Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press, 2013)

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Ce n'est pas la première fois que Bruce Russell et Lasse Marhaug collaborent. Mais Virginia Plane – où le label The Spring Press nous promet de la musique concrète, du dub, des power electronics et du free noise – pourrait être à ce jour l'ouvrage le plus concluant qu'ils aient fabriqué ensemble.

Quatre morceaux par face de trente-trois tours gondolé à force de cracher des bruits qui piquent (marteau piqueur ou machine à coudre, M. Marhaug ?), motorisent, grincent, percutent (des bols ou un piano), déferlent en canalisations creusées profond, croulent et explosent sous le chutes de gravats, etc. Musique concrète : ok. Power electronics & free noise : ok.

Pour le dub, il faut attendre les sirènes en rut de Pyjamarama (un nom comme un autre) qui dansent sur du melodica étendu et bien sûr Numberer Dub. Mais, on s'en doutait, ce dub est loin d'en être, car il est plutôt récréation avant qu'un orgue ne revienne en démontrer. Ses drones résistent à l'appel des crépitements sur une conclusion, In A Dream-Home, qui résumerait à elle seule  l'attraction qui fait que Marhaug et Russell jouent régulièrement ensemble : le goût des bruits que tout oppose et qui pourtant s'arrangent au poil.

Lasse Marhaug, Bruce Russell : Virginia Plane (The Spring Press / Metamkine)
Edition : 2013.
A01/ Both Ends Burning A02/ Remake/remodel A03/ For Your Pleasure A04/ The Numberer B01/ Do the Strand B02/ Pyjamarama B02/ Numberer Dub B03/ In a Dream-home
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin / Richard Francis : Warmth (CMR, 2012)

richard francis jason kahn bruce russell dunedin le son du grisli

C'est à l'occasion d'un séjour néo-zélandais de Jason Kahn (synthétiseur analogique, radio, table de mixage) que ce concert du 28 janvier 2011, en compagnie de Richard Francis (synthétiseur modulaire, ordinateur) et Bruce Russell (électronique), à Dunedin, a été enregistré.

Si Francis avait déjà collaboré (séparément) avec l'un et l'autre de ses partenaires, la rencontre des trois univers avait tout de même de quoi intriguer... et l'improvisation de moins de quarante minutes, cachée ici sous une bien sévère pochette, comble largement les attentes : non seulement en dépassant la contemplation atteinte dans le duo avec Kahn (paru en 2009 chez Monochrome Vision), mais en proposant également une interaction différente de celle arrangée avec Russell pour Garage Music (sur Alone at Last).

Variées, les textures – poussiéreuses ou électriques, vibratoires – que le trio génère se mêlent, se couvrent puis s'imbriquent, dans un mouvement de propulsion auquel on ne se soustrait pas, immergé que l'on est dans ce flux complexe. Délicatement puissante, évoluant au rythme des faisceaux qui traversent son épaisseur, crachée de trois turbines sensibles, cette musique fait mieux que satisfaire, elle conquiert.

Richard Francis, Jason Kahn, Bruce Russell : Dunedin (CMR)
Enregistrement : 28 janvier 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Dunedin
Guillaume Tarche © Le son du grisli

richard francis warmth le son du grisli

Élaboré (à l'aide des synthétiseur, ordinateur et field recordings de Richard Francis) à Auckland début 2012, ce bref recueil se présente comme une collection de vignettes évocatrices de souvenirs, d'impressions ou de « moments sonores » ; néanmoins, rien d'explicite ni d'illustratif dans ces sourds empilements qui grésillent, comme des lambeaux s'entre-parasitant. Austère et intrigant.

Richard Francis : Warmth (CMR)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Love Sounds 02/ Rainy Dub 03/ Rivet 04/ Generational Radio 05/ Let Noise In
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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Richard Francis, Bruce Russell : Garage Music (Alone at Last, 2012)

richard francis bruce russell garage music

La troisième et dernière production du label Alone At Last est une collaboration entre le néo-zélandais Bruce Russell (guitariste de The Dead C, et ce n’est pas rien) et son compatriote électronicien Richard Francis. Résultat d’échange de fichiers (les trois morceaux Garage), captation de concert (Live) ou juxtaposition de deux sets solo (Undead), Garage Music fait totalement honneur à l’excellente réputation de la scène noise improv du pays des All Blacks.

Finalement assez éloignée d’une abstraction sonore qui pourrait effrayer, notamment sur le second titre, la manière de Russell et Francis expose un faux calme – une des caractéristiques des sorties AAL – où les grincements et grésillements font jaillir des profondeurs un entrelacs abrupt et brinquebalant. Very nice indeed.

Bruce Russell, Richard Francis : Garage Music (Alone at Last)
Edition : 2012.
CD : 01/ Garage 2 02/ Garage 3 03/ Undead 04/ Garage 1 05/ Live
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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The Deac C : Armed Courage (Ba Da Bing!, 2013)

the dead c armed courage

A cause de The Dead C, j’ai longtemps cru que le Triangle des Bermudes faisait son petit effet au large des côtes de la Nouvelle-Zélande. Un ami m’a depuis renseigné : « mais non, absolument pas ». C’était l’année dernière (déjà). A peu près à la même époque sortait Armed Courage.

Si j’ai encore quelques amis, c’est que je fais pas mal de concessions : d’accord, les Bermudes, c’est pas là. Mais alors comment expliquer, encore sur Armed (le premier morceau, un instrumental développé sur toute une face), le rideau de baguettes qui s’abat sur la carlingue, les effets de guitares qui font balancer le reste du fuselage et, tout à coup, ce paysage sauvage et âpre dans lequel il va falloir penser à atterrir… ?

De l’autre côté, on retrouve la voix de Michael Morley sur une musique que lui et ses comparses Bruce Russell et Robbie Yeats ont l’air de jouer chacun dans son coin. Mollasse, salasse, tout en surimpression, en un mot : à l’ancienne… jusqu’à ce que la batterie propulse Courage sur un collage de séquences sonores fabuleuses. Ba Da Bing!, c’est moi qui avais raison : les Bermudes, c’est dans l’hémisphère sud.

The Dead C : Armed Courage (Ba Da Bing! / Souffle Continu)
Edition : 2013.
CD : 01/ Armed 02/ Courage
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat, 2005)

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Le 18ème titre de la série de Split singles format 12’’ instiguée par Fat Cat records a le charme des utopies minuscules menées à bien. Ici, la rencontre des antipodes, d’un Sud géopolitique et d’un Sud géographique, du Congo Kinshasa de Konono No1 et de la Nouvelle Zélande de The Dead C. L’expérience comme point commun le plus fondamental.

Fondé par les guitaristes Michael Morley et Bruce Russell, The Dead C est un groupe incontournable de la scène rock improvisé / expérimental depuis bientôt vingt ans. Référence (australe) pour Sonic Youth, Pavement ou Sebadoh, il pose, sur ce single, 3 titres en guise d’explication sonore. Déstabilisé par les ruptures de rythme du batteur Robbie Yeats, un garage désinvolte se met d’abord en place (1). La voix tente des incursions chaotiques sur ce titre de « studio », avant de se taire le temps de deux instrumentaux enregistrés en concert. Là, il est encore plus facile de se faire une idée du goût des deux guitaristes pour les larsens et saturations de toutes sortes (2). Sur le vif, on évalue des effets dont on aura bien le temps, plus tard, de juger de l’opportunité. Quoiqu’il en soit, les trajectoires des cordes sont inébranlables, quoi que tente la batterie, qui cèdera bientôt, pour enfin accompagner les expérimentations nouvelles sur mouvements lents (3).

Sur l’autre face – la première, même , Konono No1 avait déjà délivré sa façon d’envisager un partage de ce genre. Amplifiant de manière artisanale des instruments traditionnels comme le likembé, n’hésitant pas à user de mégaphones, le groupe déploie une musique folklorique tirant sa superbe du crachin des rendus, de saturations qu’on tolère, et d’une énergie contagieuse au son de récitatifs repris en chœur.

Alors, tout devient plus clair, et l’on comprend mieux ce qui a permis d’oser ce rapprochement. Enregistrant sans faire appel au re-recording ou à l’utilisation asynchrone des multipistes, The Dead C et Konono No1 ont, en plus, une manière similaire d’accueillir les surprises sonores et de bien traiter les parasites de passage : à la fois désinvolte et sagace, elle convainc du bien-fondé du parallèle imaginé.

Konono No1 / The Dead C : Split Single (Fat Cat Records)
Edition : 2005. 

12": A/ Konono No1 : 01/ Lufuala Ndonga 02/ Masikulu - B/
The Dead C : 01/ 1 02/ 2 03/ 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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