Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo, 2012)

hildegard kleeb recall pollock

Au moment où Bryan Eubanks & Catherine Lamb rendent hommage (par un disque sur le label Sacred Realism) à la peintre Agnes Martin, la pianiste Hildegard Kleeb (improvisatrice et formidable interprète de Feldman, Cage ou Wolff) & le tromboniste Roland Dahinden – on aura repéré le couple par exemple dans un projet Braxton publié par Hat – enregistrent une quinzaine d'impeccables petits formats « inspirés par Jackson Pollock »...

Sous le titre Recall Pollock, qui sonne presque comme un impératif, et derrière une pochette qui a le bon goût de ne pas reproduire la moindre toile (on se reportera au Free Jazz d'Ornette pour cela), le duo suisse se garde bien de nous faire le coup du dripping sonore ou du all-over ; en retour, le chroniqueur ne convoquera ni sound-action-painting ni vain rapprochement trans-artistique ! La musique cascade, énergique, découpée ; et si elle songe au peintre, elle ne le singe heureusement pas : elle lui adresse un salut lointain ; à distance, autonome, peut-être a-t-elle, oui, quelque chose du « souvenir », mais c'est de sa propre vivacité qu'elle tire tout son attrait et son inventivité.

EN ECOUTE >>> Recall Pollock (extrait)

Hildegard Kleeb, Roland Dahinden : Recall Pollock (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Recall Pollock 1 02/ Recall Pollock 2 03/ Recall Pollock 1_2 04/ Recall Pollock 2_2 05/ Recall Pollock 3 06/ Recall Pollock 4 07/ Recall Pollock 5 08/ Recall Pollock 6 09/ Recall Pollock 3_2 10/ Recall Pollock 7 11/ Recall Pollock 8 12/ Recall Pollock 9 13/ Recall Pollock 10 14/ Recall Pollock 11
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Morton Feldman, Hildegard Kleeb : For Bunita Marcus (Hat Hut, 2009)

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Pour y avoir consacré un petit livre, impossible de tenter une autre chronique de l'indispensable For Bunita Marcus, version de la pianiste Hildegard Kleeb, aujourd'hui réédité par Hat Hut. Alors, placer ici l'un des cinquante chapitres, le trentième, pris au hasard, pour réaffirmer l'importance de la composition et celle de cette interprétation.

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Dépassant l'entendement – celui qualifié d'humain quand le terme « commun » serait plus adéquat –, For Bunita Marcus plonge l'auditeur dans un état qu'il ne tient donc qu'à lui de faire changer. Du sentiment étrange éprouvé par celui que l'on force momentanément à refuser la vitesse, faire un prétexte valable au refus de plus grandes contraintes. Morton Feldman avance « j'aime ce genre de musique qui ne pousse pas » et transcrit sur le papier ses mouvements légers de mélodies balbutiantes. Pondéré, le discours du compositeur se veut une « métaphore de l'extinction des valeurs de ce monde » allant au son des notes et de leurs résonances, appelées, les unes comme les autres, à disparaître. Par la force des choses. La revendication, pour cela, peut paraître minuscule, et voici qu'on la soupçonne de verser dans la mélancolie – Saturne, encore. La stagnation existe bien malgré les déplacements, la fatalité encore à prouver n'empêchant pas les sursauts individuels et contrariants. Au final, si tout s'évanouit, une forme aura quand même été amorcée, qui change de la ligne droite. La musique indéterminée que Feldman a longtemps servie en guise de premier indice. Modifier un peu le cours des choses simplement pour interdire la répétition à un temps que l'on dit cyclique. De celui-ci, For Bunita Marcus fait à chaque fois sa chose, le défait pour mieux y revenir. Même si soixante-et-onze minutes ne défont pas une vie. En tout cas, jamais tout à fait. Extrait de Morton Feldman / For Bunita Marcus, Editions Le Mot et le Reste, 2008.

Morton Feldman, Hildegard Kleeb : For Bunita Marcus (Hat Hut / Harmonia Mundi)
Réédition : 2009.
CD : 01/ For Bunita Marcus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12, 2007)

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Merci au jeune guitariste turco-suisse Yaman Palak de m'avoir fait découvrir ce joyau new-yorkais. Le percussionniste Tyshawn Sorey transmue les sons de la batterie, du piano, du trombone et de la basse, dans un miroir des plus poétiques. Sur le double disque That / Not, la réflexion se situe dans cette région imperceptible qui existe entre “différence” et “similarité”. La question y est le “pourquoi” et le “comment”.

Merci pour la clairvoyance de ces 43 minutes de Permutations for Piano Solo sur cet album enregistré en 2007. La particularité d’une réflexion des plus concentrées et lucides repose dans mon rayonnage de souffles éthérés, où l’on trouve aussi les couleurs de For Bunita Marcus, les blanches vibrations d’Alvin Lucier et les îles imaginaires d’Anthony Braxton.

Tyshawn Sorey : That / Not (Firehouse 12)
Edition : 2007.
CD1 : 01/ Leveled 02/ Template I 03/ Sympathy 04/ Permutations For Solo Piano 05/ Seven Pieces Fo Trombone Quartet 06/ Template II 07/ That/Not Songs - CD2 : 01/ Sacred and Profane 02/ Template III 03/ Four Duos 04/ Cell Block 05/ That's a Blues, Right? 06/ Template IV 07/ Commentary
Hildegard Kleeb © Le son du grisli

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Hildegard Kleeb est pianiste. Interprète de Morton Feldman, Alvin Lucier, Maria de Alvear ou encore Anthony Braxton, elle donnait récemment sur World News sa lecture de thèmes signés Peter Hansen.

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Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records, 2009)

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Par la voix singulière de la pianiste Hildegard Kleeb, nous parviennent aujourd'hui World News, adressées par le compositeur Peter Hansen de la petite île suédoise qu'il habite. Kleeb une autre fois en interprète révélatrice d'atmosphères, et jouant ici du double sens.

Seule au piano, elle sert donc les vignettes musicales d'Hansen : tranquilles, celles-ci ; lointaines parfois au point d'avoir manqué d'être égarées vraiment : mélodies qui n'ont l'air de rien jusqu'à ce qu'elles se liquéfient et révèlent alors leur contenu véritable : tournures naïves et répétitions à distances changées en grandes pièces de musique en fragments : morceaux d'une identité qui se dit en silences, notes assoupies ou à la dérive d'une partition déposée sur carte postale.

Bien que personnage excentrique, Peter Hansen prouve là qu'il ne peut s'exprimer plus naturellement qu'en musique et, surtout, posément. Suffisait à Hildegard Kleeb de le faire parler au son de marches lentes sur lesquelles tournent des mondes qu'il est indispensable d'aller encore chercher.

Hildegard Kleeb, Peter Hansen : World News (Everest Records)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ World News 88  02/ Summerair Sketch 03/ World News 88 04/ World News 211 05/ Autogrill Bologna 06/ Vexation for a Burger 07/ World News 67 08/ Summerair Sketch 09/ World News 1 10/ 0 Corciano Notte 11/ World News 1 12/ Sunset Song 13/ World News 111 14/ Objet trouvé 05/ World News XXV “Month of Maying” 16/ Sylvestersang 17/ World News 111 18/ Fifth Trajectory “Upon One Note” for Crotales 19/ Impromptu 20/ World News 111 21/ World News XXX (Sphinxes) 22/ Adeles Song 23/ World News + World News 20 24/ Avebury 25/ World News XXIII
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives Hildegard Kleeb

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Hildegard Kleeb, Pelayo Arrizabalaga : "am(vr)ee" (Everest, 2007)

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"am(vr)ee" est une suite improvisée par la pianiste Hildegard Kleeb et Pelayo Arrizabalaga, qui distribue et transforme ici des passages de disques enregistrés par d'autres que lui : John Coltrane et Yma Sumac, Duke Ellington et Markus Popp, Anthony Braxton et Wim Mertens, entre autres.

Fragile, le toucher de Kleeb ne peut retenir une chute de notes sur le drone lointain et grouillant du Prélude avant d'affirmer davantage face aux rales traînant d'un bestiaire inventé par Arrizabalaga. Après la confrontation, revenir à des plages plus intimes : évocation de Satie sur boucles et parasites, ou traces fines d'existence laissées par le piano pour seule opposition à des vents minuscules. A l'approche du grondement d'un autre souffle, Kleeb insiste sur une note, plaque un accord sous un écho léger, bientôt évanoui. Des disques d'Arrizabalaga, qu'aura-t-on retenu d'autre que leur statut de matériau noble et malléable à aller aux gestes délicats d'Hildegard Kleeb ?

Hildegard Kleeb, Pelayo Arrizabalaga : "am(vr)ee" (Everest)
Edition : 2007.
CD : 01/ Prelude 02/ Trio 03/ Plastik 04/ Martillo contra Aguja 05/ Satin 1 06/ Aguja contra martillo 07/ patina 08/ Descendendio en circulos 09/ Geometria poética 10/ prelude 231 11/ Josep Slap 12/ Conversaciones nocturnas 13/ Le gibet 14/ Granit 15/ Freedom 16/ Solsticio 17/ Mobile Futurista 18/ Satin 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Guillaume Belhomme : Morton Feldman, For Bunita Marcus (Le mot et le reste, 2008)

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Un très excellent petit livre. Jackie Berroyer, Vibrations.

Un livre sensible et touchant. Maxence Grugier, MCD.

Un texte d'une qualité rare. Jacques Oger, Les allumés du jazz.

Cela nous parle à tous. Laurent Bergnach, Anaclase.

Très singulier petit livre. Florence Trocmé, Le flotoir.

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Roland Dahinden, Hildegard Kleeb, Dimitris Polisoidis : Anthony Braxton (+ Duke Ellington) Concept Of Freedom (hatOLOGY - 2005)

dahindengrisli

Depuis sa formation en 1992, le trio constitué du tromboniste Roland Dahinden, d’Hildegard Kleeb (piano) et de Dimitris Polisoidis (violon), s’oblige à investir tout autant la musique contemporaine que le champ musical improvisé. Ayant plusieurs fois joué aux côtés d’Anthony Braxton, le trio se laisse aujourd’hui aller à ressentir librement le « Concept Of Freedom » du maître, auquel fait écho celui institué plus tôt par Duke Ellington.

Pour ce faire, un invité de passage, Robert Höldrich, chargé de programmations électroniques. Dès l’ouverture, il pose quelques rebonds artificiels sur les interventions ramassées du piano et du violon. Très vite, le contemporain investit le domaine du jazz, et, comme pour amortir le choc, les musiciens décident de s’entendre sur un mouvement lent.

Intelligemment distribués, les duos se succèdent. Le grincement discret du violon vient perturber la précision des notes de piano, qui s’entendent plus facilement avec le phrasé coulant du trombone. Et puis, la discorde, lorsque s’impose un fond sonore programmé, ruche agonisante dans laquelle, frénétiques, les legatos de Kleeb finissent par se rompre. Longues et sombres, les interventions de Dahinden trouvent un certain apaisement, avant d’être renvoyées à leurs harmoniques par un Robert Höldrich n’en pouvant plus de stratagèmes.

Le violon se verra destiner les siens propres, multiplié à souhait et affublé d’une réverbération proche de celle, caractéristique, d’Alexander Balanescu. Une fois l’espace rendu aux vents synthétiques, le piano osera une mélodie d’un lyrisme démuni, planté là sûrement pour tirer des larmes. L’usage de John Cage trouve ici un expédient de choix, et clôt joliment la parenthèse.

Terminée dans les brumes, la liberté faite concept, hantée par la présence des maîtres Braxton et Ellington, aura suivi un parcours changeant, et su tirer parti d’expériences menées en terres étrangères : d’électronique bruitiste et de musique contemporaine. L’ensemble oscille au gré des couleurs mises en place ; la liberté trouvée partout.

CD: Comp. No.257 (+ 30, 31, 46, 69, 90 & 136), by Anthony Braxton. Freedom No. 1, 4 & 6 from the Sacred Concert No.2, by Duke Ellington.
 
Roland Dahinden - Anthony Braxton (+ Duke Ellington) Concept Of Freedom - 2005 - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi.

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