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Le son du grisli
26 août 2015

Konstrukt, Akira Sakata : Kaishi: Live at Kargart (Holidays, 2015)

akira sakata konstrukt kaishi

Depuis 2008, le groupe Konstrukt improvise. A Istanbul –  d’où il est originaire –, il a même pris l’habitude d’inviter des musiciens de passage à jouer avec lui. Ainsi Konstrukt fut-il augmenté déjà de Marshall Allen (Vibrations of the Day), Evan Parker (Live at Akbank Jazz Festival), Peter Brötzmann (Dolunay, Eklisia Sunday), Joe McPhee (Babylon, If You Have Time), William Parker (Live at NHKM)…

Est-ce un goût commun (saxophone / guitare / basse / batterie) pour la musique d’un autre âge ou bien une fascination assumée pour la « libre » notoriété ? La question se posera lorsque telle ou telle association peinera à convaincre. Et cette longue improvisation donnée en compagnie d’Akira Sakata – concert enregistré au Kargart d’Istanbul le 17 janvier 2015 – pourrait bien en offrir l’occasion.  

Est-ce que le saxophoniste a connu (et récemment encore) des associés d’une autre trempe (Jim O’Rourke, Chikamorachi, ou paire Berthling / Nilssen-Love) ? Passant d’alto en clarinette, son implication est la même, et son invention intacte. Mais l’accompagnement se traîne, loin derrière l’implication, plus loin encore de l’invention. Un rock-folk-psychédélique s’évertue – la guitare d’Umut Çağlar et le saxophone passé en machine de Korhan Futaci cherchant l'inspiration dans de maintenant vieilles recettes – à rendre à Akira les coups qu’il lui a mis, mais en vain. La musique aura permis le voyage, mais ne l’aura pas valu.

Konstrukt, Akira Sakata : Kaishi: Live at Kargart (Holidays)
Enregistrement : 17 janvier 2015. Edition : 2015.
2 LP : A1/ Part I A2/ Part II B1/ Part III B2/ Part IV
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

festival météo le son du grisliAkira Sakata apparaîtra deux fois au festival Météo cette année : seul à la Chapelle Saint-Jean, le vendredi 28 août et en trio Arashi avec Johan Berthling et Paal Nilssen-Love (souvenir d'Arashi) le lendemain au Noumatrouff.

7 juillet 2015

Variable Density Sound Orchestra : Evolving Strategies (Not Two, 2014)

garrison fewell evolving strategies

D’un orchestre dont changent souvent les membres, Garrison Fewell aura fait un ensemble stable : Variable Density Sound Orchestra enregistré en studio new-yorkais le 3 janvier 2012. L’occasion permit au guitariste de retrouver John Tchicai, Roy Campbell, Steve Swell, aux côtés d’une section rythmique constituée de Dmitry Ishenko et Reggie Nicholson – c’est, en somme, la « dernière mouture » de l’Orchestra dont Fewell nous entretenait ici, dans laquelle Kelly Roberge remplaça Tchicai.

Le disque a paru peu après la disparition de Tchicai et de Campbell. Sa chronique, au grisli, aura suivi de quelques jours celle de Garrison. Guitariste assuré, son élégante désinvolture, son swing tranquille et sa paisible façon de jouer des tensions y arrangent huit compositions (Fewell / Tchicai / Swell). Ici et là, des zones de dépression percent : au son d’un solo de ténor (Mystical Realities), d’un surprenant pas de danse (Return and Breathe) ou encore d’un déséquilibre inspirant (Heart Is Only A Part).

En Evolving Strategies, et même par elles, Garrison Fewell aura une autre fois rendu hommage à John Tchicai tout en développant son propre discours : élégant, redisons-le, sincère et profond. C’est un autre « soulfoul sound » et un autre « graceful spirit » qu’il nous faut désormais regretter.

Variable Density Sound Orchestra : Evolving Strategies (Not Two)
Enregistrement : 3 janvier 2012. Edition : 2014.
CD : Mystical Realities 02/ Evolving Straegies 03/ Return and Breathe 04/ Thoughts for Dixon 05/ Voyage from Ra 06/ Revolving Strategies 07/ Heart is Only a Part 08/ Mystical Realities: Aftermath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

1 octobre 2018

Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé (GRRR, 2018)

centenaire jjb

A l'occasion de la parution aux éditions Lenka lente du troisième et dernier volume d'Agitation Fritele son du grisli publiera, deux semaines durant, des chroniques de disques signés de musiciens français interrogés ou évoqués par Philippe Robert dans son anthologie de l'underground français. Aujourd'hui, Jean-Jacques Birgé, interviewé dans le premier tome d'Agitation Frite

Jean-Jacques Birgé a 100 ans. C’est lui qui l’a décidé. D’accord, un centenaire c’est pas toujours joli mais au-dedans c’est une expérience. Dans le CD, tout est expliqué : cent ans de recherches sonores et cent ans de rencontres. Mais pas que… Car Birgé c’est aussi un ego bien calibré, qui sait se la raconter tout seul, sans qu’on le pousse. Alors, à ses invités d’anniversaire (Bernard Vitet, Didier Petit, Pascale Labbé, Yves Robert, Philippe Deschepper, Vincent Segal, Cyril Atef et bien d’autres), le centenaire demande de bien se tenir à table. 

Le jeu est tout simple : suivre l’ego-trip qui le ramène à l’enfance et le conduit vers la fin de vie. Birgé en action, quoi : qui déclenche une sorte de vieille chanson soufflée à l’accordéon, avec faussetés dans la voix canaille, pour déjà penser (à) ce que sera demain. Les revendications sur fond de rock prog, la poésie frappée-flippée par l’électroacoustique, la surenchère de synthés (dans les années 1990, vraiment ?), la douce voix de Birgitte Lyregaard pour notre époque et après c’est les paris sur l’avenir. Toutes les décennies sont là, j’ai vérifié. Celle-ci nous ravit et celle-là nous assomme. C’est que 100 ans, c’est long et qu’on passe par plein d’humeurs. Reste à souhaiter à Jean-Jacques Birgé de vivre cent ans encore, il en est bien capable. 

Jean-Jacques Birgé : Centenaire de Jean-Jacques Birgé 
GRRR 2018

COUV ET BANDEAU

 

 

28 mars 2018

Un drame musical instantané : A travail égal salaire égal (Klang Galerie, 2017)

un drame musical instantané à travail égal

A l'occasion de la parution du deuxième volume d'Agitation Frite, le son du grisli s'intéresse à de récents disques sortis par des musiciens qui s'y trouvent interrogés par Philippe Robert. Après Richard Pinhas et Romain Perrot, c'est aujourd'hui le tour de Jean-Jacques Birgé.

J’ai connu des Belges moins dramatiques. Et des Suisses moins instantanés. Il fallait que ce soit en France qu’on invente cette musique (de revendication si l’on en croit le titre), et en grands orchestres en plus. C’est (triple roulement de trompettes)… Un drame musical instantané (remastérisé avant d'être... réédité).

Le pluriel va d’ailleurs pas mal à la triplette Jean-Jacques Birgé / Bernard Vitet / Francis Gorgé. Un truc qui te remue le Quai de Seine comme d’autres font tomber des poissons de cymbales qu’ils secouent pour en sortir des notes (les rustres). Un trio qui t’adjoinise (yep) les services d’improvisateurs upper-class : la voix de Vitet passée à l’envers (pas toujours car parfois ralentie, etc., à vous de vous faire une idée) avec dessus Kent Carter, Jouk Minor ou Gérard Siracusa c’est pas (peu) rien. Ça colle et ça pique comme à la radio (on entend Johnny ou Sardou, des cordes, des pics du Tour de France… tout ça en direct des années 80) mais après l’amusement primal je dois bien avouer que la pièce-montée m’a montée à la tête… 

La suite est pas mal (en fait : bien mieux même). J’ai l’impression d’y entendre un grand (oui vraiment grand) orchestre qui tourne autour du Let’s Get Lost de Chet Baker. C’est assez surprenant au début, on tend l’oreille, on s’inquiète pour le standard et bong… le standard cacophonise. Mais bellement (et non pas « bêêêêlement » comme tous les autres orchestres du Conservatoire). Après ça je retombe sur mes pattes de mouton à oreilles : La preuve par le grand huit ne me fait pas grand-chose. Je lis sur le CD que Didier Petit joue du cello et que Lasse Marhaug joue du marimba. Et en fait non, c’est Jacques Marugg qui joue du vibraphone. Diantre, on n’est pas à une surprise près. Birgé / Gorgé / Vitet a encore réussi son coup.

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Un drame musical instantané : A travail égal salaire égal
Klang Galerie, 2017
Enregistrement : 1981-1982. Edition : 2017
Pierre Cécile © Le son du grisli

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15 juin 2016

Benjamin Fogel : Swans et le dépassement de soi (Playlist Society, 2016)

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Si Swans et le dépassement de soi est un livre davantage consacré à Michael Gira qu’au groupe qu’il a emmené de 1982 à 1997 et emmène de nouveau depuis 2010, c’est que la question se pose : une fois relevées (quand même) l’importance de sa compagne, Jarboe – qui, dans la courte préface qu’elle signe ici, insiste sur la détermination et la concentration nécessaires à l’entreprise – et (si l’on veut faire au mieux) celles de Jonathan Kane et Norman Westberg, Swans est-il « autre chose » qu’un Michael Gira amplifié ?

Au début de son livre, Benjamin Fogel pose une autre question : « Qui es-tu, Michael Gira ? » Simple, certes, mais qui a le mérite de prévenir que l’auteur ne s’embarrassera pas de circonlocutions : appliqué – impliqué, parfois, maniant souvent le « je » –, celui-ci retrace chronologiquement le parcours de son sujet : adolescence vagabonde puis artiste, découverte de pratiques musicales inspirantes (Glenn Branca, Rhys Chatham) et création d’une musique épaisse, voire grave, qu’il n’aura plus qu’à développer en studio (treize disques) ou sur scène (surtout).

Si l’œuvre de Swans est inégal, c’est là un de ses charmes. Rustres et sérieux, ses airs sont sans doute plus « imposants » que « bruyants », mais ils recèlent souvent des surprises et, surtout, profitent du charisme de Gira. Et puis, il y a ces prises de position que certains timides jugeraient radicales – reniement par exemple de l’inaudible The Burning World (dont sont Karl Berger, Fred Frith ou Mark Feldman) souillé par la production de Bill Laswell, concrétisation d’un goût prononcé pour le Do It Yourself (sous étiquette Young God Records, qui produira aussi Akron/Family, Lisa Germano ou… Devendra Banhart), rapport « à l’autre » plutôt compliqué… – et ces contradictions déroutantes, que l’ouvrage de Fogel parvient, autant que faire se peut, à mettre en lumière, et dont il se nourrit même.



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Benjamin Fogel : Swans et le dépassement de soi
Playlist Society
Edition : 2016.
Livre : 187 pages. Préface de Jarboe.
Guillaume Belhomme © le son du grisli

9 juin 2016

Ich Bin N!ntendo : Lykke (Shhpuma, 2016)

ich bin nintendo lykke

D’Ich Bin N!ntendo je sais assez peu de choses, que je vous transmets : c’est un trio de rock (qualifié de « post-punk » ou « post-no wave ») qui a déjà enregistré avec Mats Gustafsson (l’album Ich Bin N!ntendo & Mats Gustafsson). C’est aussi une formation toute classique guitare-voix (Christian Skår Winther) / basse (Magnus Skavhaug Nergaard) / batterie (Joakim Heibø Johansen, par ailleurs membre de Moe) qui se propose de vous électriser pendant une demi-heure (c’est peu, mais il faut quand même tenir).

Lykke, quant à lui (le CD), contient six morceaux en prise directe qui donnent dans une non pas « post » ni « no » no wave mais dans une « new » no-wave, si j’ose dire… On a du mal à saisir les textes, d’autant que les chansons vont à fond de train, alors on s’en remet à l’urgence de ce rock de combat. Excellente entrée en matière, Body est sans doute la plus belle pièce de l'opus qui remue des souvenirs (entre The Ex et Suicide) et dont l’énergie noire contamine tout l’album (un peu longue à un moment, quand même, sa courte durée). Mais ne boudons pas notre plaisir, même si un bon vieux Rhys Chatham ou James Chance aura toujours ce supplément d’âme…



lykke

Ich Bin N!ntendo : Lykke
Shhpuma
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD / LP : 01/ Body 02/ Hyper Sensitive 03/ Growth 04/ Looks 05/ Planes Are at Least Honest 06/ Social Asphalts
Pierre Cécile © Le son du grisli

31 mars 2016

Aluk Todolo : Voix (Norma Evangelium Diaboli / The Ajna Offensive, 2016)

aluk todolo voix sonic protest

Cela fait plus de dix ans qu’Aluk Todolo donne dans l’ « occult rock ». Un mélange de black métal et de rock psyché, un peu à la Rallizes, voilà ce que sert ce trio guitare (Shantidas Riedacker) / basse (Matthieu Canaguier) / batterie  (Antoine Hadjioannou) sur son quatrième album studio.

Pas de doute, le groupe est en place : la basse impose la cadence, la batterie la martèle et la guitare tergiverse à loisir, dans le noir et de temps en temps à l’aveugle. Les médiators ont le feu à la corne, ok. Mais c’est quand Riedacker commence à s’en servir pour fouetter des accords que la corne prend feu : c’est comme ça qu’à mi-parcours (on est donc sur 5 :01) c’est l’extinction de voix… Mais pas pour longtemps, vous imaginez bien. Et déjà ça repart, pas plus subtil qu’avant, mais tout aussi performant (& perforant parfois). Y' qu'à entendre...



voix

Aluk Todolo : Voix
Norma Evangelium Diaboli / The Ajna Offensive
Edition : 2016.
CD / LP : 01/ 8 :18 02/ 7 :54 03/ 5 :01 04/ 7 :01 05/ 5 :34 06/ 9 :29
Pierre Cécile © Le son du grisli

sp logo grisliAluk Todolo est à l'affiche du festival Sonic Protest, qui se déroulera à Paris, Montreuil et ailleurs, du 2 au 15 avril. Le 7, le trio jouera à l'église Saint-Merry avec AMM et Joachim Montessuis

 

16 novembre 2015

Hal Russell NRG Ensemble + Charles Tyler : Generation (Nessa, 2014)

hal russell nrg ensemble charles tyler generation

Les compositions des membres du NRG Ensemble d’Hal Russell – six titres enregistrés en 1982, augmentés de deux autres, datant de l’année précédente, sur cette réédition – ont, sur Generation, une fantaisie en commun. Une extravagance, même, que rehausse la présence de Charles Tyler.

Sans celui-ci, c’est en introduction une marche contrariée faite d’un gimmick de basse, puis de courts solos de guitare saturant et combien de saxophones (Russell, Chuck Burdelik) multipliés : une fanfare qui piétine avec panache au son d’un mélange de jazz créatif (proche de celui du World Saxophone Quartet), de funk goguenard, de folitude kitsch et, même, de no wave.

Avec Tyler, au baryton, à l’alto et à la clarinette, ce sont quatre pièces qui ramènent l’NRG dans le champ (miné) d’un jazz déroutant : marche portée par la basse de Curt Bley, grands airs de déroute voire de déconstructions, répétitions obsédantes qui font effet jusque sur les musiciens, élucubrations acoustiques (dans la trompette de Brian Sandstrom) ou électriques (dans la guitare du même). S’il faut lier le tout, Russell n’en abandonne pas moins, ici ou là, ses saxophones et sa batterie pour un cornet… C'est que, même remuante, sa facétie l’inspire.  



Hal Russell NRG Ensemble, Charles Tyler : Generation (Nessa / Orkhêstra International)
Enregistrement : 9 septembre 1982 (01-06) & 10 janvier 1981 (07-08). Réédition : 2014.
CD : 01/ Sinus Up 02/ Poodie Cut 03/ Sponge 04/ Tatwas 05/ Cascade 06/ Generation 07/ This Fence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

11 août 2015

AUM Grand Ensemble : Silere (Onze Heures Onze, 2014)

aum grand ensemble silere

Il est des orchestres que l’on ignore et des disques qui attendent longtemps qu’on leur accorde du temps… C’est le cas de l’AUM Grand Ensemble (de Julien Pontvianne) et de Silere, un orchestre et un disque que je n’attendais pas.

Derrière une citation de Walden et des dessins de Yuko Higaki (voilà pour les trois volets du digipack) il y a treize musiciens dirigés par un quatorzième, Dylan Corlay.  Tous inconnus de moi. Et alors ? J’écoute et je tombe sur une grande composition électroacoustique, peut-être inégale (je pense à la quatrième partie de Silere, intitulée justement Walden, qui verse légèrement dans la comédie musicale) mais le plus souvent stupéfiante.

Prenons les guitares électriques (guitares basses ou guitares guitares), par exemple, leurs accords pincés sur l’aphonie des clarinettes ou leurs battements. Prenons évidemment la douce voix d’Anne-Marie Jean, qui dit des mots, leur tire dessus jusqu’à ce qu’ils donnent l’impression de ne pas sortir de sa bouche. Des mots qu’elle ne dit pas : « toys » ? « before » ? « noiseless » ?

Prenons les (oui, « les ») vibraphones, qui tapent en boucle, les embouteillages mélodiques, les sautes d’humeur… Comme si l’on entendait Mark Hollis commenter une partie d’échecs qui opposerait Steve Reich à AMM. Bref, pour conclure plus classiquement, c’est beau comme du Mozart qu’on étouffe !

AUM Grand Ensemble : Silere (Onze Heures Onze)
Edition : 2014
CD : 01-06/ Part 1 – Part 6
Pierre Cécile © Le son du grisli

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25 avril 2015

Savina Yannatou : Songs of Thessaloniki (ECM, 2015)

savina yannatou songs of thessaloniki

Le folklore, qui est une imagination et parfois un fantasme, une imagination pour tout le monde et le fantasme de tout le monde, peut-il vivre encore en chacun de nous ? Si oui, peut-il être réinventé par chacun de nous ? Oui et oui, dit la chanteuse Savina Yannatou depuis la fin des années 70.

Comme d’autres pays, la Grèce entretient son folklore et ses instruments. C’est à la fois un devoir de mémoire et une façon d’attirer le chaland. Malgré cela, et tu le sais, j’avoue facilement un amour du folklore et un amour de l’accordéon. Et un amour aussi d’une voix de femme qui chante non pour moi seul mais pour nous deux réunis. Il faut qu’elle contente tout le monde, et tout le monde c’est à la fois toi et moi.

La voix d’Anneli Drecker (Bel Canto, ndlr) m’avait plu à l’époque, comme celle de Teresa Salgueiro, notre voisine. La voix de Yannatou me rappelle celle de Drecker, et les arrangements du Primavera en Salonico les instrumentaux de Rabih Abou-Khalil. Il y a cette force instrumentale et cette force chantée chez Savina. Et même si en avançant dans le CD les chansons perdent de leur mystère, sa voix reste la même, ancrée dans un port grec d’où partent les frontières de la Norvège, du Portugal et du Liban. Les tiennes et les miennes, au milieu de tout ça.    

Savina Yannatou, Primavera en Salonico : Songs of Thessaloniki (ECM)
Enregistrement : 19-21 février 2014. Edition : 2015.
CD : 01-17/ Songs of Thessaloniki
Héctor Cabrero © le son du grisli

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1 mars 2014

Roro Perrot & Vomir Expéditives

roro perrot expéditives

exécution des hautes oeuvres

Roro Perrot : Exécution des hautes œuvres (Premier Sang, 2011)
Je souhaite bien du courage aux copistes de la Sacem (dont le logo est apposé sur le CD) au cas où Roro Perrot aurait un jour l’idée de les mettre au défi de « partitionner » ces mini-chansons enregistrées en 2011. C’est que dans un geste désinvolte, il gratte sa guitare classique d’une main et de l’autre tape sur le manche en brayant ou aboyant des balivernes touchantes, en tout cas osées… Derrière lui, des enfants crient « maman » ?...

blotto folk

Roro Perrot : Blotto Folk (Décimation sociale, 2012)
… papa a l’air de se plaindre de l’estomac (dont il ne manque pas) ! Réécoutons la cassette marquée au gros feutre rouge Blotto Folk. C’est qu’il aurait encore trop bu hier et qu’on se passe déjà le dernier document de sa soulographie sous l’imper d’exhibitionniste : amateurs de folk étranglé, de mélodies hirsute & de star system pileux, savourent goutte-à-goutte (en remuant bien fort la bouteille) ces mélopées jouées au moignon…

saboteurYves Botz, Roro Perrot : Saboteur (Décimation sociale, 2012)
... les borborygmes qui s’en suivent accompagneront sur une autre cassette le face-à-face de deux derviches buveurs que sont Yves Botz (Dust Breeders, Mesa of the Lost Women) & Roro Perrot. Saboteur, c’est une face électrique contre une face acoustique, et deux folkeux industrieux qui inventent des débuts de chef-d’œuvre à la mode du Facteur Cheval, frappent sur une enclume ou frotte de la guitare en relativisant l’intérêt d’utiliser des accords… Damned : cheval-facteur et sabot-âge…

héroroïneRoro Perrot et son héroroïne : Ta bouche de fraise me rend si sauvage (Décimation sociale, 2013)
… mais pour décimer encore plus efficacement, voilà que le Perrot touche à l’héroroïne – ce qui ne lui interdit pas de recourir en même temps à l’alcool. Forcément, le mélange fait effet, et voilà qu’il tâte de la guitare électrique en plus alors que son amie Pauline tripote une drum machine comme une enfant sauvage jouerait Mozart à la flûte traversière. Et tout à coup, c’est Prince qui joue Jealous Rock… Va comprendre…

musique vaurienneRoro Perrot : Musique vaurienne (Décimation sociale, 2013)
One for the money… Ayant pris goût à la guitare (ou au luth) électrique et au rythme de synthèse, notre homme s’y donne en entier sur Musique vaurienne avec une mollesse qui trahit son état : cataleptique narcoleptique, mais qui fait un pas vers la mélodie et les paroles (ce « oyaah, ahooyah, et alors ? oyaah, eh ouais », je le tiens maintenant, et cet « à chier » n’est-il pas à danser ?) et même rétropédale en No Wave Mars ou DNA

vomir

Vomir : Les escaliers de la cave (Décimation sociale, 2013)
… Alors, vite, retour à l’essentiel : pour Romain Perrot, c’est Vomir dans Les escaliers de la cave : il y en a deux (un petit et un qui n’en finit pas), où déferle un harsh noise qui noie le « folk de merde » sous des tombereaux de bruits blanc, gris ou noir… On n’y entend plus une interjection, plus de guitare, plus rien du bruit du moignon, mais le mur de saturation et son néo-dada de bâillon : moi aussi, la tête dans un pochon !

sonic youth pierre cécilePierre Cécile sort ces jours-ci son premier livre : Sonic Youth (Souvenir de Kurt Cobain), dont le son du grisli vous offre un extrait : Combien d’heures ai-je passé dans les médiathèques à la recherche d’enregistrements de Sonic Youth ? Combien de CD – c’était le temps du CD, le vinyle n’était pas encore arrivé sur le marché – ai-je fait défiler sous mes doigts ? J’empruntais tout, j’écoutais tout, je lisais tout. Le groupe m’avait déconnecté de mes contemporains. J’en étais le cinquième membre, le sixième quand Jim O’Rourke était là. Qu’ils ignorent mon existence ne me posait pas de problème. J’étais bel et bien là, toujours avec eux, je les tutoyais et les appelais par leurs prénoms. « Thurston, là t’exagères… t’en fais des caisses à la voix ! » Direct j’avisais Lee, qui pouvait me faire un clin d’oeil, et alors là ça partait en fou rire !

28 février 2014

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY, 2013)

polwechsel traces of wood

Sans plus de souffle – même si le violoncelle singe parfois l’orgue –, Polwechsel enregistrait en mars 2010 et janvier 2011 ce Traces of Wood ayant valeur de tournant : « Faire moins de bruit, c’était se taire », explique Michael Moser. Alors, Polwechsel passe commande à ses quatre éléments de partitions qu’il fleurira d’improvisations.

Sur Adapt/Oppose, Burkhard Beins fait des archets l’instrument principal (sur contrebasse, violoncelle et cymbales), qui lentement vont ensemble avant de se répondre, comme d’une vallée à l’autre et sur peaux frottées : les combinaisons sonores, minuscules, forment un corps fragile qui basculera pour démontrer son adhérence. Les archets seront distants, sur l’ouverture de Grain Beinding #1, de Moser. La composition est plus nette, dramatique au fond, qui peu à peu focalise les quatre voix avec un art plus fabriqué.

Nia Rain Circuit, respecte, lui, les courants usages de son auteur, Martin Brandlmayr. La pièce échapperait pourtant au répertoire de Trapist ou de Radian pour jouer de nombreuses pauses et de redirections tranchées avant de convoquer des archets unanimes sur les résonances d’un vibraphone. Les coordonnées de l’endroit du monde où Werner Dafeldecker enregistra le blizzard qu’il injecte à sa composition donnent à celle-ci son titre : S 64°14’’ W 56°37’’. Plus effacé, mais perturbé d'autant, le groupe lutte contre les éléments à coups d’éclats et de drones qui laissent en effet des traces. Trois, au moins. Et tenaces.

Polwechsel : Traces of Wood (HatOLOGY)
Enregistrement : 2010-2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Adapt/Oppose 02/ Grain Bending #1 03/ Nia Rain Circuit 04/ S 64°14’’ W 56°37’’
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

4 février 2014

Tetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer : The Darkened Mirror (Monotype / Cat Sun, 2013)

tetuzi akiyama tom carter christian kiefer the darkened mirror

Fameux casting sur The Darkened Mirror : Tetuzi Akiyama, Tom Carter et Christian Kiefer. Ca n’étonnera pas les fans des secoués Charalambides, il règne une sacrée atmosphère d’Americana de traviole (gravos, encore bien) sur cette première collaboration américano-nipponne – on sent bien derrière tout ça l’influence de Tom Carter, qui va pêcher à toutes les sources (du blues à la folk) et c’est pour mieux dépatouiller les vieilles et vilaines habitudes.

Ca balance entre Charlie Nothing et Cyan Nugent, on passe sans coup férir d’un méchant trip dans une vieille Cadillac déglinguée à une jam session virtuose et mélodique et au final, on se dit que nom d’un Colt fumant, les gaillards ont vachement plus que six cordes à leur putain d’arc.

écoute le son du grisliTetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer
Sea Hag's Lament

Tetuzi Akiyama, Tom Carter, Christian Kiefer : The Darkened Mirror (Monotype)
Edition : 2013.
LP : A1/ Grandmother's Body A2/ Alligator A3/ Bloody Mary A4/ Sea Hag's Lament A5/ The Duendes B1/ The Lady In Lace B2/ The Hook B3/ The Express Train to Hell B4/ The Vanishing Hitchhiker
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

21 janvier 2014

Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder, 2013)

håkon stene etude begone badum

Les fidèles sont au courant, la scène norvégienne contemporaine est des plus vivaces et intrigantes – et on ne vous fera pas l’injure de revanter les mérites du label Rune Grammofon. L’an dernier, l’éloge mérité de Lene Grenager a parcouru la presse spécialisée, un an plus tard, voici venu le temps de Håkon Stene et de son Etude Begone Badum.

Visiteur (très) inspiré des compositeurs Alvin Lucier, Marko Ciciliani et Michael Pisaro, le musicien scandinave inclut trois intermezzos de son compatriote Lars Petter Hagen, oui, l’arrangeur du totalement irremplaçable Elements Of Light de Pantha du Prince & The Bell Laboratory (album de l’année 2013 de votre serviteur).

Les œuvres présentées, un poil moins accessibles et percutantes, demeurent d’une constante dynamique où les flux des percussions jouent des techniques de frappe pour mieux les détourner. Parfois à la frontière des musiques concrètes, notamment chez Alvin Lucier et son Silver Streetcar for the Orchestra qui nous transporte dans un vieux tram échappé dans notre temps, la vision de Stene imprime à chaque seconde une pluie de sonorités où il est conseillé de laisser le parapluie au vestiaire.

écoute le son du grisliHåkon Stene
Silver Streetcar for the Orchestra

Håkon Stene : Etude Begone Badum (Ahornfelder)
Edition : 2013.
CD :0 1/ Lars Petter Hagen - Study #1 in Self-Imposed Tristesse 02/ Marko Ciciliani - Black Horizon 03/ Lars Petter Hagen - Study #2 in Self-Imposed Tristesse 04/ Alvin Lucier - Silver Streetcar for the Orchestra 05/ Lars Petter Hagen - Study #3 in Self-Imposed Tristesse 06/ Michael Pisaro - Ricefall
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

22 novembre 2013

Strike : Wood, Wire & Sparks (Monotype, 2013)

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Clayton Thomas est des sept contrebassistes abordés dans sept basses, onzième hors-série papier du son du grisli, à paraître le 26 novembre.

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Agitateur de cordes ayant trouvé en d’autres agitateurs de cordes que lui des partenaires à sa mesure (Goodman, Russell, Chadbourne, Léandre…), Jon Rose compose Strike avec deux compatriotes au même instrument (la contrebasse) : Clayton Thomas – qui enregistra jadis Artery avec Rose et Chris Abrahams – et Mike Majkowski. Trio sorti du Splinter Orchestra de Jim Denley, Strike présente sur Wood, Wire & Sparks deux extraits de concerts donnés en 2010 au festival Densités et à Berlin.

Une face de vinyle par endroit : en France, si le violoniste croise le fer avec les deux archets, il esquive plus qu’il ne se montre audacieux et l’association se contente bientôt d’une improvisation libre mais nénanmoins codifiée loin d’être à la hauteur de trois pratiques instrumentales souvent remarquables. En Allemagne, sous l’effet d’un retour d’ampli, il arrive aux musiciens de trouver un compromis sur lequel s’agiter en touts sens. Cette absence d’intention, d’obliger le violoniste et les contrebassistes à revenir à une invention sans principe autrement louable.

Strike : Wood, Wire & Sparks (Monotype)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
LP : A/ Wood, Wire & Sparks B1/ Sweepstakes B2/ Revenge Of The Instrument B3/ Gentrify This B4/ Tsunami Scoreboard B5/ Board
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 décembre 2013

Jenks Miller : Spirit Signal / Gary Lucas : Cinefantastique (Northern Spy, 2013)

jenks miller spirit signal

On reconnaîtra au label Northern Spy un goût pour la prise de risque (commerciale, s'entend) et le fouinage pour découvrir de nouveaux talents. Guitariste, Jenks Miller (Horseback) ? Des solos de guitare, il en pleut sur son Spirit Signal (son troisième disque en solo quand même), mais ils peuvent compter sur le soutien d’autres instruments du genre orgue, harmonica, voix, etc.

La tête dans les étoiles, Miller slide et donne dans l’improvisation en blues, en folk, en noise, en drone... et, s’il ne parvient pas toujours à nous faire tourner la tête (comme sur Spirit Signal, le morceau, où ses expérimentations ne manquent de rien sauf de consistance), il nous convainc qu’on ne perd pas toujours notre temps à écouter son CD. D’une simple pression sur la télécommande, voilà ses quelques faux-pas relativisés. C’est pourquoi, si aura vite fait de classer son art de celui d’un axe Lou Barlow / Evan Dando / Lee Ranaldo, on s’en tiendra là pour aujourd’hui, en attendant qu’il nous refasse signe.

Jenks Miller : Spirit Signal (Northern Spy)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ 010913A ..... Slide Guitar Improvisation In A Blues Style ..... 02/     010913B ..... Slide Guitar Improvisation In A Noise Style .....     03/ 011213A ..... By The Haw ..... 04/ 011213B ..... Spirit Signal ..... 05/ 011213C ..... Through The Fog ..... 06/ 011413 ..... Miró .....
Pierre Cécile © Le son du grisli

gary lucas cinefantastique

Son amour du cinéma fantastique ? Non, malgré un goût prononcé pour Dracula, Gary Lucas rend hommage à « tous les cinémas », comme disent les spécialistes. Seul à la guitare électroacoustique (dont on déplore le son trop... brut de décoffrage), il reprend les BO de Mon Oncle, Casino Royale, Satantango, Vertigo, Rosemary's Baby, Aguirre…. Des notes partout, des allers-retours excités de la main droite, et combien de cordes à sa guitare ? 6, 12, 24 ??? Toujours trop ! 

Gary Lucas : Cinefantastique (Northern Spy)
Edition : 2013.
CD : 01/ Mon Oncle 02/ Monsieur Hulot’s Holiday 03/ Casino Royale 04/ The Man Who Shot Liberty Valence 05/ “Bali Ha’i” from South Pacific 06/ J’accuse 07/ Sátántangó 08/ “Our Love is Here to Stay” - from An American in Paris 09/ Vertigo / Psycho 10/ Fellini’s Casanova / Rosemary’s Baby 11/ Spanish Dracula 12/ Aguirre, the Wrath of God 13/ Sex and Lucia 14/ Howdy Doody Time 15/ Entr’acte 16/ Charlie Brown 17/ Around the World in 80 Days
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 décembre 2013

Dedalus : Brétigny-sur-Orge, CAC, 14 décembre 2013

matthieu_saladin_dedalus_there_s_a_riot_goin_on

Partition économique : d'un côté les armes sonores de masse, dont « la musique » ; de l'autre des actions restreintes, efficaces et ciblées. Le silence aussi peut-il chercher noise ? « Le problème n'est plus de faire que les gens s'expriment, mais de leur ménager des vacuoles de solitude et de silence à partir desquels ils auraient enfin quelque chose à dire  », dit Deleuze. Un Centre d'Art Contemporain d'Ile-de-France, en l'espèce le CAC de Brétigny-sur-Orge, peut-il en tenir lieu ? Réponse par Matthieu Saladin, sous la forme d'une exposition, There's A Riot Goin' On (ce qui pourrait se traduire par « l'insurrection qui vient », mais reste avant tout le titre d’une piste de 0’00’’, « révolte dégagée de tout manifeste » selon Saladin, gravée sur l'album éponyme de Sly Stone paru en 1971), et de pièces comme : Sounds Of Silence, anthologies de plages silencieuses issues de classiques rock, jazz ou contemporain ; G-20, transposition sonore des cours boursiers mondiaux ; Sonneries Publiques (des phrases semblables aux commentaires qu'écrivait Satie sur ses partitions, disponibles en téléchargement pour que votre portable les diffusent à chaque appel). Ou donc, Economic Score.

D'Economic Score nous dirons que le principe de composition, la transposition d'une économie culturelle en partition (la hauteur des notes étant déterminées par les dépenses ; leur durée par les produits ; les nuances, seul paramètre aléatoire, étant quant à elles relatives à l'attention du public), ne nous préparaient pas spontanément à faire l'expérience du sublime. Et pourtant : après un heureux incident (la répétition d'une troupe de danse dans les locaux jouxtant le CAC) ayant contraint à inverser l'ordre du programme, l'ensemble Dedalus joua d'abord quelques pages du « répertoire  » (Four6 de Cage, suivie d'extraits d'Exercises de Wolff, et de Treatise, de Cardew) ; puis la pièce Economic Score put se déployer librement plus d'une heure durant.

Le public du jour étant initié des intentions de la partition, est-ce que l'intensité de son attention eut pour corollaire l'extrême ténuité des attaques ? Ou bien au contraire les quatre membres de l’ensemble (Amélie Berson, flûte ; Cyprien Busolini, alto ; Eric Chalan, contrebasse ; Didier Aschour, guitare) ont-ils pu mettre leur science du dosage, de la rareté et de la densité, éprouvée notamment par la fréquentation des scores de Wandelweiser, au service du projet de Saladin ? Il y a là un entre-deux à explorer, les différentes version d'Economic Score pouvant varier à l'extrême selon les contextes – ce qui n'est certes pas nouveau depuis 4'33", mais dans le cas d'Economic Score, sans doute beaucoup plus excitant à suivre.

Dedalus, Matthieu Saladin : There’s A Riot Goin’On, Brétigny-sur-Orge, CAC, 14 décembre 2016.
Claude-Marin Herbert © Le son du grisli

1 janvier 2014

Trespass Trio, Joe McPhee : Human Encore (Clean Feed, 2013) / Beresford, Küchen, Solberg : Three Babies (Peira, 2013)

trespass trio joe mcphee human encore

A Coimbra (trois soirs de concerts) en compagnie de Joe McPhee, le Trespass Trio de Martin Küchen (qui signe cinq des huit titres de ce disque), pas contrariant, pas regardant, pas rancunier, en redemandait : Human Encore

L’œil était dans l’obus, et regardait McPhee (qui, lui, soufflait en trompette piccolo). L’ouverture est en conséquence prudente : A Desert On Fire, A Forest tenant du morceau d’atmosphère porté par une contrebasse mesurée (Per Zanussi) que Küchen tiendra malgré tout à agiter. La suite convolera en motifs souterrains (Bruder Beda Ist Nicht Mehr, Xe) avec un art de l’à-propos rentré : le jazz du quartette d’exception jouant de délicatesses et d’inventions malignes.

Jazz encore : ce sont-là les improvisations, que découpent les rapides baguettes de Raymond Strid. Trompette et saxophone s’y mêlent sur un air de free terrible ou l’allure d’un swing dont les pulsations varient d’un instrument à l’autre. En conclusion, alors, cet Human Encore attendu : l’archet grave de contrebasse, le baryton et la trompette enlacés, sur un de ces hymnes prégnants dont Joe McPhee a le secret. Imparable. Indispensable.

Trespass Trio, Joe McPhee : Human Encore (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 31 mai, 1er-2 juin 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ A Desert on Fire, A Forest 02/ Bruder Beda Ist Nicht Mehr 03/ Xe 04/ Coimbra, mon amour 05/ A Different Koko 05/ In Our Midst 07/ Human Encore 08/ A Desert on Fire, A Forest (First Day Take)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

beresford küchen solberg three babies

2012, 6 octobre, Londres (Café Oto) : Steve Beresford, Martin Küchen et Ståle Liavik Solberg, soit : piano et objets, saxophone sopranino et percussions. Three Babies, peut-être, parce qu’ils se laissent aller à une improvisation loufoque (plus qu’iconoclaste) et surtout parler leur instinct. Et c’est le saxophoniste qui consolidera trois structures fragiles à coups d’intimidations presque adultes. A moins que ces Three Babies soient les pièces dont le trio a accouchées : le disque plaiderait ainsi en faveur de la tare réservée à l’aîné.

Steve Beresford, Martin Küchen, Ståle Liavik Solberg : Three Babies (Peira)
Edition : 2013.
CD : 01/ Steel Babies 02/ Car Babies 03/ Kitchen Babies
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

7 septembre 2013

The Whammies : Play the Music of Steve Lacy (Driff, 2013)

the whammies play the music of steve lacy 2 le son du grisli

Décidés à « jouer la musique de Steve Lacy », The Whammies le font effectivement... mais ne font que s'y tenir – là où le sopraniste espérait que ses partitions, ouvertes sur l'improvisation, serviraient de tremplins vers un « other stuff »...

Certainement la tâche n'est-elle pas si aisée, et c'est bien ce que montrent, près de dix ans après la disparition du compositeur, plusieurs des groupes qui s'attellent à son énorme répertoire : les uns appuyant le trait (on pensera au trio Lacy Pool), les autres « re-composant » (comme Ideal Bread qui enregistre son troisième disque, Beating the Teens, d'après les années Saravah de Lacy).

Jorrit Dijkstra (saxophone alto et lyricon), Pandelis Karayorgis (piano), Jeb Bishop (trombone), Mary Oliver (violon, alto), Nate McBride (contrebasse) et Han Bennink (batterie) semblent avoir choisi, de leur côté, une forme de reconstitution – d'un son, d'un univers (jusqu'au clin d'œil monkien final), voire d'un groupe, bien que l'effectif éclate souvent en petites combinaisons instrumentales. Bien sûr, on ne peut que saluer le soin et l'allant de l'entreprise, l'apport d'une pièce lacyenne inédite et la fidélité au « texte », mais la quantité de morceaux regroupés entrave leur exploitation, l'exploration de leurs propositions. Avec ce second volume, sans doute The Whammies aèrent-ils les partitions et dressent-ils un bon aide-mémoire, mais ce « patrimoine » n'est-il pas assez solide pour être mieux secoué ou plus sauvagement cannibalisé ?!

The Whammies : Play the Music of Steve Lacy Volume 2 (Driff Records)
Edition : 2013.
CD : 01/ Skirts 02/ Pregnant Virgin 03/ Lumps 04/ Art 05/ Somebody Special 06/ The Oil 07/ Feline 08/ Saxovision 09/ Threads 10/ Hanky-Panky 11/ Wickets 12/ Shuffle Boil
Guillaume Tarche © Le son du grisli

27 octobre 2013

Body/Head : Coming Apart (Matador, 2013)

body head coming apart

En 2005 et 2006, Patti Smith et Kevin Shields ont enregistré The Coral Sea, un projet qui rapprochait une poésie (qui se voulait) habitée et des guitares tournantes comme des tables. Un projet à mon sens raté. Dans la même veine, Kim Gordon et Bill Nace ont taillé Coming Apart, et ça t’a une autre gueule (y’a qu’à voir la couverture).

Même si l’on sait le respect que les membres de SY portent à Smith, ce n’est (encore que… / je ne crois) pas faire injure à celle-ci que de lui préférer Body/Head. Gordon, anesthésiée ce qui ne l’empêche pas d’être violemment impliquée, a une force déclamatoire qui trouve son courage dans l’abandon – abandon de soi-même aux textes, aux guitares, à la signification, à la musique… Et c’est ce qui convient aux guitares qu’elle et Nace triturent au médiator, étourdissent à l’arpège et brisent sur des récifs tranchants.

Comme des instruments à part entière, les amplis jouent aussi un beau rôle. Ils crachent des crépitements et des larsens et des saturations, ils laissent la parole à des jacks mal branchés, ils provoquent des étincelles capable de déclencher des rhapsodies. Ne reste plus à Gordon qu’à dérouler sa poésie lascive ou corrompre un bout de comédie musicale. Ô Patty, écoute comme ils le font bien !

Body/Head : Coming Apart (Matador / Souffle Continu)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Abstract 02/ Murderess 03/ Last Mistress 04/ Actress 05/ Untitled 06/ Everything Left 07/ Can’t Help You 08/ Aint 09/ Black 10/ Frontal
Pierre Cécile © Le son du grisli

17 octobre 2013

C. Kenneth Lee ‎: Dialogues With Environments (Wandelweiser, 2012) / Houben, Kümper : Landscapes (Diafani, 2013)

c kenneth lee dialogues with environments

Sans être jamais allé (ou retourné, car je crois aux sept vies des chats) à Los Angeles, je m’en fais l’image inverse de ce que C. Kenneth Lee m’en raconte au travers de solos de piano qu'il a enregistré là-bas de 2007 à 2011.

L’endroit a-t-il jamais une influence sur la musique qu’on y donne ? En jazz, peut-être. En classique, je n’oserais dire. D’ailleurs, le classique de Lee est tout relatif, car il joue avec les bruits de son environnement. Une porte grince, un objet tombe (ces solos ont été captés en public), etc. Mais le pianiste tient-il compte de ces parasites lorsqu’il interprète ses lacis aériens ? La répétition de deux notes (pour lequel Lee a un léger faible), un arpège, la superposition de deux autres notes, leur extension, leur séparation… peuvent-ils dialoguer vraiment avec des bruits terre-à-terre ?

L’architecture de papier de C. Kenneth Lee accueille en fait ces sons du dehors mais ne les « calculent » pas. Elle va, elle tient droit malgré les courants d’air, elle s’élève au-dessus d’eux. Ses environments la rehausse de l’incapacité qu’ils ont à pouvoir l'intégrer. Voilà pourquoi il faut écouter urgemment les monologues de C. Kenneth Lee.

C. Kenneth Lee : Dialogues With Environments (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2007-2011. Edition : 2012.
CD : 01-02/ Piano Solo No. 3 (2006) 03-06/ Piano Solo No. 4 (2010) 07/ Piano Solo No. 5 (2011)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

eva-maria houben bileam kümper landscapes diafani

Landscapes (1-4) consigne un genre plus direct de conversations sonores avec l’environnement. Provoquées par Eva-Maria Houben et Bileam Kümper, celles-ci opposent un orgue et les mouvements d’un train, laissent au vent le loisir de faire chanter un tuba ou font vibrer à distance d’hommes chimes et viole d’amour. Achaque fois, l’empreinte musicale d’impromptus immodérés brille par la beauté des graves et des soupçons qu’on y trouve.

Eva-Maria Houben, Bileam Kümper : Landscapes (1-4) (Diafani)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD: 01-04/ Landscape 1-4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 octobre 2013

Jason Kahn : In Place / Broken Place / Fronts (Winds Measure / CFYR / Khalija, 2013)

jason kahn in place daitoku broken place frontsDu flot régulier des publications (de l'album à télécharger jusqu'au vinyle) de Jason Kahn, et entre les disques compacts que publie Herbal International (Things Fall Apart, un étonnant solo) ou promet Cathnor (Untitled for Four, une longue partition graphique – avec Patrick Farmer, Sarah Hughes et Dominic Lash), il est plaisant d'extraire ces trois récents enregistrements pensés pour le format de la cassette.

Jason Kahn : In place: Daitoku-ji and Shibuya Crossing (Winds Measure Recordings, 2013)
S'inscrivant de façon critique dans le champ du field recording, la série de travaux menée par Kahn depuis 2011 sous l'intitulé In place (d'abord à Zurich) substitue au micro et à l'enregistrement de terrain une immersion attentive de plusieurs heures in situ, dont un texte rend ensuite compte ; cet objet littéraire qui pourrait s'apparenter à une « tentative d'épuisement d'un lieu » (et par l'ouïe et par la vue) à la Perec est ensuite enregistré par l'artiste, de sa voix blanche, posée, dans le silence du studio. Cette intelligente extension du domaine de la pratique sonore porte d'autant plus que la lecture, assez monotone, est évocatrice et sobrement musicale, « produisant de l'espace » (Henri Lefebvre est d'ailleurs une influence assumée) là où il n'en reste pas même un son : le complexe bouddhiste du Daitoku-ji de Kyoto et le carrefour central de Shibuya à Tokyo, dans leur absence même, se réinventent et sonnent en chaque auditeur, par les mots. Une réussite très originale !

EN ECOUTE >>> Daitoku-ji and Shibuya Crossing

Jason Kahn : Broken place (Copy For Your Records, 2013)
Le contexte, fort différent pour cette grosse heure de musique, replace Kahn devant l'équipement que nous lui connaissons : synthétiseur analogique, table de mixage, voix, radio et sons captés à l'extérieur sont convoqués pour une performance, depuis son appartement de Zurich, diffusée en direct au festival Audioblast, fin novembre 2012. Le flux, généralement lourd d'interférences et de grésillements, s'épaissit par adjonction de fragments radiophoniques, de vocalises, de bruits et débris, se fissure et s'affaiblit à l'occasion ; ces creux et failles, structurant une pièce chargée, confèrent son intérêt à cet enregistrement bien fracassé.

Jason Kahn, Mark Trayle : Fronts (Khalija, 2013)
Chacune des faces de cette cassette reproduit une improvisation saisie lors de concerts (d'abord à Zurich, ensuite à Genève, en mars 2012) donnés par Kahn (synthé analogique, table de mixage, radio) avec Mark Trayle (electronics, guitare). Le duo semble avoir d'emblée trouvé un pouls et une aire de collaboration stimulante, communicative (pour l'auditeur dont l'immersion est rapidement acquise) : l'énergie circule dans un beau jeu de contrastes entre textures – bouffées de blizzard à échardes contre escadrilles aux fuselages polis – au profit d'une fort efficace propulsion par frottement. Un enregistrement à comparer avec ce que JK a récemment donné avec Bryan Eubanks ou en compagnie de Bruce Russell & Richard Francis (Dunedin).

EN ECOUTE >>> Fronts (extrait)

9 mai 2013

William Hooker : Channels of Consciousness (NoBusiness, 2012)

william hooker channels of consciousness

A la limite de la surcharge, le quintet de William Hooker demeure prisonnier de la nasse sonique qu’il vient d’enfanter. Les impacts sont permanents, la débauche se perd en des amoncellements sans réelle substance. La trompette de Chris DiMeglio perce heureusement le carcan, se fraye un chemin et tisse quelque intensité salvatrice. En pure perte, la contrebasse d’Adam Lane se perd dans ce magma excessif. Pourtant inspirée par de glorieux aînés (Sharrock, Boni), la guitare de Dave Ross ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion. Ceci pour la première partie.

Heureusement, la seconde partie est d’un tout autre niveau. Le blues s‘y décline malade et singulier, l’esprit n’est plus à l’égorgement mais à l’introspection. L’archet grince et se libère de ses chaînes. La trompette ne prend plus ombrage de son lyrisme. La musique accepte l’espace et la distance. Entre les deux, mais aussi au début et à la fin, la batterie de William Hooker et les percussions de Sanga donnent au rebond de nouveaux chapitres. Magiques minutes de connivence et de complicité où la frappe n’est plus vaine mais transportée par deux improvisateurs en totale(s) harmonie(s).

EN ECOUTE >>> The Unfolding >>> Connected

William Hooker Quintet : Channels of Consciousness (NoBusiness)
Enregistrement : 27 mars 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ The Unfolding 02/ Compelling Influences 03/ Thought and Intention 04/ Lower Interlude 05/ Character 06/ Connected 07/ Three Hexagons 08/ Mother’s History (untold)
Luc Bouquet © Le son du grisli

11 mai 2013

McPhee, Moore, Nace : Last Notes (Open Mouth, 2013) / Moore, Connors : The Only Way to Go... (Northern Spy, 2013)

joe mcphee thurston moore bill nace last notes

Ainsi le passage par Roulette l’année dernière de Joe McPhee, Thurston Moore et Bill Nace, aura-t-il donné un disque : Last Notes – pour être exact, il s’agit là du premier set du concert, le second pouvant être téléchargé via l’utilisation d’un code fourni avec le vinyle. Comme hier avec Paul Flaherty (s/t) ou Mats Gustafsson, les guitaristes (duo Northampton Wools) y interrogent l’adéquation de leur art électrique avec un souffle à l’imagination considérable.

Pour McPhee, c’est encore l’histoire d’un chant intérieur qu’il faut (et qu’il parvient à) extérioriser puis adapter aux préoccupations mais aussi à l’écoute, attentive et alerte, de ses partenaires. Affûtés, Moore et Nace ne forcent jamais le trait, fomentant plutôt à force de gestes indolents des nappes qui donneront à l’alto aspiration et élan, et des caches dans lesquelles il pourra se replier à l’envi. C’est d’ailleurs là que le trio décidera de la forme à donner au fracas inéluctable.

Après lequel un retour au « calme » sera opéré. La suite n’est pas calquée, sa rumeur tirant sa substance d’arabesques, de grésillement d’amplis et de dérapages à la véhémence anéantie par une distension autrement sonnante. Butant sur un paquet de notes, le saxophoniste finira quand même par provoquer ses partenaires, qui mitrailleront en conséquence, le pousseront à bout, et gagneront ainsi leur propre déroute.

Joe McPhee, Bill Nace, Thurston Moore : Last Notes (Open Mouth)
Enregistement : 31 mai 2012. Edition : 2013.
LP : A-B/ Last Notes
Guillaume Belhomme © le son du grisli

thurston moore loren connors the only way to go is straight threw

Sous prétexte de Record Store Day, voici la paire Thurston Moore / Loren Connors publiée sur vinyle Northern Spy : The Only Way to Go Is Straight Through rassemble deux sets d’une vingtaine de minutes chacun. Donné le 14 juillet au Stone de New York, le premier défend une suite atmosphérique sous effets multiples, frottements et vibrato nonchalants, arpèges comptés. Datant du 17 octobre 2012, le second, enregistré au Public Assembly, peint avec moins d’embrouille mais aussi moins d’ampleur un paysage pourtant plus accaparant encore.

Thurston Moore, Loren Connors : The Only Way to Go Is Straight Through (Northern Spy)
Enregistrement : 14 juillet & 17 octobre 2012. Edition : 2013.
LP : A/ The Stone B/ Public Assembly
Guillaume Belhomme © le son du grisli

4 avril 2013

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer, 2012)

prszr equilirium

Vétéran de la musique expérimentale made in Österreich, Pure aka Peter Votava s’associe au duo Hati (soit Rafal Iwanski et Rafal Kolacki) pour former en 2008 PRSZR (lisez Pressure). Première étape discographique du trio, Equilirium montre à quel point le label suisse Hinterzimmer compte en la présente rubrique – rappelons-nous des excellentissimes albums de Lubomyr Melnyk et de Strotter Inst., dans le Top 10 de leur année respective de sortie.

Ici entre ambient sourdement inquiétante, jazz aux percussions mutantes et musique concrète post z’ev, le disque met un temps pour installer ses ambiances particulières. Passé le premier titre, d’un intérêt frisant la banalité, un voyage aux antipodes du tout-venant nous est proposé, il évolue entre pulsation rythmique siphonnée du bulbe, bruitages zinzins qui déboitent et tentatives überferroviaires échappées de Charlie Chaplin. Embarquement immédiat pour les tracks 2 à 5.

EN ECOUTE >>> I >>> II

PRSZR : Equilirium (Hinterzimmer)
Edition : 2012.
CD : 01/ I  02/ II 03/ III 04/ IV 05/ V
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

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