Le son du grisli

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Charles Gayle : Look Up (ESP-Disk, 2012)

charles gayle look up

C’était en 1994 et l’on venait de (re)découvrir  Charles Gayle. En visite à Santa Monica et à la tête d’un trio comprenant Michael Bisio à la contrebasse et Michael Wimberly à la batterie, Gayle cristallisait ses blessures.

Crispations, crépitements et constellation de cris n’avaient de logique que l’éclatement. La beauté n’avait de choix que d’être convulsive et Gayle ne ressemblait à personne d’autre. Pas même à Ayler, Coltrane ou à Dolphy évoqués ici (Homage to Albert Ayler, In the Name of the Father, I Remember Dolphy). Et même si la clarinette basse de Gayle temporisait le brasier, le déchainement continu de Wimberly (à l’exception de quelques rares passages solos, la contrebasse de Bisio demeure inaudible) ne laissait aucune chance au répit : Gayle brisait les lignes, Gayle brisait les chaînes et la destruction était alors son domaine.

The Charles Gayle Trio : Look Up (ESP / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1994. Edition : 2012.
CD : 01/ Alpha 02/ Homage to Albert Ayler 03/ I Remember Dolphy 04/ In the Name of the Father 05/ The Book of Revelation
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

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Andrew Lamb : Honeymoon on Saturn (CIMP, 2012) / Rhapsody in Black (NoBusiness, 2012)

andrew lamb honeymoon rhapsody

Habitué du Vision Festival, Andrew Lamb a peu enregistré. En 1994 pour Delmark et puis en 2003 avec Tom Abbs déjà – autre musicien rare sur disque malgré d’imposantes qualités. Pourtant, Lamb a étudié auprès de Kalaparusha, fréquenté les orchestres d’Alan Silva et de Cecil Taylor. Surtout, possède un souffle capable de mettre saxophone, clarinette ou flûte, au service d’une forte identité. Cette année, il confirme deux fois sur disque son entente avec Abbs (à la contrebasse, au tuba et au didgeridoo).

Sur Honeymoon on Saturn, d’abord, en trio avec Warren Smith. Enregistré en avril 2008, Lamb y défend des compositions personnelles faites de vrais et de faux départs, de convulsions amalgamées – à l’alto, il peut rappeler Jackie McLean –, d’instants amorphes accoucheurs de transformations, enfin de mélodies parfois minces mais rattrapées par la manière qu’a le trio de les maquiller. D’aspect brouillon d’abord, l’invention d’Andrew Lamb ne tarde pas à démontrer ici qu’elle est aussi dense que détachée d’apparence.

Sur Rhapody in Black ensuite, daté du mois de novembre de la même année. Cette fois, Lamb et Abbs font front commun avec les batteurs Michael Wimberly et Guillermo E. Brown. Marches défaites et chants décousus – mécaniques grippées contre éléphants en tubes –, ânonnements et même répétitions bravaches, orientalisme au romantisme évanoui et hymnes de forts des Halles (c’est d’ailleurs sans doute au ténor que Lamb dit le mieux de quoi retourne son art), font de cette épreuve un nouvel élément d’une discographie qui pourrait bien n’être faite que de références.

EN ECOUTE >>> Initiation >>> Song of the Miracle Lives

Andrew Lamb : Honeymoon on Saturn (CIMP)
Enregistrement : 10 & 11 avril 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Land of the Pure at Heart 02/ Honeymoon on Saturn 03/ Year of the 13th Moon 04/ The Call of Love's True Name 05/ A Alegria E O Prazer de uma boa Tarte 06/ Dance of the Prophet 07/ Theme for Radio Crude Oil
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Andrew Lamb : Rhapsody in Black (NoBusiness)
Enregistrement : 14 novembre 2008. Edition : 2012.
CD : 01/ Initiation 02/ Rhapsody in Black 03/ To Love in the Rain 04/ Song of the Miracle Lives
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Oluyemi Thomas, Sirone, Michael Wimberly : Beneath Tones Floor (NoBusiness, 2010)

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On sait l’aisance avec laquelle – même s’il lui est arrivé, notamment en Positive Knowledge, de perdre l’équilibre à force de fanfaronnades – Oluyemi Thomas passe de saxophones en flûtes et de clarinettes en percussions. Aux côtés de Sirone (contrebasse) et de Michael Wimberly (batterie), c’est à la clarinette basse qu’il ouvre Beneath Tones Floor.

Là, sentir d’emblée un lot d’emportements conciliés, de redites fondamentales en écarts alloués pour le bien de l’ensemble que Sirone commande en usant d’un impétueux archet à crocs. Jusqu’aux frondaisons lyriques, tout remonte alors : au soprano, Thomas emmène maintenant (et laborieusement parfois) le trio virulent, qui devra redescendre pour envisager en toute quiétude l’élaboration d’autres pièces.

A la musette, le même y respectera la langueur d’un air exotique afin de retrouver un souffle qui retournera en clarinette basse : le temps d’un dernier solo, adroit et même inspiré. L’instrument serait-il en définitive celui qu’Oluyemi Thomas devrait toujours privilégier ?

Oluyemi Thomas, Sirone, Michael Wimberly : Beneath Tones Floor (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Beneath Tones Floor 02/ ... Where Sacred Lives 03/ Mystic Way 6:36 04/ Reflections Of Silence, Painting Silence, Images Of Silence 05/ Dream Worlds 06/ Newest Happiness And Joy 07/ Rotation 360 Degrees Hummingbird 08/ Heavenly Wisdom 09/ Silence On The Move 10/ Spirit Of Ifa
Guillaume Belhomme © le son du grisli

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Charles Gayle: Blue Shadows (Silkheart - 2007)

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Restes d’un enregistrement de 1993 – cinq heures desquelles sont déjà sortis les albums Translations et Raining Fire –, Blue Shadows donne une dernière fois à entendre Charles Gayle mener une formation rare : qui oppose le leader aux contrebassistes William Parker et Vattel Cherry – le premier abandonnant quelques fois son instrument de prédilection pour un violon ou un violoncelle, quand il arrive au second de passer aux percussions – et au batteur Michael Wimberly.

Auprès de sa section rythmique renforcée, Gayle intervient exclusivement au ténor, traînant ses aigus déchirants parmi les mouvements d’archets ombrageux ou dérivant au gré d’une inspiration toute aylérienne. Ne renonçant jamais à revoir ses propositions, le saxophoniste ne cesse d’étendre son propos, oblige ses vitupérations à démontrer l’honnêteté qui les anime. Jusqu’à feindre l’essoufflement, sur In Sorrow, qui conclut dans les hauteurs une sélection raffinée pour la publication de laquelle Silkheart a bien fait d’attendre.


Charles Gayle, Blue Shadows (extrait). Courtesy of Silkheart.

CD: 01/ Inside the Sun 02/ Blue Shadows 03/ Eternity Promised 1 04/ Eternity Promised 2 05/ Hearts to Jesus 06/ Soul’s Time 07/ In Sorrow 08/ Snap

Charles Gayle Quartet - Blue Shadows - 2007 - Silkheart. Distribution Orkhêstra International.

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Charles Gayle: Live at Glenn Miller Café (Ayler - 2006)

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Cette année 2006, la tournée européenne de Charles Gayle passait par le Glenn Miller Café de Stockholm. Endroit dans lequel le label Ayler records a l'habitude de déposer ses micros auprès des musiciens qu'il y invite. Quelques mois après le concert, voici donc l'enregistrement attendu, qui revendique aussi bien que de plus anciens l'assurance du saxophoniste, et sa grâce fiévreuse.

Aux côtés du contrebassiste Gerald Benson et du batteur Michael Wimberly, Gayle commence évidemment par rendre l'essentiel d'un propos offensif et ramassé, free jazz ultime aux accents ayleriens (Cherokee). L'alto, capable de varier le mode des plaintes qu'il fomente, permet toutefois des incartades au profit du swing (Softly As In A Morning Sunrise) ou du blues - discrètement dessiné sur What's New.

Jouant un rôle considérable dans la pratique musicale de Gayle, la spiritualité l'amène ensuite à rechercher la compagnie des spectres : glorieux (les voix des sidemen apaisant le furieux Chasing au son de Praising The Lord) ou vertueux (présences révélées au fil des reprises : Coltrane avec Giant Steps - marche contrainte admirablement imposée par Wimberly - et Ayler avec Ghosts - sur lequel la filiation entre les deux saxophonistes pourrait passer pour réincarnation, permise soudain par encyclique expresse).

Pas le premier, Charles Gayle, à transformer un penchant mystique en apanage de la réflexion. De la mesure, même, toutefois bousculée à intervalles quasi réguliers par une violence sonore là pour peindre le plus fidèlement possible comment vont les choses : injustement, et sans donner jamais dans le progrès. Comme Ayler, Gayle n'a pas fini de ramasser ses hurlements pour en faire des suppliques présentables, de relater à la manière de Bosch la foi de Saint-Antoine. Et de redire que si la religion est incapable de miracle - si ce n'est celui de gouverner au moyen d'un espoir de salut tenant de la carotte de l'âne -, elle peut se fourvoyer, de temps à autre, dans quelque oeuvre d'art de l'allure haute de Live at Glenn Miller Café.

CD: 01/ Introduction 02/ Cherokee 03/ Softly As In A Morning Sunrise 04/ Chasing / Praising The Lord 05/ Giant Steps 06/ What's New 07/ Holy Redemption / Ghosts >>> Charles Gayle - Live at Glenn Miller Café - 2006 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

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Exuberance: Live at Vision festival (Ayler - 2004)

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Quatre improvisations tout droit sorties du Vision Festival de New York, où le saxophoniste Louie Belogenis emmenait, en mai 2003, un quartette éclairé, voilà Live at Vision Festival, nouvel enregistrement radical et superbe proposé par le label Ayler records.

C’est au batteur Michael Wimberly qu’il revient d’introduire le concert, de vocalises incantatoires sublimant une Afrique lointaine que le groupe se chargera de célébrer, pleurer, remercier et croire encore possible. Sur Invocation, l’effort est soutenu et permet les excès : ceux de confrontations enthousiastes du ténor de Belogenis et de la trompette de Roy Campbell, comme ceux d’accrocs rythmiques et de chocs à conséquences.

Quelques vibrations échappées de la contrebasse d’Hilliard Greene, avant l’archet décadent, cherchant à déceler les limites du juste, et Procession que l’on mène. De conserve, ténor et trompette caressent des chapelets de notes tout juste enfilées, avant le répit des solos calmes, et l’emportement des phrases enlacées avec ferveur.

Plus courtes, deux improvisations se succèdent ensuite. Usage d’un vocabulaire cool de la part de Campbell face aux déclarations suaves de Belogenis (Evocation), puis explosion dernière, ou comment faire feu de tout bois, cuivre, cordes et peaux, en guise d’au revoir en flamme. Expressionnisme irrévocable emporté par l’énergie de Wimberly, Incandescence conclut la démonstration, inspirée et puissante.

CD: 01/ Invocation 02/ Procession 03/ Evasion 04/ Incandescence

Exuberance - Live at Vision Festival - 2004 - Ayler Records. Distribution Orkhêstra International.

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