Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

A paraître : Franz Kafka vs Nurse With WoundAbécédaire Thelonious MonkNouveautés NoBusiness
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Steve Lehman : Dialect Fluorescent (Pi, 2012)

steve lehman dialect fluorescent

Pour avoir plusieurs fois regretté que Steve Lehman ne mette sa sonorité singulière au service d’une musique qui le soit au moins autant, faudra-t-il dire de Dialect Fluorescent – enregistré en trio avec le contrebassiste Matt Brewer et le batteur Damion Reid – qu’il est un disque qui n’est pas loin de tenir de l’exception ?

Sans savoir si, enhardi par l’exception, Lehman envisagera de changer de cap, goûtons pour l’heure aux effets sur son langage d’airs choisis (Mr.E. de Jackie McLean et Jeannine de Duke Pearson, que l’alto soumet avec délice à l’épreuve de ses phrases courtes et bancales) et même à quelques compositions originales : Allocentric, dont la marche contrariée sans cesse par une fièvre inspirante que se transmettent les musiciens engage son auditeur, ou Pure Imagination sur lequel Lehman démontre sa force de frappe et convainc de ses dispositions pour l’art du rebond.

Mais – est-ce rassurant ? – Lehman reste Lehman, et voici qu’en Dialect Fluorescent se glissent quelques brouillons (euphémisme) qui le lestent : Foster Brothers et Fumba Rebel (tentatives perdues d'avance de funk hors de portée si ce n'est hors-sujet) ou, moins avilissant tout de même, Moment’s Notice, reprise de Coltrane épaissie par une section rythmique bravache. Ceci étant : trop tard, le mieux est fait et, si l’on sait qu'il est l’ennemi du bien, rien n’empêche de profiter d’un mieux quand l’occasion s’y prête.

Steve Lehman : Dialect Fluorescent (Pi Recordings / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Allocentric (Into) 02/ Allocentric 03/ Moment’s Notice 04/ Foster Brothers 05/ Jeannine 06/ Alloy 07/ Pure Imagination 08/ Fumba Rebel 09/ Mr. E.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt, 2011)

keilidoslis

Il est souvent arrivé – presque toujours, pour être exact – qu’on regrette le peu d’idées au service duquel Steve Lehman mettait sur disque un son d’alto pourtant singulier. En duo avec Stephan Crump (contrebassiste entendu sans vraiment se faire remarquer auprès de Vijay Iyer), les choses changent.

Momentanément, du moins. C’est-à-dire le temps de deux improvisations : Terroir, sur laquelle Lehman agite graves patients et aigus agités en promeneur inspiré tout à coup par une proposition de contrebasse – Crump, lorsqu’il sort du simple rôle d’accompagnateur, révèle en effet au saxophoniste d’inattendus champs de traverses à emprunter : l’archet est indicateur et le conseil adopte souvent un air qui facilement séduit (folklore, soul, répétitif…) ; différente, Voyages est, elle, une frise de miniatures fantasques sur laquelle Lehman peut évoquer Archie Shepp (l’Ancien, et passé à l’alto) par les façons qu’il a d’écrire l’instant avec aisance avant de s’accorder avec son partenaire sur la conclusion à donner au bel exercice : dans la ligne, deux bourdons se confondent : à l’horizon, Crump et Lehman en finissent et se partagent alors un bel élément de discographie.

Stephan Crump, Steve Lehman : Kaleidoscope And Collage (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Terroir 02/ Voyages
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed, 2010)

dualgrisly

Dual Identity serait donc l’exemple parfait du disque enregistré par une formation conduite par de brillants musiciens – les saxophonistes Rudresh Mahanthappa et Steve Lehman, dont la singularité à l’alto n’est plus à démontrer – qui peine pourtant à convaincre, voire déçoit beaucoup. Si ce n’est sur exceptions (Manifold pour Lehman et The Beautiful Enabler pour Mahanthappa), la jeune discographie des deux saxophonistes a déjà beaucoup pâti de choix de productions pompiers, sur lesquels l’un et l’autre se sont même entendus sous le nom de Lehman (Travail, Transformation and Flow) : Dual Identity – disque qui emprunte son nom à un quintette naissant –, donc, de remettre ça. 

Tout avait pourtant assez bien commencé à entendre les deux premiers titres d’un concert enregistré au Braga Jazz Festival l’année dernière : « The General » et « Foster Brothers » révélant l’entente au son de mélodies tournant en boucle avec une intensité assez remarquable pour se tenir à distance de l’écueil jazz rock – le guitariste Liberty Ellman se montrant jusque-là d’une discrétion maligne. Et puis, sur SMS (SIC), voici le même guitariste exploitant avec une ardeur nouvelle mais aussi une inconsistance épatante une gamme pentatonique qui anéantira la raison qui guidait jusque-là le quintette.

En suiveurs motivés, Matthew Brewer à la contrebasse et Damion Reid à la batterie adoptent le parti pris vide et voici que l’écueil cité plus haut finit par faire son trou. Béant, celui-ci, au point que Mahanthappa et Lehman en arrivent à « sonner français » – évoquer ici rapidement l’école Lourau et associés qui n’en finit plus d’investir le domaine du jazz comme d’autres enregistrent (avec plus de discrétion tout de même) les plages sonores sensées faire patienter l’auditeur de France Info entre deux flashs identiques. Soporifique et, pour ce qui est de l’association Mahanthappa / Lehman, contraignant.

Rudresh Mahanthappa, Steve Lehman : Dual Identity (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 6 mars 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ The General 02/ Foster Brothers 03/ SMS 04/ Post-Modern Pharaohs 05/ Extensions of Extensions of 06/ Katchu 07/ Circus 08/ Resonance Ballad 09/ Rudreshm 10/ 1010 11/ Dual Identities
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [1] - Permalien [#]

Steve Lehman : Manifold (Clean Feed, 2007)

manisli

Après avoir tiré ses leçons de l’enseignement de professeurs tels que Jackie McLean et Anthony Braxton, restait au jeune saxophoniste Steve Lehman de mettre en pratique. Au Festival de Jazz de Coimbra, en 2007, par exemple.

A la tête d’un quartette classique d’apparence – trompette de Jonathan Finlayson, contrebasse de John Hébert et batterie de Nasheet WaitsLehman mène à l’alto un jazz encore influencé par l’avant-garde des années 1960 (celle de Max Roach, Don Cherry, ou Andrew Hill – dont il reprend ici Dusk) qu’il rafraîchit toutefois au son d’arrangements éclectiques et parfois audacieux.

Impeccable, la section rythmique pousse souvent dans ses derniers retranchements trompette et alto, qui plaident partout ailleurs en faveur de leur entente au son d’entrelacs réjouissants. Le temps, encore, d’un hommage amusé à Evan Parker, et l’enregistrement se termine, qu’il est alors obligatoire de conseiller.

Steve Lehman : Manifold (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2007. Edition : 2007.
CD : 01/ Interface D 02/ Is This Rhythm 03/ Dusk 04/ Interface F 05/ Interface C 06/ Cloak & Dagger 07/ Interface A 08/ Berceuse 09/ For Evan Parker
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

>