Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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LDP 2015 : Carnet de route #30

ldp 2015 1er novembre milwaukee

C'est dans une librairie de Milwaukee, Woodland Pattern Book Center, que Jacques Demierre et Urs Leimgruber ont poursuivi leur tournée américaine. D'une manière peu commune, comme les y invitait la série de concert Alternating Currents.

1er novembre, Milwaukee
Alternating Currents Woodland Pattern Book Center Milwaukee

Wir fliegen mit der Southwest Airline von La Guardia New York nach Milwaukee. Das Personal am Check-in ist äusserst freundlich. Man darf sogar ein Gepäckstück frei ohne zusätzliche Gebühr mitführen. Das ist heutzutage eher die Ausnahme. Der Flieger ist ausgebucht, mit Passagieren und viel Gepäck dicht und voll besetzt. We take off.
Die Zeitverschiebung zwischen Eastern Standard und Central Standard und die zusätzliche Rückstellung von Sommer auf Winter Zeit führt zu kurzer Verwirrung. In Milwaukee gut angekommen, holt uns Hal Rammel am Flughafen ab und wir erreichen dennoch rechtzeitig das Hotel indem wir untergebracht sind. Ein Haus mit Tradition, die Architektur eine Mischung von Jugendstilbau und Bauhaus. Here you will get a real nice breakfast tomorrow, meint Hal. Denn ein gutes Frühstück hier in den USA ist nicht selbstverständlich . Um 5:30pm erreichen wir den Woodland Pattern Bookstore, wo das heutige Konzert stattfindet. Wir werden von Ann, Carl und Michael ganz herzlich begrüsst.
Das Woodland Pattern Book Center widmet sich der Forschung, der Entwicklung und der Präsentation zeitgenössischer Literatur und Kunst. Mit dem Ziel ein Forum, ein Ressourcen Zentrum für Autoren / Künstler in der Region zu fördern, um die lebenslange Praxis des Lesens uns Schreibens, mit dem Bestreben dem Publikum innovative Ansätze von Multi-Arts-Programmen zeitgenössische Literatur vorzustellen. Woodland Pattern ist die einzige Kunstorganisation in  Milwaukee, Wisconsin die zeitgenössische Literatur für die breite Öffentlichkeit auf einer kontinuierlichen Basis präsentiert. Neben Lesungen und Aufführungen mit Lautpoesie programmiert Hal Rammel regelmässig, seit vielen Jahren Konzerte für experimentelle, zeitgenössische Musik.
Für das Konzert heute Abend stehen Jacques drei Toy Pianos und ein selbst entwickeltes Saiteninstrument von Hal Rammel zur Verfügung. Im ersten Teil zeigen wir das Video mit Barre, anschliessend spielen wir im Duo. In der Verbindung der Klänge der Toy Pianos und dem Klang des Sopransaxofons entsteht eine sehr reduktive, filigrane und mikrotonale Musik. Im zweiten Teil liest Jacques den Text Laborintus II von Edoardo Sanguineti, eine Übersetzung von Vincent Barras, veröffentlicht bei L’Ours Blanc, einer Serie von Texten ohne Grenzen, zusammen mit mir am Saxofon, im interaktiven Dialog, im Sinne einer Text und Klang Performance. Die Zuhörer sind vom Anfang bis zum Schluss sehr konzentriert und hellhörig.
U.L.

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Hal Rammel est musicien et inventeur d'instruments de musique. On peut admirer une quinzaine de ses inventions dans la collection permanente du National Music Museum à Vermillion, dans le South Dakota. Ce soir-là, au Woodland Pattern Book Center de Milwaukee, j'ai eu la chance et l'honneur de pouvoir jouer l'un de ses instruments, qu'il me décrivait ainsi dans un courriel datant d'octobre passé : « I also have an instrument I made years ago using the insides of a toy piano. I made sets of mallets from cork and soft wood (balsa). It's a toy piano but with the option to play with quieter attack and softer sweeps/glissandos. You are welcome to use it when you are here at Woodland Pattern. It's made from a larger toy piano and the resonator is about 3 inches deep, thus not really louder than the others, but you might enjoy playing it. Let me know what you think and I'll bring it along. » Je lui ai dit oui, yes, apporte-le, et il se passa effectivement ce qu'il avait supposé : I enjoyed playing it, very much. Me retrouvant face à cet instrument comme un enfant découvrant le monde, comme ce petit garçon de 2-3 ans jouant dans un bac à sable, vu il y a longtemps de cela, qui creusait la terre avec sa pelle, la levait puis la retournait, répétant ce mouvement à l'infini, à la fois émerveillé et irrité d'observer le sable retomber à chaque fois sur le sol. Hal Rammel est aussi artiste visuel et grand amateur de mots. Je me souviens l'avoir entendu me dire qu'il aimait lire une heure de poésie le matin, avant de partir travailler, quelle que soit l'heure, quel que soit le jour. Curateur de la série de concerts Alternating Currents au sein de l'extraordinaire librairie Woodland Pattern, il propose un espace d'écoute peu ordinaire, qui englobe sons, musique, poésie et littérature dans un engagement radicalement et joyeusement expérimental. Ma proposition de lire, simultanément au jeu de Urs au saxophone soprano, Laborintus II, un texte du poète italien Edoardo Sanguineti en version intégrale et augmentée, c'est-à-dire comprenant à la fois l'original multilingue et la traduction française de Vincent Barras, alternant en un mouvement de balancier irrégulier, l'a évidemment réjoui. Comme je le fus à mon tour, réjoui, en recevant ces quelques lignes envoyées électroniquement par V.B. faisant écho à ma proposition de lecture : « après tout, la mise en page d'une édition bilingue (d'un texte plurilingue dans ce cas), notamment lorsqu'elle est présentée dans le sens de la longueur, comme dans cette édition de L'Ours Blanc, suggère une lecture faite d'une succession texte original-traduction-texte original. Pour moi, ça évoque aussi la traduction simultanée (avec le petit décalage/delay/délai – ici, décalage d'une page – qu'il y a entre l'un et l'autre, et le temps d'arrêt de l'original pour laisser à l'interprète le temps de finir sa phrase. Et l'interprète résume forcément (dont tu peux sentir en résumant, dans la partie française, la disposition typographique). » Mais ce n'est qu'après le concert, après avoir lu en direct avec Urs soufflant, que j'ai eu conscience une fois encore que la pertinence d'une proposition créative ne repose pas sur la possibilité d'une justification, aussi intelligente et subtile soit-elle, mais réside davantage, à l'instant de la performance, dans l'expérience d'une adéquation spontanée entre monde intérieur et monde extérieur.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

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Didier Petit, Alexandre Pierrepont : Passages (Rogue Art, 2012)

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En 2011, dans les pas de Peter Kowald (entendre et voir Off the Road, sur le même label), Didier Petit a parcouru les Etats-Unis d’une côte à l’autre pour y jouer en différentes compagnies. Dans ses bagages, Alexandre Pierrepont, qui put lui conseiller quelques noms parmi ceux de Marilyn Crispell, Gerald Cleaver, Matt Bauder et Joe Morris, Jim Baker, Nicole Mitchell, Hal Rammel, Hamid Drake et Michael Zerang, François Houle, Michael Dessen, Larry Ochs et Kamau Daáoud. C’est de ce voyage et de ces rencontres qu’est né Passages.

Le livre-disque – dans le livre : des photos et un long texte de Pierrepont (où notre poète, en proie encore à l’influence de la négritude, cherche les mots pour dire les « secrets » que lui révélèrent chacune des rencontres en question) – est un journal de bord dans lequel les duos et trios enregistrés s’intègrent dans la trame redessinée du périple. Entre deux improvisations, des field recordings attrapés en gare, aéroport, ou près de l’océan… et des extraits que Pierrepont lit de son poème peinent à bien se fondre dans le souvenir musical.

Woodstock, New York, Chicago, Los Angeles : voilà pour les étapes qui conduiront Didier Petit d'un partenaire à l'autre. Entrelacs souffrant de politesse avec Crispell, expérimentations tièdes avec Parkins ou Baker, échange confortables avec Cleaver ou Mitchell, préciosités même avec Ochs ou Dessen... D'un dialogue à l'autre, voilà la science instrumentale et l'inspiration que l'on connaît à Petit dissoutes en bagatelles. Heureusement, quelques prises disent que le violoncelliste a bien fait quand même de faire le voyage : jusqu'à Houle, clarinettiste avec lequel il se montre à la fois plus réfléchi et plus sensible ; jusqu'à Bauder et Morris, qui forment avec Petit ce trio glissant avec superbe de répétitions en sonorités instables ; jusqu'à Hal Rammel, qui accorde par deux fois la voix rare des instruments qu'il invente à un archet qui trouve dans l'ombre sa profondeur. A tel point qu'il n'est peut-être pas insensé de poser la question : un nouveau départ pour Chicago et New York – Rammel, Bauder et Morris en tête et tout projet de concept-album oublié – serait-il envisageable ?

Didier Petit, Alexandre Pierrepont : Passages (Rogue Art)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Passage (with M. Crispell) 02/ La Reine Rêve Rouge (with A. Parkins) 03/ Les ciseaux de l'air et de l'eau (with G. Cleaver) 04/ L'alphabet de leur rayures (with M. Bauder & J. Morris) 05/ Sous l'arbre en pleine mer (with J. Baker) 06/ Déesse-Allégresse (with N. Mitchell) 07/ Des griffes, des racines, des pierres (with H. Rammel) 08/ Vendanges (with H. Drake & M. Zerang) 09/ Il faut descendre plus au Sud (with H. Rammel) 10/ Ecluse (with F. Houle) 11/ Le gîte et le couvert (with M. Dessen) 12/ Crâne-Sablier (with L. Ochs) 13/ Je lis sur toutes les lèvres (with K. Daaood & L. Ochs)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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