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Christian Wolfarth : Acoustic Solo Percussion Vol. 1-4 & Remixes (Hiddenbell, 2013)

christian wolfarth acoustic solo percussion remixes

Avec la compilation sur CD des quatre quarante-cinq tours que Christian Wolfarth édita sous appellation Acoustic Solo Percussion – aux réussites des faces E & F et G & H, voici donc ajoutés l’humeur noire élevée dans le cercle de A, le rythme embarrassé du marching band claudiquant de B, la diaphonie porteuse du couple de cymbales de C et les tornades élevées sur peau tendue de D –, trouver dans le digipack huit remixes des mêmes pièces signés Günter Müller, Joke Lanz (duettiste de Tell), Hans Joachim Irmler (Faust) et Rashad Becker.

Dans l’ordre établi par les faces qui jadis les consignèrent, les pièces percussives tournent par deux encore, mais d’autres façons. Ainsi Müller décide-t-il de l'élévation, autour de Skyscraping et Zirr, de champs magnétiques qui respectent le travaux de Wolfarth en leur insufflant une pulsation nouvelle ; Lanz donne, lui, dans une expérimentation électronique qui régénère après anéantissement (quelques cris et détonations attestent le choc d’une opération un rien passéiste) ; Irmler, plus redoutable, comblera les pièces qu’on lui a confiées de menaces larvées et de tintements inquiétants ; enfin, Becker ne s’écartera que peu de son sujet (Cabin No.9) pour retourner ensuite de fond en comble, avec l’aide du saxophone baryton d’André Vida et des cordes de Mari Sawada et Boram Lie, les grincements et ronronnements de Well Educated Society.

Soit : huit opérations de chirurgie reconstructrice presque toutes aussi heureuses que fut belle l’offre faite par Christian Wolfarth à ses affidés : conclure sa série d’Acoustic Solo Percussion en confiant à une oreille amie le soin de la réinventer.

Christian Wolfarth : Acoustic Solo Percussion Vol. 1-4 & Remixes (Hiddenbell)
Edition : 2013.
CD1 : 01/ Skyscraping 02/ Zirr 03/ Elastic Stream 04/ Viril Vortex 05/ Crystal Alien 06/ Amber 07/ Cabin No.9 08/ Well Educated Society – CD2 : 01/ Skyscraping (Günter Müller) 02/ Zirr (Günter Müller) 03/ Elastic Stream (Joke Lanz) 04/ Viril Vortex (Joke Lanz) 05/ Crystal Alien (Hans Joachim Irmler) 06/ Amber (Hans Joachim Irmler) 07/ Cabin No.9 (Rashad Becker) 08/ Well Educated Society (Rashad Becker)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog, 2010)

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Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy frappe d'emblée par sa couverture reprenant la pochette de l'album We Keep On d'Embryo (1973). Elle évoque immédiatement et avec une évidence criante la couverture de The Crack In The Cosmic Egg, qui arborait aussi un œuf à la coque (basé sur la pochette du premier album de Karthago publié en 1971). L'encyclopédie The Crack In The Cosmic Egg de Steven et Alan Freeman, datant de 1996, est la grande référence dans le domaine du Krautrock. Épuisée, elle est aujourd'hui disponible en version cd-rom et en version light sur Internet. En reprenant une couverture quasiment identique les éditions Black Dog veulent au pire jouer sur la confusion, au mieux faire un clin d'œil extrêmement appuyé. Autre constat, plus sympathique, Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy reprend, c'est son droit, le plan de mon livre Au-delà du Rock (le responsable de Blag Dog m'avait d'ailleurs contacté et m'avait fait part de la grande utilité du livre). Le plan se décompose donc ainsi : une partie historique introductive (qui a ici l'originalité d'être constituée de quatre longs textes d'auteurs différents) ; une partie Band Profiles (une trentaine de groupes) ; une partie sur les labels ; une partie sur les producteurs et ingénieurs du son. A celles-là ont été ajoutées en fin d'ouvrage une chronologie et une traduction anglaise de l'article « Le rock allemand, enfin ! » de feu Jean-Pierre Lentin, paru dans Actuel en 1973.

Les grands noms du Krautrock sont là : Amon Düül et Amon Düül II, Ash Ra Temple, CAN, Cluster, Faust, Kraftwerk, Neu!, Popol Vuh, Tangerine Dream, Klaus Schulze... D'autres moins connus sont abordés, notamment Anima, Between, Nektar et Spacebox. Les principaux contributeurs à cet ouvrage collectif sont Ken Hollings, David Keenan et David Tubbs, tous trois collaborateurs à The Wire, Brian Morton, animateur à BBC Radio 3 et Archie Patterson d'Eurock. Ils signent des textes précis et allant à l'essentiel, dont la lecture est juste un peu contrariée par une typographie trop petite rappelant celle d'une machine à écrire.

Ce sont surtout les quatre textes introductifs par David Stubbs, Ken Hollings, Erik Davis et Michel Faber qui apportent du grain à moudre. Sans éviter une certaine redondance, ils soulignent chacun à leur manière l'originalité du Krautrock, son enracinement dans la culture allemande, sa valeur permanente en tant que source d'inspiration. L'essayiste Erik Davis présente l'approche la plus intéressante et originale en proposant une lecture philosophique du terme « Kosmische ». Partant de la musique des sphères de Pythagore, il glisse vers le concept esthétique de sublime puis aborde l'importance pour l'être humain des découvertes astronomiques d'Edwin Hubble.

Mais le principal atout de l'ouvrage est la quantité des illustrations proposées. Outre les inévitables pochettes de disques ils présentent des images d'archives et des photos rares, quelques-unes très probablement publiées pour la première fois.

Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog Publishing)
Edition : 2010.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Les éditions Black Dog proposent aux lecteurs du son du grisli une remise de 40% sur le prix de cet ouvrage comme sur celui de tout autre référence de leur catalogue musique. Pour profiter de cette offre, contacter Jessica.

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Faust : C'est com... com... compliqué (Bureau B, 2009)

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Petite mise au point en préambule, le légendaire groupe "krautrock" Faust plus au moins formé sous les hospices de Polydor en 1970 est aujourd'hui une hydre à deux têtes, avec d'un côté Hans-Joachim Irmler et de l'autre Jean-Hervé Péron, deux fractions légitimes et divergentes. Il s'agit ici de la branche péronne pour ce C'est com... com... compliqué. Jean-Hervé Péron ne croyait pas si bien dire il y a trois ans lorsqu'il projetait déjà de publier sous ce titre la matière sonore enregistrée et mixée à Hambourg en été 2006 par Colin Potter et Steven Stapleton de Nurse With Wound.

En puisant dans cette matière, c'est d'abord un Disconnected qui fut publié en 2007, puis en reprenant le mixage à zéro (sans Potter et Stapleton), et en grande partie en se basant sur des morceaux  distincts, c'est finalement ce C'est com... com... compliqué qui a vu le jour sur le label Bureau B. Ces tergiversations en sont peut-être elles-mêmes la conséquence, le Faust mené par Jean-Hervé Péron est plus fier et conquérant que jamais. Les morceaux s'imposent par leur puissance, leur longueur et leurs structures répétitives. Tout semble pouvoir chavirer à chaque instant et tient l'auditeur sur la brèche. Les rythmiques austères comme du béton de Zappi Diermaier y sont pour beaucoup, tout comme les drones à la guitare d'Amaury Cambuzat (ex-Ulan Bator). Péron, également à la guitare, est surtout présent à la voix. Il psalmodie des textes aux allures surréalistes au point que chaque phrase s'impose comme un nouveau leitmotiv inébranlable (Ce chemin est le bon, En veux-tu des effets, en voilà en voilà...).

Il n'y avait pas d'équivalent dans la discographie de Faust (tout juste pense-t-on à IV de 1974), il n'y en aura pas dans le futur. Amaury Cambuzat a jeté l'éponge (trop de pression semble-t-il), tout comme Zappi Diermaier arrêtant pour cause de douleurs lombaires persistantes. Jean-Hervé Péron tourne depuis avec d'autres musiciens.

Faust : C'est com... com... compliqué (Bureau B / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Kundalini tremolos 02/ Accroché à tes lèvres 03/ Ce chemin est le bon 04/ Stimmen 05/ Petits sons appétissants 06/ Bonjour Gioacchino 07/ En veux-tu des effets, en voilà 08/ Lass mich, version originale 09/ C'est com...com...compliqué
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Eric Deshayes: Au-délà du rock (Le mot et le reste - 2007)

au_dela_du_rockgrisliDu site Internet Néosphères dont il a la charge, Eric Deshayes a tiré sa légitimité pour écrire une histoire du rock allemand des années 1970 (autrement appelé, pour faire vite et schnell, Krautrock): Au-delà du rock, la vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70.

Après avoir succinctement exposé les forces musicales en présence au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale (influences des groupes rock / psychédélique aux côtés des recherches plus sérieuses de l’Ecole de Darmstadt), Deshayes explique une situation politique et sociale favorable à la (contre) culture de jeunes comptant, via la musique ou le théâtre, faire valoir un droit de révolte. L’époque (1966-1968) et les enjeux s’y prêtant, Berlin voit émerger une scène rock instrumental, faite de musiciens venus de tous horizons (rock, pop, classique, jazz) oeuvrant au creux de vapeurs de substances illicites, et dont la cohérence sera révélée en 1968, lors du Festival d’Essen. Ainsi, la fin des années 1960 voit s’imposer quelques groupes de taille : Can, Organisation (qui deviendra, en 1970, Kraftwerk), Neu !, premiers ressortissants convaincants d’une Kosmische Musik en devenirs - de splits en transformations d’intentions hypnotiques en discours pop, new age ou expérimental.

S’ensuit un panorama exhaustif des groupes concernés, ordonné selon l’alphabet – passés au crible, les groupes (Agitation Free, Ash Ra Templ, Tangerine Dream, Can, Faust, Neu ! ...) et les musiciens papillonnant (Conrad Schnitzler, Dieter Moebius, Klaus Schulze, Asmus Tietchens) -, de producteurs ou managers d’importance (Connie Plank), de personnages capables d’influence (Joseph Beuys, Stockhausen) et de quelques labels (Brain Records, Virgin). Pratique, l’ouvrage s’avère complet (et épais, donc), ménageant l’histoire et l’anecdote pour mieux aborder dans le détail un propos pourtant éclaté. Seul point regrettable - mais à relativiser selon les goûts du lecteur -, la rigidité factuelle du style, adéquate, cependant, à toute lecture du livre faite sur le rythme binaire de la musique Motorik.

Eric Deshayes, Au-delà du rock, la vague planante, électronique et expérimentale allemande des années 70, Editions Le mot et le reste, 2007. Distribution Orkhêstra International.

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