Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones (ASH International, 2016)

ande somby yoiking with the winged ones

Oui, le Norvégien Ánde Somby « yoike », c’est-à-dire qu’il chante à l’ancienne (à l’antique même) comme ses ancêtres Sámi l’auraient fait avant lui (car le yoik est une façon très particulière d’utiliser sa voix). Mais ses aïeux n’avaient pas le matériel adéquat ni derrière eux Chris Watson pour qu’on s’en souvienne. A Somby de réparer cet oubli !

Donc enregistré par Watson, voilà notre homme qui vocalise à tue-tête sur un écho naturel et parfois au bec des oiseaux. Son yoik, c’est un peu de yodel et un peu de chant d’Afrique, un peu de Sainkho Namchylak (dans sa façon de faire corps avec les éléments) et un peu de Kurt Cobain (dans l’expression exacerbée), un peu de folk perdu et un peu de morse minimaliste…

C’est peu dire que la voix de Somby est mise à rude épreuve puisqu'il va jusqu’à donner l’air de vouloir que son instrument lui échappe… Alors, quand il « singe » le loup ou joue avec des sons étouffés à l’intérieur de sa gorge, on est content pour lui, rassuré. Et on pense. Que c'est une découverte + un disque renversant.

yoiking

Ánde Somby : Yoiking With The Winged Ones
ASH International / TouchShop
LP : A1/ Gufihttar (underworld fairie) A2/ Gadni (spirit of the mountain) A3/ Neahkkameahttun (from the other side) – B/ Wolf
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri, 2014) / Mark Fell : A Pattern for Becoming (The Tapeworm, 2015)

rhodri davies john butcher routing lynn

Ce sont trente-cinq minutes d’exception que renferme Routing Lynn, disque enregistré en concert (14 mars 2014) par John Butcher (saxophones amplifiés ou non) et Rhodri Davies (harpes) sur la lecture d’une composition quadriphonique de Chris Watson – faite déjà de Butcher et de Davies (éléments plus tôt glanés en concert à Routing Lynn) en plus d’environnements.

Ainsi aux pépiements et sifflements d’oiseaux affolés, Butcher oppose des souffles inattendus et Davies des vibrations qui, les uns comme les autres, semblent faire effet sur la bande enregistrée. C’est dire la force des réactions des musiciens : leurs longues notes tenues ou leurs vifs échanges proposant un chapelet d’extensions éphémères à la pièce de Watson. Sous l’effet de parasites agissant (et créatifs), la voici bel et bien agitée.

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (extrait)

écoute le son du grisliRhodri Davies, John Butcher
Routing Lynn (autre extrait)

Rhodri Davies, John Butcher : Routing Lynn (Ftarri  / Metamkine)
Enregistrement : 14 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Routing Lynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

mark fell a pattern for becoming

On retrouve Rhodri Davies sur une cassette Tapeworm contenant deux interprétations d’A Pattern for Becoming, pièce pour sept enceintes mouvantes et un soliste signée Mark Fell. Le 22 janvier dernier, le harpiste réagissait ainsi aux signaux de l’environnement qu’on avait préparé pour lui à la Blue Room de la Royal Festival Hall : ainsi les cordes – tremblantes, pincées ou vibrantes – délimitent-elles un irrésistible champ magnétique. Sur l’autre face c’est, au même endroit mais deux mois plus tard, Okyung Lee qui rayait à l’archet cette partition de signaux avant d’en faire fléchir le volume dans de grands et beaux gestes.

Mark Fell, Rhodri Davies, Okkyung Lee : A Pattern for Becoming (The Tapeworm / Touch Shop)
Enregistrement : 22 janvier 2015 & 26 mars 2015. Edition : 2015.
Cassette : A/ A Pattern For Becoming, with Rhodri Davies – B/ A Pattern For BEcoming, with Okkyung Lee
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Chris Watson : In St Cuthbert's Time / Geir Jenssen : Stromboli (Touch, 2013)

chris watson in st cuthbert's time

Quand on se promène au bord de l’eau, comme tout est beau, dixit Jean Gabin, qui avait omis d’y mentionner les chants des oiseaux et les embruns iodés. Qu’à cela ne tienne, un bon demi-siècle plus tard, le magnifique Chris Watson démontre une nouvelle fois qu’il est le maître des field recordings, ici captés sur l’île de Lindisfarne (alias Holy Island), tout au nord de l’Angleterre.

Lieu de vie au VIIe siècle d’un moine anglo-saxon qui donne son titre à cet In St Cuthbert’s Time, l’endroit se prête magnifiquement aux explorations naturalistes de Watson, tant sa biodiversité est rendue avec une précision sonore des plus stupéfiantes. Le résultat est d’autant plus magique qu’on imagine aisément le nombre d’heures passées à capter la sauvagerie marine des lieux, quatre saisons durant svp, pour mieux en retirer une moelle des plus substantielles, échelonnée sur quatre titres (un par saison) d’une quinzaine de minutes chacun. Hip hip hip Watson.

Chris Watson : In St Cuthbert’s Time (Touch / Metamkine)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Winter 02/ Lencten 03/ Sumor 04/ Haerfest
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

geir jenssen stromboli

A voir la pochette, on imagine mal Geir Jenssen se penchant sur le cas Stromboli au bord de son cratère. Or, au casque, on applaudit à la précision des allées et des venues des vents, des grippages et des bouillonnements, des explosions et des détonations…, précision qui a interdit toute version MP3 du disque. En temps réel, les deux faces du vinyle racontent la vie du bel endormi et son activité… débordante.

Geir Jenssen : Stromboli (Touch / Metamkine)
Enregistrement : 19 juillet 2012 (21H30). Edition : 2013.
CD / FLAC : A/ Stromboli B/ Stromboli Dub
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient (Camion Blanc, 2013)

olivier bernard anthologie de l'ambient

Si l’ouvrage est épais, c’est que le champ est vaste, dans lequel s’est aventuré Olivier Bernard. Son Anthologie de l’ambient est d’ailleurs davantage une histoire « du » genre qu’une anthologie et se permet, qui plus est, des digressions qui peuvent lui peser – présentant par exemple le theremin et les ondes Martenot, était-il nécessaire d’établir la longue liste des enregistrements qui, tous styles confondus, employèrent l’un ou l’autre ?

Si le style est cursif et apprécie le raccourci – anciens souvenirs d’Annabac peut-être –, le livre n’en est pas moins sérieux : c’est que, remontant à la musique d’ameublement d’Erik Satie, Bernard tient à tout « bien » expliquer (quand on sait que tout ne s’explique pas toujours). A l’origine, Satie donc : « Il y a tout de même à réaliser une musique d’ameublement, c’est-à-dire une musique qui ferait partie des bruits ambiants, qui en tiendrait compte. » Ensuite, ce sont Russolo, Varèse, Schaeffer, Henry, Radigue, Cage, et les Minimalistes américains qui défilent… De près ou de loin, l’ambient est donc envisagée jusqu’à ce que Brian Eno, « précurseur » du genre, entre en scène.

Evening Star élaboré avec Robert Fripp, Discreet Music qu’arrange Gavin Bryars, et puis Ambient 1. Grand admirateur d’Eno, Bernard cerne cette fois son sujet et ose même une définition de ce concept qui occupera jusqu’à aujourd’hui un nombre de musiciens que l’on ne soupçonnait pas : « L’ambient est une musique ne progressant que peu, basée sur des nappes au synthétiseur, avec des arrangements harmonieux et souvent longs, dont l’instrumentation est effacée, induisant un état de calme et des pistes de « réflexion » pour celui qui l’écoute. »

Réfléchie, la définition en question ne pourra cependant pas être appliquée à chacun des « suiveurs » que Bernard répertorie avec minutie. Car l’influence est si grande qu’on pourrait presque parler d’épidémie : aux courants musicaux avec lesquels elle échange (krautrock, prog, indus…) au point de s’en trouver bientôt ramifiée (dark ambient, ambient indus, space ambient, martial ambient, clinical ambient…), l’auteur ajoute quelques genres absorbés (dream pop, gothique, metal, shoegaze, post-rock, musiques électroniques) – au moindre accord en suspens, l’ombre de l’ambient planerait donc.

Plus loin, Bernard aborde les parents pauvres du sujet qui l’intéresse (New Age, lounge music et chill-out des compilations Buddha Bar), quitte à accentuer cette impression de dispersion et, pire encore, aider à ce qu’on le confonde avec tout et son contraire, musique d’ambiance ou de salon, ce que sont ne sont évidemment pas les premiers disques d’Eno ou ceux de William Basinski, BJ Nilsen ou Chris Watson, qu’il présente pourtant avec à-propos. Plus de clarté et de subjectivité auraient ainsi aidé à parfaire cette histoire qui regorge de références.

Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient. D’Erik Satie à Moby : nappes, aéroports et paysages sonores (Camion Blanc)
Edition : 2013.
Livre : Anthologie de l’ambient.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Chris Watson : El tren fantasma (Touch, 2011)

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Le hasard de mes journées – et les perturbations du trafic à la SNCB – a voulu que la chronique de El tren fantasma soit écrite à bord d’un… train, qui n’avait rien de fantôme, contrairement à celui évoqué ici. Quatrième disque solo de Chris Watson pour le compte du toujours excellent label Touch – le premier depuis 2003,  mais il serait profondément injuste d’oublier la récente collaboration Cross-Pollination avec Marcus Davidson – le voyage décrit avec moult détails étonnants les étapes de ce train fantôme qui relie, pour de vrai, Los Mochis à Veracruz au Mexique.

Nul besoin d’images pour accompagner les ambiances gravées par l’artiste anglais, spécialiste mondial de la captation des éléments naturels, mais aussi de la diversité humaine. Entre appels au micro en espagnol et anglais (La Anunciante et son last call for the ghost train), aboiements divers, bruits de la circulation, chants du coq (Los Mochis), cris d’oiseaux des marais (Sierra Tarahumara), avertisseurs sonores de trains, bruits de rails (El Divisadero), on en passe des cents et des mille, les dix plages parcourent en une foule de détails absolument stupéfiante (et d’une immense qualité sonore) les épisodes de la vie au pays de Murcof – à en juger, elle est bien plus bruyante et chatoyante que calme et reposante. Les grincheux diront que ce n’est pas de la musique.  Ils ont raison, c’est beaucoup mieux que ça, et en prime, on a rarement entendu un hommage aussi passionné/nant à l’œuvre de Pierre Schaeffer, auquel l’œuvre est dédiée. A total juste titre.

Chris Watson : El tren fantasma (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
CD / LP : 01/ La Anunciante 02/ Los Mochis 03/ Sierra Tarahumara 04/ El Divisadero 05/ Crucero La Joya 06/ Chihuahua 07/ Aguascalientes 08/ Mexico D.F. 09/ El Tajin 10/ Veracruz
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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Chris Watson, Marcus Davidson : Cross-Pollination (Touch, 2011)

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Redisons-le : en matière de field recordings et d’ambient, le label Touch supplante largement tous ses concurrents. L’an dernier, l’extraordinaire Jana Winderen et son Energy Field nous avait emmenés dans un fascinant voyage dans les eaux polaires – l’exercice déplaçait les profondeurs matérielles ET spirituelles largement au-delà de tous les clichés de la National Geographic, le tout dans une qualité sonore admirable qu’on ne retrouve que sur la structure britannique, alors que le cru printemps/été 2011 de la maison fondée par Jon Wozencroft nous transporte de l’autre côté de la planète.

Laissant de côté les eaux glacées du Grand Nord, Chris Watson (oui, celui de Cabaret Voltaire) a promené ses micros dans le désert du Kalahari en Afrique du Sud et nous en a ramené un formidable témoignage des harmonies animales – fameuse découverte. Enregistrées entre le coucher et le lever du soleil, la nuit donc, réduites en une pièce de 28 minutes, les sonorités de Midnight at the Oase dévoilent une richesse sonore inouïe, à rendre pâlotte toute tentative musicale humaine, de la plus réfléchie à la plus spontanée.

Et ce n’est pas tout puisqu’en second rideau, l’artiste anglais est rejoint par Marcus Davidson (dont nous ignorons tout à part le nom) dans une Bee Symphony enregistrée en live à l’université de York l’an dernier. Son titre l’indique, la pièce explore les interactions harmoniques entre le bourdonnement des abeilles et un chœur humain (à cinq voix dans notre cas). Si la composition met un peu de temps à se mettre en place, elle révèle un lot d’émerveillements inattendus, quelque part entre György Ligeti et Philip Glass quand ce dernier intégrait la musique chorale à son Koyaanisqatsi (plus exactement, le passage où un Boeing 747 de United Airlines surgit des brumes de pollution). C’est wow !

Chris Watson, Marcus Davidson : Cross-Pollination (Touch / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Chris Watson : Midnight at the Oasis 02/ Chris Watson & Marcus Davidson : The Bee Symphony
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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