Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

LDP 2015 : Carnet de route #12

ldp 8 et 9 mai 2015

Barre Phillips programmé pour la neuvième fois à l'EuropaJazz du Mans : est-ce là révélé un cas de « résidence perpétuelle » ? A effet double, qui plus est, cette année : concert en duo avec Paul Rogers le 8 mai et avec le LDP le lendemain...

8 & 9 mai Le Mans, France
EUROPAJAZZ Festival

The almost embarrassing situation of being a perennially invited performer at a festival. How many years now? Eight? To be in a position of "no matter what he does it's fantastic". Where is the freshness in such an attitude? And yet, to come back annually to the same setting, which in itself is wonderful, pleasurable, to perform for a large group of people is something of a dream for the improvising musician. This year's edition was different in that the director had one suggestion of what to present and I had another. In the end we did both. The first concert was in duo with an English colleague, bass-player, just a generation younger. We performed at the Collégiale, an old chapel converted into a city gallery with occasional concerts. I know the room. I've played there quite a few times in the past. The noon time concert. The exposition du jour was around cowboys and horses and the American South-west. The large tableau just behind the performance platform was of horse's asses. I wondered if we were supposed to act out anything in particular? It was interesting to me to hear an old formula from the 60's, one that I had worked my way through, still alive and well chez my partner. We all seem to work in depth to develop our own personal techniques and ways of playing. Of course they are limited. So we keep on working to expand them throughout our performing lives. And when, in performance, you went bang into your limit (technical-musical) you would then just flail away, super powering, annihilation, maybe anger even, until orgasm was achieved, which would let you start all over again.    
It is one solution to the conundrum, I guess. I prefer though a more compositional approach.   
The next day, the 9th, same time but different station, the trio with Urs & Jacques met anew to continue our long song. La Fonderie - an abandoned bell factory, one that been very important on the French church bell scene in the olden days and that for the past 20 years or so is inhabited by Le Théâtre du Radeau - François Tanguy & Company. Marvelous, warm, funky (but in great taste) physical plant inhabited by an extraordinary crew. The Europa-djazz festival has been "using" their facilities for years for more intimate and experimental musiques that are not appropriate for the main stage and it's audience of nearly 1,000. We had a good sized crowd,  the bleachers were virtually full and once again our way of constructing music and the  elements and emotions therein talked directly to the audience and they appreciated it. In listening to and making this music one feels the urgency, the feeling that it is absolutely necessary to go on, forward,  to state matters that are impossible to describe, to pin down, in word-language. The compositional aspect is a big part of what we do. Based on mutually shared experience and knowledge. But to me, more important than our rather rich formal capabilities is the fact that the sounds we play individually come from our personal life-force-fibers. Those that are striving to come into existence.
Black Bat didn't even show up for the gig. Where the hell could he be?
B.Ph.

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Im umgebauten Ausstellungsraum der ehemaligen Kapelle à la Collégiale à Saint-Pierre-La-Cour, finden während des Festivals jeweils kammermusikalische Duo und Solo Konzerte statt. Heute spielt Barre Phillips im Duo zusammen mit dem englischen Bassisten Paul Rogers. Barre gilt seit fünf Jahrzehnten als Meister des Kontrabass. Paul Rogers ist ein herausragender Bassist mit fast grenzenloser Musikalität. Sie beginnen dicht und kraftvoll. Barre öffnet Räume die Paul immer wieder zu füllen versucht. Sie setzen von neuem an. Mal schwebend, flächig mal rhytmisch im Staccato. Die Musik packt mich sofort. Als  Zuhörer nehme ich am Konzert teil. Es ist wie wenn ich selber spielen würde, indem ich hörend Teil der Musik bin. Mir fällt sofort auf, wie sich die Hörwahrnehmung der beiden Spieler unterscheidet. Barre geht mit Respekt auf das Spiel von Paul ein, setzt mit Überblick musikalische Höhepunkte und Kontraste. Paul spielt fast ohne Unterbruch virtuos sein gewohntes Spiel. Mehr Ausstausch der Rollen hätte ich mir gewünscht. Barre war zu oft in der Funktion des Bassisten und Paul die des Solisten. Dennoch erlebe ich das Konzert als fulminanten Bogen gespielt von zwei grossen Musikern am Kontrabass. Magic et Merci!
Für die neunte Auflage Barre’s „résidence perpétuelle“ am Europajazz Festivals spielen wir heute am 9. Mai „à la Fonderie“ im Theater de Radeau – François Tanguy & Company ein Konzert à midi“. Dieser Nachmittag ist ausschliesslich der europäischen, frei improvisierten Musik reserviert.
Jacques und ich stimmen uns gleichzeitig und unabhänig von einander, jeder mit seinem Instrument in einem Proberaum des Theaters ein. Jeder spielt Arpeggios, Strukturen und kontrollierte Abläufe auf seine Art. Es ist das erste Mal, dass wir das in dieser Form tun. Das ist eine spannend Sache und eine gute Übung um Unabhängigkeit zu praktizieren und die Konzentration zu schärfen.
Ein Theater Raum mit trockener, transparenter Akustik. Ein grosser Flügel, ein adäquates Instrument für Jacques. Ein Publikum, dass gespannt ist was jetzt passiert.
Die Klänge des Trios fallen sofort und kraftvoll in den leeren Raum. Die Energie formt sich mit Gelassenheit innerhalb verschiedener Parameter, es entstehen abrupte Wechsel und explosive Strecken im Fortissimo. Die Musik verdichtet sich. Durch das Weglassen von Tönen manifestiert sich die Stille im Raum. Wir spielen einen 50 minütigen Opus mit in drei Teilen. Ein Klanguniversum aus Tönen und Geräuschen klingt lange nach. Im Anschluss spielt Daunik Lazro und François Corneloup ein Bariton Saxofon Duo und die Gruppe Double B&J mit Raymond Boni, Joe McPhee, Bastien Boni, Jean-Marc Foussat.
U.L.

P1100236

C'est à travers un piano absent que j'écoute Barre en duo avec Paul Rogers. Deux contrebasses pour deux approches diamétralement opposées de l'écoute. Les musiciens jouent devant une évocation picturale et improbable d'un far west nord-américain décorant les murs d'une abbatiale du XIIIème siècle. Le grand écart est total, à la fois sonore et visuel. Trop écartelé, je m'invente spontanément un deuxième concert, simultané au premier, mais purement personnel et intérieur, sorte de mixage fait de fragments sonores joués par Barre et de sons produits par mon écoute intime : un duo entre sa contrebasse et mon piano absent. Quelques instants-clefs révélés, oscillant entre intimité et espace du concert: la perception à la fois ralentie et fulgurante, irradiant l'espace, d'un bourdonnement provenant de l'extérieur du bâtiment, de la ville silencieuse en ce jour de célébration du 70e anniversaire de la victoire sur le nazisme, comme une extraction de drone urbain qui, dans un lent crescendo-decrescendo a mis en vibration l'architecture de l'abbatiale. Puis, plus tard, à la sortie d'un enfant pleurant dans les bras de son père, la transformation de ces mêmes pleurs en chant des sirènes au passage de la porte s'ouvrant sur l'espace extérieur. Les aboiements d'un chien ont conclu cette séquence en accompagnant l'effet de coupure acoustique de la porte se refermant. Demain, 9:30 AM, navette pour nous conduire au lieu du concert, the trio is back!
Concert à midi ce jour, à la Fonderie, immense lieu et large plateau habité par le magnifique Théâtre du Radeau. La matinée débute par un échauffement dans la boîte à musique, face à un Bösendörfer, dont la table d'harmonie affiche le numéro 31423, et dont une partie des étouffoirs est constellée de fragments de post it blancs indiquant le nom de la corde directement alignée au-dessous. G#, D, Bb, F, C#, et cætera, presque deux tiers des étouffoirs marqués de la sorte. Malgré une absence de logique apparente, je tente de retrouver une origine, un sens à cet agencement alphabétique des lettres-sons. Inversant un processus connu qui part du nom ou du prénom pour aboutir à une suite de notes, je me prends au jeu de découvrir un nouveau B.A.C.H., un si bémol_la_do_si bécarre d'aujourd'hui, au sein d'un réseau de hauteurs de sons qui révèleraient leur énigme cachée.
Sur scène un Steinway & Sons, D, 582430. La musique du trio est immédiatement là, à nouveau, comme à chaque fois, miraculeusement et simplement, elle nous retrouve, elle trouve sa place en chacun de nous, elle trace son chemin dans notre abandon à l'instant. Difficile de parler de cette expérience avec d'autres moyens que ceux de l'expérience elle-même. La plupart des tentatives sonnent comme de mauvaises traductions. Pourtant parfois l'expérience vécue par les spectateurs permet d'éclairer et de clarifier notre propre expérience. Lorsque qu'après le concert, autour d'une table, j'entends le metteur en scène François Tanguy parler de son expérience à l'écoute de nos sons, et convoquer dans un même élan Robert Walser et la mécanique des fluides, j'ai l'impression de pouvoir mettre quelques mots sur mon expérience sonore indicible grâce à la relation qui naît ainsi de la confrontation entre deux expériences vécues simultanément. Soudainement l'intensité de la texture des microgrammes de Robert Walser joue en moi comme un dictionnaire ouvrant ses pages à mes propres sons. Les longues promenades de l'écrivain biennois, entre ville et campagne, me ramènent à nos espaces sonores en trio de plus en plus étendus, où l'écoute comme matériau est à chaque nouveau concert plus présente.
Surtout : à tout instant du jeu avec Barre et Urs, il me paraît possible d'emprunter n'importe quelle direction, de donner à mon propre jeu n'importe quelle forme, de lui attribuer n'importe quelle qualité. Il y a comme une réactivation continuelle de la totalité des possibles, et le plaisir est naturellement grand quand tous ces sons produits et échangés ne semblent résulter d'aucun travail et naître spontanément de leur propre propagation dans l'espace.
J.D.

Photos : Jacques Demierre

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Paul Rutherford : GHEIM (Emanem, 2014) / Iskra 1903 : Iskra 1903 : South on the Northern (Emanem, 2013)

paul rutherford gheim

Le changeant un peu de son habituelle compagnie – Iskra 1903, avec Phil Wachsmann et Barry Guy –, cette réédition d’une cassette Ogun consignant un live at Bracknell (deux premières plages) et quelques prises studio (trois dernières), tous enregistrements datant de 1983, donne à entendre Paul Rutherford auprès de Paul Rogers et de Nigel Morris.

Soit cinq improvisations entretenant le souvenir du free jazz des origines, qui profitent d’une vitalité partagée – le moins « traité » des trois musiciens au grisli (présence quand même dans ce même trio en fin de Tetralogy) n’a-t-il pas pris quelques leçons de tambour auprès de John Stevens ? – et d’un art certain de la mesure. Ainsi, les motifs redits en boucle par la contrebasse et les soulèvements compulsifs de la batterie engagent-elles Rutherford à ramasser une expression entière et franche dans un seul et même souffle.

En studio, les musiciens se montrent autrement démonstratifs : le son est plus chaleureux, la contrebasse moins amplifiée. La nonchalance de chacun des trois intervenants (Rutherford passant à l’euphonium le temps d’une prise) est porteuse de non-principes communs, qui soignent encore le flegme déroutant avec lequel le trio s’adonna à l’improvisation.

Paul Rutherford Trio : GHEIM. Live at Bracknell 1983 (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2 juillet 1983 & 12 décembre 1983. Edition Ogun : 1986. Rééditions Emanem : 2004 & 2014.
CD : 01/ Gheim 1 02/ Gheim 2 03/ Brandak 04/ Crontak 05/ Prindalf
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

iskra 1903 south of the northern

South on the Northern pourrait être, en deux temps que marquent les deux disques qu’il contient, un retour aux sources pour Rutherford. Deux fois enregistré à Londres en 1988 et 1989, Iskra 1903 y entretient en effet un art de l’improvisation plus « réfléchi », mais terrible tout autant : les déboîtements du trombone n’agacent-ils pas l’archet rapide de Wachsmann (aussi à l’électronique) quand celui de Guy (aussi à l’électronique) révèle sur de plus lents passages les traces évidentes d’un instant qui palpite ?

Iskra 1903 : South on the Northern (Emanem / Orkhêstra International)
Réédition : 2013.
2 CD : CD1 : 01/ Balham Bedford 1 02/ Balham Bedford 2 03/ Balham Bedford 3 04/ Balham Bedford 04 – CD2 : 01/ Clapham Commun Sun 1 02/ Clapham Commun Sun 03/ Clapham Commun Sun
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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(2015-2) Expéditives : Ferran Fages, Remembrance, Machinefabriek, Toshimaru Nakamura, Sebastian Lexer, Michael Thieke...

2013 expéditives

radi d'or

Ferran Fages : Radi d’Or (Another Timbre, 2013)
A la tête d’un « ensemble » de cinq musiciens (Olga Ábalos à la flûte et au saxophone alto, Lali Barrière aux ondes sinus, Tom Chant aux saxophones ténor et soprano et Pilar Subirá aux percussions), Ferran Fages interprétait le 17 décembre 2011 un Radi d’or haut de trente-six minutes, par lui imaginé. Occasion pour le guitariste d’accorder ses attachements pour les râles, notes parallèles, harmoniques, prévenances, retours sur note, soupçons (ondes sinus et guitare)… Toutes sonorités, inspirantes. (gb)

lauzier transparence

Philippe Lauzier : Transparence (Schraum, 2013)
Du dédale que construit Philippe Lauzier ne pourront s’échapper que des souffles amples, vastes, abondants, amis. Ce souffle brise-glace fore le continu. Le souffle se module, se gonfle, admet de fines moisissures mais, toujours, refuse la désunion. A chaque nouveau tableau, un continuum. A chaque nouveau monde, la douceur des prologues. Clarinettes et saxophones malaxent la matière, cristallisent le granuleux. Ils oscillent et hypnotisent l’auditeur. Les techniques étendues ne sont que prétextes : le souffle ne se voudrait que fluet et menu qu’il ne pourrait cacher sa douceur, sa bienveillance. Précisément ceci : un disque de douceur et de bienveillance. (lb)

remembrance

Remembrance : Remembrance (NoBusiness, 2013)
Enregistré le 9 février 2004, Remembrance donne à entendre sur deux disques Elton Dean, Paul Dunmall, Paul Rogers et Tony Bianco. En quartette, trio ou duo, les musiciens se livrent à d’épatantes combinaisons d’un jazz volubile, pour ne pas dire convulsif (duo Rogers / Bianco en ouverture du second disque). Au swing unique de Dunmall, Dean oppose des ébauches de mélodie allant souvent à contre-courant de la solide paire rythmique, association qui démontre une maîtrise renversante. (gb)

machinefabriek

Machinefabriek : Stroomtoon II (Herbal International, 2013)
Impressionné, toujours deux ans plus tard, par les basses de Stroomtoon II. Ce CD, c’est du Machinefabriek par couches et par surcouches, en constructions-collages de drones-synthé, d’ambient pop (passe-partout, certes) ou d’electronica oldies. Après la bonne impression... on redescend. L’originalité est en fait toute relative si bien qu’on se demande pourquoi avoir réédité ce CD Nuun sorti en 2012, les stocks Machinefabriek doivent bien recéler d’autres trésors, non ? (pc)

suncheon

Kawaguchi Takahiro, Choi Joonyong : Suncheon Hyanggyo (Balloon & Needle, 2013)
Suncheon Confucian School, 12 août 2011 : Choi Joonyong et Kawaguchi Takahiro s’affrontent. Et ils ont apporté de quoi faire (instruments, objets préfabriqués, systèmes inventés). Donc, attentif, j’ai l’impression qu’un chien halète puis qu’on lui plante un clou dans l’os en respectant le rythme de son souffle.  Non, pas un chien, mais une petite scie suivie d'autres instruments de chantier : étincelles, electronics, buzzs, bref impossible de tout raconter en trois lignes, même en sept d’ailleurs. Mais je recommande ! (pc)

foz

Toshimaru Nakamura, Manuel Mota : Foz (Dromos, 2013)
Datée du 15 septembre 2011, l’improvisation est celle par laquelle Toshimaru Nakamura opérait un retour à la guitare. Auprès d’un autre guitariste, qui plus est : Manuel Mota. Improvisées, les deux pièces composent avec l’échouage des longues notes, quelques accords tombant, des feedbacks aussi ou d'autres bruits jadis qualifiés de « parasites ». Emmêlées, les lignes se confondent bientôt en un Foz étonnant. (gb)

the fog

Sebastian Lexer, Grundik Kasyansky : The Fog (Dromos, 2013)
Forcément enregistré à Londres (3 décembre 2011), The Fog expose, sous influence AMM, le piano étendu de Sebastian Lexer aux radiations électroniques de Grundik Kasyansky. C’est une alarme, d’abord, qui filtre de l’épais brouillard. Après quoi, le duo profite de son art de la réflexion et d’un timing élaboré : les coups donnés au piano, les cordes pincées et les distensions électroniques se prennent ainsi dans une brillante composition en toile d’araignée. (gb)

biliana thieke

Biliana Voutchkova, Michael Thieke : Already There (Flexion, 2013)
Trois séances d’enregistrement ont, en 2012 à Berlin, permis à Biliana Voutchkova et à Michael Thieke d’accorder leurs violon et clarinette. Lorsqu’elle ne décide pas de poursuites ou de cascades, l’improvisation joue d’oppositions (graves de clarinette contre frêle archet), d’apparitions (d’une voix, d’interférences, d’un lyrisme en perte de repères…) ou de disparitions dans un battement d’ailes. Si Voutchkova manque parfois d’idée, Thieke (et Werner Dafeldecker, au mastering) donnent quelque valeur à la rencontre. (gb)

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L'étau : Choses clandestines (Bloc Thyristors / trAce, 2013)

l'étau choses clandestines

On sait Jean-Noël Cognard amateur d’improvisations ardentes, notamment consignées sur disques FMP ou Ogun. Après avoir échangé avec Michel Pilz (dont il célébra ici le Carpathes) en Binôme et en Ressuage, il retrouvait le clarinettiste (basse) les 4 et 5 mars 2013 afin de former L’étau en (exceptionnelle) compagnie de Keith Tippett et Paul Rogers. L’occasion d’enregistrer Choses clandestines fut double (deux jours passés en studio et une soirée programmée aux Instants Chavirés) quand les disques nés de celle-ci sont désormais quatre.

Enregistrés en studio, les deux premiers démontrent une entente que l’on supposera immédiate, qui profitera en tout cas à chacune des combinaisons à y trouver. Solos de Tippett, duos, trios et quartette, déroulent et imbriquent des pièces de musique différentes – free gaillard, atmosphérique bruitiste, marche ésotérique… – qu’enrichissent la fantaisie du pianiste (lyrisme récalcitrant, obsessions arpégées, recherches préparées), l’imagination instantanée du clarinettiste et les astuces imparables du duo de pompiers-pyromanes que composent Rogers (archet qui attise) et Cognard (baguettes qui avivent).

En concert, une seule combinaison : le quartette donnant, dans la mesure du pensable, deux grandes improvisations « homogènes ». Là encore, les tensions animent les conversations, et les mêmes qualités agissent : batteur féroce, Cognard exige la perte totale de repères (chose faite et bien faite sur la seconde face du troisième disque) quand Tippett multiplie les voyages à l’intérieur de son piano – la chose n’est-elle pas faite pour le « spectacle » ? – lorsqu’il ne rue pas en blues ou exige de Night in Tunisia qu’elle tombe sur Montreuil. C’est ainsi que fut relancée l’étrange machine qui a pour nom L’étau, dont personne ne pourra regretter qu’elle perde aujourd’hui, en belle boîte rose fuchsia qui plus est, un peu de sa clandestinité.

L’étau : Choses clandestines (Bloc Thyristors / trAce / Metamkine)
Enregistrement : 4 et 5 mars 2013. Edition : 2013.
LP1 : A1/ Sophistiqué barbare A2/ Le rideau déchiré B1/ Créer l’émotion puis la préserver B2/ Trois scripts abandonnés B3/ La danseuse blessée B4/ Couloir circulaire – LP2 : A1/ Projection de la scène A2/ Le rectangle de l’écran doit être chargé d’émotion A3/ La galerie des murmures A4/ Fondus dans l’arrière plan A5/ Dipôle – LP3 : A/ Une enseigne lumineuse faisant la réclame d’une revue musicale – Partie 1 B/ Une enseigne lumineuse faisant la réclame d’une revue musicale – Partie 2 – LP3 : A/ Plancher authentique permettant de bien entendre le bruit des pas – Partie 1 B/ Plancher authentique permettant de bien entendre le bruit des pas – Partie 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Dunmall, Mark Sanders : Pipe & Drum / Paul Dunmall, Philip Gibbs, Neil Metcalfe, Paul Rogers : Sun Inside (FMR, 2012/2011)

paul dunmall mark sanders pipe and drum le son du grisli

Dans cette course-poursuite engagée avec lui-même, Paul Dunmall et sa cornemuse ne laissent pas grand choix aux tambours de Mark Sanders. Les deux musiciens serrent leur jeu au maximum, le souffle se sature de polyphonies, les aigus tourbillonnent, la batterie désosse le continu. La transe répond présent.

Mais, en une occasion (Stand Alone with Blessing) et prenant la parole en solitaire en un trot singulier, Sanders invite son camarade à varier les registres et les hauteurs. Se malaxeront alors d’autres matières, moins répétitives et plus nuancées. Le batteur créera des motifs qu’il alimentera de ses savantes frappes tandis que la cornemuse de Dunmall inscrira quelques vers de plus à son envoûtante poésie. Et ainsi, vivra et respirera un duo débordant d’énergie et de créativité.

Paul Dunmall, Mark Sanders : Pipe & Drum (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 7 mars 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ Dance of the Elders 02/ Folette 03/ Mesolithic to Neolithic 04/ Stand Alone, with Blessing 05/ Lily at the Bearwood 06/ Tropical Seas of Malvern 07/ Supernatural Is Natural
Luc Bouquet © Le son du grisli

paul dunmall paul rogers sun inside le son du grisli

Une clarinette ombrageuse ouvre Sun Inside. Une flûte la poursuit de sa prégnante assiduité. Prétextant la présence du bois pour mieux en sonder l’écorce, guitare et contrebasse tricotent la ligne sinueuse. Maintenant, tout est activé. Il s’agit donc de s’enlacer, de converser (parfaits les couples Paul Dunmall-Phillip Gibbs et Paul Dunmall-Neil Metcalfe), de s’élever, d’activer des motifs entre fugue et contrepoint et de prospérer sans inquiéter l’autre. Et en faisant fondre les lenteurs des deux premières plages au profit d’une improvisation vivace et quasi west-coast (Dunmall est maintenant passé au soprano), prouver qu’ici, tout est mouvement.

Paul Dunmall, Philip Gibbs, Neil Metcalfe, Paul Rogers : Sun Inside (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ Sun Inside 02/ Dissolving a Rock 03/ Inside the Sun
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Van Hove, Dunmall, Rogers, Lytton : Asynchronous (Slam, 2010)

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C’est la présence de Fred Van Hove qui interpelle d’abord sur Asynchronous, rencontre du pianiste et d’un trio de Paul qui se connaissent par cœur – Dunmall (saxophone ténor) / Rogers (contrebasse) / Lytton (batterie) – lors de l’édition 2008 de l’Europe Jazz Festival du Mans.

Jadis, Van Hove essouffla Peter Brötzmann, Don Cherry ou Albert Mangelsdorff : en conséquence, Dunmall doit faire face et ne tarde pas : ainsi, il titube certes mais tient bon sur les volutes rapides au son desquelles le pianiste investit la première plage d’improvisation, et puis vocifère encore quand le même se fait plus lyrique, décidant d’un changement de climats sous les effets d’aigus remontés. Alors, le saxophoniste trouve refuge dans les graves et commande de nouveaux emportements que soutiennent avec ferveur et même majesté le duo Rogers / Lytton.

Bien sûr, on peut regretter la fâcheuse tendance qu’a parfois Van Hove de donner l’impression de jouer tout ce qui lui passe par la tête sans jamais faire usage d’aucun tamis de circonstances, mais la critique s’arrête sur la fin de la première des deux plages à trouver sur le disque. En effet plus subtil sur Moves, le pianiste agit en élément concentré autant que ses partenaires sur un développement musical lent : l’archet appuyé de Rogers et les assauts fomentés ensemble par Dunmall et Lytton l'invitant à distribuer de simples et brefs accords. Cohérent maintenant – c'est-à-dire après avoir déjà beaucoup convaincu – le quartette dépose ses dernières notes, les espaçant de plus en plus jusqu’au moment de disparaître.

Fred Van Hove, Paul Dunmall, Paul Rogers, Paul Lytton : Asynchronous (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 11 mai 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Asynchronous 02/ Moves
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Rutherford : Tetralogy (Emanem, 2009)

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D’anciennes cassettes et d’autres enregistrements de concerts : prises multiples (acoustiques et électroacoustiques) de Paul Rutherford assemblées sur Tetralogy.

En solo à Londres en 1981, d’abord, Rutherford confronte une musique électronique minuscule aux clameurs d’un euphonium et à celles d’une voix passée en machines. Là, il confectionne un art expressionniste autant que ludique, dans lequel l’importance du son rivalise avec celle du geste. L’état d’esprit, ré-invoqué deux jours plus tard auprès de George Lewis (trombone), Martin Mayes (cor) et Melvyn Poore (tuba) : cette fois, les cuivres se mêlent avec une ferveur telle qu’il devient impossible de démêler leurs voix, graves réfléchissants qui vont d’impromptus en accords sur phrases longues jusqu’à mettre la main sur des trouvailles essentielles.

La première moitié du second disque présente d’autres solos : Rutherford au trombone ou à l’euphonium en 1978, précipite son discours, se laisse plaisamment gagner par la fatigue, et puis repart, revigoré. A l’intérieur de l’instrument, fait entrer des morceaux de voix prises de tremblement et de phrases instrumentales en chutes libres, écho interne au tumulte entendu dehors. Enfin, en compagnie de Paul Rogers (contrebasse) et de Nigel Morris (percussions), Paul Rutherford improvise en studio en 1982 : sortent de la rencontre saillies et répétitions amalgamées sur une pièce que l’on croit d'abord écrite (One First 1) ou un archet radical offrant au trombone la possibilité d’autres stratagèmes. En conséquence, Tetralogy s’avère être une anthologie à la fois inattendue et nécessaire.

Paul Rutherford : Tetralogy (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1978-1982. Edition : 2009
CD1 : 01/ Elesol A 02/ Elesol B 03/ Elesol C 04/ Braqua 1A 05/ Braqua 1B 06/ Braqua 2 – CD2 : 01/ The Great Leaning 1A 02/ The Great Leaning 1B 03/ The Great Leaning 2 04/ One First 1 05/ One First 2 06/ One First 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Dunmall : Deep (FMR, 2009)

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L’étrange couverture de Deep faisait craindre le pire pour la forme de ce reportage consacré à Paul Dunmall. La suite confirma la crainte. Heureusement, reste Paul Dunmall.

Sur la forme, le film multiplie en effet maladresses et lourdeurs : inventivité quasi nulle, montage fait à la hache et illustrations sonores enfilées sans le moindre rythme et avec encore moins d’à-propos. C’est donc le sujet qui l’emporte ici : Paul Dunmall revenant face caméra sur son parcours : enfance auprès d’un père batteur, premières leçons de clarinette et premier voyage aux Etats-Unis (Alice Coltrane, Johnny Guitar Watson), retour à Londres et nouvelles expériences musicales (entendre Louis Moholo, jouer aussi bien auprès de Tim Richard que de Danny Thompson).

Parfois, on oublie un peu le parcours chronologique pour donner quelques preuves de réel : extraits de concerts (avec le Profound Sound Trio, notamment), vision de Dunmall passant en revue ses instruments-fétiches ou témoignages de quelques-uns des partenaires du saxophoniste (Paul Rogers, Hamid Drake). Ces preuves redisent ainsi la complexité et l’importance du personnage, qui méritait mieux qu’un reportage de décrochage régional mais dont l’humilité saura sans doute s'en satisfaire.

Paul Dunmall : Deep (FMR)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview de Paul Dunmall

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Depuis qu’il est entré en improvisation, Paul Dunmall (saxophones, clarinette, cornemuse…) a su donner les gages d’une inspiration toujours renouvelée auprès de John Stevens, Evan Parker, Keith Tippett (en compagnie de qui il anime l’imposant Mujician) ou Barry Guy. Récemment encore, son habileté instrumentale se laissait porter par Henry Grimes et Andrew Cyrille (sur Opus de Life), conduisait un Sun Quartet profitant des présences de Tony Malaby, Mark Helias et Kevin Norton (sur Ancient and Future Airs) ou emmenait trois plus jeunes musiciens encore sur Moment to Moment. Assez, donc, pour revenir brièvement sur le parcours de Paul Dunmall

... Je me souviens des éléments de batterie que possédait mon père, j’avais alors trois ans à peu près. Je me rappelle de leur son, de leur impression au toucher et de leur odeur. J’en ai joué un peu, mon père m’ayant même donné des leçons de batterie. Je me souviens aussi de ma grand-mère, qui jouait du piano et chantait des airs populaires qui dataient des années 30. Mon père m’a plusieurs fois emmené avec lui à des concerts de dixieland, et je suis aussi allé à certains des concerts qu’il donnait. Au même âge, je me suis aussi emparé d’un saxophone ténor pour la première fois, je devais avoir 11 ans... C’était pour moi un objet fabuleux. Pour en finir avec les souvenirs, je me rappelle aussi de la musique qui passait à la télé à la fin des années 50 et au début des années 60.

Qu’est-ce qui vous a amené à faire de la musique ? Comme je le disais, mon père et ma grand-mère s’y intéressaient, mais j’ai commencé à m’y mettre sérieusement à partir de l’âge de 12 ans, quand j’ai débuté à la clarinette. J’ai étudié la clarinette classique pendant cinq ans mais je suis me suis mis aussi au saxophone alto à 14 ans. Un an plus tard, je vendais mon alto pour m’acheter un ténor et rejoindre un groupe de soul. A 15 ans, je commençais à donner des concerts. 

Vous avez aussi joué du rock, dans un groupe qui avait pour nom Marsupilami J’avais 17 ans lorsque j’ai rejoint Marsupilami, groupe qui m’a permis de devenir musicien professionnel. Quand j’y suis entré, ce groupe avait déjà deux enregistrements à son actif, produits par Transatlantic. C’était une formation très intéressante, qui profitait de bons arrangements et de très belles mélodies. Leur musique a pour moi toute la saveur d’une époque, dans laquelle je replonge lorsqu’il m’arrive de réécouter leurs disques. En 1971, nous devions enregistrer pour Transatlantic un album live au Paradiso, à Amsterdam, mais malheureusement le groupe a été dissout peu avant cela, voilà pourquoi je n’ai pas eu la chance d’enregistrer avec eux.

Comment êtes-vous arrivé au jazz puis à l’improvisation ? J’ai commencé à écouter du jazz contemporain quand j’ai rejoint Marsupilami. Le chanteur avait des disques de Coltrane, Albert Ayler, Mingus, que nous n’arrêtions pas d’écouter. Nous jouions d'ailleurs du free jazz dans la ferme dans laquelle nous vivions tous ensemble, même si cela n’a pas eu d’influence sur les concerts du groupe. Et puis, je suis parti pour les Etats-Unis en 1973. Là, j’ai vraiment commencé à travailler dur pour me familiariser avec toutes sortes de jazz. J’ai appris les symboles d’accords, joué les standards et suis allé voir de nombreux concerts donnés par les grands noms du genre. Après trois ans passés là-bas, je suis revenu en Angleterre, en 1976. J’ai alors rencontré et joué avec des musiciens tels que Keith Tippett, Tony Levin, Paul Rogers, Alan Skidmore, Louis Moholo, Elton Dean, Evan Parker, Barry Guy – la liste ne s’arrête pas là – et suis devenu l’un des éléments de la scène musicale britannique et européenne.

Quels sont vos souvenirs de l’improvisation européenne des années 1970 et 1980 ? C’était une scène intéressante qui était capable d’une musique superbe mais, dans le même temps, il y avait cet intérêt des médias pour ce qui a été appelé le « jazz revival » et qui, selon moi, dénigrait le free jazz et l’improvisation pour s’intéresser à de vieilles manières de pratiquer le jazz. Il me semblait que la musique librement improvisée était poussée sur le bas-côté, qu'on lui imposait de rester underground. Wynton Marsalis était le héros de ce revival et beaucoup de jeunes musiciens britanniques sont revenus à Art Blakey et au hard bop soudain remis à la mode. Tous les magazines vantaient les mérites de cette ancienne / nouvelle musique. Pour moi, le jazz a alors perdu sa véritable nature pour se plier aux codes du spectacle – possible qu’il s’y plie encore aujourd’hui, je ne sais pas… Ce que je sais c’est que, malgré toute la promotion de cette forme de jazz faite par les medias, le free jazz a vraiment été capable de produire une excellente musique, il s’est affiné et a réussi à survivre dans de petits clubs, dans des arrière-cours, et ce jusqu’à aujourd’hui…

Comment estimez-vous justement l’évolution de cette musique ces trente à quarante dernières années ? Pour ma part, j’ai beaucoup collaboré avec des musiciens intéressés par l’improvisation, qu’ils viennent de la scène folk, des musique du monde ou du classique, et qui avaient envie de développer cette musique. Si beaucoup de barrières sont tombées, je ressens quand même le besoin de garder un côté jazz dans mon jeu. Certains musiciens essayent aujourd’hui de couper tous les ponts avec le jazz ; moi, je ne veux rien interdire à mon jeu. Je tiens à l’abstraction et à la mélodie, au rythme et à l’absence de rythme ; je veux que ma musique profite de tout, et beaucoup d’autres musiciens sont comme moi. Je pense que c’est une attitude saine à adopter pour le bien de la musique à venir.

Vous envisagez aujourd’hui votre musique aussi bien aux côtés d’anciens partenaires (dans Mujician, par exemple) qu’auprès de plus jeunes ; faîtes-vous une différence entre ces deux façons ? C’est fantastique de pouvoir jouer encore avec de vieux amis, trente ans après, qui apprécient encore mon jeu comme moi j’apprécie le leur, de chercher encore à progresser ensemble ou à faire de la meilleure musique, c’est une sensation rare que seul peut t’apporter le fait de jouer depuis longtemps avec tel ou tel musicien. Mais c’est aussi tout aussi fantastique de jouer avec de jeunes musiciens, et ils sont si nombreux... Ils ont une énergie fantastique et un dynamisme que j’adore. C’est avant tout de l’énergie physique. Eux découvrent encore les voies qui permettent de prendre du recul, de se relaxer, pour obtenir une musique qui gagne en profondeur, ce qui n’arrive vraiment qu’avec l’expérience et le temps qui passe. La musique est entre de bonnes mains avec les jeunes musiciens avec lesquels j’ai pu jouer, et je suis certain qu’il y en a beaucoup d’autres de la même trempe aux quatre coins du monde. 

Faîtes-vous aujourd’hui une différence entre jazz et improvisation ? Je connais des personnes qui font cette différence et je dois bien avouer qu’il arrive à cetaines musiques improvisées de n’avoir aucune relation avec le jazz. Malgré tout, je ne pense pas qu’il y ait une si grande différence que ça : si l’on remonte un peu dans le temps, on peut entendre l’histoire de l’improvisation, que le jazz a ramené au monde de façon significative. Comme je l’ai déjà dit, je pense qu’il est de bon ton, ces jours-ci, de chercher à couper les ponts avec quelque forme de jazz que ce soit, mais pour moi, ce ne sera jamais possible.

Il y a bientôt dix ans, vous fondiez votre propre label, DUNS. Cela a-til changé votre rapport à la musique ? DUNS a été l’une des meilleures choses que je n’ai jamais faites pour ma musique. Moi et Phil Gibbs, qui est aussi pour beaucoup dans DUNS, défendons les fruits de séances qui ont eu lieu chaque mois, et ce pendant plusieurs années. Il y avait vraiment quelque chose dans l’air à l’époque, c’était vraiment électrique. Même si j’étais l’un des intervenants, je dois dire que fût alors créée une musique merveilleuse à l’occasion de séances quelques fois novatrices. J’aimerais que nous arrivions à sortir notre 100ème référence, ce serait vraiment quelque chose. Pour le moment, nous en sommes à 63.

Quelle est votre principale motivation aujourd'hui ? Ressentez-vous avoir encore quoi que ce soit à vous prouver ? La musique n’est pas un sport. Il n’y a rien à prouver, rien à gagner. La musique est la seule récompense. Pour moi, la musique a toujours été un moyen d’aller au plus profond de moi-même et de m’exprimer à travers mon jeu. La musique devrait être capable de faire sentir aux gens quelque chose en eux, quelque chose qui vous connecte avec votre propre esprit, c’est pourquoi le musicien fait figure, pour moi, de médiateur. Il est du devoir du musicien d’être une sorte de shaman et d’aider tout un chacun à grandir. La musique n’a jamais été un simple divertissement pour moi.

Y a-t-il alors des musiciens avec lesquels vous rêvez encore de jouer ? Eh bien, aujourd’hui, peu importe avec qui je joue, l’essentiel est pour moi de donner le meilleur, que ce soit aux côtés d’une légende ou d’un jeune musicien. J'ai arrêté les listes de vœux...

Paul Dunmall, propos recueillis fin juin 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Paul Rogers : An Invitation (Rare Music, 2009)

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I have played with Paul Rogers for 30 years and in any situation he always gives 100% of himself. He is a supreme bassist, with astonishing technical abilities and great musical vision. He digs down deep to try to find new things, which in my mind means it's spiritual music because isn't that what spiritual means, digging deep to find answers. This solo cd for me shows all of this and is presented in 10 tracks with Paul improvising over his own  compositions. Because he is happy in most any musical situation like straight jazz to free abstraction you can hear his love of both melody, rhythmic and harmonic freedom. This is a very powerful cd yet it is easy to concentrate on. This is why I have chosen this record as one of my all time favourites.

Paul Rogers : An Invitation (Rare Music)
Edition : 2009.
CD : 01/ An Invitation 02/ What Will You Be 03/ Flight 04/ Ebbing 05/ Dove 06/ Fountain 07/ Elevation 08/ The Trip 09/ Do 10/ Gibrache
Paul Dunmall © Le son du grisli

dun

Singulier saxophoniste britannique, Paul Dunmall a récemment été entendu auprès d'Andrew Cyrille et Henry Grimes sur Opus de Life. 

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