Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Yoni Kretzmer : Book II (OutNow, 2015)

yoni kretzmer book II

Un son de ténor granuleux, épais, étranglé : voici Yoni Kretzmer. Ce dernier est né à Jérusalem, est passé par Tel-Aviv puis par Paris avant de s’installer à New York, il y a quelques années. Le fruit du free coule en lui. Son cri n’est pas de pacotille et n’a que faire de gesticulations inutiles. Pour le moment, je ne connais que ce quartet à deux contrebasses, qui me ravit.

Ici, les automatismes des contrebassistes Reuben Radding et Sean Conly et les frappes insistantes du batteur Mike Pride s’oublient au profit d’une incessante mise en son collective. Frémissement de cordes, archet et ténor se confondant ou archets en pleurs, batterie aux riches ricochets, le ténor ne joue jamais en solitaire.

Plutôt que de compositions parlons de mises en situation : de la frénésie à la tendresse de Stick Tune en passant par les souffles las de Ballad, rien ne se disloque puisque tout se construit dans la justesse de l’instant. Cerise sur le gâteau : les dix-neuf minutes de Number 4 où l’ombre modulante d’un Evan Parker plane longtemps avant que se propage et se déchire le cri. Welcome.



Yoni Kretzmer 2Bass Quartet : Book II (OutNow Recordings)
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Haden 02/ Soft 03/ Stick Tune 04/ Metals 05/ Freezaj 06/ Leaves 07/ Polytonal Suite 08/ Ballad – CD2 : 01/ Number 4
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Matt Bauder : Paper Gardens (Porter, 2010)

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Enregistré au club Roulette de New York en 2006, Paper Gardens montre comment le saxophoniste ténor et clarinettiste Matt Bauder envisage ses travaux d'atmosphères et de jazz aux côtés de partenaires occasionnels mais adéquats.

Ceux-là – Matana Roberts (saxophone alto et clarinette), Loren Dempster (violoncelle) et Reuben Radding (contrebasse) – changent donc Bauder des fidèles Zach Wallace et Aaron Siegel (membres de Memorize the Sky qu'il côtoya plus tôt sur 2 + 2 Compositions aux côtés d'Anthony Braxton, alors leur professeur à la Wesleyan University). Pourtant, malgré le changement, l'idée est la même : celle de défendre une nouvelle forme de musique soumise à partition mais aussi à de grandes plages d'improvisation.

Dès l'ouverture de Paper Gardens, les notes se font longues : deux minutes à peine sur lesquelles Bauder et Roberts s'unissent pour progresser lentement, vrillent et étirent avec mesure un discours sonore mis en commun lorsqu'ils ne le déstabilisent pas plutôt sous les effets de déstructurations passagères. Dempster et Radding, eux, se chargent de maintenir les concentrations dans un cadre fait de notes passées au tamis de structures à cordes : pizzicatos souvent lâches capables de convaincre de l'intérêt à trouver en dérives multiples et archets enjoignant les souffles à gronder un peu – le temps seulement de comprendre qu'ils agissent sur courbe et d'en revenir forcément à la mesure de départ. Depuis Weary Already of the Way, son premier disque, Matt Bauder s'est attelé à la mise au jour de cette musique horizontale aux reliefs décidés par l'intensité des climats à y défiler : avec Paper Gardens, sans doute a-t-il mis la main sur la pièce-maîtresse de son esthétique.

Matt Bauder : Paper Gardens (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 16 octobre 2006. Edition : 2010.
CD : 01-11/ Track A-Track K
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ideal Bread : Transmit (Cuneiform, 2010)

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C’est au cours d’un entretien avec Quinsac & Hardy, publié en avril 1976 dans le numéro 243 de Jazz Magazine dont le sopraniste faisait d’ailleurs la couverture, que Steve Lacy évoqua, en français (!), ce « pain idéal » à la recherche duquel il était. [« Comme un boulanger fait le pain, moi je fais la musique. Je travaille tout le temps. Aujourd’hui c’était bon, mais demain, je ferai autre chose de meilleur avec ça… pour rester vivant. Si je fais le même pain demain, ça m’ennuie… pas possible… Je dois refaire… je dois faire mieux… Le pain d’aujourd’hui, c’est pas bon pour demain. Je cherche toujours le pain dont j’avais l’idée… le pain idéal. »]

La formule semble avoir plu (du moins davantage que l’autre qualificatif que Steve avançait dans la même interview : « C’est une substance, stuff, shit… je l’appelle ‘merde’… le shit, la chose que je fais. ») à Josh Sinton (saxophone baryton), Kirk Knuffke (trompette), Reuben Radding (contrebasse) et Tomas Fujiwara (batterie) au point qu’ils l’ont adoptée, en anglais, pour baptiser le quartet qu’ils vouent – comme le trio allemand Lacy Pool – au répertoire lacyen.

Suivant le disque inaugural de la formation (The Ideal Bread, label KMB), Transmit s’acquitte fidèlement de sa tâche de perpétuation sans ânonner avec trop de révérence les sept pièces retenues. Dans leur éventail, ces dernières permettent non seulement d’aborder plusieurs périodes et facettes du compositeur, mais surtout d’illustrer le bel engagement des quatre musiciens dont l’association rappellera aux amateurs certains quartets de Lacy avec baryton (Charles Davis, Charles Tyler) ou trompette (Don Cherry, Enrico Rava)…

Le groupe met intelligemment – jusqu’à la citation de la Locomotive monkienne, dans le morceau final – en évidence et les sinuosités (The Dumps) typiques, chantantes, de la plume du sopraniste, et certains délicats aspects de ses conceptions rythmiques – tantôt presque gauche, flottant, tantôt acéré, tout de placements, ou encore combinant ces mouvements (dans les lancinants As Usual et Longing), le geste lacyen est d’une élégance qui ne laisse pas d’intriguer. La « transmission » de ce levain étant assurée, c’est avec attention qu’on suivra la fermentation (sous l’œil de Steve-‘slow food’-Lacy) et l’annonce de la troisième fournée de nos boulangers new-yorkais !

Ideal Bread : Transmit, Vol. 2 of the music of Steve Lacy (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ As Usual 02/ Flakes 03/ The Dumps 04/ Longing 05/ Clichés 06/ The Breath 07/ Papa’s Midnite Hop
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Transit : Quadrologues (Clean Feed, 2009)

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Sur Quadrologues, toujours le même Transit : Jeff Arnal aux percussions, Seth Misterka au saxophone alto, Nate Wooley à la trompette et Reuben Radding à la contrebasse.

Et la même invention, aussi : dans le déploiement d’une musique en équilibre toujours précaire et qui fait de son état vacillant le premier de ses atouts (Strata), sur l’air latin flirtant avec le minimalisme de Walking on Fire ou encore sur de lentes progressions affirmant davantage au fil des secondes, jusqu’à changer une mollesse d'abord revendiquée en morceau d’épaisseur irrésistible (Meeting Ground, The Science of Breath). Jusqu’au bout, Transit invente en quartette vigoureux mais distant, si ce n'est en conclusion, sur Myrtle Avenue Revival, pièce dont le free fantasque évoque Don Cherry (Wooley aux avant postes) histoire de finir sur un grand hommage.

Transit : Quadrologues (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2006-2007. Edition : 2009.

CD : 01/ Strata 02/ Walking on Fire 03/ The Science of Breath 04/ Flip 05/ Rapid Eye Movement 06/ Z Train 07/ Meeting Ground 08/ Time isn't what you think 09/ Speaking in Tongues 10/ Myrtle Avenue Revival.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Wally Shoup : Blue Purge (Leo, 2004)

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Trop jeune au temps du free des origines pour faire figure de pionnier du genre, le saxophoniste américain Wally Shoup a su autrement tirer son épingle du jeu. Notamment en prônant une défense acharnée du style, soutenue toujours par une énergie insatiable. Aujourd'hui encore, il met tout en oeuvre pour combler l'allumage différé.

Pour désaxer un peu mieux son propos, Shoup choisit l'improvisation en trio. Auprès de Bob Rees (batterie) et Reuben Radding (contrebasse), il opte rapidement pour une musique déstructurée, aux interventions solitaires rêches et brèves (Ruffing It, Hue and Cry). Qu'il explore sauvagement les graves de l'alto à la manière d'Ivo Perelman (Depth Charge) ou multiplie les intentions abstraites et éthérées (Lunar Dust), il investit tout avec la même fougue, bientôt communiquée à la section rythmique : Moiling, exemple le plus frappant d'une énergie qui gagne tout, insidieusement, évincée de temps à autre par quelques pauses cendrées, permettant bien vite la reprise des flammes.

Abrasif, le jazz dont on parle ici, et toujours irréprochable : LoggerHeads, Purgations, jusqu'aux fulgurances des deux derniers morceaux (Psyche Knot, Web Core). Entre temps, l'auditeur aura aussi pu constater le lyrisme accrocheur dont Shoup est capable sur Gut Luv, morceau qui suit l'allure d'un fleuve instable mais tempéré, dont Rees et Radding ont creusé le lit. Pour tous décors, sûrement. Pour toute présence, aussi, tellement il semble difficile de se faire une place auprès de la virulence du saxophone.

Sur Get Me One, surtout. Là, Shoup prend quelques libertés au détriment de ses sidemen, s'imposant comme on joue des coudes. Impossible, pourtant, de lui en vouloir d'apprécier approximativement les doses. La fureur qui l'anime, et qui mène l'entier trio, est telle qu'elle peut rendre sourd à toute entente. Elle aura préféré distribuer ses efforts au gré d'élans railleurs, et imposer sans détours un jazz impétueux qu'il faut ronger jusqu'à la corde.

Wally Shoup Trio : Blue Purge (Leo / Orkhêstra International)
Enregistrement : 4 novembre 2003. Edition : 2004.
CD : 01/ Ruffing It 02/ Depth Charge 03/ Hue and Cry 04/ Moiling 05/ Lunar Dust 06/ LoggerHaeds 07/ Gut Luv 08/ Purgations 09/ Get Me One 10/ Psyche Knot 11/ Web Core
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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