Le son du grisli

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Miguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes : Asto Ilunno (IdealState)

miguel a garcia lee noyes tomas gris asto ilunno

Je me souviens, en ce jour un peu spécial, des premiers disques de musique sans direction que j’ai entendus dans ma vie. Non-directionnel, John Cage ? Non-directionnels, Derek Bailey et Cyro Baptista ? Non-directionnel, le SME ? Des années plus tard, des jours et sûrement des mois de musique non-directionnelle plus tard, j’en écoute encore, et lorsqu’elle est récente, j’y distingue de plus en plus de flèches.

Des flèches ici dans le piano de Lee Noyes, des flèches dans l’électronique de Miguel A. García, des flèches dans les objets de Tomas Gris… Des flèches partout et encore, qui indiquent des influences, des personnages, des paysages que j’ai moi aussi un jour traversé en flânant ou en courant mais en imagination, pour ne pas dire par l’oreille. Les flèches d’Asto Ilunno ont d’ailleurs un drôle d’effet sur moi puisque je leur obéis : je fais quelques pas vers ce vieux disque d’AMM que je n’ai plus écouté depuis des lustres, époussette ensuite la pochette d’un CD de Klaus Filip. Reviendrai-je un jour (un de ces jours un peu spéciaux) à Asto Ilunno parce qu'il m'aura été indiqué par la carte improvisée de je ne sais quel disque futur ?

écoute le son du grisliMiguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes
Asto Ilunno (extrait)


Miguel A. García, Tomas Gris, Lee Noyes : Asto Ilunno (IdealState)
Edition : 2013.
CD : 01/ Asto Ilunno
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Cordes expéditives : Okkyung Lee, Sheriffs of Nothingness, Christian Munthe, Ernesto Rodrigues, Mathieu Werchowski...

cordes_expeditives_2011

sheriffsSheriffs of Nothingness : A Summer’s Night at the Crooked Forest (Sofa, 2011)
Traînant ou agissant par saccades, les archets conjoints du duo Sheriffs of Nothingness tissent des tapis d’ombres aux variations charmantes. Emportées ou redondantes, fiévreuses ou apaisantes, ce sont-là onze pièces environnementales (Summer Nights, Sunset, Forests…). Qui balancent sous le coup des soupçons ou unissons féroces des païens archets de Kari Ronnekleiv et Ole Henrik Moe.

zero_centigradeZero Centigrade : Unknown Distances (Audio Tong, 2011)
Aux côtés du trompettiste Vincenzo De Luce, le guitariste Tonino Taiuti défend ses compositions sous le nom de Zero Centigrade. Ici défilent quinze pièces enregistrées en 2010 d’un folk expérimental qui peut évoquer, selon les moments, Sharif Sehnaoui ou Gastr del Sol. Après le western, voici inventée l’Americana Spaghetti.

okkyung_leeOkkyung Lee : Noisy Love Songs (for George Dyer) (Tzadik, 2011)
En compagnie d’invités (Peter Evans, Ikue Mori, Satoshi Takeichi…), Okkyung Lee sert sur un disque du même nom quelques Noisy Love Songs. En fait de chansons, ce sont des pièces minimalistes aux influences diverses (musique de chambre dérangée, folk, pop, romantisme…) que l’on colle les unes aux autres. L’amalgame est parfois hasardeux mais n’en constitue pas moins un recueil de musique courtoise.

lee_noyes_christian_muntheChristian Munthe, Lee Noyes : Onliners (*For*Sake, 2011)
Pour avoir entendu Christian Munthe dans d’autres circonstances, ce duo avec Lee Noyes n’en est que plus réjouissant. Sur des percussions souvent étouffées, le guitariste y apparaît en élève de Derek Bailey : un élève impatient et parfois en manque de confiance. Mais lorsqu’il doute, qu’il se demande s’il faut toujours, coûte que coûte, remplir les silences, alors Munthe trouve refuge en mélodies ou arpèges qu’il s’amuse à faire tourner.

Gu_mundur_Steinn_GunnarssonGuðmundur Steinn Gunnarsson : Horpma (Carrier, 2011)
A côté du compositeur Guðmundur Steinn Gunnarsson, cinq autres musiciens (dont Charity Chan et Kanoko Nishi) sont à entendre sur Horpma. Cette pièce en deux temps ordonne le concours de 27 instruments à cordes pour défendre au mieux une musique espiègle pour être en décalage perpétuel. Les motifs que se repassent guitares et clavecins, piano et harpe, ukulele et langspil, déclenchent au fil des secondes une œuvre singulière, faite autant d’insistances que de beaux accidents.

rodrigues_werchowski_drainErnesto Rodrigues, Mathieu Werchowski, Guilherme Rodrigues : Drain (Creative Sources, 2011)
En compagnie du violoniste Mathieu Werchowski, Ernesto et Guilherme Rodrigues augmentent leur œuvre improvisé d’une référence. Drain, la référence en question, est faite de mouvements d’archets contradictoires, de pas de deux et de trois pas effrayés par les parasites, de réactions des cordes aux assauts des mains gauches. Bientôt, les flèches décochées ont raison des bois, qui grincent avant d’expirer.

wolfliBaudouin de Jaer : The Heavenly Ladder / Analysis of the Musical Cryptograms (Sub Rosa, 2011)
Mettre en musique les dessins d’Adolf Wölfli, grande figure de l’art brut, est ici le propos du violoniste Baudouin de Jaer. Des couleurs et des étranges partitions du Suisse, le musicien belge tire, selon l’inspiration, un minimalisme aux portes du silence, des airs de folklore halluciné ou des ritournelles de scènes champêtres que n’aurait pas reniées Bruegel. Soit, un art musical aussi baroque qu’est chamarrée l’œuvre de Wölfli.

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Bruno Duplant, Paulo Chagas, Lee Noyes : As Birds (re:konstrukt, 2011)

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Tels des architectes, les oiseaux construisent minutieusement des édifices aux infinies variations. Il en va de même pour cette musique. Les oiseaux, chanteurs infatigables, nous rapprochent des mystères du monde. Il en va de même pour ces musiciens.

Le vent des saxophones et des clarinettes, le bois de la contrebasse, les peaux des tambours se combinent dans ce disque en 18 morceaux, tous emprunts de quiétude et de limpidité, tous épris de liberté. 18 morceaux, en trio ou en duo, comme autant de propositions d’un même chant « au naturel », d’abord dominé par la chaleur et la légèreté du souffle de Paulo Chagas. Puis, au fur et à mesure de l’écoute (des écoutes), la contrebasse de Bruno Duplant et la batterie de Lee Noyes font surgir de précieux contrepoints, d’inattendus miroitements.

La musique qui nous est offerte sur As Birds oscille entre une musique de chambre traversée par des courants d’air, qui insufflent aux notes de curieuses trajectoires, et un jazz libre et tendre qui prend son temps. Ici l’attention est portée sur les timbres et les frémissements (Fallen Tips, duo tout en nuances entre Chagas et Duplant, ou encore Mumble, où les graves de la clarinette et des cordées frottées à l’archet se mêlent au crépitement des percussions).

Si vous aviez croisé la route de Malachi (disque gravé en 2009 par Duplant, Noyes et Phil Hargreaves sur le label Insubordinations), et que vous l’aviez aimé, allez à la rencontre d'As Birds. Pour ceci, laissez le vent vous porter, tendez l’oreille… les trois musiciens ne seront jamais loin. Un seul regret, peut être : le label re:konstrukt ne propose ce disque qu’en téléchargement. Mais, à la réflexion : peut on étreindre le courant, arrêter le cours du temps ?

Bruno Duplant, Paulo Chagas, Lee Noyes : As Birds (re:konstrukt)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
Téléchargement : 01/ Hiccup 02/ One Hidden Green Paper Away From The Birds 03/ Whirr 04/ Fallen Tips 05/ Hush 06/ Gali Gali I 07/ Squeak 08/ Monochromatic 09/ Mumble 10/ Romance in Open Field 11/ Plop 12/ Gali Gali II 13/ Gargle 14/ Ballad for My Father 15/ Clang 16/ If The Birds Fall Down 17/ Tinkle 18/ Shortness of Breath
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Hargreaves, Noyes, Duplant : Malachi (Insubordinations, 2009)

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Malachi, c’est Malachi Favors, contrebassiste de l’Art Ensemble of Chicago depuis sa création en 1967 jusqu’à son décès en 2004. Ce disque est donc un hommage au musicien disparu. Mais le propos n’est pas tant d’emprunter les voies musicales arpentées par Favors que de perpétuer son esprit : celui de la recherche d’un fragile équilibre, d’une musique sur le fil. Il s’agit avec Favors, comme ici avec le contrebassiste Bruno Duplant et ses compagnons, de tenir le jazz à distance mais de rester en son champ, de rester exigent en même temps qu’accessible. Ici, comme là,  le contrebassiste est à la fois celui qui emmène les autres musiciens dans des directions aventureuses tout en demeurant un point de repère, un pivot. Ici, c’est lui qui créé le climat, donne le « ton » de chacun des morceaux de ce disque, refusant souvent à sa contrebasse toute résonance, la rendant sèche, acérée, vacillante en même temps que déterminée.

La musique jouée par Bruno Duplant, Phil Hargreaves (saxophones) et Lee Noyes (percussions), est une musique de suspens, où les sons émis ne semblent prendre toute leur valeur qu’en tant que signes annonciateurs de ce qui va suivre. En témoignent les titres des morceaux qui, lus à la suite, offrent un poème. Les trois hommes donnent vie à une musique de l’oubli du monde présent et du temps qui passe – musique de l’intériorité, tout en retenue, à la manière de fantômes ou de lambeaux de mélodies convoqués par cette configuration en trio vieille comme le monde : peaux + souffle + cordes. Elémentaire.


Hargreaves, Noyes, Duplant, Se lever avant le jour. Courtesy of Insubordinations.

Phil Hargreaves, Lee Noyes, Bruno Duplant : Malachi (Insubordinations / Téléchargement libre)
Edition : 2009.
MP3 : 01/ Porter attention à ce qui va suivre 02/ Se lever avant le jour 03/ Garder les choses comme elles sont 04/ Parfois ne penser à rien 05/ Oublier que le temps passe 06/ Demander à la poussière 07/ S'aimer le temps d'une éternité 08/ Croire que tout est possible 09/ Ecouter systématiquement son coeur
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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