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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100 (Clean Feed, 2016)

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Ayler résonne en eux : même façon d’entrelacer leurs lyrismes, mêmes élans convulsifs, même abstraction du rythme. Ceux qui y trouveront à redire retourneront vite à leurs petits princes sur papier glacé. Les autres (j’en suis, j’en suis !) ne s’useront jamais de leurs joutes, de leurs solidités et endurances résolues.

A Amsterdam, ce soir-là, Luis Vicente (trompette), John Dikeman (saxophone ténor), Wilbert de Joode (contrebasse) et Onno Govaert (batterie) apportèrent de nouvelles nuances : épurer le texte, créer une masse expressive, faire du torride un terrain d’expérimentation lisible, sortir d’un brötzmannisme stérile, introduire un zeste de brasier sonique, briser la stature du fort-en-gueule, ne plus saturer le cercle. Et, ainsi, camper dans la toute proximité des glorieux et admirés ancêtres.


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Twenty One 4tet : Live at Zaal 100
Clean Feed / Orkhêstra International
Enregistrement : 27 septembre 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Red Moon 02/ Rising Tide 03/ Undertow 04/ Vesuvius
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ab Baars Trio & NY Guests : Invisible Blow / Ab Baars Trio : Slate Blue (Wig, 2014)

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Le 27 novembre 2012, au Bimhuis, le trio d’Ab Baars accueillait une poignée d’invités venus de loin : Vincent Chancey (cor qui fit jadis partie de l’Arkestra de Sun Ra) et Fay Victor (voix).

C’est donc à cinq – ou à six, deux fois, quand il est demandé à Anneke Brassinga de lire sur la musique –, que les musiciens passent d’un thème à l’autre qu’inspirèrent écrivains (Joyce Carol Oates, Emily Dickinson, William Carlos Williams, Charles Bukowski…) ou compositeurs (Monteverdi, Muhammad Ali, Butch Morris) : ici avec délicatesse (Consolatio, Interrotte Sepranze), là avec une belle ardeur (The Loser, Small Prayer, Sometimes), ailleurs avec plus de gaucherie (Experience, The Mummy). Quand les gestes ne se font pas chorégraphiques – Invisible Blow est un disque qui se revendique du noble art –, ils sont incisifs : c’est alors que le trio d’Ab Baars créé de beaux esclandres qui révèlent sa poésie.



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Ab Baars Trio & NY Guests : Invisible Blow
Wig
Enregistrement : 27 novembre 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ Small Prayer 02/ Consolatio 03/ Interrotte Speranze 04/ The Loser 05/ Experience 06/ The Descent 07/ Sometimes 08/ Ontbreken 09/ Whistle 10/ Only the Wind 11/ The Mummy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

ab baars slate blue

Quelques mois plus tard, au Splendor, à Amsterdam, le même trio se retrouvait « seul ». Sur des compositions de Baars, il redisait là la valeur des musiciens qui le composent et l’intimité qui ne cesse de les inspirer. A la clarinette, Baars suit ainsi la règle imposée par Martin Van Duynhoven ; au saxophone ténor, il éprouve Wilbert de Joode le temps d’une marche volontaire. D’une note grippée, le trio peut aussi faire le point de départ d’une nouvelle mélodie : c’est celle, irrésistible, de Rode Wurger.



slate blue

Ab Baars Trio : Slate Blue
Wig
Enregistrement : 6 mars 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Hout 02/ Oestermes 03/ Water 04/ Steen 05/ Kauw 06/ Karmozijn 07/ Fanfare 08/ Rode Wurger 09/ Raaf 10/ Taan
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Aki Takase, Alexander von Schlippenbach : So Long, Eric! (Intakt, 2014)

aki takase alexander von schlippenbach so long eric

L’heure (décembre avancé) est encore à l’hommage, obligé presque par un anniversaire – il y  a cinquante ans, disparut Eric Dolphy. Celui adressé par le couple de pianistes (et arrangeurs pour l’occasion) Aki Takase / Alexander von Schlippenbach a été enregistré plus tôt (19 et 20 juin 2014), en public, à Berlin – où disparut Dolphy.

Les comparses sont plus ou moins anciens – Han Bennink et Karl Berger, jadis recrues du Globe Unity, le saxophoniste alto Henrik Walsdorff ou encore Axel Dörner et Rudi Mahall, moitié de Die Enttäuschung avec laquelle Schlippenbach interprétait encore récemment l’entier répertoire de Thelonious Monk (Monk’s Casino) – qui interviennent sur des relectures que l’audace de Dolphy aurait peut-être pu inspirer davantage.

Ainsi, si de courts solos déstabilisent encore Les, si les dissonances courent d’un bout à l’autre du disque (pianos en désaccord d’Hat and Beard ou embrouillés en introduction d’Out There) et si l’on assomme le motif mélodique à force de décalages rythmiques (Hat and Beard) ou de langueur distante (The Prophet), les forces en présence font avec un manque d’allant jamais contrarié et se satisfont souvent d’évocations entendues. Après être revenu à Dolphy par l’hommage, l’heure (décembre avancé toujours) est désormais à l’envie d'aller l'entendre, lui.

écoute le son du grisliAki Takase, Alexander von Schlippenbach
So Long, Eric! (extraits)

Aki Takase, Alexander von Schlippenbach : So Long, Eric! Homage to Eric Dolphy (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 19 et 20 juin 2014. Edition : 2014.  
CD : 01/ Les 02/ Hat and Beard 03/ The Prophet 04/ 17 West 05/ Serene 06/ Miss Ann 07/ Something Sweet, Something Tender 08/ Out There 09/ Out to Lunch
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Frank Gratkowski, Achim Kaufmann, Wilbert de Joode, Okkyung Lee, Richard Barrett, Tony Buck : Skein (Leo, 2014)

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Le 5 mai 2013, Okkyung Lee, Richard Barrett et Tony Buck, permirent au trio que forment Frank Gratkowski, Achim Kaufmann et Wilbert de Joode – dont le plus bel ouvrage est sans doute Palaë – de devenir sextette.

Si le nombre de musiciens est pair désormais, il n’assure pas pour autant l’équilibre nécessaire à l’improvisation. D’autant que les intentions divergent : les belles sonorités mises au jour par Lee ou Buck pâtissant ici d’une intervention de Barrett (dont on regrette souvent la désuète esthétique), là du romantisme débridé de Kaufmann. Et puis, les six pièces improvisées suivent les envies aussitôt faites nécessités de Gratkowski : noires et contemplatives (quand le souffleur prend plaisir à ramper) ou hâtivement constructivistes (quand il sacrifie toute subtilité à la verticalité). Si l’effectif du groupe a doublé, ce n’était donc que pour produire un enregistrement en demi-teinte. 

écoute le son du grisliGratkowski / Kaufmann / Joode, Okkyung Lee, Richard Barrett, Tony Buck
Skein (extrait)

Frank Gratkowski, Achim Kaufmann, Wilbert de Joode, Okkyung Lee, Richard Barrett, Tony Buck : Skein (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 5 mai 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Tycho 02/ Axoneme 03/ Schacht 04/ Adze 05/ Limation 06/ Thrum
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Ig Henneman Sextet : Live @ the Ironworks Vancouver (Wig, 2012)

ig henneman Live @ the Ironworks Vancouver

A l’intérieur du carton qui retient le disque, Ig Henneman s’excuse presque : ce Live est la seconde référence discographique de son sextette en seulement dix-huit mois de temps. Moins du fait de sa volonté, assure-t-elle, qu’imposé par la qualité du concert donné à Vancouver le 28 juin 2012.

Voilà donc l’affront fait à l’amateur bien obligé de suivre : motifs qui passent de main en main (Ig Hennamen, Lori Freedman, Ab Baars, Axel Dörner, Wilbert de Joode et Marilyn Lerner) quand ils ne sont pas défendus à l’unisson selon la fantaisie d’une partition écrite au cordeau (A’n’B), déconstructions anguleuses (Bold Swagger) ou expériences appliquées au rapprochement des genres (Prelude for the Lady With the Hammer).

Si ces pièces valent l’écoute, ce sont trois autres qui font l’intérêt que l’on trouve, à distance, à ce concert canadien : Light Verse, sur lequel Baars et Dörner se laissent, mais contrariés, emportés par l’archet d’Hinneman ; Tracks, aire de jeux expérimentaux dont l’espace conseille d’abord le cache-cache ; Kindred Spirits, qui permet aux notes de s’étendre à loisir et encourage les musiciens à intervenir en décalcomanes. L’archet de Joode se chargeant de rassembler les notes éparses, le concert consigné brille par sa folle cohérence.

EN ECOUTE >>> Tracks

Ig Henneman Sextet : Live @ the Ironworks Vancouver (Wig)
Enregistrement : 28 juin 2012. Edition : 2012.
01/ Tracks 02/ Prelude for the Lady With the Hammer 03/ Kindred Spirits 04/ Bold Swagger 05/ Light Verse 06/ A 'n B
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Kihnoua : The Sybil’s Whisper (Metalanguage, 2012)

kihnoua the sybil's whisper le son du grisli

The Sybil’s Whisper : l’improvisation date du 20 octobre 2011 et implique, rassemblés sous le nom de Kihnoua, Larry Ochs (saxophones ténor et sopranino), Dohee Lee (voix, percussions), Wilbert de Joode (contrebasse) et Scott Amendola (batterie, electronics).

La nostalgie qu’illustrent ces trois mannequins démembrés de couverture marque les débuts de l’enregistrement : contrebasse et sopranino s’y mêlent avant qu’une voix ne se lève enveloppée d’électronique menue. Le baroque de la situation n’échappe pas même aux improvisateurs, qui abandonnent bientôt toute pondération au profit d’une discorde plus inspirante.

C’est alors le ténor et de grands tambours qui forcent le groupe à jouer des épaules et des coudes : avec Grip Bone débuterait ainsi un disque fait d’écarts instrumentaux et de langages inédits (celui de Lee, premier de tous) contraints de s’accorder. Or, avec Grip Bone, il se termine aussi : les échanges des deux titres qui lui succèdent, certes vindicatifs et même parfois imposants (premières secondes du dernier titre sur lequel brillent l’archet de Joode sur la batterie d’Amendola), traînent en longueur et finissent pas lasser.

Kihnoua : The Sybil’s Whisper (Metalanguage)
Enregistrement : 20 octobre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Flutter 02/ Grip Bone 03/ Erase the Sky 04/ …in progress…
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Jan Klare : (shoe) (Red Toucan, 2012)

jan klare shoe

Les fantômes du passé ne hantent plus le quartet de Jan Klare. Et si s’invitent quelque accent masadien ici et quelque alto aylérien ailleurs, il ne s’agit que de courts – et néanmoins complices – clins d’œil aux inspirateurs de jadis.

L’autonomie a donc gagné du terrain chez Jan Klare, Bart Maris, Wilbert de Joode et Michael Vatcher. Le bouillonnement free est là mais la suavité aussi. La ballade se gorge d’angoisse ; l’alto et la contrebasse visitent un entresol périlleux, soudainement déjoué par une lumineuse mélodie ; la flûte accorde quelque fraîcheur à la banalité d’un thème sautillant. Les scénarios sont donc multiples mais jamais animés d’une diversité calculée. D’où ce disque particulièrement attachant et réjouissant.

Jan Klare : (shoe) (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Sole 02/ Vamp 03/ Outsole 04/ Welt 05/ Insole 06/ Heel 07/ Midsole 08/ Lining 09/ Tongue 10/ Backstay 11/ Quarter 12/ Laces
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Ig Henneman : Cut A Paper (Wig, 2011)

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Sûr que les recrues du sextette d’Ig Henneman font pâlir d’envie plus d’un orchestre épais – qu’ils versent ou non dans la musique intègre. Ainsi y trouve-t-on aux côtés de la violoniste : Ab Baars (saxophone ténor, clarinette, shakuhachi), Axel Dörner (trompette), Lori Freedman (clarinette, clarinette basse), Wilbert de Joode (contrebasse) et Marilyn Lerner (piano).

Sur des compositions d’Henneman, le groupe accorde ses savoir-faire et ses penchants fantasques : à partir d’une citation de Monk, sert une pièce aussi cérébrale que ludique (Moot) ; touché par le souffle de Dörner, caresse d’autres espoirs de réduction (Rivulet, Precarious Gait) ; enivré par ses frasques instrumentales, entame une danse macabre (Cut A Paper) ou transforme des souvenirs de standards en pièce d’un théâtre musical où les tirades en démontrent (Brain and Body).

A la proue du vaisseau – Hollandais volant, il va sans dire –, Henneman peut ressasser une trouvaille mélodique et l’interroger au gré d’arrangements précis (Light Verse), commander à tel élément de sa troupe de s’en extirper, histoire de voir ce qu’il est capable d’inventer hors d’elle (Narration) ou encore peindre à coup d’archet des collisions d’oiseaux de feu (Toe and Heel). N’est-ce pas assez pour aller entendre Cut A Paper * ?

EN ECOUTE >>> Fervid
 
Ig Henneman : Cut a Paper (Wig)
CD : 01/ Moot 02/ Light Verse 03/ Brain and Body 04/ Rivulet 05/ Narration 06/ Toe and Heel 07/ Fervid 08/ Cut a Paper 09/ Precarious Gait 10/ A Far Cry
Enregistrement : 19 et 20 décembre 2010. Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

tm* et, ce samedi 10 décembre, l’Ig Henneman Sextet à Tours, dans le cadre du festival Total Meeting?

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Ab Baars Trio : 20 Years 1991-2011 (Wig, 2011)

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Pour fêter dignement une vingtaine d’années passée en trio en compagnie de Wilbert de Joode (contrebasse) et Martin van Duynhoven (batterie), Ab Baars met en boîte quatre de ses anciens enregistrements accompagné d’un autre, inédit. Brève description de l'ensemble : 

3900 Carol Court : premier album de l’Ab Baars Trio qui emprunte son titre à l’adresse de John Carter à Los Angeles – Baars passa-là deux mois de 1989 à prendre des leçons du clarinettiste. Morceau d’archéologie personnelle : Premier disque enregistré par l’Ab Baars Trio, 3900 Carol Court célèbre l’entente immédiate de musiciens aux parcours différents : formation classique pour Baars, improvisation abordée en autodidacte pour Wilbert de Joode, expérience auprès de musiciens de jazz (Dexter Gordon, Frank Wright, Willem Breuker) pour Martin van Duynhoven. Sur ses propres compositions – si ce n’est « Trav'lin in Plastic Dreams », signée John Lewis –, Baars passe de clarinette (qu’il privilégie sur ballades) en saxophone ténor et conduit des échanges souvent revêches, qu’il s’agisse de rendre la marche dérangée de « Kimmel » ou de peindre les fiévreux climats de « Krang » ou « Asor ». [Way Ahead, Le mot et le reste, 2011]

A Free Step, The Music of John Carter : cinq ans plus tard, la veuve de John Carter (disparu au printemps 1991) remet à Baars les partitions de son mari en lui permettant de les arranger comme il l’entend. A la clarinette et au ténor, Baars, aidé de ses partenaires, démontre alors d’un swing capable de libertés audacieuses pour régler son pas original sur celui du maître (ainsi A Free Step met-il au jour un folklore restauré par une science musicale ouverte).

Party at the Bimhuis : le 17 janvier 2003, pour ses 10 ans, l’Ab Baars Trio donnait au Bimhuis un concert en compagnie d’invités choisis : Ig Henneman, Misha Mengelberg, Guus Jansen et Mariette Rouppe Van der Voort. Selon les combinaisons, le disque va d’échanges tortueux (durant lesquels Baars, Joode et Duynhoven peuvent jouer les simples spectateurs) en accords fantasques – au son du free sixties de Von ou de Portrait of Roswell Rudd, tromboniste avec lequel le trio enregistra Four en 1998.

Songs : enregistré le 4 février 2000, Songs voit les trois hommes interpréter (Indiaan de Guus Janssen, Cherokee de Ray Noble, The Indians de Charles Ives) ou inventer quelques chants d’Amérique qui célèbrent ses premiers habitants : les danses indiennes sont-là de Baars qui, à l'instar de Carter encore, s’appuie sur un folklore imaginaire pour défendre ses singulières conceptions musicales (le solo de Joode sur Wolf Song ne le prouve-t-il pas à lui seul ?).

Gawky Stride : ici, le cinquième disque et l’inédit. Enregistré le 9 février dernier, il fait défiler des compositions de Baars dont le trio ne s’est pas entretenu des arrangements avant l’interprétation. En conséquence, le ténor (lorsqu'il n'est pas troqué pour un apaisant shakuhachi) doit trouver son équilibre sur la batterie plus fluide de Duynhoven (Spray of Rocks) ou parer les assauts amicaux de l’archet de Joode (Wake Up Call). La saveur est nouvelle et démontre que la formation, en plus d'évoluer, invente encore.

Une fois conseillée l’écoute de cet indispensable coffret (ou la réécoute des premières éditions des disques qui le composent), il restera à parcourir l’épais livret à trouver dans la même boîte (ou encore ici, dans sa version pdf) pour que ne vous échappe plus la moindre des nombreuses subtilités de l’iconoclaste Ab Baars Trio.

Ab Baars Trio : 20 Years. 1991-2011 (Wig)
Enregistrement : 1992-2011. Edition : 2011.
5 CD : 3900 Carol Court : 01/ Kimmel 02/ Visser van Lucebert 03/ Trav’lin in Plastic Dreams 04/ Krang 05/ 3900 Carol Court 06/ Glorpjes 07/ Asor 08/ Farfalla di Dinard 09/ The Dutch Windmill – A Free Step, The Music of John Carter : 01/ Juba Stomp 02/ Morning Bell 03/ Enter from the East 04/ Sticks and Sontes 05/ Karen on Monday 06/ Shukin’ Corn 07/ A Free Step 08/ Night Dance 09/ Woodman’s Hall Blues – Party at the Bimhuis : 01/ 3900 Carol Court 02/ GF 03/ Indiaan 04/ Party Talk 1 05/ A Portrait of Roswell Rudd 06/ Party Talk 2 07/ Von 08/ Party Talk 3 09/ Whisper Soft Horsemeat 10/ Reflections 11/ Enter from the East – Songs : 01/ Wai-Kun 02/ Indiaan 03/ Klawulacha 04/ Hevebe Tawi 05/ Cherokee 06/ Wolf Song 07/ Maliseet Love 08/ Song 09/ Jeux 10/ Clayaquot War 11/ Song 12/ Aotzi No-otz 13/ Meshivotzi No-otz 14/ Dsichl Biyin 15/ The Indians – Gawky Stride : 01/ Spray of Rooks 02/ Ochre Verges 03/ White Scream 04/ Indigo Weight 05/ Russet Nouns 06/ Lace-Rocked Foam 07/ Toru's Garden 08/ Gawky Stride 09/ Banned Breakers 10/ Wake Up Call
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview d'Ab Baars

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Hier, Ab Baars interrogeait sa pratique instrumentale en solitaire sur l’indispensable Time to do My Lions. Aujourd’hui, il fête le vingtième anniversaire du trio qu’il compose avec Wilbert de Joode et Martin van Duynhoven et poursuit sa collaboration avec la violoniste Ig Henneman sur Cut a Paper. Assez d’occasions pour faire le point sur l’évolution de ce que Misha Mengelberg appelle l’ « Ab Music »…

Lorsque j’étais enfant, nous avions un petit orgue à pompe à la maison car ma mère jouait de l’harmonium à l’église. Nous avions un livre de partitions qui contenait des chansons folkloriques hollandaises, des chants religieux, des hymnes. C’était un très vieux recueil, très connu dans les vieilles familles hollandaises. Ma mère jouait les partitions qu’elle y trouvait. Ce doit être mon tout premier souvenir de musique… 

De vraies origines de jazzman américain ! Oui, en effet ! L’orgue, l’église…

Quel a été votre premier instrument ? Le piano… Lorsque j’ai eu sept ans, ma mère m’a demandé de choisir un instrument. D’abord, je suis allé à l’école de musique où j’ai appris un peu la théorie et puis, à la fin de l’année, nous pouvions choisir un instrument. Et j’ai choisi le piano. J’ai alors suivi des cours pendant deux ou trois ans avant d’arrêter tout à fait. A 15 ans, je me suis mis au ténor… J’ai été éduqué à la musique classique.

Qu’est-ce qui a motivé votre choix du saxophone ? En fait, mon oncle jouait du saxophone ténor dans une fanfare et à l’occasion de bals. Il vivait dans un tout petit village à la frontière belge et avait un second saxophone, très vieux, qu’il prêtait à des gens qui voulaient apprendre l’instrument. A 12 ou 13 ans, j’ai commencé à écouter des groupes qui se servaient de saxophones Colosseum, Chicago, Blood, Sweat and Tears, et je suis devenu fou de cet instrument. Quand j’ai appris que mon oncle en avait un, alors je me suis jeté dessus… A cette époque, j’écoutais déjà du jazz mais mes premières influences sont d’abord venues de groupes tels que ceux-là. Malgré tout, le premier disque que j’ai acheté à été Sun Ship de Coltrane. Je ne savais alors pas grand-chose de l’improvisation mais je me suis découvert un goût pour la musique sauvage, très libre, et forte. 

Adolescent, vous avez joué dans des groupes de rock ? Oui. A 15 ans, je jouais dans des groupes du coin et j’improvisais déjà. Et puis, bien après, en 1989, j’ai rencontré The Ex… J’écoute encore toutes sortes de musique. 

Puisque nous fêtons les 20 ans de l’Ab Baars Trio, racontez-moi comment vous avez rencontré Wilbert et Martin… Eh bien, je connaissais Martin depuis longtemps. Enfant, je vivais à Eindhoven où il y avait un club de jazz. Le tout premier groupe de jazz que j’y ai entendu, au début des années 1970, était mené par Dexter Gordon. Il était acocmpagné par une section rythmique hollandaise composée de Martin à la batterie et de Marten van Regteren Altena à la contrebasse et Cees Slinger au piano. C’est comme ça que j’ai découvert Martin van Duynhoven. Ensuite, quand j’ai eu 20/21 ans, j’ai été invité à jouer dans le groupe de Theo Loevendie, un compositeur et improvisateur hollandais qui travaillait avec Martin depuis longtemps déjà. Loevendie était intéressé par la musique turque, il en savait beaucoup à propos des rythmiques turques, et Martin était le batteur qui était capable de jouer ces rythmes étranges ; c’est comme ça que j’ai commencé à jouer avec Martin. Quant à Wilbert, je l’ai rencontré grâce à Ig Henneman : elle montait un nouveau groupe et avait sollicité Wilbert pour l’avoir entendu jouer. Lorsque j’ai monté mon trio, comme je trouvais moi aussi qu’il était un excellent contrebassiste, je le lui ai volé !

Quels souvenirs gardez-vous des premiers temps de ce trio ? Je me souviens avoir été très heureux de jouer en petit groupe parce qu’à cette époque, je jouais surtout en grandes formations. Pour la première fois, j’ai pu jouer en petit comité. La première chose que j’ai appréciée, ça a été la clarté des voix : j’ai tout de suite réalisé que ce trio était constitué de trois voix libres, trois voix qui pouvaient être vraiment indépendantes les unes des autres. Quand nous avons commencé à jouer ensemble, j’ai réalisé que nous formions un groupe de voix indépendantes mais capables de défendre une idée musicale commune. Même si nous ne sommes que trois, nous pouvons parfois sonner comme si nous étions davantage. C’est ce que j’aime dans ce trio. C’était intéressant d’écrire pour lui, de composer de nouvelles choses : d’abord, j’ai écrit de longues pièces avec de longs thèmes avant de réaliser que le trio avait  besoin de très peu de matériau car mes partenaires sont d’excellents musiciens, ils n’ont pas besoin de tant de musique, ils peuvent improviser et développer leur propre musique. Cela a changé ma manière de composer et m’a beaucoup enrichi.

Que vous ont apporté de leur côté les collaborations du trio avec les invités qu’on été Roswell Rudd, Ken Vandermark… ? Je pense que ces collaborations ont changé le son du groupe. Quand tu travailles depuis tellement de temps avec un groupe et qu’une nouvelle personne, une nouvelle voix, avec des idées différentes sur la manière d’improviser, arrive, alors le groupe s’en trouve modifié, stimulé même. C’est arrivé avec Roswell Rudd, Steve Lacy, Ken Vandermark… Ils ont tous ajouté quelque chose au trio. Par exemple, Ken a amené ses compositions, qui sont assez longues alors que moi j’écris souvent des petites choses pour qu’ensuite improviser dessus. Envisager la composition à travers des formes plus longues a tout changé : notre façon d’improviser comme notre façon de penser, c’est très stimulant.

Comment percevez-vous l’évolution du trio ? Je pense que nous avons développé un langage tout au long de ces 20 ans. Et je crois que nous arrivons à le parler de mieux en mieux à chaque fois que nous nous retrouvons. Chaque membre du trio joue de plus en plus librement, je pense, de façon plus ouverte. Nous sommes devenus des personnalités plus fortes : trois personnes différentes qui racontent leur propre histoire sous l’égide du trio. Mais, comme nous nous connaissons depuis longtemps et que chacun de nous connaît les pensées musicales des deux autres et enfin que nous nous faisons confiance, on sait que lorsque l’un de nous tente quoi que ce soit, l’autre va réagir de façon positive. Se faire confiance est essentiel, on peut toujours s’appuyer sur les autres, on sait qu’ils nous soutiendront. C’est simple, improviser est presque devenu une affaire de famille.

Ce qui explique que Gawki Stride fait une plus large place à l’improvisation… Oui, Gawki Stride est assez différent des autres disques, en effet : dans le sens où, surtout au tout début, j’écrivais les compositions et me disais « bon, on joue les compositions et puis on improvise en utilisant ce matériau ». Alors, on allait de la section A à la B, après la B Martin prenait un solo, nous allions ensuite à la partie C, et ainsi de suite. Pour Gawki Stride, je n’ai rien dit du tout : j’ai juste passé les partitions et on s’est mis à jouer. Je n’ai pas dit à Wilbert et Martin qui allait faire quoi et où, ça s’est développé très naturellement. Wilbert et Martin ont profité de cette liberté mais ils avaient aussi une responsabilité dans la forme à donner à l’ensemble et dans l’apport de nouvelles idées. C’est pourquoi on ressent peut-être plus de liberté dans cette musique. En tout cas plus que dans celle de nos tout premiers enregistrements.

Vous partez tout de même à chaque fois d’un thème… Oui, bien sûr, même si Gawki Stride compte une improvisation libre.

Cela pourrait être l’avenir de la musique du trio ? Oui, je pense. Ces deux dernières années, nous avons donné beaucoup de concerts, et nous avons joué beaucoup d’improvisations libres. Aujourd’hui, elles représentent la moitié de nos concerts.

En tant que compositeur, quelle est l’idée que vous vous faîtes aujourd’hui de la pratique de l’improvisation ? J’aime aussi bien interpréter qu’improviser librement. Ceci dit, je pense que pour jouer de la musique totalement libre il faut aussi être compositeur : en effet, il faut penser à un début et à une fin, il faut donner une direction à ton improvisation, et réfléchir à la façon de développer cette pièce libre.

Comment imaginez-vous les 30 ans de l’Ab Baars Trio ? Eh bien, on pourrait organiser un truc avec The Ex, ou inviter une nouvelle fois Roswell Rudd à nous rejoindre. J’ai toujours adoré jouer avec lui, c’est un musicien fantastique et un homme exceptionnel.

Quelle est « la chose » qui vous marque le plus chez Roswell Rudd ? Quand il joue, j’ai pris l’habitude de rire très fort. Parce que ce qu’il fait est tellement fantastique… Je suis toujours enthousiaste lorsque je l’entends jouer, j’ai envie de sauter partout… Sa voix est heureuse et forte à la fois… 

Rendez-vous dans dix ans, alors ? Oui… En attendant, on va seulement se contenter de prendre un peu d’âge…

Ab Baars, propos recueillis le 22 octobre 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

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