Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus, 2014)

robin hayward nouveau saxhorn nouveau basse

S’il sert et même alimente, depuis 2009, son répertoire personnel via tuba microtonal – l’invention est de lui –, Robin Hayward adresse ici un hommage appuyé à Adolphe Sax et à son « saxhorn nouveau basse ».

Un nombre de pistons en commun, et voici le tuba d’Hayward (plusieurs fois amplifié) allant sur deux longues pièces et une courte troisième. Deux fois, Hayward va seul et lentement. Chaque nouvelle attaque porte en elle les causes de sa disparition : ici une fragilité qui condamne d’emblée la note, là un désir de dire mais seulement après être passée, ailleurs un jeu de cache-cache où rivalisent échos et harmoniques…

En duo avec le guitariste Seth Josel, Hayward diffère : citant une note donnée par une corde pincée ou cherchant à étouffer une sonorité malheureuse, il ne parvient à commander qu'une pièce laborieuse et sans mystère. Or, c’est dans le mystère que sa microtonalité fait effet. Heureusement, c’est là la plus courte des trois pièces du disque.

Robin Hayward : Nouveau Saxhorn Nouveau Basse (Pogus / Metamkine)
Edition : 2014.
CD : 01/ Plateau Square 02/ Travel Stain 03/ Nouveau Saxhorn Nouveau Basse
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Phill Niblock : Touch Five (Touch, 2013)

phill niblock touch 5

Dans la lumière d’une lampe d'architecte, on imagine Phill Niblock penché sur ses travaux sonores. Là par exemple il retouche un enregistrement d’Arne Deforce (violoncelle) ou de Rhodri Davies (harpe). Un peu plus tard, il réécoute les interprétations d’une de ses pièces, Two Lips, par trois groupes différents de quatre guitaristes. Si j’ai pris ces exemples, c’est que je n'ai même pas eu à les inventer, et qu'ils se succèdent sur les deux CD de Touch Five.

Sur le premier, en multipliant les pistes et en altérant le timbre des instruments, Niblock transforme le violoncelle puis la harpe pour qu’ils tissent des drones de toutes sortes qui interfèrent tout en conservant une impression d’unité. Or, en se rapprochant du monochrome, on aperçoit les pixels et, une fois plongés dedans, on ne peut qu’applaudir l’envergure de ces nouvelles compositions.

Sur l'autre CD, le minimalisme de Two Lips est passé trois fois à la moulinette à dix-huit cordes. Par deux fois le résultat est anxiogène, ce qui n’empêche les groupes Zwer (Kobe Van Cauwenberghe, Matthias Koole, Toon Callier & Guy de Bièvre) et Dither (Taylor Levine, David Linaburg, Joshua Lopes & James Moore) de nous faire grand plaisir. Mais le meilleur est pour la fin : Coh Da (David First, Seth Josel, Robert Poss & Susan Stenger), moins radical, remue des couches branlantes à vous en faire perdre l’équilibre. Les cordes de guitares frétillent et derrière, y’a comme un truc qui remue : c’est la surprise qui vous attend !

Phill Niblock : Touch 5 (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD1 : 01/ Feadcorn Ear 02/ A Cage of Stars – CD2 : 01/ Two Lips 02/ Two Lips 03/ Two Lips
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Alessandro Bosseti : Renard (Frac Franche-Comté, 2013)

alessandro bosetti renard

Une vidéo du Musée du Quai Branly a appris à Alessandro Bosetti que certains anciens, en Afrique, prédisaient l’avenir en perçant les mystères d'objets lancés devant eux. Le compositeur s’est essayé à cette pratique, mais pour en faire un disque. Avec Annette Stahmer, il a choisi les objets que l’on peut voir sur la pochette et avec le clarinettiste Laurent Bruttin et le guitariste Seth Josel, il s’est mis à déchiffrer leur combinaison à voix haute.

L’expérience a dû demander de la concentration, cela se sent dès les premiers instants d'une étonnante chanson baroque, et aussi de l’entregent car la musique de chambre de Renard est souvent impénétrable. La clarinette et la guitare se répondent quand Bosetti questionne le quotidien, le sens de l’image, la force des mots (on pense parfois à Satie récité par Raymond Devos comme à d’autres moments à I Am Sitting in a Room d’Alvin Lucier). Bien sûr, ses interrogations sont toutes transmises aux musiciens, qui réagissent. Et entre art conceptuel et musique, l’Italien et ses acolytes parviennent à maintenir notre attention… Connaissant Bosetti, ça, c’était prévisible !

Alessandro Bosetti : Renard (Frac Franche-Comté / Les Presses du Réel)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
LP : A1/ Perdre A2/ Des réponses A3/ Forme – B1/ La nourriture B2/ Polyforme B3/ Flirt B4/ Multiforme B5/ La vieille dame
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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