.
Livre
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Diego Chamy : The Intelligent Dancer (Absinth, 2011)

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Pour avoir, peut-être, abandonné les percussions, Diego Chamy s’est mis à bouger autrement. En tenue légère souvent (survêtement ou caleçon et tee-shirt ou encore tee-shirt seulement), affublé d’une peau de coussin gonflable ou d’un ordinateur qui pourra diffuser un vieil air de variété, Chamy s’est mû. Il s’est mû, enfin, seul sinon en compagnie de Tamara Ben-Artzi ou Vered Nethe ou aux côtés d’anciens partenaires d’improvisation (parmi ceux-là, The Intelligent Dancer donne à voir et à entendre Axel Dörner, Robin Hayward, Christof Kurzmann et Nikolaus Gerszewski).

Face au public, les réactions de Chamy sont nombreuses et forcément inattendues : l’affrontement silencieux, la pose insistante, la danse contrefaite ou amorphe, le discours toujours empêché, la disparition jamais définitive… Parfois il y a contact avec l'autre, d’autres fois Chamy se retrouve seul : aux côtés de Dörner, il balbutie à n’en plus pouvoir devant l’indifférence d’une mécanique à pistons lorsque son corps ne s’interpose pas tout bonnement lorsqu’il s’agit de rivaliser de présence ; ailleurs, on le trouve empêtré dans un discours (bribes d’espagnol qui tournent en rond), dans l’impossibilité de se faire comprendre puisque, toujours, ses invectives peinent à dire.

Ne reste donc à Chamy que le geste, le retour au geste : le « danseur intelligent » qu’il est n’est pas plus provocateur (malgré les apparences) qu’en recherche constante et sérieuse de contacts divers – lorsqu’ils s’occupent de la musique, ses partenaires sont imperturbables. Alors il se déshabille pour faire fondre la glace, mais en réalité brûle les étapes et fait naître une gène qui, pour disparaître, devra attendre que débute une « véritable » danse. Enfin, Chamy s’y colle : sa danse est une poésie qui cherche ses gestes.

Diego Chamy : The Intelligent Dancer (Absinth / Metamkine)
Enregistrement : 2007-2008. Edition : 2011.
DVD : 01/ Tamara Ben-Artzi (dance) & Diego Chamy (dance) : NPAI Festival, Le Retail, France, 2007 02/ Diego Chamy solo (dance) : Play, Tel Aviv, 2007 03/ Axel Dörner (trumpet) & Diego Chamy (dance) : Labor Sonor, KuLe, Berlin, 2008 04/ Axel Dörner (trumpet) & Diego Chamy (dance) : Die Remise, Berlin, 2008 05/ Nikolaus Gerszewski (piano), Diego Chamy (dance) & Vered Nethe (stage) : Stralau 68, Berlin, 2007 06/ Nikolaus Gerszewski (acoustic guitar) & Diego Chamy (dance) : Miscelänea, Barcelona, 2008 07/ Robin Hayward (tuba) & Diego Chamy (dance) : Dock11, Berlin, 2008 08/ Christof Kurzmann (laptop, clarinet) & Diego Chamy (dance) : Una.Casa, Buenos Aires, 2008 +/ Bonus Features : Diego Chamy & Vered Nethe’s complete video works 2007: To Ludger Orlok, The Cake, Vered What Are You Doing & Dory
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Fages, Hayward, Veliotis : Tables and Stairs (Organized Music from Thessaloniki, 2011)

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Inviter trois personnalités telles que Ferran Fages (ici aux ondes sinusoïdales), Robin Hayward (tuba) et Nikos Veliotis (violoncelle), d’agir en concours de discrétions, tel était l’enjeu de Tables and Stairs – titre évoquant peut-être l’appartement athénien dans lequel ce concert a été enregistré.

Sur une note longue, le tuba l’emporte d’abord mais oscille bientôt, amoindri par de premières ondes filigranes. L’archet ajouté, le premier moment du discours musical choisit de tout tirer non vers le bas mais vers le grave. Le reflet, ensuite : à la même place mais sur plan inversé, les instruments accrochent haut leurs notes, dans des gestes amples, jusqu’à ce que perce un silence.

A Fages, alors, de siffler l’instant de la reprise. Tables and Stairs jouera de soupçons et de redites pour prouver que les sons n’existent pas qu’à fort volume, qu’ils peuvent même se faire entendre davantage tandis qu'ils s'effacent : une histoire de souvenir et de silence à suivre que Fages, Hayward et Veliotis servent, ainsi donc ensemble aussi bien que séparément, avec un à-propos superbe.

Ferran Fages, Robin Hayward, Nikos Veliotis : Tables and Stairs (Organized Music from Thessaloniki)
Enregistrement : 27 juin 2010. Edition : 2011.
CD : 01/ Tables and Stairs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Alvin Lucier : Almost New York (Pogus, 2010)

almostgrisliAlvin Lucier a toujours nourri ses compositions des phénomènes acoustiques les plus difficiles à déceler (pour l’auditeur lambda, surtout). Hier à l’aide d’instruments électroniques ou même non-musicaux. Aujourd’hui comme sur Almost New York en utilisant des instruments plus traditionnels : violoncelle (Charles Curtis), piano (Joseph Kubera), flûte (Robert Dick), vibraphone (Danny Tunick) et tuba (Robin Hayward).

Il faut d’abord conseiller d’écouter ces deux disques au casque (rapport aux phénomènes acoustiques dont je parlais plus haut). Ensuite, il faut se laisser prendre par les notes d’un piano, transformées d’autant plus qu’elles s’éloignent du début de la partition. On ne sait pas ce qui fait vibrer ces notes, ce qui les étouffe, quel esprit les double, les prolonge, les cisèle, les lubrifie, les font disparaître… Peut-être cela est-il dû aux silences qui les séparent ? Peut-être à leur multiplication à cause de l’arrivée en renfort des autres musiciens ?

Réunis, ils se passent le relais avant de se hisser les uns sur les autres. Le vibraphone fait entrer ses réverbérations dans le jeu, la flûte tombe, se relève et tombe encore une fois. Plus tard, c'est-à-dire sur le deuxième CD, le tuba sera seul et dansera avec la même lenteur. Hayward se fondra dans la partition de Lucier avec une pondération de bon micro-ton. La musique est automnale, le texte musical est fait pour l’essentiel d’une fine ponctuation et New York est « Almost » parce qu’Alvin Lucier a trouvé en périphéries de quoi faire preuve de son urbanité.

Alvin Lucier : Almost New York (Pogus / Metamkine)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ Townings 02/ Almost New York 03/ Broken Line – CD2 : 01/ Coda Variations
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Roberto Fabbriciani, Robin Hayward : Nella Basilica (Another Timbre, 2010)

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Les deux se sont rencontrés en Toscane dans un Ensemble consacré au répertoire de Luigi Nono. Aujourd’hui, ils improvisent en duo : le trombone de Robin Hayward est « microtonal » et les flûtes de Roberto Fabbriciani sont « bass, contrebass & hyperbass ».

Là où l’on parle de Nella Basilica, des mètres et des mètres de tubes de cuivre forment un modèle réduit de Beaubourg. Dans ses couloirs, des centaines de vents se frôlent et font naître des voix caverneuses qui multiplient les ordres. Car l’ingénierie ne peut s’en passer si elle veut que ses tentatives expérimentales soient ingénieuses à la fin des fins. Et celle de Fabbriciani et Hayward donne des gages de solidité : il n’y a qu’à entendre les chocs qui secouent la structure ; la carcasse vacille mais elle n’a rien à craindre. Les fresques qui décorent son intérieur y sont à l’abri : c’est en fait Cimabue au Centre Pompidou.


Roberto Fabbriciani, Robin Hayward, Nella Basilica (extrait). Courtesy of Another Timbre.

Roberto Fabbriciani, Robin Hayward : Nella Basilica (Another Timbre / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Nella Basilica 02/ Adagio 03/ Riflessione 04/ Colori du Cimabue 05/ Arezzo
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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