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Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite, 2013)

mika vainio kilo

On a connu Mika Vainio* plus sur la réserve, mais est-ce là une raison pour bouder notre plaisir au moment de prendre ce (nouveau) Kilo ? D’autant qu’on sait bien qu’à la comparaison, un kilo de plumes et un Kilo d’électro-techno-dark-ambient, c’est la même chose…

Et pourtant, si je puis me permettre, Kilo, c’est du lourd ! Pour sûr, le disque envoie des rythmes binaires & des basses bonnes & du son lourd comme fer. Mais il contient aussi des expérimentations qui rendent originale cette compilation de tracks bien sentis. Comme Docks, par exemple, d’un asphyxiant qui aurait bouleversé David Carradine. Ou comme Sub-Atlantic, dont l’indus rêve de faire sauter toutes les bases sous-marines du monde…

Comme quoi, il fait bon attendre, car c’est dans ces pièces déçues par les beats que l’on trouve tout le miel de Kilo. Au point que Vainio en change son programme et qu’au contact de ces expérimentations, il transforme son projet en boîte à petits chefs-d’œuvre d’épouvante (Rust, Freight, Weight). On lui pardonne alors son esbroufe du début, on la mettra même sur le compte de son humour noir.    

* La pochette de mon disque annonce « Mika Vanio » (une erreur d’impression sans doute) quand d'autres m'ont rapporté posséder un Kilo de Sylvain Vainio. 

Mika Vainio : Kilo (Blast First Petite / Differ-ant)
Edition : 2013.
CD / 2 LP : 01/ Cargo 02/ Cranes 03/ Load 04/ Docks 05/ Sub-Atlantic 06/ Rust 07/ Wreck 08/ Scale 09/ Freight 10/ Weight
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch, 2013)

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Vieille branche de la musique électronique, qu’elle soit ou non drapée de beats, Mika Vainio joint ses forces obscures au Suédois Joachim Nordwall (le fondateur du label iDEAL Recordings), pour un disque en tous points vibrant. Telle une connexion frappadingue où Einstürzende Neubauten jammerait – osons le mot – aux côtés de SunnO))) dans un squat berlinois à douze mètres du mur, les deux Scandinaves font hurler les guitares et l’électronique, qu’est-ce que ça envoie du bois, ou plutôt de l’acier trempé.

Toutefois, Vainio (pour rappel, moitié de Pan Sonic) et Nordwall ne se contentent pas de jouer à qui sera le plus bruyant et/ou strident. Passés les – très – impressionnants deux premiers morceaux, un calme dès plus trompeurs s’installe, comme un écho de combinat est-allemand désaffecté (think Jason Kahn vs Gilles Aubry) et la suite des sept tracks explose à la moulinette toute allusion à la monotonie. Au-delà des mots, je vous laisse le plaisir sensoriel de la découverte, vous risquez d’en ressortir tout ouf.

Mika Vainio, Joachim Nordwall : Monstrance (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD : 01/ Alloy Ceremony 02/ Live At The Chrome Cathedral 03/ Midas In Reverse 04/ Irkutsk 05/ Praseodymium 06/ Promethium 07/ In The Sheltering Sanctus Of Minerals
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Joséphine Michel, Mika Vainio : Halfway to White (Touch, 2015)

mika vainio halfway to white

Premier livre-CD (bel ouvrage, avec couverture en toile !) à paraître chez Touch, Halfway to White associe la musique de Mika Vainio et les photographies de Joséphine Michel dans un jeu commun de… surexpositions. Vibratoire, l’association des deux !

Car les bruits travaillés de Vainio (par plaques = du cristal, des reverses, des zoom sur microcosmos et sur la fin de l’ambient électriquonique) retombent bien à plat sur les photos. Il y a donc relation entre ce que l’on voit et ce que l’on entend puisqu’un visuel noise prend le dessus. Quand le regard ne peut pas dire ce qu’on trouve dans les photos (parfois floues) l’oreille prend le dessus et se charge de la mise au point. Au point ou au pixel… Les détails (visuels & sonores) deviennent des quartiers entiers et les quartiers entiers sont résumés en un point ou un pixel. Qui voudra s’y retrouver tracera des quadrillages sur le livre mais ne s’y retrouvera pas pour autant. Plus que l’Highway to Hell l’Halfway to White est « d’enfer ».

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Joséphine Michel, Mika Vainio : Halfway to White (Touch)
Edition : 2015.
Livre + CD : 01/ Fade From Black 2/ Missing a Border 03/ Notes on the Exposures 04/ Line of a Curve 05/ White Out
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Monika Enterprise, 2011)

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Rapprochement à demi-réussi (seulement) entre la jeune Finlandaise de Berlin AGF (aka Antye Greie) et  la légendaire Gudrun Gut, figure du Kreuzberg underground eighties avec son punk band Malaria et patronne de longue date du label Monika, Baustelle déclinait voici deux ans les bruits de chantier (d’où son titre) au son d’un electro-pop minimaliste et sombre. Réussi par instants, dont l’obsédant Drilling An Ocean et la relecture spoken word du hit de Palais Schaumburg Wir Bauen Eine Neue Stadt, inconsistant en d’autres, l’exercice n’appelait à priori pas à la tentation facile du remix – qui est pourtant réussi avec acuité, sinon brio.

Parmi les titres retenus (les moins ont été laissés de côté, et c’est tant mieux), certains bénéficient d’un regard extérieur leur donnant une réelle plus-value sonore, voire totalement inédit à tel point qu’on n’identifie plus grand-chose de l’objet initial (notamment le Drilling An Ocean sous les doigts menaçants de Mika Vainio). Toujours formidablement en phase, Wolfgang Voigt confronte Wir Bauen Eine Neue Stadt au son martial de son génial piano sous beats techno – à la manière de son terrifiant Freiland Klaviermusik sorti l’an dernier.

Egalement identifiable au bout de quelques secondes, le son de Natalie Beridze insuffle à We Matter une touche poétique sous calmants électroniques, là où le traitement motorique de Jennifer Cardini sur Make It Work accapare sans réellement captiver. Autrement plus étonnant est le regard de Barbara Morgenstern sur Cutting Trees (mais il me laisse de marbre) tandis qu’Alva Noto est en pilotage automatique sur, lui aussi, Wir Bauen Eine Neue Stadt.

EN ECOUTE >>> Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)

Greie Gut Fraktion : reKonstruKtion (Baustelle Remixe) (Monika Enterprise)
Edition : 2011.
CD : 01/ Drilling An Ocean (AGF) 02/ Wir Bauen Eine Neue Stadt  03/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Wolfgang Voigt) 04/ Drilling An Ocean 05/ Ready Ready 06/ Black Betwixt Darkness 07/ The Far Field (WNYC Remix) 08/ The Serpentine Way 09/ Compounding Daydream 10/ Fabian Fox 11/ The Waves And The Beat 12/ Wir Bauen Eine Neue Stadt (Alva Noto)
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Mika Vainio : Vandal (Raster Noton, 2009)

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Toujours en pleine forme en solo, Mika Vainio avait marqué le haut de l’échelle discographique 2009 du sceau d’un Black Telephone Of Matter où la condition du silence donnait un sens radical, presque autiste, qui ne souffrait aucune limite atone. Traversé d’expériences soniques fascinantes à la douzaine, le Finlandais signait un disque magistral, très éloigné des variations technoïdes desséchées de son duo Pan Sonic.

Prestigieuse signature du quatrième volet de la série Unun (qui en comptera neuf en tout), Vainio revient vers les beats de ses premières amours sur son nouvel EP Vandal. Totalement à sa place dans l’univers squelettiquement vivace de la maison Raster-Noton, la vision du producteur nordique dessoude les certitudes trop bien ancrées de tous les imitateurs du son de Chemnitz. Machinale et glauque, l’approche de Mika V est réellement troublante. Réunissant en un tour de force poignant décorum industriel, apocalypse blafard, ses quatre tracks d’un impressionnant expressionnisme lugubre conjugue le noir de son encre au rythme d’une déculottée martiale décomplexée et ravageuse et c’est à donner un tournis provocateur et immoral. Oh oui, encore.

Mika Vainio : Vandal EP (Raster-Noton / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Teutons 02/ Vandals 03/ Goths 04/ Barbarians
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Mika Vainio : Black Telephone of Matter (Touch, 2009)

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Vieux briscard des musiques électroniques, en solo et au sein du duo Pan Sonic avec Ilpo Väisänen, Mika Vainio est une de ces valeurs sûres qu’il fait toujours bon retrouver. Quatrième livrée du Finlandais pour le compte de Touch – la première depuis 2003 ! – Black Telephone of Matter ne fait nullement exception et c’est tant mieux.

Pleinement bruitiste, la vision de Vainio ne souffre toutefois pas de l’unicité apparente de sa démarche. D’une très grande variété de tons et d’atmosphères, le téléphone noir de la matière nécessite le plus grand… silence pour en appréhender toutes les inflexions. Totalement inutile dans un environnement surchargé en interférences diverses, son écoute attentive – oserions-nous écrire autiste – révèle le savoir-faire millimétrique de son auteur, au sommet de son art.

Toujours radicalement éprise d’une science de l’observation, la musique de Vainio remplit les blancs de la multiplicité de ses signaux. Entrée d’un requiem écrit pour Merzbow, messages intergalactiques captés d’hors la voie lactée ou électrocardiogramme au bord de l’asphyxie, l’argot du bruit vainiosien ne souffre aucune limite, si ce n’est celle qu’impose l’imagination. Extraordinairement cohérent en dépit des dizaines d’expériences qu’il fait traverser – des cris de corbeaux à la captation d’une antenne à 4080 Mhz  – le disque oscille également entre diverses voies blanches, dont le signal est tellement faible qu’il fait tendre l’oreille (rappelez-vous la condition du silence). Plus fondamentalement, Mika Vainio se mue en un incroyable narrateur d’aventures soniques – elles recueillent notre admiration sans limites.

Mika Vainio : Aíneen Musta Puhelin / Black Telephone Of Matter (Touch / La baleine)
Edition : 2009.
CD : 01/ Roma A.D. 2727 02/ Silencés Traverses Des Mondes Et Des Anges 03/ Bury A Horse’s Head 04/ In A Frosted Lake 05/ Swedenborgia 06/ A Measurement Of Excess Antenna Temperature At 4080 ML/S 07/ The Breather
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Susan Stenger : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media, 2009)

soundtrackforagrisliLivre-disque et souvenir d’une exposition organisée au Musée d'Art Contemporain de Lyon en 2006, Soundtrack for an Exhibition s’attache à recréer un projet qui alliait peinture, cinéma et musique, en assemblant photographies de toiles (John Armleder, Steven Parrino), extraits des rushs du film The King is Alive (Kristian Levring), et pièce sonore (revue pour tenir ici sur l’espace d’un DVD mais courant à l’origine le long de 96 jours, durée de l’exposition) écrite par Susan Stenger (Band of Susans, Brood).

S’il ne donne qu’un aperçu de l’univers musical déployé pour l’occasion, le disque donne à entendre une longue progression découpée dans l’optique de rendre hommage à des styles musicaux différents, et qui fait, sur son ensemble, référence aux travaux de drones de Phill Niblock. En guise d'intervenants : Kim Gordon, Alan Vega, Ulrich Krieger, Bruce Gilbert, Jim White, Mika Vainio, FM Enheit ou Spider Stacy, finissent de diversifier le propos, qui va de ritournelles répétitives en mélodies de pop précieuse, de nappes monochromes en constructions rythmiques lasses. Partout, le transport est lent, engage l’auditeur sur terrains différents – certains accueillants, d’autres moins.

Pas toujours heureux, donc, le voyage touche pourtant à sa fin en donnant l’impression d’avoir traversé une œuvre conceptuelle d’un minimalisme magistral et souvent obnubilant. Pour revenir aux origines du projet, se plonger enfin dans l’entretien de Mathieu Copeland avec Susan Stenger et Tony Conrad, le second ne cachant pas ses inquiétudes face à l’ampleur d’un exercice encore en projet. Désormais évanoui mais consigné en objet rare.

Susan Stenger, Mathieu Copeland (édition) : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media / Les presses du réel)
Exposition : 2006. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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