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Le son du grisli
16 mai 2016

Werner Hasler, The Outer String : Out (Everest, 2016)

werner hasler the outer string out

Néo-classique? Peut-être, il y a de ça. Free un peu, beaucoup de choses ? Aussi, mais tendance smooth. Jazz ? Bien sûr, sans oublier quelques volutes orientalistes au travers de la fumée. Quelques amateurs éclairés ont allumé un bâton de chaise, trois centimètres de diamètre. Ils se laissent emporter par l'esprit frondeur et volubile de Werner Hasler / The Outer String sur Out.

Entre concert et exposition, le trompettiste suisse et sa suite aux violoncelles et percussions promènent l'auditeur au sein du temps ; il défile allègrement au gré des interventions dynamiques de ses multiples protagonistes. Ca swingue pas mal, oui, ça rameute aussi l'inquiétude d'un soir pluvieux de novembre, passé à se rappeler les cordes étendues par Gavin Bryars. Derrière leurs fûts, les trois batteurs (à tour de rôle) réécrivent la créativité en majuscules, leurs apports sont primordiaux à la belle réussite de ce disque à la forte personnalité. Elle est aussi déchirante qu'enivrante, on imaginerait bien un ami cher savourer un whisky en sa compagnie.

out

Werner Hasler, The Outer String : Out
Everest Records
Edition : 2016
CD : Out
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

 

23 avril 2016

Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert (Incus, 1975)

derek bailey evan parker the london concert incus

Prince est mort hier. Bon je vais me coucher. J'ai mal partout. Je suis vieux. Yeah ! J'ai 3 ans de plus que Prince. Je veux mourir aussi. Tout de suite ! (choeur : Il veut mourir de suite ! ) Yeah ! Oh no, no, non ! Chaque disque est un tombeau dans le cimetière des souvenirs, un bouquet de chrysanthèmes. Je pose Around The world in a Day sur ma platine (après 25 ans sur mes étagères, le disque vinyle tourne toujours, il n'est pas en panne comme n'importe quelle merde numérique). « Temptation » est mon morceau préféré ! Une vision du diable sous forme de sexe déchiré ultra sexy : « Purplelectricity whenever our bodies touch » avec les synthés FM des années 80 et un solo de saxo ténor bluffant.

Les semaines passées, j'aurais choisi comme disque phare Fenix de Gato Barbieri. C'est bien la question ? Soudainement je ne sais plus pourquoi je te parle de ça. Je suis vieux jeu... Les artistes qui m'ont marqué à vie décèdent les uns après les autres. La mort d'Ornette Coleman m'avait affecté mais tout le monde s'en foutait. Les médias ne s'intéressent pas à l'inventeur du free jazz. J'aime tous ses disques. J'en profite pour faire une réponse biaisée à ta chronique (dont je te remercie). Je ne suis pas un fou littéraire mais simplement un musicien marginalisé par le système des médias et du star système, le seul truc qui me reste pour m'exprimer publiquement (à part jouer dans la rue) c'est d'écrire. J'aime bien, c'est économique, un crayon du papier un ordi. Il faut juste dépenser une absolue sincérité pour intéresser un éventuel lecteur. Pour un improvisateur c'est le comble d'en être réduit à écrire.

Pour terminer cette bafouille, un peu de promo pour mon prochain livre qui paraît la semaine prochaine (à compte d'auditeur). Voici la réponse à ta question : quel disque super important pour moi ? Par exemple le London Concert de Derek Bailey et Evan Parker. Extrait de PARIGOT : J’avais monté un duo avec mon ami le guitariste Marc Dufourd. C’était il y a 35 ans. J’avais réalisé un flyer pour notre premier concert au Théâtre Dunois “Sur le passage de quelques personnes à travers une assez courte unité de temps.” phrase détournée des situationnistes avec en plus un dessin incongru de “Fritz the Cat”. Quelques jours avant le concert, le guitariste avait été foudroyé par une sorte de révélation musicale. Il s’était mis soudainement à jouer dans le style de Derek Bailey et avait abandonné du jour au lendemain tout accord consonant et harmonique. Je l’avais suivi et j’avais abandonné sur le champ toutes références au jazz et au free-jazz pour me lancer à la poursuite du disque en duo de Derek Bailey et Evan Parker : The London Concert. Abstraction urbaine. Absence de convention musicale. Détournement du principe atonal de la musique de 12 sons. Epiphanie de bruits, coups divers sur la caisse de guitare et les clefs du saxophone. Les hurlements revendicatifs du free jazz étaient transformés en menace animale sous entendue pour brouiller toute note identifiable sous une dénomination du solfège.

 

the london concert

Derek Bailey, Evan Parker : The London Concert
Incus
Edition : 1975
LP : 01-04/ Part 1 - Part 4
Etienne Brunet © Le son du grisli

Etienne Brunet est l'auteur de ce Berlingot récemment chroniqué au son du grisli. berlingot

18 avril 2016

Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones (ASH International, 2016)

ande somby yoiking with the winged ones

Oui, le Norvégien Ánde Somby « yoike », c’est-à-dire qu’il chante à l’ancienne (à l’antique même) comme ses ancêtres Sámi l’auraient fait avant lui (car le yoik est une façon très particulière d’utiliser sa voix). Mais ses aïeux n’avaient pas le matériel adéquat ni derrière eux Chris Watson pour qu’on s’en souvienne. A Somby de réparer cet oubli !

Donc enregistré par Watson, voilà notre homme qui vocalise à tue-tête sur un écho naturel et parfois au bec des oiseaux. Son yoik, c’est un peu de yodel et un peu de chant d’Afrique, un peu de Sainkho Namchylak (dans sa façon de faire corps avec les éléments) et un peu de Kurt Cobain (dans l’expression exacerbée), un peu de folk perdu et un peu de morse minimaliste…

C’est peu dire que la voix de Somby est mise à rude épreuve puisqu'il va jusqu’à donner l’air de vouloir que son instrument lui échappe… Alors, quand il « singe » le loup ou joue avec des sons étouffés à l’intérieur de sa gorge, on est content pour lui, rassuré. Et on pense. Que c'est une découverte + un disque renversant.

yoiking

Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones
ASH International / TouchShop
LP : A1/ Gufihttar (underworld fairie) A2/ Gadni (spirit of the mountain) A3/ Neahkkameahttun (from the other side) – B/ Wolf
Pierre Cécile © Le son du grisli

18 avril 2016

Peter Brötzmann, Steve Swell, Paal Nilssen-Love : Krakow Nights (Not Two, 2015)

peter brotzmann steve swell paal nilssen-love krakow nights

Grâce à l’Alchemia et aux efforts de Marek Winiarski, du label Not Two, Cracovie est devenue une place incontournable de la « free music » en Europe, celle que défendent notamment Peter Brötzmann, Ken Vandermark ou Mats Gustafsson. Ces trois-là y reviennent d’ailleurs fréquemment, au son de combinaisons parfois changeantes : en Krakow Nights, on entendra ainsi Brötzmann en trio avec deux autres habitués des lieux : Steve Swell et Paal Nilssen-Love.

Sur un éternel principe remuant – rencontre nerveuse qui ne s’embarrasse pas d'échange préliminaire –, l’association Brötzmann / Swell a donc le mérite de changer : rare, elle s’accorde, en plus, dans la minute. Aux modules d’insistances et de répétitions que cadrent Nilssen-Love, solos et duos opposeront par la suite d’autres genres d’exercices : lente plainte de ténor écorché de l’intérieur, escarmouches de trombone (que la prise de son ne met cependant pas toujours en valeur) et même épais swing sur Road Zipper. Et quand Brötzmann choisit de répondre à Swell au son de la clarinette, c’est une autre atmosphère encore, qui finit de convaincre que ces passages entendus par l’Alchemia ne sont pas tous vains.



krakow nights

Peter Brötzmann, Steve Swell, Paal Nilssen-Love : Krakow Nights
Not Two
Enregistrement : 24 février 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Oneiric Memories 02/ Full Spectrum Response 03/ Scotopia 04/ Road Zipper
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

22 mars 2016

Bouchons d’oreilles / Warsaw Improvisers Orchestra (Astral Spirits, 2015)

bouchons d'oreilles warsaw improvisers orchestra split

S’il a des désavantages, le support cassette est, reconnaissons-le, parfait pour un split. Le label Astral Spirits l’a compris puisqu’il présente sur bande : a) Bouchons d’oreilles b) Warsaw Improvisers Orchestra (…) c) = deux projets de Łukasz Kacperczyk.

a) avec Mateusz Wysocki, le monsieur donne dans l’électronique à l’ancienne, genre vieux studios d’expérimentations, qui devrait perturber le chroniqueur du futur qui cherchera un jour à dater la chose. Un indice peut-être : ça a été enregistré à l’ère de l’abondance du field recording. Rien d’original jusqu’à ce qu’un moteur explose et pousse Bouchons d’oreilles dans un champ Throbbing Gristle (oui, ça date donc encore) plus intéressant.

b) comme on pouvait s’y attendre, c’est un orchestre (peut-être) polonais (sans doute) dont on remarque avant tout la voix et la contrebasse. Ca part dans tous les sens, de l’impro free à la… mpb orchestrale ! Bref, la cassette intéressera avant tout les amateurs de broc et de récup’ et poussera peut être Kacperczyk à poursuivre ses efforts.



split

Bouchons d’oreilles / Warsaw Improvisers Orchestra : Split
Astral Spirits / Mononofus Press
Edition : 2015.
Cassette : A/ Bouchons d’oreilles B/ Warsaw Improvisers Orchestra
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 mars 2016

Claudio Parodi : A Tree, at Night (Luscinia, 2015)

claudio parodi a tree at night

Les effets de Prima del Terzo ne s’étaient pas encore dissipés que se faisaient entendre les neuf pièces d’A Tree, at Night. Après avoir mis le port de Chiavari en bouteille, c’est vers ses habitants – réels ou fantasmés : Claudio Parodi aux voix, tout comme Luigi Marangoni, Bobby Soul, Carlo De Benedetti et Ratti – que Parodi semble ici tendre ses micros.

Certes, on entendra quelques notes de sanza, un brin d’italien chanté changé soudain en conversation – on soupçonne plusieurs fois un maladroit jeu d’acteurs – et quelques boucles de voix arrangées sur plusieurs pistes. Folie radiophonique, A Tree, at Night est en fait un conte dont les mots nous échappent et dont, aussi et malheureusement, le théâtre nous perd rapidement.  

a tree at night

Claudio Parodi : A Tree, at Night
Luscinia Discos
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2015.
CD : 01/ A Tree, at Night 02/ Il Sediosauro 03/ Corridoio, la Donna bicipite 04/ Scale, Foglia rinsecchita 05/ Sutra di Guscio di Lumaca 06/ Il Maniaco della Pulizia 07/ Sentenza n. 2255 08/ The Red Bad Cat Gang 09/ Feather of an Eagle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 mars 2016

Ab Baars Trio & NY Guests : Invisible Blow / Ab Baars Trio : Slate Blue (Wig, 2014)

ab baars trio invisible blow

Le 27 novembre 2012, au Bimhuis, le trio d’Ab Baars accueillait une poignée d’invités venus de loin : Vincent Chancey (cor qui fit jadis partie de l’Arkestra de Sun Ra) et Fay Victor (voix).

C’est donc à cinq – ou à six, deux fois, quand il est demandé à Anneke Brassinga de lire sur la musique –, que les musiciens passent d’un thème à l’autre qu’inspirèrent écrivains (Joyce Carol Oates, Emily Dickinson, William Carlos Williams, Charles Bukowski…) ou compositeurs (Monteverdi, Muhammad Ali, Butch Morris) : ici avec délicatesse (Consolatio, Interrotte Sepranze), là avec une belle ardeur (The Loser, Small Prayer, Sometimes), ailleurs avec plus de gaucherie (Experience, The Mummy). Quand les gestes ne se font pas chorégraphiques – Invisible Blow est un disque qui se revendique du noble art –, ils sont incisifs : c’est alors que le trio d’Ab Baars créé de beaux esclandres qui révèlent sa poésie.



invisible blow

Ab Baars Trio & NY Guests : Invisible Blow
Wig
Enregistrement : 27 novembre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Small Prayer 02/ Consolatio 03/ Interrotte Speranze 04/ The Loser 05/ Experience 06/ The Descent 07/ Sometimes 08/ Ontbreken 09/ Whistle 10/ Only the Wind 11/ The Mummy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ab baars slate blue

Quelques mois plus tard, au Splendor, à Amsterdam, le même trio se retrouvait « seul ». Sur des compositions de Baars, il redisait là la valeur des musiciens qui le composent et l’intimité qui ne cesse de les inspirer. A la clarinette, Baars suit ainsi la règle imposée par Martin Van Duynhoven ; au saxophone ténor, il éprouve Wilbert de Joode le temps d’une marche volontaire. D’une note grippée, le trio peut aussi faire le point de départ d’une nouvelle mélodie : c’est celle, irrésistible, de Rode Wurger.



slate blue

Ab Baars Trio : Slate Blue
Wig
Enregistrement : 6 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Hout 02/ Oestermes 03/ Water 04/ Steen 05/ Kauw 06/ Karmozijn 07/ Fanfare 08/ Rode Wurger 09/ Raaf 10/ Taan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 mars 2016

Steve Marcus : Count's Rock Band (Vortex, 1969)

steve marcus count's rock band

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié aux éditions Lenka lente.

A l’époque on parlait de hard rock, de free jazz et de jazz-rock, mais pas encore de free rock. Symptomatique de ce qui se trame alors, ce que tente le saxophoniste Steve Marcus s’étiquette difficilement. Dans les notes de pochette de l’édition française de Count’s Rock Band (il existe deux pochettes : la française, en couleurs, créditant à tort Larry Coryell co-auteur de l’entreprise ; et l’anglo-saxonne, toute de noir et blanc), Patrice Blanc-Francard s’interroge sur le contenu, et parle de free rock : gageons en 2011 qu’il s’agit de tout autre chose, plutôt d’une cohabitation d’idiomes divers, sans aucune véritable fusion. Steve Marcus n’est pas Roberto Opalio de My Cat Is An Alien : il reste les pieds bien ancrés dans le jazz, le free et le rock, il les aborde à tour de rôle, de manière convaincante – et accessoirement datée. Qu’il ait dès lors convoqué le guitariste Larry Coryell et le batteur Bob Moses, fraîchement émoulus des Free Spirits aux préoccupations voisines, n’a rien d’étonnant.

Steve Marcus 1

Ensemble ils enregistrent donc Count’s Rock Band, fidèle à cet œcuménisme assumé, et dont la première face, bien plus que la seconde, vaut le détour. En ouverture « Theresa’s Blues » s’y impose en douze minutes denses et groovy se terminant en un free chaleureux précédant une reprise (très belle et habitée) du « Scarborough Fair » de Simon & Garfunkel, avant qu’un morceau de batterie en solo de trente-cinq secondes ne vienne bizarrement clore la face. On parle peu de Steve Marcus, comme de John Klemmer, de Jim Pepper, d'Azar Lawrence (que Larry Coryell a accompagné) ou de Steve Grossman : probablement parce qu’ils ne sont que de petits maîtres à l’œuvre assez mince et inégal. Sauf qu’en compagnie du guitariste Larry Coryell, alors encore marqué par Hendrix et au sommet de sa créativité (souvenons-nous de son étincelant solo de « Communications #9 » au sein du Jazz Composers Orchestra dirigé par Michael Mantler), Steve Marcus offre le meilleur, comme il le fit d’ailleurs en quartette aux côtés d’un guitariste encore plus explosif, Sonny Sharrock, sur l’excellent Green Line, en compagnie de la rythmique Miroslav Vitous / Daniel Humair. Count’s Rock Band est originellement sorti sur Vortex, sous-label d’Atlantic dirigé par le flûtiste Herbie Mann, chez qui on a justement pu entendre Larry Coryell et Sonny Sharrock ensemble le temps de Memphis Underground ; Herbie Mann également producteur du sulfureux It’s Not Up To Us de Byard Lancaster. Sur la pochette de The Lord’s Prayer, disque suivant de Steve Marcus pour le compte du même label, la photo ornant le recto est du jeune Larry Clark, pas encore cinéaste.

Steve Marcus 3

ffenlibrairie

15 mars 2016

Astatine, Ogrob : Œil céleste (Doubtful Sounds, 2016)

astatine ogrob oeil céleste

Ce qui faite toute la grande qualité de cet Œil céleste (arghh, une dizaine de mots et j’ai déjà vendu la mèche !), c’est que ses deux faces ne se ressemblent pô. Mais pas pour cause de split, non… Alors pour cause de quoi ?

Œil céleste, c’est signé Astagrob & Astagrob c’est en fait Astatine (Stéphane Récrosio, qui officie dans le groupe que je ne connais pas Acétate Zéro) et Ogrob (Sébastien Borgo, de Micro-Penis & L’autopsie a révélé que la mort était due à l’autopsie). Voilà donc le « pour cause » : pour cause que c’est le foutoir et que dans ce foutoir on bute dans une clarinette basse, on se coupe à un piano à pouces, on craint total des noisy-loops quand on n’est pas en train d’essuyer une averse d’ambient expécrash (qui peut rappeler le duo Courtis/Moore).

On sort groggy (mais content) de la première face et là les types nous fichent un ou deux micros dans un jardin de banlieue que survolent des avions et qu’égaye une perruche (je crois que c’est une perruche). Voilà, c’est tout. Un coup d’avion, un coup de perruche, moi au milieu du petit carré de jardin où la terre empêche l’herbe de pousser, un autre coup de perruche, etc. Mais le ciel est bleu et j’ai l’œil céleste.

écoute le son du grisliAstatine, Ogrob
Œil céleste (extrait)

oeil céleste

Astatine, Ogrob : Œil céleste
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2014. Edition : 2016.
EP 10’’ : A-B : 01-06/ Œil céleste
Pierre Cécile © Le son du grisli

29 février 2016

Morton Feldman, Erik Satie, John Cage : Rothko Chapel (ECM, 2015)

morton feldman rothko chapel ecm

Comme Tempo, c'est à Houston – mais à la Shepherd School of Music – qu’a été enregistré ce répertoire Feldman / Satie / Cage sous la direction de Robert Simpson. Parce qu’il est possible à leurs atmosphères de s’accorder, dix pièces composent là un programme qui impressionne, d’autant que les relectures peuvent parfois surprendre.

Voici ainsi Rothko Chapel abandonnant ses flottements pour une allure plus volontaire, que dirigent et modèlent les savantes percussions de Steven Schick sous l’archet de Kim Kashkashian ; certes plus entendu, le piano de Sarah Rothenberg récite ses Gnossienne, mais il peut aussi alterner subtilement avec les voix du Houston Chamber Choir qui servent Cage avec une passion épatante (sur Four₂, ear for EAR (Antiphonies) et Five). Voilà longtemps qu’ECM n’avait pas publié un disque, en somme, si cohérent.

rothko chapel

Morton Feldman, John Cage, Erik Satie : Rothko Chapel
ECM / Universal
Enregistrement : 22-23 mai 2012 & 1-2 février 2013
CD : 01/ rothko Chapel 02/ Gnossienne No. 4 03/ Four₂ 04/ Ogive No. 1 05/ ear for EAR (Antiphonies) 06/ Ogive No. 2 07/ Gnossienne No. 1 08/ Five 09/ Gnossienne No. 3 10/ In a Landscape
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

25 janvier 2016

Mattin : Songbook #5 (Disembraining Machine, 2014)

mattin songbook 5

Trois chansons sur la première face, deux sur la deuxième : c’est donc un vinyle de plus ! Et un Mattin de plus, mais (c’est toujours la question) dans quel genre cette fois ? Après pas loin de deux ans passés à me poser la question j'ose enfin une réponse : dans le genre post-punk / no wave ou je ne sais quoi (le sait-il lui-même ?).

En tout cas, le démon l’habite (j’aurais pu écrire l’a-beat) et le voilà (avec des comparses qui ont pour noms Alex Cuffe, Andrew McLellan, Dean Roberts, Joel Stern) qui éclate sur nos murs dans un son de ballade qui bat de l’aile, de motorisch ou berlinischbowie (mais en fait c’est pas Bowie mais Eno, qu’est-ce que j’y comprends, moi ? Il faudrait que je me cogne un jour les vocals d’Eno, ça c’est autre chose), de sonic vielle improrock ou de poésie guitarhéroïnomane... Tout ça pour persister & dire que c’est toujours foutraque, Mattin ; c’est toujours troublant aussi.



mattin 5

Mattin : Songbook #5
Disembraining Machine

Edition : 2014.
LP : A1/ What Isn’t Music After John Cage? A2/ Aware Of Its Own Meditation A3/ Stuck In Our Own Trap – B1/ Alienation As An Enabling Condition B2/ The Act Acting On Itself
Pierre Cécile © Le son du grisli

13 janvier 2016

LDP 2015 : Carnet de route #36

ldp 2015 carnet de route 36 zurich 13 novembre 2015

Comme l'écrit Barre Phillips à la date du 8 novembre dernier : le contrebassiste du Trio ldp est de retour. Ce sont même deux textes qu'il signe ici, qui encadrent les souvenirs que gardent Urs Leimgruber et Jacques Demierre de la journée du 13 novembre, où l'on joua à Zurich No Alarming Interstice.

8 novembre 2015, Zurich

I decided some weeks ago that I was going "back to work" on the 2nd of November. First to ride the train up to Nancy and work there for a couple of rather easy days, the first leg of what could be a 3 week outing. My wife, Mary, has been very supportive of the idea and assured me that she could hold up her end, just like in the "old days", which go back to last spring. A friend accompanied me up to Nancy, to carry the bass, help out etc. Great.
I was going to be eating in restaurants for the first times since the Black Bat treatment and still had a lot of swallowing and mouth issues (problems). And I bring that off. The work was easy enough, 3 hours teaching one evening and the next night a one set concert in trio with two colleagues from our EMIR collective. Both the teaching and the concert went down well & I enjoyed them. The idea was that if it was really too early, I got overly tired from the exercise, then I'd cancel the rest and go home. But no, it all went fine, including the restaurants. First test passed, eating and all. Next test, ride the train, alone, bass and bag from Nancy to Zurich. You have to get to Basel and then it's easy. There used to be one train a day direct Nancy Basel but of course that one doesn't exist at the moment. OK. Train no. 1 to Metz (an hour). In Nancy the station is quite modern with escalators and elevators almost everywhere making getting out to the platform easy.
Almost everywhere, except platform 8, stairs only, and of course where is my little train leaving from? Right! Platform 8. But a nice young man asks "can I help you mister?" and carries the suitcase up the stairs and I can deal with the bass without keeling over. The train, all 3 cars of it, fills up in a big scurry but I battle my way to a place where I can put me, the bass, and the suitcase in such a way as I can protect them and myself. Saturday 10 AM and loads of people, students with huge bags, families with strollers and howling kids. I expected to see goats and chickens but they must have been in another car. Packed, but jovial. OK. We get to Metz on time and I have 40mns before my train to Basel comes. Only that train, originating in Brussels, has for some unknown reason been canceled. I can either wait 5 hours and hopefully get the next direct Metz-Basel train or go to Strasbourg (an hour & a half travel after waiting an hour to it to come) and get a Basel train (an hour travel after a 40 mn wait). OK, we'll do that. BUT, same deal, a 3 car train and "where am I going to put my goat"? But the Metz station is mechanized and I get out to the goat train easily early on and find a quite good place for the bass, bag and body, easily defendable. Off we go to Strasbourg and again arrive on time, puddle jumping the whole way. And what do you know, train number 3 of the day has 7 cars. I've got a first class ticket but it seems that the Alsace Lorraine trains are more democratic than elsewhere and either have no first class cars or since they don't mark the cars on the outside which class they are one can get sit anywhere. Bit of a battle as there is a very large crowd of students, military, families (without goats) all struggling to get two seats to themselves by piling their bags on the aisle seat. I leave the bass at the end of the car in a little space dedicated to two bicycles but which has only one already in place, securing the bass as best I can with my rope and bungie cord, prop my suitcase up against it hoping it will resist the crowd and get myself a seat where I can watch my stuff, more or less. And off we go. Straight down the eastern border of France, from Strasbourg to Mulhouse, stopping at a bunch of places in between the two and finally to Basel. Oh my Gawd, back to civilization. A really modern station. I get my ticket from a machine quite simply. Boom, onto a very comfortable and spacious modern train for the hour trip to Zurich, comfortable seat, big space for the bass and bag. Zurich haupt-bahnhof, the madness of 6 PM Saturday night crowds. I finally find the taxi rank and there are no taxis but a good sized line of customers waiting. And then I witnessed what I found to be very surprising, surprising for Switzerland, there were a lot of people not respecting the waiting line but bulldogging taxies as they pulled into the pickup lane. Within a half hour this situation had cooled out and finally a Malay driver with a Prius agreed to put down his back seat to be able to fit the bass in quite easily. But he was a gangster and gave me the joy ride to the hotel, Zurich by night, plus an extra 10 franc charge for the bass. I paid and drug myself up the last bit, the 8 stairs to arrive in the lobby of the hotel. So what was all that? The forces out there were telling me "OK, you want to go back to work? Well here's a healthy dose of the part of this job that is not fun. If you can hack it you're welcome back. If not, put your tail between your legs and limp on back home, come back another time, or not".
I made it, I made it. Bowl of soup in the Chinese café down the block and a good night's sleep and HEY!
B.Ph.

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13 novembre, Zurich
Tage für Neue Musik Tonhalle Grosser Saal

Am 7. November fliegen Jacques und ich zurück nach Zürich. Wir treffen Barre im Hotel Neufeld zu einer ersten Probe von No Alarming Interstice, einem Auftragswerk von Jacques Demierre für das Tonhalle Sinfonieorchester und das Trio Leimgruber-Demierre-Phillips im Rahmen des Festivals Tage Neue Musik Zürich. Jacques erklärt sein Stück;
„Wie ermöglicht man eine Begegnung zwischen einem Sinfonieorchester, das gewohnt ist, notierte Werke zu interpretieren, und einem Musikertrio, das Musik aus der Improvisation heraus komponiert? Anders gesagt: Wie bringt man in einer musikalischen Gegenwart Klangerfahrungen zusammen, die auf so unterschiedlichen Zugängen basieren wie der notierten Musik, der Unbestimmtheit und der Improvisation? Diese Grundsatzfragen von No Alarming Interstice haben mich veranlasst, mir einige Kommentare von Morton Feldman über dessen komposi-torische Arbeit mit graphischen Partituren erneut vorzunehmen. Darin beschreibt er seine hauptsächliche Enttäuschung: Seine graphisch notierten Stücke haben Makel, die Freiheit der Interpreten zu vergrössern, während er doch in erster Linie bestrebt war, den Klängen selber ihre Freiheit zu schenken. Das Ziel des amerikanischen Komponisten hatte also darin bestanden, die Klänge zu befreien, und sie nicht von Musikerinnen und Musikern durch deren verfehlte Art von egozentrischen Ausdruckswillen vernebeln zu lassen. Er erwähnt in seinem Kommentar noch, dass er die graphische Komposition nie als eine Improvisationskunst verstanden habe, sondern vielmehr als ein total abstraktes Klangabenteuer.
Selbst wenn freilich Morton Feldman zu sagen scheint, dass das Resultat einer schlechten Interpretation seiner graphischen Partitur zu einer Improvisation führen kann – was noch zu hinterfragen wäre -, geht es nicht um ein Problem der Improvisation als solche, die ja eine eigene Praxis kennt und kein Kollateraleffekt ist, sondern eher um eine Verwechslung, die im Moment der Interpretation entsteht: die Verantwortung, die eine unbestimmte Notation verlangt, wird vertauscht mit der oft falsch verstandenen Freiheit, ganz nach eigenem Belieben zu verfahren und den graphisch-musikalischen Text zu relativieren. Man findet dieselbe Verwechslung übrigens im Rahmen der experimentellen Improvisationspraxis, bei der die Rolle des musikalischen Texts vom akustischen und klanglichen Kontext bestimmt wird. Insofern sehe ich die Unbestimmtheit und die Improvisation eher als eigenständige Positionen, als spezifische Kategorien mit ihren eigenen graphisch-musikalischen sowie klanglichen, text- und kontextuellen Strategien.
Die Sichtweise – oder die Hörweise –, die in No Alarming Interstice eingeflossen ist, ist jene, bei der die drei erwähnten Verfahren Unbestimmtheit, Improvisation und notierte Komposition nicht-hierarchisch angegangen werden, wobei alle drei von Moment zu Moment eine besondere Beziehung zu einem eigenen Text unterhalten und entwickeln: musikalisch, graphisch, akustisch. Was für mich gleichzeitig extrem interessant und inspirierend war, ist das Paradoxon zwischen Feldmans Reflexion über das Scheitern einer graphischmusika-lischen Notation, die ihr Ziel verfehlte, weil sie eine gewisse Form von improvisatorischer Freiheit zuliess, und der Tatsache, dass Feldman zu jenen Komponisten gehört, auf die sich die experimentelle Improvisationsszene heutzutage besonders häufig beruft. Es ist viel Zeit vergangen, und die Hörweisen haben sich in den letzten sechzig Jahren verändert, und wenngleich Feldman die Improvisation meiner Meinung nach negativ bewertet hat, haben sich die improvisierenden Musikerinnen und Musiker die Feldmansche Hörweise zu eigen gemacht. Die Improvisationspraxis wurde indes weniger durch die Ironie der Geschichte grundlegend verändert, als vielmehr durch klangliche Erfahrungen und die Reflexion über den Klangraum und dessen Umfeld, in dem die Position des improvisierenden Subjekt weniger egozentrisch ist als in der Zeit des aufkommenden Freejazz’. Gleichzeitig näherte sich die Improvisationspraxis damit der ästhetischen Position und der komposi-torischen Grundhaltung Feldmans. Es war die zugleich instinktive wie extreme Beachtung, die dieser dem Klang und den auf gehörten Klangmustern basierenden Abfolgen schenkte, die bei den improvisierenden Musikerinnen und Musikern in deren ästhetischen und musikali-schen Fragestellungen auf Resonanz stiess.
In gewisser Weise verfolgt die experimentelle Improvisation mit den heutigen Mitteln und Ausdrucksmöglichkeiten die Tradition dessen, was Morton Feldman mittels seiner graphischen und unbestimmten Notation anstrebte, um den Klängen eine gewisse Freiheit zu schenken. Indem No Alarming Interstice mit der improvisierten Musik verbunden ist, die Urs Leimgruber, Jacques Demierre und Barre Phillips seit rund 15 Jahren zusammen entwickeln, und auf Marginal Intersection, einem Stück, das Morton Feldman 1951 für grosses Orchester geschrieben hat, basiert, ist es eine anagrammatische Hommage an den amerikanischen Komponisten und vereinigt Unbestimmtheit, notierte Komposition und Improvisation als Klangerfahrung im Augenblick."
Jacques Demierre (Übersetzung René Karlen)
Nach Jacques Einführung spielen wir das Stück im Vereinssaal der Tonhalle ein erstes mal durch. Anschliessend findet eine Probe zusammen mit dem Dirigenten Sylvain Cambreling und dem Trio im grossen Konzertsaal statt. Als wir Sylvain treffen äussert er sich leicht skeptisch. Er wisse zwar aufgrund der Partitur wie das Orchester im Stück zum Einsatz kommen soll, jedoch wisse er nicht wirklich was von unserem Trio zu erwarten sei. Wir erklären ihm, dass das Trio, in Berücksichtigung der vorgegebenen Anweisungen, die in der Partitur festgelegt sind, auf der Basis freier Improvisation, spontan aus dem Augenblick heraus agieren wird. Jacques macht auf ein paar Stellen in der Partitur aufmerksam, erklärt und weist auf wichtige Aspekte hin wie unser Trio funktioniert. „Let’s try“. Wir spielen das Stück einmal ganz von Anfang bis zum Schluss. Das Trio positioniert sich wie in der Komposition vorgeschrieben im Halbkreis. Ich sitze vor Sylvain zum ihm gerichtet, direkt ihm gegenüber. Die Chronometer sind aufgeschaltet. Das Trio spielt wie in der Partitur vorgegeben die ersten Klänge. Sylvain dirigiert das imaginäre Orchester, wir proben das Stück zu viert. Ich bin beeindruckt wie gut Sylvain die Partitur kennt, und wie er dem abwesenden Orchester die Einsätze erteilt, Dynamiken bestimmt und Klänge abbricht. Wir die Solisten improvisieren im Rahmen der zeitlichen Vorgaben. Sylvain ist ein zusätzlicher Improvisator. Sein Instrument ist das Orchester. Er improvisiert im Einsatz der vorgegebenen Partitur. Er agiert konzentriert, intensiv und mit seinem ganzen Körper, sein imaginäres Orchester spielt zusammen mit uns. Es ist beeindruckend. Ich höre das Orchester. Ich höre das Trio, und ich höre das Stück. Einer der ersten Höhepunkte mit No Alarming Interstice, ein grosser Moment.
Am darauf folgenden Tag proben wir zusammen mit dem Orchester, 33 Musiker und Musikerinnen in folgender Besetzung: 2 Flöten, 2 Oboen, 1 Englisch Horn, 2 Klarinetten, 1 Bassklarinette, 2 Fagott, 1 Kontrafagott, 2 Hörner, 2 Trompeten, 2 Posaunen, 1 Bassposauene, 1 Tuba, 3 Perkussionisten, 1 Harfe, 1 Celesta, 2 Elektroniker, 6 Cellos, 4 Kontrabässe. Sie stimmen sich ein. Das Einstimmen eines  Orchesters hat eine ganz eigene Qualität. Jeder spielt für sich unabhängig von den andern und doch entsteht ein Gesamtklang. Ich höre von einzelnen Musikern Abläufe aus andern Partituren, Einspiel Übungen, Klänge und andere Töne. Das Orchester klingt sehr befreit. Was ich höre klingt wie eine spannende Improvisation.
Die Chronometer sind aufgeschaltet. Das Stück beginnt in der Stille, ist dynamisch, eruptiv und führt immer wieder in die Stille zurück. Das Trio setzt ein. Die Elektroniker bilden einen eigenen Klangraum. Die Hölzbläser spielen Lufttöne, Flatterzungen und Glissandi. Aufeinmal spielt das ganze Orchester in den vorgegebenen Parametern. Einzelne Solisten spielen abwechselnd kurze Solo Kadenzen. Das Orchester fügt sich ein. Das Stück baut sich auf,  das Material verdichtet sich, und es wird zwischendurch auch mal richtig laut und wieder leise. Das Stück nimmt seinen Fortlauf, und wir spielen es bis zum Schluss. Der erste Anlauf ist gelungen. Der Dirigent scheint sichtlich zufrieden. Das Orchester wirkt begeistert. Das war ein moderater, erster Durchlauf. Silvain Cambreling macht auf bestimmte Stellen aufmerksam, er kritisiert, gibt Anweisungen und macht Empfehlungen bestimmte Teile anders zu spielen. Wir probieren einzelne Stellen noch einmal. Nach einer kurzen Pause setzen wir erneut ein. Beim zweiten Durchlauf klingt das Orchester entschiedener und kompakter. Der Bogen ist gespannt.
Am darauf folgenden Tag proben wir das Stück von neuem. Der Dirigent und sein Orchester und die Solisten fordern und verschränken sich. Sie entwickeln einen organischen Aufbau, die Einsätze sind präziser und haben nun eine klare Absicht, die Richtung ist bestimmt. Am Konzerttag gibt es noch eine General- und Kostümprobe. Der Dirigent und die Männer im Frack, die Damen elegant in schwarz, die Solisten ebenso in schwarz. Die Mikrofone für die Radio Aufnahme sind positioniert und getestet. Die Spannung wächst. Der Nachmittag ist selbstverständlich für alle Musiker und Musikerinnen frei. Jeder bereitet sich individuell auf das Abendkonzert vor. An Konzert Tagen pflege ich in der Regel einen nachmittags Schlaf, um meinen Geist zu leeren und mich für das Konzert neu aufzubauen. Wir sitzen in der Garderobe. Jeder beschäftigt sich auf seine Art. In diesem Stück spiele ich ausschliesslich das Sopran Saxofon. Ich spiele einzelne Klänge in verschiedenen Tonhöhen. Ich höre Musiker aus dem Orchester, die spielen schnelle Läufe und ganze Abfolgen, die nichts mit dem Stück zu tun haben. Ein anderer raucht noch eine letzte Zigarette oder trinkt einen Kaffee. Die einen sind still, andere reden, unterhalten sich und lachen. Barre spielt die tiefe E-Saite und bringt seinen Kontrabass in Schwingung, Jacques sitzt am Klavier, legt seine Hände, seine Finger auf einzelne Tasten, bewegt sie kaum ohne anzuschlagen. Jeder ist in seinem Element, jeder ist konzentriert und spürt seinen Adrenalin Spiegel steigen. Silvain schaut noch kurz vorbei. Ready? Let’s go! Zuerst das Orchester, dann die Solisten und der Dirigent. Das Publikum applaudiert. Die Chronometer sind aufgeschaltet. Das Stück beginnt. Es ist wie im Strassenverkehr. Die Richtungen sind gegeben, die Verkehrstafeln sind einzuhalten, die Ampeln sind auf grün, gelb oder rot. Für uns Solisten gibt es viel Freiraum ohne bestimmte musikalische Vorgaben, unsere einzelnen und gemeinsamen Einsätze sind jedoch in Echtzeit klar strukturiert. Das Orchesters manifestiert sich klingend im Raum. Das Trio spielt, schreitet vor, setzt Akzente, intensiviert musikalische Zustände, klingt aus. Es entstehen Crescendi und Decrescendi. Die Musik ist leise und laut, verdichtet sich eruptiv im Kollektiv und führt zurück in die Stille. Ich bin konzentriert in einem wachen Traumzustand, ich beobachte hörend was jetzt passiert. Ich agiere nach den Regeln des Stücks, frei. Ich intensiviere meine Wahrnehmung. Der Dirigent gibt Einsätze und Anweisungen, führt das Orchester und die Solisten in Richtung vorgesetztem Ziel; 20:20, auf der Zielgeraden geht es mitunter darum den vorausbestimmten Ausklang als einem langen Crescendo so spannend wie möglich herbei zu führen. Nach der gehaltenen Stille tosender Applaus und ein begeistertes Publikum. Die Uraufführung von No Alarming Interstice hat stattgefunden, das Stück ist bereitsVergangenheit.
Beim Frühstück erfahre ich durch die Zeitung über die schrecklichen Attentate der letzten Nacht in Paris. Ich bin schockiert. Die Greueltaten todesüchtiger Fanatiker verurteile ich auf das Schärfste. Ich bin mir bewusst, dass jetzt alles anders sein wird als vorher, weitere Attaken überall in der westlichen Zivilisation werden folgen und zukünftig werden wir mit dieser Art von Bedrohung leben müssen. Ich denke es ist nicht der richtige Weg wenn Politiker jetzt diesen Mördern den Krieg erklären. Selbstverständlich sollen Terroristen verfolgt und verurteilt werden, jedoch sollten wir dem Übel auf den Grund gehen. Wir sollten endlich aufhören Kriege zu unterstützen, indem Wirtschaftsnationen Waffen an Kriegstreiber liefern und Geschäfte machen. Wir sollten endlich aufhören verlogene Diplomatie zu führen, und wir sollten aufhören Menschenrechte zu verletzen. Die zivile Bevölkerung in Kiregs-ländern soll endlich vor Massenmord, Vergewaltigung und Vertreibung geschützt werden. Selbstverständlich muss der Bevölkerung in unserer Gesellschaft durch Polizei und Militär Schutz und Sicherheit gewährleistet sein. Vorallem steht jetzt die französische Regierung in der Pflicht viel mehr zu tun, um junge, französische Muslime im eigenen Land zu erfassen, sie aufzuklären, zu schulen, zu integrieren, ihnen Arbeit zu vermitteln, um eine andere Basis für ein demokratisches Zusammenleben in der Gesellschaft zu schaffen. Religiöse, islamis-tische Institutionen sind aufgefordert zum aktuellen Geschehen kritisch Stellung zu beziehen, und Muslime sind in ihrer Verantwortung herausgefordert radikal umzudenken und den Islam in ihrer Praxis endlich zu reformieren, kritisches Denken, das Bilden von eigener Meinung zu fördern, andernfalls steht die Demokratie in Gefahr.
U.L.

Entre le concert du 13 novembre au soir et l'écriture de ce texte se sont intercalés les événements tragiques de Paris. Alors qu'à Zurich nous étions en train de jouer No Alarming Interstice, une pièce que j'ai écrite pour le trio et l'orchestre symphonique de la Tonhalle, tout à la joie de retrouver Barre et ldp au complet, à quelques centaines de kilomètres de là, au même moment, des dizaines de personnes écoutant de la musique ou partageant un verre avec des amis étaient froidement abattues par des djihadistes appartenant à l'organisation terroriste Etat islamique. Si la superposition temporelle et la proximité géographique ont encore accentué l'onde de choc de ces attentats – notre réaction est souvent et malheureusement moins aiguë lors de drames semblables ayant lieu hors territoire européen –, il n'en demeure pas moins que c'est aussi une culture qui a été visée. En tuant ces gens, ces djihadistes ont également voulu tuer leur culture. Usant d'une idéologie de l'apocalypse et d'une volonté de restaurer un régime autoritaire et politico-religieux « pur » à un niveau planétaire, ces intégristes entendent aussi imposer par la force brutale leur manière de vivre la culture. Comment puis-je me positionner en tant que musicien, et musicien improvisateur en particulier, face à une idéologie qui refuse à l'Homme le droit d'être créateur, même quand c'est dans le but de chanter les louanges de Dieu ? Dans un geste profondément puritain, ils disent non à la musique, comme à la représentation figurative, toutes deux susceptibles d'être des chemins menant au désir et à l'autonomie. Comme l'écrit Edwin Prévost, No Sound Is Innocent. Nos sociétés marchandes, par un effet de lissage et d'érosion sémantique, nous font croire à l'équivalence de tous nos gestes culturels. Tout pourrait être substituable à tout, rien ne serait plus réellement significatif, et ne ferait véritablement sens que ce qui est immédiatement consommable et rentable. Plus que jamais réaffirmons aujourd'hui la force politique de nos sons. Politique, non pas dans le sens d'une pratique du pouvoir, mais dans le sens de l'effet que ces sons peuvent ou pourraient avoir sur le fonctionnement et l'organisation de la vie en collectivité. Pourquoi le jouer ensemble de certaines musiques n'est-il pas plus souvent envisagé comme un lieu de réflexion pour le vivre ensemble ? Ces questions parmi d'autres, aujourd'hui cruciales, ont également surgi lors d'une discussion-interview que j'ai eue avec l'accordéoniste Jonas Kocher (JK) et le musicien électronique Gaudenz Badrutt (GB). J'aimerais ici, afin d'élargir mes propos, citer la fin de cet entretien* :

JD : Dernièrement, j'ai joué à Chicago et je suis allé voir une exposition consacrée aux mouvements artistiques des années soixante liés aux 50 ans de l'AACM et aux arts plastiques. Il y avait trois éléments qui revenaient tout le temps : l'improvisation, l'expérimentation et le rapport à la collectivité. Dans ce que vous me dites, il y a un peu de ça aussi. Mais est-ce un engagement clair pour vous ? Improviser, expérimenter et en même temps intégrer cela dans un rapport aux collectivités et aux communautés que vous êtes amenés à rencontrer dans les différents endroits que vous traversez.
JK : Être improvisateur est indissociable d'une vision globale dans laquelle se place cette pratique. Je ne parle pas de filiation historique mais bien du positionnement de cette  pratique dans le contexte social et politique actuel. Et que signifie un tel engagement pour et avec cette pratique ? Car c'est vraiment d'un engagement qu'il s'agit, pour une musique dont il est pratiquement impossible d'en vivre, qui se trouve dans les marges de la vie musicale et qui en plus n'apporte qu'un succès très relatif. Il doit bien y avoir quelque chose d'autre... Ce quelque chose est peut-être une attitude générale par rapport à l'expérimentation, la recherche, l'accident, le fait de devoir gérer de l'inattendu en permanence, mais aussi d'être maître de ses sons, de ses décisions, de construire et partager avec les autres. Tout cela est extrêmement nourrissant et en constant renouvellement. Pour moi c'est quelque chose dont je ne peux pas me passer et qui fait que je ne peux m'arrêter de chercher, de jouer, de questionner.
JD : Il y aurait une dimension politique, au sens large, dans l'organisation de vos sons ?
JK : Oui, absolument. Notre musique est de l'ordre de l’insaisissable, c'est ce qui fait sa force et en même temps ce qui la marginalise complètement car tout ce qui n'est pas contrôlable, tout ce qui peut brusquement changer, une musique dans laquelle les musiciens ont une liberté totale dans leurs choix, cela n'a pas sa place aujourd'hui dans un monde où tout est formaté.
JD : Est-ce qu'une tournée pourrait être envisagée comme une sorte de laboratoire utopique de pensée politique ? Est-ce que les rapports qu'on développe dans l'improvisation pourraient servir de modèle à une pratique sociale ? Ou est-ce que tout cela est condamné à ne rester qu'une pratique musicale ?
GB : Oui, c'est un modèle, une façon de vivre, d’appréhender les choses. C'est un microcosme avec des relations entre individus basées sur le partage, la solidarité, l'écoute et une non-hiérarchisation des rôles. Il y a une très grande transparence dans les échanges organisationnels, humains et sonores. Dans ce sens-là, c'est un modèle de société utopique.
JK : Ce modèle est réalisable à petite échelle, à l'intérieur d'un réseau de gens autour d'une même pratique, après, au niveau de la société, c'est une autre histoire... . Tout cela fait appel à des compétences humaines de base, c'est une attitude par rapport à la vie, au travail et à l'échange. Finalement, c'est une question de responsabilité et de solidarité.
J.D.

P.S. et quant aux pianos joués à la Tonhalle de Zürich...

Vereinssaal :
un piano STEINWAY & SONS, B, portant le numéro 541586, toujours à l'intérieur, en relief noir, STEINWAY, puis en arrondi convexe, STEINWAY & SONS, au centre, la lyre, puis en arrondi concave, NEW YORK HAMBURG, enfin, près de la queue, au feutre noir, le numéro 583, jouxtant MADE IN HAMBURG GERMANY.

Solist-Soloist Garderobe :
un piano à queue, non recouvert, sur lequel repose une feuille A3 plastifiée, où l'on peut lire: Steinway piano owned by the Tonhalle-Gesellschaft. Please do not leave anything lying on the uncovered piano and treat the instrument with utmost care. Thank you    Tonhalle-Gesellschaft

Grosser Saal :
un piano STEINWAY & SONS, D, portant le numéro 530155, toujours à l'intérieur, en relief noir, STEINWAY, puis en arrondi convexe, STEINWAY & SONS, au centre, la lyre, puis en arrondi concave, NEW YORK HAMBURG, enfin, près de la queue, au feutre noir, le numéro 490 suivi d'un point.

* extrait d’un entretien réalisé en décembre 2015 avec les musiciens Jonas Kocher et Gaudenz Badrutt, à paraître dans Quiet Novosibirsk, ouvrage édité par l’association Bruit.

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16 Novembre, Lucerne

I'm settled into the hotel in Zurich, after my horrendous trip Nancy-Zurich, and my dear friends, Urs and Jacques arrive, even ahead of schedule, from their long flight Chicago-Zurich, direct. If they are a bit wrecked they don't show it. We go back to the Chinese Take Away restaurant I've found and have a meal then collect our various music bits and head for the Tonhalle, an easy tram ride from the hotel. In the Tonhalle we've been designated a nice room in which we can work and we set to it. Jacque's piece depends on a spiffy computer program to co-ordinate 4 chronometers (iPhones & iPads) with which we three perform the piece and the conductor can follow where we are. Jacques sets it up and we go through the piece a couple of times to make sure that the system works and that we understand it. It all works a treat. And that's it for day 1. The next day we meet with Sylvain Cambreling, our conductor. A wonderful, open, sensitive musician who announces at the very start of our first meeting "je suis inquiet", "je ne sais pas quoi faire". I loved it. He was so honest and out in front. We subsequently went through the piece several times (with a stop watch reading for Sylvain) and he then said "OK, I've got it".
The piece is very dependent not only on what the trio, as soloists, play but also just how far the orchestra members become implicated and involved in being creative with their parts plus the extent of development the conductor can achieve. At our first  rehearsal with the orchestra we played through the piece twice, with, obviously, lots of commentary before and between the readings. The next day it was possible for Jacques and Sylvain to work with just a part of the orchestra (7 musicians) for an hour or so – This work was critical to the success of the piece. Later that day we had another rehearsal with the full orchestra once again going through the piece twice. Between the two run-throughs Jacques was able to explain to the orchestra some very important aspects of the piece which had not been up to that moment really understood by them. The 2nd run through was really good and we all left feeling confidant for the next day, which was the 13th, the performance day with a dress rehearsal at 10 AM. The dress rehearsal went just great, reinforcing our mutual good feelings of how the evening performance would go. Swiss radio was there and recorded the evening performance, as well as the dress rehearsal and for my part I will hold judgement on how the performance went until I've heard the recording. I mean, it felt just fine. But between what it felt like and what's on the tape there can be an important difference.    
The next day we loaded up our gear and headed for the Zurich Haupt-Bahnhof, Jacques with a train home to Geneva and Urs, Sulla (Urs' missus) and me loading onto the Lucerne train. Even though there were some days off between the concert in Zurich and the next concert, in Munich, during which time I could have gone home, I had opted when I was planning the trip in October that if I made it as far as Zurich that I'd probably be quite tired and better to stay in Switzerland and rest rather than spend one day to get home followed by a very long travel day to get back up to Munich after a very short time at home (the south of France, not far from Toulon). Urs very generously offered the guest room at his home and here I am. Resting, practicing, a bit of writing and giving my eating methods a rest from restaurant food.
B.Ph.

Photos : Jacques Demierre & Anouk Genthon

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4 février 2016

Toshimaru Nakamura, Martin Taxt : Pan On Fire (Monotype, 2016)

toshimaru nakamura martin taxt pan on fire

Sans les trois autres membres de Koboku Senjû, Toshimaru Nakamura  (no-input mixing board) et Martin Taxt (tuba microtonal amplifié) se sont retrouvés début 2015 dans le sud du Japon. Ils y enregistrèrent Pan On Fire.

L’amplification donnant à l’instrument de Taxt – qui a, depuis Microtub, conservé un intérêt pour la microtonalité – des airs de guitare ou de basse électriques, l’introduction du disque est surprenante. A l’étroit dans la boîte, le tuba grommelle et geint, en conséquence grésille et sature, avant d’avoir à faire avec les premiers retours d’ampli et les aigus persistants de son partenaire.

C’est désormais un fracas que se disputent chuintements, larsens, crépitements…, sur lequel s’abattra en sixième plage un épais brouillard. Doté d’avertisseurs, le tuba y progresse prudemment en multipliant les signaux ; sur la plage suivante, il composera un code morse halluciné qui formulera sa perte : pouvait-il plus longtemps faire face aux assauts vifs du no-input mixing board ?  


pan on fire

Toshimaru Nakamura, Martin Taxt : Pan On Fire
Monotype / Metamkine
Enregistrement : 7-10 janvier 2014. Edition : 2016 ?
CD : 01/ Sticky Blender 02/ Sieves and Colanders 03/ Stacked Pots 04/ Sharpened, Flawlessly Sharpened Knife 05/ Drain the Discard 06/ Still Learning How to Use Chopsticks… 07/ Cutlery 08/ Film CLung 09/ Knife on the Board 10/ Chill the Bowl Before Use
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 janvier 2016

The Dead Mauriacs : Un cabinet de curiosités (Geräuschmanufaktur, 2015)

the dead mauriacs un cabinet de curiosités

Sur cassette – la même face consignée d’un côté comme de l’autre –, c’est un esprit fin de siècle qu’invoquent Olivier Prieur (field recordings, piano, banjo, walkman, didgeridoo de papier, ordinateur…) et Jan Warnke (field recordings, synthétiseurs, drones, bandes).

Diversement accompagné, Prieur paraît envisager la discographie de The Dead Mauriacs (plusieurs CDr et cassettes aux tirages limités) en esthète perdu parmi les influences, certes, mais aussi en imaginatif subtil. Ici c’est un piano lointain mis au service d’une ambient de bricole, là une rengaine étouffée en sillon profond, ailleurs encore une musique d’atmosphère interdite aux claustrophobes et aux siffleurs de mélodies. Et beaucoup des « curiosités » qu’on trouve là donnent envie d’aller entendre les précédentes réalisations de ce groupe à géométrie variable.

The Dead Mauriacs : Un cabinet de curiosités (Geräuschmanufaktur)
Edition : 2015.
Cassette : A-B/ Un cabinet de curiosités
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

31 décembre 2015

Thymolphthalein : Mad Among the Mad (Immediata, 2015)

thymolphtalein mad among the mad

Après Ni Maître, Ni Marteau, Mad Among the Mad – titre du second enregistrement publié de feu Thymolphtalein – atteste peut-être la distance que l’association d’Anthony Pateras, Natasha Anderson, Jérôme Noetinger, Clayton Thomas et Will Guthrie, avait prise avec la réalité. Avec ses habitudes et ses obligations, notamment.

Improvisations et compositions partagées (Pateras, Guthrie, Thomas), prises studio ou extraits de concerts : l’intention était la même (qu’une sentence ampoulée, « ouvrir les portes de l’inconnu et se risquer dans l’inouï », résume dans la pochette du disque) mais les formes pouvaient changer : électroacoustique sur le feu (même si l’électronique prend rapidement l’ascendant malgré les efforts des percussions), sonorités suspendues, minimalismes en décalage, timbres déformés, moteurs sifflants et feux de Bengale…

Jusqu’à ce qu’un gimmick de contrebasse emporte tout, si ce n’est ce dernier effet de bande qui décidera du terme et qui nous fait espérer qu’Immediata – dire ici l’élégant objet que le label a confectionné pour l’occasion – conserve d’autres trésors de Thymolphthalein à changer en disque(s).



Thymolphthalein : Mad Among the Mad (Immediata / Metamkine)
Edition : 2015.
CD : 01/ Awareness Of Time Is An Assault On Time [Prague] 02/ You Cannot Escape the 20th Century 03/ Supreme Nothingness 04/ Mad Among The Mad 05/ It Doesn’t Kill You, It Stops You Living 06/ Awareness Of Time Is An Assault On Time (Ljubljana)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

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28 décembre 2015

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus, 2014)

robin hayward nouveau saxhorn nouveau basse

S’il sert et même alimente, depuis 2009, son répertoire personnel via tuba microtonal – l’invention est de lui –, Robin Hayward adresse ici un hommage appuyé à Adolphe Sax et à son « saxhorn nouveau basse ».

Un nombre de pistons en commun, et voici le tuba d’Hayward (plusieurs fois amplifié) allant sur deux longues pièces et une courte troisième. Deux fois, Hayward va seul et lentement. Chaque nouvelle attaque porte en elle les causes de sa disparition : ici une fragilité qui condamne d’emblée la note, là un désir de dire mais seulement après être passée, ailleurs un jeu de cache-cache où rivalisent échos et harmoniques…

En duo avec le guitariste Seth Josel, Hayward diffère : citant une note donnée par une corde pincée ou cherchant à étouffer une sonorité malheureuse, il ne parvient à commander qu'une pièce laborieuse et sans mystère. Or, c’est dans le mystère que sa microtonalité fait effet. Heureusement, c’est là la plus courte des trois pièces du disque.

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Plateau Square 02/ Travel Stain 03/ Nouveau Saxhorn Nouveau Basse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 décembre 2015

Johannes Frisch, Ralf Welhowsky : Which Head You’re Dancing In? (Monotype, 2014)

johannes frisch ralf welhowksky which head you're dancing in

Quelques saillies (il faut le reconnaître) mais bon moyen-moyen. Voilà pour résumer en six mot (je ne compte jamais les parenthèses) cette nouvelle rencontre Johannes Frisch (bassiste repéré dans le Kammerflimmer Kollektief ou avec Mia Zabelka) / Ralf Wehowsky (RLW & concept-groupe qui a déjà enregistré avec Bruce Russell, Kevin Drumm, Anla Courtis etc.).

Parce que c’est en fait un mezzé bien foutraque que ce Which Head You Re-Dancing In? Du digital d’outre-tombe, des beats crachant sur basse qui drone (la plage 4 qui donne son titre au disque c’est alva noto qui ferraille avec Veliotis), de la derbouka qui rebondit dans un piano droit… Bref, des expériences d’accord mais concrètement ?

Eh bien parfois (quand même) des beats assaillants ralentis / accélérés contre un vokalKlavier retournant avec Theme for a Skyscraper ou un sax-aphone qui vole dans les plumes d’une contrebasse (à plumes donc) avec Crisis In Space. Maintenant, quand on remarque que sur ce disque un titre s’appelle Let’s Now Interrupt for a Commercial…, on se dit que c’est vraiment l’effet que ça donne entre deux bons expérimorceaux.

Johannes Frisch, Ralf Welhowsky : Which Head You’re Dancing In? (Monotype / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Stutter Train Stoppage 02/ Theme for a Skyscraper 03/ Crisis in Space 04/ Which Cloud You Are Coming From? 05/ Skies of Guantanamo 06/ Let’s Now Interrupt for a Commercial 07/ Dub Clap Move 08/ Acid Breakdown
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 décembre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #30

ldp 2015 1er novembre milwaukee

C'est dans une librairie de Milwaukee, Woodland Pattern Book Center, que Jacques Demierre et Urs Leimgruber ont poursuivi leur tournée américaine. D'une manière peu commune, comme les y invitait la série de concert Alternating Currents.

1er novembre, Milwaukee
Alternating Currents Woodland Pattern Book Center Milwaukee

Wir fliegen mit der Southwest Airline von La Guardia New York nach Milwaukee. Das Personal am Check-in ist äusserst freundlich. Man darf sogar ein Gepäckstück frei ohne zusätzliche Gebühr mitführen. Das ist heutzutage eher die Ausnahme. Der Flieger ist ausgebucht, mit Passagieren und viel Gepäck dicht und voll besetzt. We take off.
Die Zeitverschiebung zwischen Eastern Standard und Central Standard und die zusätzliche Rückstellung von Sommer auf Winter Zeit führt zu kurzer Verwirrung. In Milwaukee gut angekommen, holt uns Hal Rammel am Flughafen ab und wir erreichen dennoch rechtzeitig das Hotel indem wir untergebracht sind. Ein Haus mit Tradition, die Architektur eine Mischung von Jugendstilbau und Bauhaus. Here you will get a real nice breakfast tomorrow, meint Hal. Denn ein gutes Frühstück hier in den USA ist nicht selbstverständlich . Um 5:30pm erreichen wir den Woodland Pattern Bookstore, wo das heutige Konzert stattfindet. Wir werden von Ann, Carl und Michael ganz herzlich begrüsst.
Das Woodland Pattern Book Center widmet sich der Forschung, der Entwicklung und der Präsentation zeitgenössischer Literatur und Kunst. Mit dem Ziel ein Forum, ein Ressourcen Zentrum für Autoren / Künstler in der Region zu fördern, um die lebenslange Praxis des Lesens uns Schreibens, mit dem Bestreben dem Publikum innovative Ansätze von Multi-Arts-Programmen zeitgenössische Literatur vorzustellen. Woodland Pattern ist die einzige Kunstorganisation in  Milwaukee, Wisconsin die zeitgenössische Literatur für die breite Öffentlichkeit auf einer kontinuierlichen Basis präsentiert. Neben Lesungen und Aufführungen mit Lautpoesie programmiert Hal Rammel regelmässig, seit vielen Jahren Konzerte für experimentelle, zeitgenössische Musik.
Für das Konzert heute Abend stehen Jacques drei Toy Pianos und ein selbst entwickeltes Saiteninstrument von Hal Rammel zur Verfügung. Im ersten Teil zeigen wir das Video mit Barre, anschliessend spielen wir im Duo. In der Verbindung der Klänge der Toy Pianos und dem Klang des Sopransaxofons entsteht eine sehr reduktive, filigrane und mikrotonale Musik. Im zweiten Teil liest Jacques den Text Laborintus II von Edoardo Sanguineti, eine Übersetzung von Vincent Barras, veröffentlicht bei L’Ours Blanc, einer Serie von Texten ohne Grenzen, zusammen mit mir am Saxofon, im interaktiven Dialog, im Sinne einer Text und Klang Performance. Die Zuhörer sind vom Anfang bis zum Schluss sehr konzentriert und hellhörig.
U.L.

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Hal Rammel est musicien et inventeur d'instruments de musique. On peut admirer une quinzaine de ses inventions dans la collection permanente du National Music Museum à Vermillion, dans le South Dakota. Ce soir-là, au Woodland Pattern Book Center de Milwaukee, j'ai eu la chance et l'honneur de pouvoir jouer l'un de ses instruments, qu'il me décrivait ainsi dans un courriel datant d'octobre passé : « I also have an instrument I made years ago using the insides of a toy piano. I made sets of mallets from cork and soft wood (balsa). It's a toy piano but with the option to play with quieter attack and softer sweeps/glissandos. You are welcome to use it when you are here at Woodland Pattern. It's made from a larger toy piano and the resonator is about 3 inches deep, thus not really louder than the others, but you might enjoy playing it. Let me know what you think and I'll bring it along. » Je lui ai dit oui, yes, apporte-le, et il se passa effectivement ce qu'il avait supposé : I enjoyed playing it, very much. Me retrouvant face à cet instrument comme un enfant découvrant le monde, comme ce petit garçon de 2-3 ans jouant dans un bac à sable, vu il y a longtemps de cela, qui creusait la terre avec sa pelle, la levait puis la retournait, répétant ce mouvement à l'infini, à la fois émerveillé et irrité d'observer le sable retomber à chaque fois sur le sol. Hal Rammel est aussi artiste visuel et grand amateur de mots. Je me souviens l'avoir entendu me dire qu'il aimait lire une heure de poésie le matin, avant de partir travailler, quelle que soit l'heure, quel que soit le jour. Curateur de la série de concerts Alternating Currents au sein de l'extraordinaire librairie Woodland Pattern, il propose un espace d'écoute peu ordinaire, qui englobe sons, musique, poésie et littérature dans un engagement radicalement et joyeusement expérimental. Ma proposition de lire, simultanément au jeu de Urs au saxophone soprano, Laborintus II, un texte du poète italien Edoardo Sanguineti en version intégrale et augmentée, c'est-à-dire comprenant à la fois l'original multilingue et la traduction française de Vincent Barras, alternant en un mouvement de balancier irrégulier, l'a évidemment réjoui. Comme je le fus à mon tour, réjoui, en recevant ces quelques lignes envoyées électroniquement par V.B. faisant écho à ma proposition de lecture : « après tout, la mise en page d'une édition bilingue (d'un texte plurilingue dans ce cas), notamment lorsqu'elle est présentée dans le sens de la longueur, comme dans cette édition de L'Ours Blanc, suggère une lecture faite d'une succession texte original-traduction-texte original. Pour moi, ça évoque aussi la traduction simultanée (avec le petit décalage/delay/délai – ici, décalage d'une page – qu'il y a entre l'un et l'autre, et le temps d'arrêt de l'original pour laisser à l'interprète le temps de finir sa phrase. Et l'interprète résume forcément (dont tu peux sentir en résumant, dans la partie française, la disposition typographique). » Mais ce n'est qu'après le concert, après avoir lu en direct avec Urs soufflant, que j'ai eu conscience une fois encore que la pertinence d'une proposition créative ne repose pas sur la possibilité d'une justification, aussi intelligente et subtile soit-elle, mais réside davantage, à l'instant de la performance, dans l'expérience d'une adéquation spontanée entre monde intérieur et monde extérieur.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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7 décembre 2015

eRikm : L’art de la fuite (Sonoris, 2015)

erikm l'art de la fuite

J’avais été un peu sévère un jour (à payllettes) avec eRikm (un musicien, pour m’autociter, « qu’on aime d’ordinaire »). Depuis, j’ai été « dur » avec d’autres (vais-je taire leurs noms encore longtemps ? non, car je travaille à mes Mémoires…) qui m’ont envoyé de méchantes réponses (secrètes, par email, parfois avec des dossiers de presse longs comme une autobahn pour prouver qu'ils sont respectés dans les hautes sphères) alors qu’eRikm, lui, ne m’a jamais rien reproché (en tout cas pas directement). Je suis donc content de pouvoir lui rendre hommage en applaudissant à cette compilation de « first recordings » !

Il s’agit plus d’un retour aux sources que d’une rétro en bon uniforme vinyl. Publiés dans leur temps sur une cassette, ces morceaux pour platines (vinyles et CD), guitares, bandes, vinyles (quelques fois préparés), fieldrecs… font un effet neuf ! Sans chercher à comprendre ce qui distinguait la face A et la face B, je m’y suis plongé avec le plaisir de découvrir (vingt ans après) des choses dont j’ignorais tout et qui m’ont beaucoup plus. Avec ses loops corbocroasses, ses drones des ténèbres, ses cascades drues, ses moteurs hybrides dans lesquelles se jettent des oiseaux crieurs, sa techno spasmoschizo, cet eRikm là m’a bien étourdi (vengeance !).



eRikm : L’art de la fuite (Sonoris / Metamkine)
Enregistrement 1994-1995. Edition : 2015.
LP : A1/ No Accident A2/ Piscine A3/ Ventoline & Berotec A4/ Shangri-La II A5/ Rose – B1/ Ich War Ein Armer Heidensohn B2/ White Deep B3/ 1937. Encore des Dieux B4/ Hangar à sel B5/ Parallel Stress
Pierre Cécile © Le son du grisli

14 décembre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #32

ldp 2015 3 novembre 2015

Le lendemain du concert organisé par l'Experimental Sound Studio, Jacques Demierre et Urs Leigrumber donnaient un autre concert à Chicago : à la Bond Chapel, en compagnie de Fred Lonberg-Holm...

3 novembre, Chicago
Renaissance Society Bond Chapel, University of Chicago

Die Renaissance Society University of Chicago präsentiert Ausstellungen, Veranstaltungen und Publikationen zeitgenössischer Kunst. Im Jahre 1915 wird das Museum von einer unabhängigen Gruppe von Professoren gegründet, besitzt keine eigene Sammlung, sondern widmet sich vorallem der experimentellen Ethik. Das Museum ist bestrebt, bestmögliche Bedingungen für Kunst und Künstler zu schaffen, um künstlerische Arbeiten in Form von Aufträgen und Ausstellungen zu präsentieren. Es finden regelmäßig Rahmen Veranstaltungen wie Künstlergespräche, Vorträge, Konzerte, Lesungen statt, die nach kritischer Diskussion und Reflektion dokumentiert und zu publiziert werden.
In den ersten 100 Jahren haben mehr als 3400 internationale Künstler zum ausgewählten Programm beigetragen. U.a. Henri Mattise, Alexander Calder, Fernand Léger, Mies van der Rohe, Käthe Kollwitz, Joseph Cornell, Joseph Kosuth, Louise Bourgeois, Dan Graham, Mike Kelley, Isa Genzken, Felix Gonzalez-Torres, Kerry James Marshall, Joan Jonas, Steve McQueen, Danh Vo, Nora Schultz, und Mathias Poledna.
Im Bereich Jazz und Experimenteller Musik haben während den letzten Jahrzehnten in den Räumen der Renaissance Society auch zahlreiche Konzerte mit internationalen Musikern stattgefunden. Heute spielen wir im Trio zusammen mit Fred Lonbeg Holm in der Bond Chapel. Die kleine Kirche im Spätbarock Stil hat eine hallige und zugleich eine ungewöhnlich trockene Raum Akustik. Es ist nicht einfach den Klang im Raum zu ordnen, denn er bewegt sich permanent. Die Obertöne verhalten sich in der Tonhöhe ungewohnt. Ich kann mir gut vorstellen, dass alte Musik in diesem Raum gut klingt. Der Umgang mit mikrotonalen Klängen ist nicht einfach, wir sind herausgefordert noch intensiver zu hören. Wir spielen sehr leise oder kurz sehr laut. Sehr hoch oder tief. Blitzartige Wechsel und extreme Dynamiken. Gegen den Schluss zelebrieren wir mehrmals Stille. Wir halten sie bis zu drei Minuten. Wir verzögern ein Ende. Aus dem Nichts entwickeln wir weitere Klänge und die Musik nimmt ihren Fortlauf. Nach mehreren Interventionen, eine neue Richtung ist bereits bestimmt, endet das Stück schlagartig. Yuri Stone: „It was such a pleasure to meet you and the concert was truly a favorite of mine. Shook me to the core“.
U.L.

P1100616

Alors qu'il nous reconduisait à l'hôtel situé downtown, Hamza Walker, curateur à The Renaissance Society, musée d'art qui accueillait notre deuxième concert à Chicago, s'exclama: « Serious stuff! », qualifiant de ces deux mots lancés notre performance en trio avec Urs et le violoncelle acoustique de Fred Lonberg-Holm. Cette interjection qu'il fit suivre immédiatement d'un énorme éclat de rire me rappela le presque aussi concis, « Tough stuff, but great stuff! », qu'il prononça après écoute live de gad gad vazo gadati, première partie du triptyque voicing through saussure, que nous avions présenté en 2011, en duo de paroles avec Vincent Barras, dans ce même lieu, cette même Bond Chapel de l'Université de Chicago, dont le plafond offre aux yeux curieux la représentation d'anges polychromes jouant une musique silencieuse et céleste, faite de cymbales, violons, harpes et flutes. Serious, tough, great…question de matière, donc. Si les adjectifs walkeriens, à valeur onomatopéique, renvoient dans leur immédiateté de projection à la fois à la densité du contenu du travail présenté et à la concision tranchante de sa forme, c'est l'expérience intime d'un « Deep stuff! », que n'aurait d'ailleurs pas renié le même Hamza, qui ne cesse de s'affirmer progressivement en moi comme la trace principale d'un effet d'écho produit par la tournée LISTENING. Durant tout le concert, je me suis senti descendre vers un état de perception dont la profondeur a suscité mon étonnement. Et ce n'est pas la neutralité du piano YAMAHA C3, de la YAMAHA CORPORATION, Yamaha Piano SINCE 1887, affichant le numéro X 6354522, dont les sons se réverbéraient de longues secondes encore après leur émission, qui aurait pu empêcher ce mouvement irrésistible vers des abysses intérieurs. Après quelques instants de jeu, cette poussée descendante se traduisit par un surgissement répété d'espaces de silence, d'une longueur inhabituelle, allant jusqu'à plusieurs minutes, espaces habités intensément dans leur durée autant par le public que par les trois musiciens. Le plus étonnant fut que ces blocs de silence, de silence instrumental, car l'environnement poursuivait son flux sonore inépuisable, ne s'imposèrent pas à travers une logique conceptuelle, mais furent le fruit d'un travail musical interne et collectif qui ramena à la surface une situation d'écoute d'une qualité rare. Et si lors de la première séquence silencieuse, j'entrevoyais encore la possibilité d'une fin, au fur et à mesure du jaillissement des séquences, j'ai non seulement perdu le besoin d'abréger chaque nouveau bloc apparaissant, mais encore, il m'est apparu de plus en plus impossible de conclure la performance en tant que telle : j'avais complètement perdu toute nécessité de terminer le concert. Mais comment achever un processus qui n'a pas de fin ? Comment sortir d'une situation sonore qui finit par se confondre totalement avec la réalité ? Post-concert Fred botta en touche, invoquant une pratique souvent adoptée par les musiciens nord-américains, qui veut que celui qui invite soit le boss, et qui dit boss dit aussi contrôle sur le final cut. Ce soir-là, à travers l'accumulation de ces moments de silence vertigineux, de moins en moins interrompus par de moins en moins de sons, notre logique fut, je pense, plus européenne, plus horizontale, tenir le collectif jusqu'au-delà du collectif. Alors que l'entame du jeu à trois s'était inscrite clairement dans le temps et dans l'espace, plus le concert se prolongeait, plus le concert me quittait intérieurement, plus la vie reprenait progressivement le dessus, sans tambour ni trompette.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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16 novembre 2015

Tom Cora, Zeena Parkins, Luc Ex, Michael Vatcher : Madame Luckerniddle (Fédération Hiéro Colmar, 2015)

tom cora luc ex zeena parkins michael vatcher madame luckerniddle

Voilà un disque (deux, en fait, et vinyle en plus) qui me ramène à mes jeunes années, moi qui ai découvert le violoncelle de Tom Cora avec The Ex sur le disque Scrabbling at the Lock. Et donc j’apprends maintenant que Cora et Ex (Luc) ont joué Sainte Jeanne des abattoirs en 1998… Et en Alsace, qui plus est, avec Zeena Parkins et Michael Vatcher… Tout ça sous le nom de Madame Luckerniddle.

Ici ce n’est pas leur lecture de la pièce de Brecht mais une improvisation à l’Atelier du Rhin (de Colmar) = en marge des abattoirs donc. Le concert est inédit. Il montre où en était Cora quelques mois avant sa mort, dans les tourments d’une improvisation folle, baroque, théâtrale… qui engage avec force tous les intervenants. Loin du Scrabbling at the Lock, encore que… En tout cas assez retournant pour nous retourner, nous amateurs d’impros comme amateurs de rock (utilisation emphasique du « nous »), presque vingt ans après les faits.

Tom Cora, Zeena Parkins, Luc Ex, Michael Vatcher : Madame Luckerniddle (Fédération Hiéro Colmar)
Enregistrement : 1998. Edition : 2015.
2 LP
Pierre Cécile © Le son du grisli

1 octobre 2015

Decibel : Perform Compositions by Alvin Lucier (Pogus, 2013)

decibel perform compositions by alvin lucier

On déplie le poster qui sert de pochette et vlan : « still and moving lines ». C’est presque une devise (en fait une composition déjà d’Alvin Lucier qui disait Still and Moving Lines of Silence in Families of Hyperbolas) que Decibel (formation de Perth, Australia) respectera de bout en bout (une heure). En tout cas, la phrase résume bien ces quatre compositions (datées de 1967 à 2002) qui durent, qui flottent et qui (donc) bougent.

D’accord le son du piano n’a aucun relief mais il sait se taire, c’est donc pour cela qu’Ever Present (on dit d’elle qu’elle est la composition la plus musicale de Lucier) perth (pardon). Dans mon lointain souvenir de Morton Feldman, c’est un peu feldmanien (peut être trop pour moi, mais c’est une affaire de goût…). On (je) préférera(is) la musique de passe-plat d’autobahn de Carbon Copies (1989), diablement plus fieldrecordée, field recordings que les instruments (sax, piano, flûte) imitent (secouent) ensuite.

Hands (1994) nous débarrasse du piano pour un orgue joué à huit (8) mains. Or moi j’entends des flûtes, des flûtes folles, qui me font tourner la tête et me clouent au sol. Maintenant à la plus vieille, de composition : Shelter (1967 = un an avant le 11 septembre pragois) pour « vibration pickups, amplification system and enclosed space ». Fabuleux (que dire d'autre ?). Pour résumer : bizzarement, plus on remonte le temps, plus le compositeur Lucier disparaît, moins il s’affirme. L’inverse d’un rocker, en quelque sorte, et c’est peut être ça qui me cloue au sol, justement !

Decibel : Perform Compositions by Alvin Lucier (Pogus)
Edition : 2013.
CD : 01/ Ever Present 02/ Carbon Copies 03/ Hands 04/ Shelter
Pierre Cécile © Le son du grisli

5 novembre 2015

Blaast : From One Coordinate to Uncoordination (Caduc, 2015)

blaast from one coordinate

Un duel de synthés, avouez que c’est pas commun ! (j’ai réfléchi cette introduction de chronique en pensant à notre jeune public, genre 16-22). Et si je me trompe, si ça l’est, commun, je m’explique et précise : un duel entre un homme et une femme, c’est pas commun. De synthés, le duel, je veux dire…

Bon, pas vraiment un duel puisque les deux dont je vous parle (Lali Barrière qu’on avait entendu avec Ferran Fages & Alfredo Costa Monteiro qu’on avait entendu avec Ferran Fages) forment un groupo ou un duogroupe (Blaast). Et que dire de leurs synthés ? Prenons la pochette : de la roche en veux-tu en voilà. Lunaire, la roche. Comme les synthés, en fait. Par la lucarne du vaisseau (qui se déplace à l’ancienne, genre Jules Verne), on regarde la lune, ou Mars ou je ne sais quel étron rocheux…

Des couches se posent, se super!posent, fréquencisent, harmonisent, volumisent… C’était ça, les 16-22, le futur qu’on nous a vendu quand on avait votre âge ! Et j’ose avouer que, malgré les désillusions (et le fait que la musique du duo est bien très bien mais pas d’un original flagrant), ça me plaît encore. C'est pour ça que je l'attends toujours...



Blaast : From One Coordinate to Uncoordination (Caduc)
Enregistrement : 10 août 2014. Edition : 2015.
CDR : 01/ From One Coordinate to Uncoordination
Pierre Cécile © Le son du grisli

anima_FQui ignore encore que ce même Alfredo Costa Monteiro publiera, à la fin du mois chez Lenka lente, Anima ? Soit : un bel ouvrage de poésie sonore ! 

3 novembre 2015

Hans-Joachim Irmler, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad, 2015)

irmler einheit bestandteil

Pas la première fois (ô non) que l’ingénieur du son Hans-Joachim Irmler (ex Faust et l’homme derrière le label Klangbad et le Faust Studio) enregistre (avec) FM Einheit (ex Einstürzende Neubauten et ami cher de Caspar Brötzmann). Alors quid de Bestandteil (« composant », dans la langue de Baader) ?

Eh bien une abstract-ambient assez sombre. Ou (car c’est au choix) des structures rythmiques (parfois inversées) dus à l’invention du batteur Mufti… L’aubaine, c’est pour Irmler : le remplissage de ces structures post-indus / cyberpunk / krautrobotik… avec des loops d’orgue, des projectiles soniques, des sons concrets, des inserts parasités, etc. Ou (encore à la carte) des collages réalisés à partir des archives du batteur, comme The Taking au groove assez impressionnant. Parfois, le duo orgue / percussions oldschoolise (les sons ne sont pas tous de premières fraîcheurs il faut bien avouer) mais plus on avance et plus il rajeunit (Thaler). Ce qui est plutôt encourageant pour la suite de la longue collaboration Irmler / Einheit, nein ?



Hans-Joachim, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad)
Edition : 2015.
CD : 01/ Reset 02/ Brooks 03/ Streetlife 04/ M 05/ The Taking 06/ Bestandteil 07/ Treat 08/ Thaler 09/ Brooks (Reprise)
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 octobre 2015

Meurs! + Apolune : Meurs! + Apolune (BeCoq, 2015)

meurs + apolune

On ne compte plus les musiciens qui, dans les pas d’AMM, se sont essayés à la précaution instrumentale, voire à la maîtrise de l’étouffement. Ici, ce sont quatre Français aux objets (verres, surtout), guitares préparées, cymbales et saxophones : Thomas Coquelet, Paul Ménard, Matthieu Lebrun et Léo Rathier.

Certes, « la guitare » de Meurs! + Apolune n’est pas celle de Keith Rowe et ses vents ne résisteraient pas à ceux de Lou Gare. Certes, certains passages de l’enregistrement se passent difficilement du spectacle des gestes qui les ont fabriqués. Mais certaines de ses rumeurs tournent assez bien d’un instrument à l’autre, ici un saxophone répète une note sans lui retirer de sa force d’expression, et une suite de relances bruitistes finit par donner à l’improvisation un souffle inespéré – on regrettera toutefois qu’il retombe sur la fin de l’enregistrement.

Meurs! + Apolune : Meurs! + Apolune (BeCoq)
Enregistrement : 6 octobre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Meurs! + Apolune
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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