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Le son du grisli
25 juin 2009

Sonic Youth : The Eternal (Matador, 2009)

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En près de trente ans, Sonic Youth, a réussi à installer son identité singulière, imposé sa marque en jouissant d’une honnête liberté d’action sans trop céder aux facilités permises à un groupe qui fait figure d’exemple dans le domaine d’un rock que l’on appelait hier encore indépendant. Sonic Youth n’a pas cédé, n’a pas été dissous pour être plus tard reformé – comme beaucoup d’autres formations jadis excellentes aussi – au son des guitares sous effets de musiciens fatigués par la retraite.

Le souci, maintenant, est justement pour eux de trouver encore à dire : pas forcément autrement, mais encore, même si, comme à chaque fois que paraît un nouvel enregistrement du groupe, ne manqueront pas d’abonder en articles qu’on leur consacrera les termes pourtant bien usés de « jeunesse éternelle », « jouvence » ou « renaissance ». Bref, chaque album à sortir atteste le mieux-être d’un groupe dont personne n’avait pourtant osé douter plus tôt de la forme – de l’âge, à peine. 

Avec The Eternal, les presque mêmes méthodes, et puis la même chanson : Sonic Youth donne là une preuve indubitable d’inspiration – surtout comparée à celle dont peinent à jouir leurs suiveurs de cadets, s’il faut préciser les choses. Pourtant, The Eternal répète ce qu’ont déjà dit chacune des références de sa discographie de ces dix dernières années : de grands titres confortent sa majesté, voire attestent sa capacité à créer encore (Calming The Snake, Anti-Orgasm), quand d’autres noient l’ensemble sous des mélodies indignes ou factices et les manières quelques fois irritantes de Thurston Moore chanteur (Antenna, Poison Arrow, Thunderclap for Bobby Pyn, No Way). L’histoire du groupe faisant que le fidèle relativisera les écarts dommageables pour se lover au creux de plages sonores qui relèvent de leurs trouvailles des thèmes une fois sur deux trop minces, et The Eternal pourra être qualifié de bon disque : comme tous ceux de Sonic Youth, quels que soient leurs défauts, quelles que soient leurs longueurs.

Sonic Youth : The Eternal (Matador / Beggars)
Edition : 2009.
CD : 01/ Sacred Trickster 02/ Anti-Orgasm 03/ Leaky Lifeboat (For Gregory Corso) 04/ Antenna 05/ What We Know 06/ Calming The Snake 07/ Poison Arrow 08/ Malibu Gas Station 09/ Thunderclap for Bobby Pyn 10/ No Way 11/ Walkin Blue 12/ Massage The History
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Sonic Youth

20 mai 2009

Musique pour statues menhirs (Arbouse - 2009)

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Pour sortir un peu les statues menhirs du musée archéologique de Rodez de leur environnement maintenant quotidien, le label Arbouse invita une vingtaine de musiciens à leur composer d’autres paysages, enfermés sur deux disques. 

Inaugurant les travaux, Christian Fennesz peint une musique d’éveil à la masse imposante, oscillations adéquates au transport délicat requis par des pièces de taille et toise sous laquelle devront passer les autres intervenants. Parmi ceux-là, quelques figures capables d’accorder avec pertinence leur singularité au propos du jour (David Daniell, Benoît Pioulard, Sylvain Chauveau, Jasper TX), d’autres répétant leurs façons de faire (Mapstation, Mira Calix, Astrïd), tandis que quelques derniers s'égarent en individualistes grossiers (Parlour, Greg Davis, Melodium, Vs_price) et, par là même, scellent encore davantage les statues au sol de béton du Musée Fenaille.

Malgré eux, Musique pour statues menhirs parvient dans son ensemble à profiter des charmes d’une ambient réconciliatrice à laquelle se seront appliquées les postures changeantes d’adeptes de folk, de pop, d’electronica ou d’expérimentations légères.

CD1: 01/ Christian Fennesz, Sundial 02/ Rafael Anton Irisarri, Still 03/ Parlour, A Permanent Might 04/ David Daniell, Pillar 05/ www.lowman, Excerpt 2/3 06/ Serafina Steer, I Guess This Is Yours That You 07/ Benoit Pioulard, Je resterai ici tandis que 08/ John Hughes, BC Drone 09/ Astrïd, High Blues 10/ Zelienople, The Light No One Knows - CD2: 01/ Sylvain Chauveau, La chanson des pierres 02/ Jefre Cantu-Ledesma, The Iron Age 03/ Greg Davis, All Things Change 04/ Schneider TM, Statues Menhirs TM 05/ Orla Wren, The Climbing Rope 06/ Mapstation, Les tailleurs de pierre 07/ Melodium, Filitosa 08/ Mira Calix, In A Stony Place 09/ Nathan Bell, Portrait of An Ice Age 10/ VS_price, Arénite 11/ Jasper TX, Open Field >>> Musiques pour statues menhirs - 2009 - Arbouse Recordings.

12 février 2009

Dans les arbres : Dans les arbres (ECM, 2008)

dans les arbres ecm 2008

Dans les arbresIvar Grydeland (guitare) et Ingar Zach (percussions), Christian Wallumrød (piano) et Xavier Charles (clarinette, harmonica) – s’occupait en 2006 de l’enregistrement d’un disque du même nom, qui convaincra peut-être ECM de faire davantage confiance à la jeunesse.

Développant huit improvisations lentes, les musiciens réaffirment leur intérêt pour une musique qu’ils défendirent déjà, ensemble ou séparément : ambient acoustique en dérive sur laquelle se chevauchent les cordes défaites de Grydeland (L’indifférence), les longues notes de clarinette de Charles (La froideur), les interventions réfléchies de Zach et les trouvailles faites par Wallumrød, inspiré encore par le fantôme de John Cage. De Somnolence en Retenue, la progression, horizontale, hésite parfois : entre élans répétitifs et déconstructions lasses, minimalisme enflé (sur Le détachement, seul morceau ayant du mal à convaincre) et glissements atmosphériques d’envergure, qui bientôt embrassent l’ensemble de l’ouvrage.

Dans les arbres : Dans les arbres (ECM / Universal)
Enregistrement : 2006. Edition : 2008.
CD : 01/ La somnolence 02/ L'indifférence 03/ Le flegme 04/ L'engourdissement 05/ Le détachement 06/ La froideur 07/ L'assoupissement 08/ La retenue
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 avril 2009

Paul Dunmall: Ancient and Future Airs (Clean Feed - 2009)

Sungrislet

Au Vision Festival, Paul Dunmall (saxophone ténor, cornemuse) mettait en 2008 son Sun Quartet au service d’Ancient and Future Airs.

Assisté de Tony Malaby (saxophone ténor), Mark Helias (contrebasse) et Kevin Norton (percussions), Dunmall installait Ancient Airs, surtout, sous la coulpe d’un climat intense : cinquante minutes, alors, d’un duo de ténors vibrionnant, avant que le leader dessine à la cornemuse une ligne de partage aux faux airs incommodes,  après laquelle le quartette s’en remettra à son atmosphère insondable, porté ici par la batterie, là par le vibraphone de Norton.

Dix minutes à peine, ensuite, en guise de Future Airs : le temps d’un rappel assemblant d’autres couleurs sorties du vibraphone et un saxophone plus hésitant, rejoint par un second : ensemble, Dunmall et Malaby s’occupent alors de rendre la sonorité d’une chape mouvante, au retentissement monumental.

CD: 01/ Ancient Airs 02/ Future Airs >>> Paul Dunmall Sun Quartet - Ancient and Future Airs - 2009 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International.

Paul Dunmall déjà sur grisli
There's No Going Back Now (Cuneiform - 2006)
In Your Shell Like (Emanem - 2004)
Bridging The Great Divide Live (Clean Feed - 2003)

12 mars 2009

Spectra, Guitar in the 21st Century (Quiet Design - 2009)

spectragrisli

Traiter d’une compilation revient à distribuer quelques bons points pour regretter ailleurs la timidité d’un propos ou souligner le creux d’un discours. Proposant huit manières internationales d’aborder l’instrument guitare en ce début de siècle, Spectra, Guitar in the 21st Century n’échappe pas à la règle.

Plus ou moins (quand même un peu) connus, les participants s’affairent donc à en démontrer différemment : peu inspirés, certains se contentent de divagations introspectives qui les satisfont (folk plus enivrée qu’enivrante de Jandek, arpèges cristallins d’Erdem Helvacioğlu qui renvoient le siècle nouveau aux pires heures musicales du précédent : décennie de Francis Lai) ; légèrement plus, d’autres superposent les lignes évanescentes d’un jeu de guitares assisté par ordinateur (tièdes Sebastien Roux et Kim Myhr, Duane Pitre et Mike Vernusky plus méritants).

Alors, les bons points : distribués à Tetuzi Akiyama, dont la guitare folk porte haut des désillusions de cordes lâches et d’accords incomplets en s’autorisant tous les silences ; à Cory Allen, qui poursuit avec Fermion une œuvre de claustrophobie révélée sur The Fourth Way ; à Keith Rowe, enfin, qui transporte râles étouffés et dérapages crachant sur un emblématique Fragment from a Response to Cardew’s Treatise. Trois preuves données de l’art sinon nouveau du moins captivant d’un instrument qui apprend, avec le temps, à faire confiance à ses possibilités non-démonstratives, à ses à-côtés aux ombres expressives.


Cory Allen, Fermion (extrait).


Tetuzi Akiyama, Three Small Pieces (extrait). Courtesy of Quiet Design.

CD: 01/ Tetuzi Akiyama : Three Small Pieces 02/ Sebastien Roux + Kim Myhr : Six 03/ Mike Vernusky : Mylah 04/ Duane Pitre : Music for Microtonal Guitars and Mallets [edit] 05/ Cory Allen : Fermion 06/ Erdem Helvacioğlu : The End of the World 07/ Keith Rowe : Fragment from a Response to Cardew’s Treatise 08/ Jandek : The World Stops >>> Spectra, Guitar in the 21st Century - 2009 - Quiet Design.

8 décembre 2008

Atomic, School Days: DISTIL (Okka Disk - 2008)

AtomicGrisli

Une autre fois, Atomic rencontrait School Days – Green Mill, Chicago, en 2006. DISTIL, ouvert d'abord aux sons d'un post-bop croulant sous les interventions trop démonstratives du vibraphoniste Kjell Nordeson, mais rattrapé bientôt avec application par Paal Nilssen-Love, qui impose de lents et denses développements rythmiques approuvés par le pianiste Hävard Wiik puis gonflé des charges de soul intempestives commandées par Ken Vandermark, Jeb Bishop et Magnus Broo.

Irrémédiablement, d'autres encombrements convulsifs (Visitors) et un jazz made in Chicago imposé aux Scandinaves (Dark Easter) : entre swing et déconstructions, polymorphe, l'association trouve une suite bravache à lui aller (Andersonville) avant d'investir le champ d'un lyrisme avide de montées en puissance (saxophone baryton de Vandermark et clarinette basse de Fredrik Ljungkvist) et de redescentes accordées, fait désormais habituel terrain d'entente.

CD1: 01/ Deadline 02/ Irrational Ceremony 03/ Visitors 04/ Dark Easter – CD2: 01/ Andersonville 02/ Fort Funston 03/ Closing Stages 04/ Ghosts and Spirits 05/ Bunuel at the Cocktail >>> Atomic, School Days - DISTIL - 2008 - Okka Disk. Distribution Improjazz.

13 janvier 2009

Cannonball Adderley : Live in ’63 (Naxos, 2008)

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Poursuivant son œuvre d’archivage de films donnant à voir de grands noms du jazz donner des concerts en Europe, la série Jazz Icons publiait en fin d’année dernière sept nouveaux titres, dont un consacré à Cannonball Adderley.

En 1963, le saxophoniste se produit notamment à Lugano et Baden-Baden : en quintette, dans lequel rivalisent de présence Nat Adderley, Joe Zawinul et Yusef Lateef. Ce-dernier, de se voir confier quand même l’attention privilégiée du leader : rendant presque à lui seul la mélodie d’Angel Eyes ou tempêtant sur Jessica’s Day. Ailleurs, le hard bop ciselé du groupe (Jive Samba, Work Song) et un grand hommage adressé par Adderley à Coltrane : Brother John, sur lequel Lateef intervient à la musette en qualité d’idéal intermédiaire de circonstance.

Cannonball Adderley : Live in '63 (Naxos / Abeille)
Edition : 2008.
DVD : 01/ Jessica’s Birthday 02/ Angel Eyes 03/ Jive Samba 04/ Bohemia After Dark 05/ Dizzy’s Business 06/ Trouble in Mind 07/ Work Song 08/ Unit Seven 09/ Jessica’s Birthday  10/ Brother John 11/ Jive Samba
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 novembre 2008

Richard Pinhas, Merzbow: Keio Line (Cuneiform - 2008)

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L’avenir réservait donc des surprises : parmi celles-là, la rencontre de Richard Pinhas (Heldon) et Masami Akita (Merzbow), vétérans d’une internationale bruitiste et héros pas fatigués d’en entendre.

Déposant en prenant son temps d’autres amalgames insatiables de notes de guitare allongées, le duo s’engage sur la voie d’un psychédélisme éloquent mais vain, parce que toujours insatisfait de ses trouvailles superbes (déflagrations sonores et méandres mis au jour) comme de ses déroutes : turbulences gâchées par un effet de guitare trompeur ou beat parfois suranné revendiquant son droit à polluer l’entier espace sonore.

Deux disques recommandables, pourtant, parce que l’essentiel de Keio Line est à trouver dans son développement sinueux, qu’il faut suivre – regretter telle décision pour succomber à telle autre – et suivre encore, pour se rendre enfin compte que chaque écoute permet d’entendre autrement.

Richard Pinhas, Merzbow : Keio Line (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD1 : 01/ Tokyo Electric Guerilla 02/ Ikebukuro : Tout le monde descend ! 03/ Shibuya AKS - CD2 : 01/ Merzdon / Heldow Kills Animals Killers 02/ Chaos Line 03/ Fuck the Power (and Fuck Global Players)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 juin 2007

Return of the New Thing: Crescendo (Not Two - 2005)

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(Em)Porté par le saxophoniste Jean-Luc Guionnet et le violoniste et pianiste Dan Warburton, Return of the New Thing adressait en 2005, avec Crescendo, un hommage créatif aux figures anciennes de la Nouvelle Chose.

Lentement ouverte, 35’31 combine ensuite un free chargé sur lequel Guionnet et Warburton (au piano) excellent, insistants, répétitifs ou fulgurants, et quelques plages plus calmes, qui convoquent un drone sorti d'un violon ou une note répétée par la contrebasse de François Fuchs.

Plus balancé encore, 25’11 dispose le piano en retrait pour permettre au soprano des fulgurances remarquables, avant que le groupe ne s’adonne à un swing échevelé, qui ramasse, aidé par la précision du batteur Edward Perraud, les intentions expérimentales pour les présenter plus nettement. Exigences plus présentables, mais toujours aussi efficaces.

Dans les pas de l’œuvre (trop courte, en leader) de Sunny Murray, Return of the New Thing a prouvé avec Crescendo l’acuité d’un discours qui aurait tenu, chez d’autres, de l’appropriation illégitime.

CD: 01/ 35'31 02/ 25'11

Return of the New Thing - Crescendo - 2005 - Not Two Records. Import.

27 juin 2008

Marc Pichelin, Xavier Charles, Ivar Grydeland: North of the North (Sofa, 2008)

marc pichelin xavier charles uvar grydeland north of the north

Les field recordings de Marc Pichelin nous parlent d’un voyage qu’il a fait en Norvège : North of the North, de rendre une variation de bruits valant souvenirs ayant à entendre avec les transports empruntés ou la faune croisée à l’occasion, à qui quelques larsens disputeront bientôt l’endroit : « Nous glissons quelques sons dans les plissures des vagues », écrit Pichelin en guise d'explications.

Puisque la clarinette de Xavier Charles fomente bientôt d’autres souffles à aller à de plus naturels. Puisque les deux hommes réduisent ensuite la nature au statut de simple intervenant avant d'improviser en compagnie du guitariste – ici au banjo – Ivar Grydeland : enregistrements d’atmosphères juxtaposés bientôt à une création spontanée. Inspiré jusqu'à la réussite. 

Marc Pichelin, Xavier Charles, Ivar Grydeland: North of the North
Sofa
Edition : 2008.
CD : 01/ Bateau de pêche 02/ Le port 03/ Bord de Route 04/ Trois bords de mer 05/ Travelling sur le pont d’un ferry boat 06/ Du vent du nord 07/ West of the North 08/ East of the North 09/ South of the North 10/ North of the North
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

22 mai 2006

Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem, 2006)

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Invitée par le percussionniste américain Gino Robair à venir improviser de l’autre côté de l’Atlantique, la tromboniste anglaise Gail Brand dresse sur Supermodel Supermodel un abrégé d’improvisation expérimentale à la fois savante et efficace.

Prenant le dessus sur ses partenaires dès Naomi Naomi, l’invitée profite des avantageuses libertés que lui offre le quartette emmené par Robair. Intensément, elle se glisse parmi les passages d’électronique angoissée de Tim Perkis (Twiggy Twiggy) ou lutte contre les éléments divers, entassés là pour la contrarier (Iman, Iman).

S’il lui arrive de faire référence à quelques figures incontournables du genre – Brand rappelant Paul Rutherford ici (Elle Elle), Robair, Louis Moholo ailleurs (Claudia Claudia) -, la musique improvisée s’empare naturellement d’autres manières pour fleurir son propos : electronica expérimentale (déferlantes sifflantes de Perkis sur Cindy Cindy), bruitisme (rendu surtout par la guitare de John Shiurba sur Kate Kate) et excentricités contemporaines (la contrebasse préparée de Matthew Sperry, sur Christy Christy, notamment).

Voilà sans doute où réside le charme de Supermodel Supermodel, disque capable de faire naviguer une improvisation parfois rabâchée entre les deux eaux clairvoyantes d’une électroacoustique noble (Linda Linda). D’une modernité rare, parce que véritable.

Gail Brand : Supermodel Supermodel (Emanem / Orkhêstra International)
Edition : 2006.
CD : 01/ Naomi Naomi 02/ Christy Christy 03/ Christie Christie 04/ Twiggy Twiggy 05/ Tyra Tyra 06/ Stephanie Stephanie 07/ Cindy Cindy 08/ Iman Iman 09/ Kate Kate 10/ Kathy Kathy 11/ Elle Elle 12/ Linda Linda 13/ Claudia Claudia
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 avril 2008

Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row, 2008)

ornette coleman live in paris 1971

Sur ce disque : Dewey Redman, Charlie Haden, et Ed Blackwell, en membres du quartette d’Ornette Coleman, de passage à Paris à l'occasion d'une courte tournée européenne organisée en novembre 1971 (dont les seules dates connues sont celles des arrêts à Belgrade et Berlin).

Sur une scène toujours non identifiée, mais devant un public conséquent, Coleman commande d’autres libertés entre l’introduction et la conclusion des thèmes, sur lesquelles il fait mine de s’accorder avec Redman. Alors, les instruments à vents (trompette et alto contre ténor et musette – Coleman quand même plus bavard) se livrent à la surenchère sur une section rythmique éclatée (Street Woman), ou éfidient une grande œuvre de free exacerbé sur laquelle les cordes ajoutent au propos déjà soutenu les effets bruitistes qu’elles tirent d’une soudaine expérience électrique (Rock the Clock).

Entre les deux, les saxophones dérivent au gré des coups jubilatoires que porte Blackwell (Summer Thang), ou s’opposent : l’un osant l’expression lyrique pour répondre à la progression à étages de l’autre. Et lorsqu’il arrive à l'auditeur de craindre l'uniformité, voici le propos revigoré par une proposition que l’on n’attendait pas, que l’on n’avait même pas vu venir. La science d’Ornette Coleman, et de sidemen hors-pairs, portés par les promesses de l'enregistrement, quelques jours auparavant, de l'album Science-Fiction.

Ornette Coleman : Live in Paris 1971 (Jazz Row)
Enregistrement : novembre 1971. Edition : 2008.
CD : 01/ Street Woman 02/ Summer Thang 03/ Silhouette 04/ Rock The Clock
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 avril 2006

Pan American : For Waiting, For Chasing (Mosz, 2006)

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For Wainting, For Chasing est le cinquième album de Mark Nelson (Labradford) publié sous le nom de Pan American. En compagnie de Steven Hess (percussions) et David Max Crawford (bugle), il échafaude ici une ambient des derniers jours, bruitiste et enveloppante, qu’il décide d’effriter peu à peu.

Partout, le même canevas de départ : une progression indescriptible de nappes sonores, sur lesquelles viendront se greffer field recordings, constructions d’électronique minimaliste, interventions au bassStation, craquements et aigus divers. D’un morceau à l’autre, les variations sont rares, tenant ici de l’usage de la réverbération (Dr. Christian), là de la redite d’un mini gimmick fait unique option d’évolution (Are You Ready ?).

Au gré de crescendos et de leurs contraires, Nelson donne avec mesure dans une musique atmosphérique loin d’être limpide, assez proche de celle que fabrique Rafael Toral. Pièces climatiques peintes au lavis, toutes sauf Ammuls refusent le recours à une mélodie assumée. Ammuls, où en guise de conclusion Nelson autorise une combinaison discrète de notes reconnaissables à filtrer enfin.

Menée jusqu’à son terme, l’évidence révèle la traversée de zones de perturbations voilées. Expérience insoupçonnable qui rassure autrement qu’en prévenant des risques.

Pan American : For Waiting, For Chasing (Mosz / La baleine)
Edition : 2006.
CD : 01/ Love Song 02/ Are You Ready? 03/ Dr. Christian 04/ Still Swimming 05/ From Here 06/ The Penguin Speaks 07/ Amulls
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
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10 avril 2008

Dan Warburton, Fred Goodwin : Compendium Maleficarum III (Incunabulum Records - 2008)

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Née de la rencontre du violoniste Dan Warburton et du poète et chanteur Frederick Goodwin, Compendium Maleficiarum III est une œuvre expérimentale et différente, qui aura mis vingt ans à se construire à force de faire appel aux sorcières et de ne trouver de véritable soutien qu’auprès de musiciens.

Parmi ceux-là : Jac Berrocal, Jean-Luc Guionnet, Philip Samartzis, Aki Onda ou Bruno Mellier, qui interviennent à distance sur des collages qui convoquent voix et souffles, grincements et battements de cœur, chiens aboyant et chocs sourds. Délicatement, chaque instrument se fond dans le bréviaire surréaliste et envoûté, investit un univers parallèle, celui d’un Eraserhead obnubilé par l’Enfer de Dante, que révèlent les mots de Goodwin, qui préfère distribuer les indices plutôt que de s’acharner à démontrer. 

Peu engageante mais rare, l’expérience en devient nécessaire, grâce à la mesure qu’elle applique à toute chose, si ce n’est à l’angoisse qu’elle distille.

CD: 01/ id 02/ McLean Hospital 03/ Hells Angels in a Bar 04/ Woyzeck in Limbo 05/ Atheist 06/ Woyezck in the Inferno 07/ Cannibal Rector 08/ The Cardinal 09/ The Cardinal 10/ Virgil’s Cow 11/ Ophelia 12/ Violence 13/ McGowan’s Bull 14/ Loose Strife 15/ The Crows 16/ The Porno Booth 17/ The Death Camps 18/ Dr. Death 19/ A History Primer

Dan Warburton, Fred Goodwin - Compendium Maleficiarum III - 2008 - Incunabulum Records. Distribution Orkhêstra International.

3 avril 2006

Alan Silva: Take Some Risks (In Situ - 1990)

silva

Contrebassiste averti auprès de Cecil taylor, Albert Ayler ou Frank Wright, Alan Silva est plus encore ce multi instrumentiste rassembleur qui dirigea, dès 1969, le Celestrial Communication Orchestra - ensemble musical idéal dont les membres rivalisaient de charisme sans paraître y toucher (Anthony Braxton, Grachan Moncour III, Malachi Favors, Dave Burrell, Leroy Jenkins, etc.). L’époque des grandes heures du free révolue, Silva pourra revenir aux formations réduites.

Comme ce 23 novembre 1986, à la Galerie parisienne Maximilien Guiol. Introduisant en compagnie du batteur Roger Turner une progression longue et multiforme, Silva trace des parallèles mélodiques avec chacun de ses partenaires - Didier Petit au violoncelle, Bruno Girard au violon, puis Misha Lobko aux clarinettes – avant d’engager le quintette à se laisser plus amplement aller.

Alors, les musiciens traînent le long d’une route non balisée, donnant ici dans la répétition, là dans la cacophonie expiatoire, dérivant entre free jazz, musiques contemporaine et nouvelles. En improvisateurs chevronnés, Silva et Turner mènent à propos un concert qui, sans en prendre les airs, a tout de la délicatesse.

Présente encore davantage sur la deuxième piste, celle-ci, qui accommode savamment les percussions extatiques et les rebonds auxquels s’adonnent les graves de la clarinette basse et de la contrebasse. Le temps d’une fulgurance, concentrée et abrupte. Conclusion distinguée et façon comme une autre de sceller l’évolution gérée ingénieusement.

CD: 01/ 01 02/ 02

Alan Silva - Take Some Risks - 1990 - In Situ. Distribution Orkhêstra International.

20 mars 2006

Loose Fur: Born Again in the USA (Drag City - 2006)

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Deuxième album en commun pour les échappés de Wilco - Jeff Tweedy et Glenn Kotche - et l’électron presque libre Jim O’Rourke, Born Again in the USA sonne des retrouvailles plus ou moins heureuses entre les 3 hommes et leurs fantômes respectifs.

Donnant souvent dans le mélange du rock et d’une country allant jusqu’aux sifflements, Loose Fur a l’excellente idée de décomplexer son parti pris à mesure que défile l’album. Lancé sur un rythme poussif et clinquant (Hey Chicken, The Ruling Class), le trio profite de compositions d’O’Rourke pour imposer des arrangements plus convaincants : instillant une longue plage instrumentale à une rengaine folk (Apostolic), adressant un clin d’œil amusé à Burt Bacharach (Thou Shalt Wilt), ou tissant sans en avoir l’air une chanson étrange posée sur canevas atmosphérique, complexe et admirable (Wreckroom).

Moins ambitieux, les musiciens pourront aussi se contenter d’un rock nerveux sans identité (Stupid as the Sun) ou d’une miniature pop par trop légère (Wanted). Noieront ailleurs un instrumental qui avait pourtant bien commencé sous le lyrisme ronflant d’un piano plus que dispensable (An Ecumenical Matter).

Ainsi, Born Again in the USA reste à sa place : celle, habituelle, d’un disque de Jim O’Rourke, capable d’excellence et de mièvrerie fade tout à la fois. Certains se satisferont de la première quand il s’agira pour d’autres de compléter une collection.

CD: 01/ Hey Chicken 02/ The Ruling Class 03/ Answers to your Questions 04/ Apostolic 05/ Stupid as the Sun 06/ Pretty Sparks 07/ An Ecumenical Matter 08/ Thou Shalt Wilt 09/ Wreckroom 10/ Wanted

Loose Fur - Born Again in the USA - 2006 - Drag City. Distribution Discograph.

5 février 2008

Sun Ra: Some Blues But Not The Kind Thats Blue (Atavistic - 2007)

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Publiée par Saturn en 1978, voici rééditée par le label Atavistic la somme d’interprétations rares qu’est Some Blues But Not The Kind Thats Blue – standards et compositions du pianiste enregistrés à neuf ou dix en 1977 –, augmentée de deux versions de I’ll Get By, enregistrées en trios en 1973.

D’un amas d’instruments geignant parvient d’abord à s’extirper le thème de Some Blues qu’impose un piano leste, attentif aux solos – instruments pas tous à la même distance du micro – de John Gilmore, Marshall Allen  et Akh Tal Ebah. Traités avec grâce, ensuite : le thème de My Favorite Things : instruments à vents (dont le ténor rauque de Gilmore) portés par l’accompagnement sombre du leader ; celui de Nature Boy, évoqué par les arpèges de piano puis croulant sous les dissonances dues aux flûtes.

Et puis, I’ll Get By, deux fois interprétée : par Sun Ra à l’orgue, Ronnie Boykins et Akh Tal Ebah, version au cool décalé un peu par l’intervention d’un clavier parfois excentrique ; par un second trio, ensuite, Gilmore remplaçant le trompettiste et mesurant ses écarts pour ne pas trop rompre avec les intentions convenables. Autant d’atouts en faveur d’une autre réédition, d’un autre document d’importance.


Sun Ra, I'll Get By. Courtesy of Atavistic.

CD: 01/ Some Blues But Not The Kind Thats Blue 02/ I’ll Get By 03/ My Favorite Things 04/ Untitled 05/ Nature Boy 06/ Tenderly 07/ Black Magic 08/ I’ll Get By 09/ I’ll Get By

Sun Ra - Some Blues But Not The Kind Thats Blue - 2008 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International. 

11 mars 2008

Jackie McLean, Freddie Redd : The Connection (Efor Films, 2007)

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Pièce grinçante du Living Theatre transposée au cinéma par la réalisatrice Shirley Clarke, The Connection raconte un soir d'octobre 1961 qu'un réalisateur de documentaire passe en compagnie de marginaux dans un appartement délabré de New York. Parmi ceux-là : Jackie McLean et Freddie Redd.

Comblant comme ils peuvent le temps qui les sépare de leur prochaine prise, les sujets vont de tensions inhérentes au manque en contemplations inquiètes, le tout au son du jazz que jouent quatre des leurs: McLean et Redd, donc, mais aussi le contrebassiste Michael Mattos et le batteur Larry Ritchie. Les paroles, parfois, se mêlent à la musique ; d'autres fois, le film concentre toutes ses attentions à la répétition des musiciens. Interprétant des thèmes que Redd avait écrit spécialement pour la pièce – et enregistré dès 1960 pour le compte de Blue Note , le quartette sert un bop confronté aux dissonances de l'alto et déploye pour l'occasion un sens amusé de la comédie : impassible, la section rythmique dépose les cadres, quand l'agacement du pianiste contraste avec l'espièglerie de McLean. Alors, sous l'oeil des caméras, le groupe transforme l'attente en moment musical inespéré, et place The Connection entre Shadows et Straight No Chaser dans la liste des films incontournables consacrés au jazz.

Jackie McLean, Freddie Redd - The Connection - 2007 - Efor Films. Distribution Night & Day.

10 mars 2008

Doppelmoppel : Outside This Area (Intakt, 2008)

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Née en 1982, Doppelmoppel est une formation réunissant deux guitaristes (Uwe Kropinski et Joe Sachse) et deux trombonistes (Conny et Johannes Bauer), qui enregistraient en 2007 leur troisième disque seulement.

Caractéristiques rares, donc, comme celles de la musique improvisée à laquelle renvoie Outside This Area, faite de réminiscences éclatées : swing autant que déconstruction, rock bruitiste et sérénade carioca. Grâce à l’intensification des échanges et au choix de plus en plus affirmé d’abandonner peu à peu un lyrisme qui le rassure mais le perd aussi, Doppelmoppel parvient à édifier un mélange original et opérant.

CD: 01/ Walk 1 02/ Walk 2 03/ Walk 3 04/ Walk 4 05/ Walk 5 06/ Walk 6 07/ Walk 7 08/ Walk 8 09/ Walk 9 10/ Walk 10 11/ Walk 11

Doppelmoppel - Outside This Area - 2008 - Intakt Records. Distribution Orkhêstra International.

19 décembre 2005

People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network, 2005)

people like us story without end

Derrière People Like Us se cache Vicki Bennett, artiste oeuvrant depuis 1992 à l’édification de collages sonores - disques ou émissions de radio. Inspiré par Dada, les Surréalistes ou les incrustations couleur d’un monde de série B, son univers, résumé en quatre films musicaux, est aujourd’hui présenté sur DVD, produit pas les anglais décalés de Sonic Arts Network.

Parti à la recherche d’une American Way of Life éteinte, Bennett rapproche d’abord les images d’une utopie confondant progrès et suprématie et la mélodie doucereuse d’un conte de Noël servie par un robot de Capek entré en collision avec Fred Astaire (We Edit Life). Passé à l’utilisation d’une mélodie du bonheur, il cherche le contraste auprès de scientifiques déraisonnables et de leurs idées noires. Savants fous courant après les manières d’imposer ordre, beauté et bon goût, bientôt pris dans l’engrenage rouillé des vérités chaotiques (The Remote Controller).

L’étrange, ailleurs, mais concernant cette fois les conséquences possibles des désirs de conquête insatiables. Sous l’influence graphique des Monty Python et de Topor, Bennett imagine une Metropolis en feu sous le regard lointain d’une garçonne pas concernée et sur une citation de Satie (Resemblage). Plus proche d’un court métrage d’Hitchcock, cette fois, des enfants aux commandes de vies miniatures, sur Story Without End.

En quatre films courts et autant de compositions sonores évaluées, People Like Us démonte la culture populaire imposée pas des marionnettistes au pouvoir. Emmêle les ficelles, brouille les pistes de références galvaudées, et commande quelques valses pour faire naître chez le danseur l’insouciance nécessaire à l’équilibre, seul moyen de relativiser la folie des politiques de terreur.

People Like Us : Story Without End (Sonic Arts Network)
Edition : 2005.
DVD: 01/ We Edit Life 02/ The Remote Controller 03/ Resemblage 04/ Story Without End
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 janvier 2006

Burnt Friedman & Jaki Liebezeit: Secret Rhythms 2 (Nonplace - 2006)

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Faisant suite à un premier volume publié par Nonplace en 2002, Secret Rhythms 2 trouve Burnt Friedman et Jaki Liebezeit lancés à la poursuite de nouvelles structures rythmiques à révéler. Selon la même méthode, cependant, prescrivant l’usage d’une electronica accueillant les élans acoustiques d’invités choisis – et parfois de marque.

En guise d’ouverture, une longue construction, déployée sur deux plages. Les saccades rendues par la guitare folk d’un Tim Motzer là pour imposer la cadence (Sikkerhed), avant que ses arpèges étouffés ne soient mis en boucles, sur lesquelles s’accrochera un rythme de machine (The Sticks). Ici ou ailleurs, la longueur du thème importe peu - à l’image de The Librarian, chanson longue comme 3, invitant David Sylvian à tourner en rond sur une valse post rock, bientôt rattrapée par les incrustations sonores décoratives.

Fioritures habiles, que l’on pourra repérer ailleurs, notamment sous la clarinette de Hayden Chisholm ou la guitare électrique de Joseph Suchy. Pas suffisant, toutefois, pour mettre à mal la maladresse de Mikrokasper ou l’électronica poussive défendue par Fearer, pièce minimale et répétitive noyée soudain par l’arrivée des basses.

Restent le grain particulier de quelques instants de presque grâce et le final persuasif de Caracoles, morceau qui, d’une boucle de percussions et de mélodica, gonfle au contact des interventions diverses et variées, changeant dans le même temps une exubérance en morceau de bravoure. Annonçant aussi peut être un volume 3 plus inspiré.

CD: 01/ Sikkerhed 02/ The Sticks 03/ The Librarian 04/ Mikrokasper 05/ Niedrige Decken 06/ Broken Wind Repair 07/ Fearer 08/ Caracoles

Burnt Friedman & Jaki Liebezeit - Secret Rhythms 2 - 2006 - Nonplace. Distribution Nocturne.

22 septembre 2005

Roland Dahinden, Hildegard Kleeb, Dimitris Polisoidis : Anthony Braxton (+ Duke Ellington) Concept Of Freedom (hatOLOGY - 2005)

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Depuis sa formation en 1992, le trio constitué du tromboniste Roland Dahinden, d’Hildegard Kleeb (piano) et de Dimitris Polisoidis (violon), s’oblige à investir tout autant la musique contemporaine que le champ musical improvisé. Ayant plusieurs fois joué aux côtés d’Anthony Braxton, le trio se laisse aujourd’hui aller à ressentir librement le « Concept Of Freedom » du maître, auquel fait écho celui institué plus tôt par Duke Ellington.

Pour ce faire, un invité de passage, Robert Höldrich, chargé de programmations électroniques. Dès l’ouverture, il pose quelques rebonds artificiels sur les interventions ramassées du piano et du violon. Très vite, le contemporain investit le domaine du jazz, et, comme pour amortir le choc, les musiciens décident de s’entendre sur un mouvement lent.

Intelligemment distribués, les duos se succèdent. Le grincement discret du violon vient perturber la précision des notes de piano, qui s’entendent plus facilement avec le phrasé coulant du trombone. Et puis, la discorde, lorsque s’impose un fond sonore programmé, ruche agonisante dans laquelle, frénétiques, les legatos de Kleeb finissent par se rompre. Longues et sombres, les interventions de Dahinden trouvent un certain apaisement, avant d’être renvoyées à leurs harmoniques par un Robert Höldrich n’en pouvant plus de stratagèmes.

Le violon se verra destiner les siens propres, multiplié à souhait et affublé d’une réverbération proche de celle, caractéristique, d’Alexander Balanescu. Une fois l’espace rendu aux vents synthétiques, le piano osera une mélodie d’un lyrisme démuni, planté là sûrement pour tirer des larmes. L’usage de John Cage trouve ici un expédient de choix, et clôt joliment la parenthèse.

Terminée dans les brumes, la liberté faite concept, hantée par la présence des maîtres Braxton et Ellington, aura suivi un parcours changeant, et su tirer parti d’expériences menées en terres étrangères : d’électronique bruitiste et de musique contemporaine. L’ensemble oscille au gré des couleurs mises en place ; la liberté trouvée partout.

CD: Comp. No.257 (+ 30, 31, 46, 69, 90 & 136), by Anthony Braxton. Freedom No. 1, 4 & 6 from the Sacred Concert No.2, by Duke Ellington.
 
Roland Dahinden - Anthony Braxton (+ Duke Ellington) Concept Of Freedom - 2005 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

27 septembre 2005

Thomas Buckner: Contexts (Mutable - 2005)

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En 1968, la rencontre du baryton Thomas Buckner avec l’Art Ensemble of Chicago a résolument changé son approche de la musique contemporaine. Initié à l’improvisation par Roscoe Mitchell, Buckner ne pourra plus se départir de l’expression libre, qu’il sert encore aujourd’hui sur Contexts.

Improvisant d’abord en solo, il installe une atmosphère inédite, assez étrange pour qu’on la suive jusqu’au bout, attentif au changement comme aux surprises (Alone). Paré des frusques du moine orthodoxe ou de l’ermite à l’écoute du chant de la terre, il raconte le vent des steppes, et, le nez au ciel, butte quelque fois sur des rocailles.

Aux côtés de David Darling, Buckner maîtrise un vibrato sur les boucles graves du violoncelle, qui rend une musique sérielle sur laquelle s’emporte la voix (With David Darling, Cello). Près de Borah Bergman, il inspecte ses tourments les plus enfouis, en sort quelques bribes internes bientôt transformées en lyrisme étincelant sur l’avancée chaotique du piano déconstruit (With Borah Bergman, Piano).

Seule composition de l’album, ILEX est interprétée en compagnie d’Earl Howard, aux programmations, et de Gustavo Aguilar, joueur de pipa (luth chinois). Lentement, Buckner se trouve confronté à une introspection envahissante, commandant à la voix de fuir devant les cordes vibrantes et les effets cristallins de l’électronique. Des nappes que l’on précipite avalent les quelques restes d’un contemporain égaré en souterrain. Puisque lumineux, retrouvé sans peine. Et célébrée comme il se doit, une musique contemporaine décoincée et originale.

CD: 01/ Alone 02/ With David Darling, Cello 03/ With Borah Bergman, Piano 04/ ILEX

Thomas Buckner - Contexts - 2005 - Mutable Music.

31 août 2005

Frank Wright: The Complete ESP'Disk Recordings (ESP - 2005)

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La réédition des deux albums qu’il signa en tant que leader pour le compte du label ESP, accompagnés d’une interview, nous rappelle aujourd’hui la singularité de Frank Wright, personnage discret et saxophoniste aux fondements du free jazz le plus déluré.

Enregistré en 1965 en compagnie d’Henry Grimes et de Tom Price, The Earth prône l’avantage aux escapades individuelles. Capable de rondeurs lorsqu’il instaure un free défensif baignant dans les excès, Wright attise son propos jusqu’à laisser la parole à la section rythmique. Le contrebassiste joue alors de breaks minuscules pour régénérer au mieux les impulsions (Jerry), quand Price, d’une sobriété à la limite de la gêne, explore les possibilités des toms (The Earth).

En 1967, en quintette, le saxophoniste mène des efforts sur lesquels on a su s’accorder. Sur chaque morceau, les musiciens jouent le thème à l’unisson avant d’en improviser des digressions et, enfin, de le rapporter. Au passage, on a gagné un batteur : Muhammad Ali, fabuleux d’inventivité (The Lady, Train Stop).

Les phrases lascives du saxophone de Wright et de la trompette de Jacques Coursil imposent la marche à suivre, qu’égaye souvent l’alto d’un Arthur Jones en verve (No end). Sans limites, aussi, le groupe se laisse aller à un concert de stridulations porteuses de doléances, capable de sérénité, même si éphémère (Fire of Spirits).

Moins prévisible encore, le blues angoissé qu’est Your Prayer, interrompu par des cris d’encouragement sortis du tréfonds des musiciens. L’expérience est fluctuante, provoque le moindre équilibre installé, et porte à la lumière un free jazz vieilli en cave. Assez pour se souvenir aujourd’hui d’un musicien de choix. Sideman recherché après s’être attaqué avec grâce aux exercices de leader.

CD1: 01/ The Earth 02/ Jerry 03/ The Moon 04-12/ Interview - CD2: 01/ The Lady 02/ Train Stop 03/ No End 04/ Fire of Spirits 05/ Your Prayer

Frank Wright - The Complete ESP'Disk Recordings - 2005 (réédition) - ESP Disk. Distribution Orkhêstra International.

10 janvier 2008

Alípio C. Neto: The Perfume Comes Before The Flower (Clean Feed - 2007)

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Sur The Perfume Comes Before The Flower, trouver auprès du saxophoniste brésilien Alípio Neto : le trompettiste Herb Robertson, le tubiste Ben Stapp (sur trois titres), le contrebassiste Ken Filiano et le batteur Michael Thompson. Quartette ou quintette d’un jazz cosmopolite.

Et accrocheur : qui installe crescendo un étrange climat sur le déhanchement inquiétant de petites flûtes et du tuba (The Flower), impose directement un free jubilatoire tirant profit des phases improvisées davantage que des phases écrites (The Perfume Comes Before, The Pure Experience), ou se partage entre quelques hésitations traînantes (The Will) et le loisir accommodant d’une réalité éléphantesque. Spontané et percutant.

CD: 01/ The Perfume Comes Before – Early News 02/ The Will – Nissarana 03/ The Flower – Aboio 04/ The Pure Experience – Sertão 05/ La réalité – Dancing cosmologies

Alípio C. Neto - The Perfume Comes Before The Flower - 2007 - Clean Feed. Distribution Orkhêstra International. 

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