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Bruits qui changent de l'ordinaire

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Christophe Deniau : Downtown Manhattan 78-82 (Le Texte Vivant, 2015)

christophe deniau downtown mahnattan de la no wave aux dancefloors

Je dois dire que de la No Wave aux Dancefloors ma préférence va à la première, il y a bien longtemps que j’ai déserté les pistes pour avoir fini la dernière fois la tête aux sanitaires comme qui dirait. Bien. L’époque qui nous intéresse (quatre ans) va de (19)78 à (19)82, c’est court et ça m’arrange.

Quoique. Plus de 250 pages pour quatre années new yorkaises (d’accord, l’auteur raconte quand même toute l’histoire de la Grosse Pomme en quelques pages et ne parle pas que de musique mais aussi d’art & de cinéma), mais OK, je m’y colle. On reprend : le Velvet qui passe au Café Bizarre, Suicide et le punk version US, les origines du hip-hop, le disco et la No Wave… On ne refait pas le match (des punks contre les arty par exemple) mais toute l’histoire et si tant est qu’on ne la connaît pas alors ce sera bienvenu.

C’est surtout quand Christophe Deniau (l'auteur du livre) prend Arthur Russell pour exemple qu’il fait preuve de personnalité. Eh oui, le Russell qui passe de la musique contemporaine au disco raconte à lui tout seul tous les rapprochements de cet âge d’or culturel. On peut bien nous servir du free jazz et du post-punk, nous réchauffer The Clash ou Malcolm McLaren, le début des 80's c’est (à mon avis) déjà plus ça. Heureusement qu’overdoses, hépatites et SIDA ont mis un terme à la fête sinon quoi j’en étais reparti pour 250 nouvelles pages ! Ce qui ne m’empêchera pas d’aller picorer de temps en temps dans le Deniau en réécoutant No New York ou Marquee Moon

78 82

Christophe Deniau : Downtown Manhattan 78-82. De la No Wave aux dancefloors
Le Texte Vivant
Edition : 2015.

Livre : Downtown Manhattan, 259 pages
ISBN : 978-2-36723-097-9
Pierre Cécile © le son du grisli

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Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat, 2014)

brian eno jon hassell possible musics fourth world vol 1

La trompette de Jon Hassell (son timbre travaillé au contact de Karlheinz Stockhausen, des minimalistes américains et du raga de Pandit Pran Nath) surprend encore, et ce à la combientième écoute de sa collaboration avec Brian Eno, Possible Musics ? On l’a taxée de « future primitive », cette trompette, et « Fourth World » fut le nom trouvé par Hassell pour décrire la musique qu’elle jouait en long en large et en travers.

Il faut donc remonter le Nil dans son entier pour arriver aux sources de ce disque qu’habitent avec Hassell & Eno une clique de créateurs universalistes  : Nana Vasconcelos et Ayibe Dieng aux percussions, Percy Jones et Michael Brook aux basses électriques et Paul Fitzgerald aux electronics. Aujourd’hui encore, impossible de percer le mystère de ce chef d’œuvre d’ambient tribal auquel Hassell aura d’ailleurs du mal à donner une suite de même qualité et qui continue d’inspirer des musiciens de toutes générations (à commencer par la trompette de Molvaer). Enfin une réédition qui en valait la peine !



Jon Hassell, Brian Eno : Fourth World Vol. 1 / Possible Musics (Glitterbeat)
Edition : 1980. Réédition : 2014.
CD : 01/ Chemistry 02/ Delta Rain Dream 03/ Griot (Over “Contagious Magic”) 04/ Ba-Belzélé 05/ Rising Thermal 14°16’N ; 32°28’E 06/ Charm (Over “Burundi Cloud”)
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

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Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient (Camion Blanc, 2013)

olivier bernard anthologie de l'ambient

Si l’ouvrage est épais, c’est que le champ est vaste, dans lequel s’est aventuré Olivier Bernard. Son Anthologie de l’ambient est d’ailleurs davantage une histoire « du » genre qu’une anthologie et se permet, qui plus est, des digressions qui peuvent lui peser – présentant par exemple le theremin et les ondes Martenot, était-il nécessaire d’établir la longue liste des enregistrements qui, tous styles confondus, employèrent l’un ou l’autre ?

Si le style est cursif et apprécie le raccourci – anciens souvenirs d’Annabac peut-être –, le livre n’en est pas moins sérieux : c’est que, remontant à la musique d’ameublement d’Erik Satie, Bernard tient à tout « bien » expliquer (quand on sait que tout ne s’explique pas toujours). A l’origine, Satie donc : « Il y a tout de même à réaliser une musique d’ameublement, c’est-à-dire une musique qui ferait partie des bruits ambiants, qui en tiendrait compte. » Ensuite, ce sont Russolo, Varèse, Schaeffer, Henry, Radigue, Cage, et les Minimalistes américains qui défilent… De près ou de loin, l’ambient est donc envisagée jusqu’à ce que Brian Eno, « précurseur » du genre, entre en scène.

Evening Star élaboré avec Robert Fripp, Discreet Music qu’arrange Gavin Bryars, et puis Ambient 1. Grand admirateur d’Eno, Bernard cerne cette fois son sujet et ose même une définition de ce concept qui occupera jusqu’à aujourd’hui un nombre de musiciens que l’on ne soupçonnait pas : « L’ambient est une musique ne progressant que peu, basée sur des nappes au synthétiseur, avec des arrangements harmonieux et souvent longs, dont l’instrumentation est effacée, induisant un état de calme et des pistes de « réflexion » pour celui qui l’écoute. »

Réfléchie, la définition en question ne pourra cependant pas être appliquée à chacun des « suiveurs » que Bernard répertorie avec minutie. Car l’influence est si grande qu’on pourrait presque parler d’épidémie : aux courants musicaux avec lesquels elle échange (krautrock, prog, indus…) au point de s’en trouver bientôt ramifiée (dark ambient, ambient indus, space ambient, martial ambient, clinical ambient…), l’auteur ajoute quelques genres absorbés (dream pop, gothique, metal, shoegaze, post-rock, musiques électroniques) – au moindre accord en suspens, l’ombre de l’ambient planerait donc.

Plus loin, Bernard aborde les parents pauvres du sujet qui l’intéresse (New Age, lounge music et chill-out des compilations Buddha Bar), quitte à accentuer cette impression de dispersion et, pire encore, aider à ce qu’on le confonde avec tout et son contraire, musique d’ambiance ou de salon, ce que sont ne sont évidemment pas les premiers disques d’Eno ou ceux de William Basinski, BJ Nilsen ou Chris Watson, qu’il présente pourtant avec à-propos. Plus de clarté et de subjectivité auraient ainsi aidé à parfaire cette histoire qui regorge de références.

Olivier Bernard : Anthologie de l’ambient. D’Erik Satie à Moby : nappes, aéroports et paysages sonores (Camion Blanc)
Edition : 2013.
Livre : Anthologie de l’ambient.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat, 2012)

françois j bonnet les mots et les sons

« La musique découpe en virtualités tout ce qui est concrètement présent… jusqu'à ce que le monde entier ne soit plus rien qu'une profusion qui vibre doucement et, à perte de vue, un océan de virtualités dont on n'a besoin de saisir aucune », écrit Rilke dans Worpswede, un siècle avant David Toop.

Dans Ocean of Sound (Kargo, 2004), celui-ci tentait de donner forme et consistance à ces « virtualités », et un nom aux plus fameux « visiteurs » de cette singulière Solaris. De Debussy à Aphex Twin, en passant par Eno et Lee Perry, les ambassadeurs de l'éther réunis pour l'occasion étaient aussi pourvoyeurs d'ondes émotionnelles. Ce livre important racontait surtout une expérience sensible, l'otographie d'un compositeur, critique à The Wire, rêvant de connexions enfouies. De la part d'explorateurs venus de territoires culturels et spatio-temporels fort éloignés les uns des autres, le « sonore » y était l'objet de toutes les attentions.

« L'archipel sonore » imaginé par François J. Bonnet, compositeur et membre du GRM né en 1981, reprend en partie les choses là où David Toop les avait laissées –  mais en changeant d'échelle (et non, suivant la métaphore, en identifiant  des concrétions territoriales que l'océan aurait laissé tantôt émergées tantôt immergées). Car au fond Ocean of Sound restait tributaire d'une esthétique classiquement musicale de ces « voix de l'éther » sensées révéler la nature du son (au singulier), véritable noos semblable au cerveau-océan décrit dans le roman de Lem. Bien des ouvrages récents (comme De la Musique au son, de Makis Solomos), et toute une culture – voire un culte – contemporains indiquent son avènement. Les mots et les sons – au pluriel – invite à comprendre et analyser les pouvoirs de ce surprenant fétiche, de ce pôle magnétique, en le ramenant à sa juste proportion : celle d'objet de désir – désir de sublime, justement. Où l'on s'aperçoit que le paysage sonore de Murray Schaffer, l'écoute réduite de Pierre Schaeffer, et d'autres conduites d'écoute et de production visant au son pur, sont les avatars d'un nouveau formalisme esthétique, dont les intentions émancipatrices ne sont pas moins prises dans un ordre de désirs et de discours que l'ancien.

Toute l'importance du livre de François J. Bonnet réside dans l'exploration de ces désirs et de ces discours, qui constituent et transmuent le sonore, « soumis au désir comme une branche l'est au courant d'une rivière », « carrière percée par la machinerie de l'écoute », en audible. Des références rares (Konstantin Raudive, Jean-Luc Guionnet) et d'autres plus classiques (de Sun-Tzu à Eno) servent un propos qui le leur rend bien. Face à « l'inavéré » dont l'oreille est l'organe, de contrôle comme de production, la musique apparaît alors comme un cas particulier, une cristallisation dont la vocation n'est plus de « donner forme » au matériau son. Libérée de toute sommation, étendre son empire vers l'inouï redeviendrait ainsi, pour elle, une possibilité.

François J. Bonnet : Les mots et les sons, un archipel sonore (Editions de l'éclat)
Edition : 2012.
Livre : Les mots et les sons, un archipel sonore
Claude-Marin Herbert © Le son du grisli

france cultureSur France Culture, François J. Bonnet a fait l'objet en 2012 d'un atelier de création, par Thomas Baumgartner, ainsi que d'un entretien par Alain Veinstein.

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Brian Eno : Small Craft on a Milk Sea (Warp, 2010)

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Parfois les mots vous manquent. Je n’étais pas contre l’idée d’un nouveau Brian Eno. Je n’étais même pas contre l’idée de l’écouter un jour ou l’autre. Et voilà : après avoir décacheté ma copie presse (un autocollant me disait que cette copie contenait un signal inaudible qui permettrait que l’on me retrouve si j’avais dans l’idée d'en faire profiter des amis de megaupload façon), j’écoutais Small Craft on a Milk Sea.

Après avoir eu peur, j’ai été transporté ; transporté par une musique d’une douceur qui me fit imaginer que je prenais place en classe affaire d’un Singapore Airlines ou que je faisais (la magie du cinéma, que voulez-vous) une apparition inattendue dans Bilitis… Et d'ailleurs j’en profitais bien jusqu’au moment où je me suis fait agresser par une guitare électrique : c’est là que j’ai compris qu’Eno n’avait pas fait ce disque seul. Avec lui, il y avait Jon Hopkins et Leo Abrahams pour confectionner cette musique naïve : une electronica datée ou un electrorock en surpoids entre deux sursauts d’orgueil mollasson.

Les trois hommes n’ont même pas accouché d’une souris mais d'un sous-disque d’un sous-Nils Petter Molvaer, c’est dire… Evidemment, Small Craft... n’anéantira pas la « carrière » de Brian Eno et encore moins son « importance ». Il relativisera seulement sa sagacité d’esprit et transposera dans le champ musical l'option bien à la mode du placement sous tutelle.

Brian Eno : Small Craft on a Milk Sea (Warp)
Edition : 2010.
CD : 01/ Emerald and Lime 02/ Complex Heaven 03/ Small Craft on a Milk Sea 04/ Flint March 05/ Horse 06/ 2 Forms of Anger 07/ Bone Jump 08/ Dust Shuffle 09/ Paleosonic 10/ Slow Ice, Old Moon 11/ Lesser Heaven 12/ Calcium Needles 13/ Emerald and Stone 14/ Written, Forgotten 15/ Late Anthropocene
Pierre Cécile © Le son du grisli

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David Toop: Haunted Weather: Music, Silence, and Memory (Serpent's Tail - 2005)

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Si l’auteur David Toop – aux papiers publiés dans The Wire, The Face ou The New York Times – signe depuis quelques années des livres érudits et clairvoyants consacrés aux plus exigeantes musiques du jour, c’est sans doute qu’il a su faire concorder sa curiosité et sa notable expérience de musicien aperçu aux côtés de Brian Eno, Evan Parker, Derek Bailey ou Jon Hassell.

Après Ocean of Sound (dont une traduction en français est disponible auprès des éditions Kargo), l’instant est donc à la lecture d’Haunted Weather, ouvrage interrogeant une musique entrée dans l’ère du digital sans avoir voulu – ni pu - renoncer tout à fait aux charmes naturels de sonorités ou nuisances environnementales, des mouvements telluriques et des fantasmes de silence. Parti à la recherche des effets des plus récentes technologies sur notre façon d’envisager la musique, Toop se refuse à affirmer et divague, à la place, au rythme effréné d’exemples choisis. Evoquant, entre autres, Ryoji Ikeda, John Stevens, Janet Cardiff, John Zorn, Luke Vibert, Steve Beresford, Markus Popp, Fennesz, Radu Malfatti ou encore Günter Müller. A chaque fois, il résume les enjeux des musiciens qu’il nomme, dépose une citation ou se résout à utiliser l’anecdote décisive, même personnelle – de spectateur, ou de musicien en représentation.

Pas de fil conducteur unique, mais quelques bouts de ficelle noués avec acuité. Qui abordent la problématique du temps et de l’espace, qu’on n’a pas fini de faire mine de remettre en cause, à grands coups d’artifices aptes à jouer du musicien autant que celui-ci commence à savoir en user. En guise de conclusion, une sorte de grand retour, vers un monde trop naturel pour ne pas être étrange (celui de chants de Noël interprétés par une chorale canine, comme celui de l’intuition retrouvée, tant que celle-ci émane de musiciens véritablement inspirés). Après qu’elles ont failli avec superbe à anéantir temps et espace, influences et même son, Toop applaudit chacune de ces initiatives utopistes, remplacées bientôt par les compromis indispensables, samples d’un monde en mutation perpétuelle. Puisque porté par une phrase de Morton Feldman faite hymne de circonstance: « Maintenant que les choses sont si simples, il reste tant à faire. »

David Toop, Haunted Weather: Music, Silence, and Memory, Londres, Serpent's Tail, 2005.

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