Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
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William Hooker : Light. The Early Years 1975-1989 (NoBusiness, 2016)

willima hooker light the early years 1975-1989

C’est une boîte de forme carrée qui contient quatre disques. Eux renferment, organisés chronologiquement, d’anciens enregistrements de William Hooker, batteur dont le label NoBusiness a déjà publié Earth’s Orbit, Crossing Points et Channels of Consciousness – travaux « de jazz », faut-il le préciser ?

Hooker y apparaît bien sûr en différentes compagnies : seul puis en trio avec Mark Miller et David Murray et en duo avec David S. Ware sur ces extraits de concerts enregistrés en 1975 et 1976 qu’il avait autoproduits sous étiquette Reality Unit Concepts : si elle est moins radicale, sa pratique rappelle sur ... Is Eternal Life celle de Sunny Murray, Hooker accompagnant à la voix chacun des coups qu’il donne. La fin du double LP original est reprise sur le deuxième CD: auprès de deux souffleurs, Lee Goodson et Hasaan Dawkins, le percussionniste y emmène des pièces tonitruantes qui pâtissent quand même de la comparaison avec l’équilibre trouvé plus tôt avec Ware.

C’est seul encore que le batteur ouvrait Brighter Lights, seconde référence Reality Unit Concepts : le murmure accompagne les gestes puis se glisse en deux autres duos, c’est-à-dire sur un folk étrange élaboré avec le flûtiste Alan Braufman et sur un échange ronflant avec le pianiste Mark Hennen. C’est donc en dernière plage que ce disque-là fait son effet : jusqu'ici inédit, un morceau expose Hooker aux côtés de Jemeel Moondoc et Hasaan Dawkins. Avec panache, alto et ténor se déversent dans un cours que creuse sur l’instant une robuste batterie.  

Les deux derniers disques consignent d’autres enregistrements inédits, qui datent de la fin des années 1980. Au Roulette de New York, le trio Formulas of Approach – formé avec Roy Campbell (trompette) et Booker T. Williams (saxophone ténor) – sert une musique que l’on dira « affranchie » plutôt que « libre » : l’unisson y côtoie des phrases isolées, l’allure est changeante et le répertoire va jusqu’à s’approprier un air traditionnel japonais. Avec Lewis Barnes (trompette) et Richard Keene (saxophones et flûte), Hooker composait enfin Transition : sous ses coups, le jazz vole en éclats – les brisures sont nombreuses – et la musique appelle au changement. Là se trouve la force de cette rétrospective : avoir réédité des documents devenus rares accompagnés d’inédits éloquents et réussi à rattacher les uns et les autres aux souvenirs encore récents (et, pour certains, moins « convaincants ») que l’on garde de William Hooker derrière Lee Ranaldo, Elliott Sharp ou Zeena Parkins

light

William Hooker : Light. The Early Years 1975-1989
NoBusiness Records
Enregistrement : 1975-1989. Edition : 2016.
4 CD : CD1 : 01/ Drum Form 02/ Soy 03/ Passages – CD2 : 01/ Pieces I, II 02/ Above and Beyond 03/ Others (Unknowing) 04/ Patterns I, II and III 05/ 3 & 6 06/ Present Happiness – CD3 : 01/ Anchoiring (With a Feeling) 02/ Clear, Cold Light / Into Our Midst / Japanese Folk Song – CD4 : 01/ Contrast (With a Feeling) 02/ Naturally Forward 03/ Continuity of Unfoldment
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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William Hooker : Channels of Consciousness (NoBusiness, 2012)

william hooker channels of consciousness

A la limite de la surcharge, le quintet de William Hooker demeure prisonnier de la nasse sonique qu’il vient d’enfanter. Les impacts sont permanents, la débauche se perd en des amoncellements sans réelle substance. La trompette de Chris DiMeglio perce heureusement le carcan, se fraye un chemin et tisse quelque intensité salvatrice. En pure perte, la contrebasse d’Adam Lane se perd dans ce magma excessif. Pourtant inspirée par de glorieux aînés (Sharrock, Boni), la guitare de Dave Ross ne fait qu’ajouter de la confusion à la confusion. Ceci pour la première partie.

Heureusement, la seconde partie est d’un tout autre niveau. Le blues s‘y décline malade et singulier, l’esprit n’est plus à l’égorgement mais à l’introspection. L’archet grince et se libère de ses chaînes. La trompette ne prend plus ombrage de son lyrisme. La musique accepte l’espace et la distance. Entre les deux, mais aussi au début et à la fin, la batterie de William Hooker et les percussions de Sanga donnent au rebond de nouveaux chapitres. Magiques minutes de connivence et de complicité où la frappe n’est plus vaine mais transportée par deux improvisateurs en totale(s) harmonie(s).

EN ECOUTE >>> The Unfolding >>> Connected

William Hooker Quintet : Channels of Consciousness (NoBusiness)
Enregistrement : 27 mars 2010. Edition : 2012.
CD : 01/ The Unfolding 02/ Compelling Influences 03/ Thought and Intention 04/ Lower Interlude 05/ Character 06/ Connected 07/ Three Hexagons 08/ Mother’s History (untold)
Luc Bouquet © Le son du grisli

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William Hooker, Thomas Chapin : Crossing Points (NoBusiness, 2011)

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Crossing Points est l’enregistrement d’un concert donné en 1992 par William Hooker et Thomas Chapin à la 9th Street Gallery de New York (gérance : Jerome Cooper). De quoi remplir quatre faces de 33 tours (NoBusiness publiant néanmoins le même enregistrement sur CD) : The Subway sur les deux premières, Addiction to Sound et The Underground Dead sur les deux autres.

On sait la véhémence qui anime Hooker : efficiente en lofts d’abord mais consignée sur disques bien plus tard. On sait aussi le manque de Chapin, saxophoniste abrasif instruit par Jackie McLean. Ainsi les musiciens étaient faits pour s’entendre. Dans l’urgence, ils lancent The Subway : la frappe est détonante et pique Chapin au vif, qui, en réaction, déclame et développe hors d’haleine un expressionnisme cursif d’une rare teneur.

En tremblant encore, Hooker et Chapin sonnent l’heure d’une confrontation nette, quelques tambours martiaux ayant bien vite chassé la valse défaite qui ouvre Addiction to Sound. L’attachement du duo au free jazz des origines est patent, mais l’originalité qu’il parvient à glisser au creux de ses références étonne. Comme un retard qu’il faudrait rattraper : le retour-arrière effectué à vitesse effrénée : les trente ans de retard d’Addiction to Sound et The Underground Dead changés alors en décalage de peu, voire de rien. A tel point que Crossing Points, enregistré il a y près d’une dizaine d’années, en deviendrait une référence d’un free jazz qu’on réactualise sans cesse – plus souvent « mal » que « bien », redisons-le.

William Hooker, Thomas Chapin : Crossing Points (NoBusiness)
Enregistrement : 30 mai 1992. Edition : 2011.
LP : A01/ The Wubway (Part 1) A02/ The Subway (Part 2) B01/ Addiction to Sound B02/ The Underground Dead
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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William Hooker : Earth's Orbit (NoBusiness, 2010)

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Difficile, sans doute, de devoir faire la part des choses (obligées et essentielles) lorsqu'on est un musicien de la renommée de William Hooker. Earth's Orbit démontre de quoi il retourne : en deux formations différentes, le batteur convainc plus ou moins.

Heureusement, l'ensemble tient sur la longueur de deux disques. Entendre d'abord l'inspiration toujours féroce animer un trio dans lequel brillent aussi Darius Jones et Adam Lane : la batterie et le saxophone jouent là des coudes, la pratique du free jazz – même réchauffée – prend un coup supplémentaire sous de nouvelles vociférations, de nouvelles plaintes d'un ténor intense porté haut et sans cesse différemment par la batterie. Mais il n'est pas toujours donné de trouver des partenaires de la taille de Jones et Lane – et encore moins de ceux de jadis (l’époque des lofts new yorkais était glorieuse et les attentes de l'amateur d'audaces sonores sans doute moins soumises aux audaces superficielles).

Alors, on fait avec le saxophoniste Aaron Bennet (ténor pourtant intéressant), le guitariste Weasel Walter (entendu sur Grob auprès de Jim O’Rourke) et le contrebassiste Damon Smith : le premier et le troisième étant incapables de faire entendre raison au second, qui gangrène l'espace de ses propositions simples – son habitude aidant, Hooker aurait peut-être dû choisir de verser avec les mêmes dans un rock perturbé, mais voilà... Le problème étant sans doute, une autre fois, que d'anciennes figures du free se laissent approcher par de plus jeunes sans que ceux-là soient capables du moindre projet original, voire de la moindre idée neuve. Toujours, la faute reviendra aux anciens : s'ils se laissent encore avoir pour accepter toutes propositions, voici leur discographie augmentée de double-disques délectables à moitié.

William Hooker : Earth's Orbit (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2010.
LP : A01/ Chronofiles A02/ Tensegrity A03/ Tetrahedron B01/ Stremlined Unit B02/ 4d to Dymaxion C01/ Tensegrity (4d) Part 1 D01/ Tensegrity (4d) Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Hall, Ranaldo, Hooker : Oasis of Whispers (Alien 8, 2006)

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Multi instrumentiste réputé aperçu aux côtés de Gil Evans ou Roswell Rudd, Glen Hall n’en finit plus de courir après la découverte d’une autre réalité, au son d’une pratique musicale exigeante, le plus souvent improvisée. En 2001, il s’adonnait à l’exercice en compagnie de Lee Ranaldo, et du batteur William Hooker.

Choisissant le saxophone soprano pour attaquer le concert, Hall brandit sans attendre le programme des prétentions du trio. Trahissant sur The Mechanism l’écoute répétée des derniers albums de Coltrane, il impose des pièces envoûtantes hésitant sans cesse entre références jazz et rock.

Abandonnant l’une pour mieux céder à l’autre, l’ensemble défend une ambient atmosphérique bruitiste (Oasis of Whispers) ou un jazz affirmé saluant ses influences (Hooker et Hall impeccables sur Blue Seven de Sonny Rollins), leur trouvant, le plus souvent, un parfait compromis - les emblématiques Conference Call, sur lequel Ranaldo applique des collages sonores au capharnaüm insatiable, et View from Bellevue, impression free partie d’une marche chaloupée et sereine.

Forcenés, les musiciens offrent tout ce qu’il leur reste encore, au bout du neuvième titre. Distribuant par paquets de 3 à 6 notes les rauques de son ténor, Hall gravit une dernière fois les reliefs accidentés en constant mouvement, motivé par les accords de guitare frénétiques de Ranaldo et les ponctuations plus que subtiles de Hooker. Au final, rien à redire ; juste à réécouter.

Glenn Hall, Lee Ranaldo, William Hooker : Oasis of Whispers (Alien 8 Recordings / Differ-ant)
Edition : 2006.
CD : 01/ The Mechanisme 02/ Eyemote 03/ Blue Seven 04/ Conference Call 05/ H2 06/ Sonarisme 07/ View from Bellevue 08/ Oasis of Whispers 09/ Blow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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