Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Hans-Joachim Irmler, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad, 2015)

irmler einheit bestandteil

Pas la première fois (ô non) que l’ingénieur du son Hans-Joachim Irmler (ex Faust et l’homme derrière le label Klangbad et le Faust Studio) enregistre (avec) FM Einheit (ex Einstürzende Neubauten et ami cher de Caspar Brötzmann). Alors quid de Bestandteil (« composant », dans la langue de Baader) ?

Eh bien une abstract-ambient assez sombre. Ou (car c’est au choix) des structures rythmiques (parfois inversées) dus à l’invention du batteur Mufti… L’aubaine, c’est pour Irmler : le remplissage de ces structures post-indus / cyberpunk / krautrobotik… avec des loops d’orgue, des projectiles soniques, des sons concrets, des inserts parasités, etc. Ou (encore à la carte) des collages réalisés à partir des archives du batteur, comme The Taking au groove assez impressionnant. Parfois, le duo orgue / percussions oldschoolise (les sons ne sont pas tous de premières fraîcheurs il faut bien avouer) mais plus on avance et plus il rajeunit (Thaler). Ce qui est plutôt encourageant pour la suite de la longue collaboration Irmler / Einheit, nein ?



Hans-Joachim, FM Einheit : Bestandteil (Klangbad)
Edition : 2015.
CD : 01/ Reset 02/ Brooks 03/ Streetlife 04/ M 05/ The Taking 06/ Bestandteil 07/ Treat 08/ Thaler 09/ Brooks (Reprise)
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Michael Esposito Expéditives

Michael Esposito Expéditives

1

Phantom Airwaves : Unsure (PAW, 2006)
Le dos d’Unsure prévient : « These recordings on the CD contain voices of unknown origin. These voices may be of deceased persons and may be offensive to some listeners ». S’il souligne l’intérêt pour l’EVP (Electronic Voice Phenomenon / Phénomène de voix électronique) qui anime les travaux de Michael Esposito (Phantom Airwaves), la référence – nappes synthétiques en boucle et déclenchement d’appareils d’enregistrement – n’est pas la plus enthousiasmante de la discographie de l’artiste en question.

2

Phantom Airwaves : Perryville Battlefield (PAW, 2007)
Sur le champ de bataille de Perryville, Esposito enregistra le 10 mai 2007 : la guerre civile américaine évoquée au son d’une ambient en suspension qui accueille la voix de Thomas Edison consignée sur cylindre phonographique, une nuée de criquets ou des grisailles sonores d’origine inconnue. C’est ainsi que Perryville Battlefield se fait remarquer et impose avec autorité l’art qu’a Esposito de la transfiguration.

3

Michael Esposito, Leif Elggren, Emanuel Swedenborg : The Summerhouse (Firework Edition, 2007)
En sa compagnie (et celle de Leif Elggren), Esposito passa le 17 juillet 2007 dans la maison d’été d’Emanuel Swedenborg, à Stockholm. Le temps de mettre en boîte un peu de vent infiltré, le bruit de vibrations supposées, enfin des voix qui se bousculent : plaintes d’hommes et suppliques de femmes bouclées bientôt, mais aussi bruits de moteurs et craquements divers. Etonnant.

4

Michael Esposito, Leif Elggren : Fire Station 6 (Firework Edition, 2007)
Quelques semaines plus tard, avec Leif Elggren encore, Esposito enregistrait dans une caserne de pompiers de l’Indiana. C’est là une réflexion sur l’accident, la catastrophe et la mort, sur l’instant qui soudain vous dérobe au monde. Au son : des boucles de bruits minuscules, des questions adressées par les agents du feu à quelque victime, des échos de voix attrapés au passage. Des morceaux d’atmosphères graves où Esposito et Elggren envisagent le document en artistes qu’ils sont.

5

Michael Esposito, FM Einheit : The Sallie House (Firework Edition, 2008)
Avec FM Einheit (Einstürzende Neubauten), Esposito fit deux courts séjours, en 2005 et 2006, dans une maison hantée du Kansas : The Sallie House. Sur un drone, il semblerait que des présences se fassent déjà entendre : une rengaine de quelques notes va et vient, des dialogues de drame, une femme répétant « why ? », des sursauts de saut comme autant de flashs cinématographiques et le noir et blanc de saturations et de parasites. Ambiance.

6

Michael Esposito, Brent Gutzeit : Enemy  (Firework Edition, 2008)
C’est avec Brent Gutzeit (TV Pow) qu’Esposito installa ses micros dans un club de Chicago consacré à la scène noise : Enemy – la charge énergétique de l’endroit n’aide-t-elle pas les défunts à établir le contact avec les vivants ? De l’expérience, naquit une demi-heure à peine de field recordings crachant des éclats de métal et de cordes à saturation ou, d’un concret plus rassurant, des bruits de pas ou la rumeur de la rue.

7

Fantom Auditory Operations : The Child Witch of Pilot’s Knob (Tapeworm, 2012)
Sous le nom de Fantom Auditory Operations, Esposito expose sur cassette Tapeworm le résultat de ses prospections en cimetière (Pilot’s Knob, Kentuky) où fut enterrée une jeune fille en son temps soupçonnée, comme sa mère, d’actes de sorcellerie – en conséquence : toutes deux, brûlées vives – et où roderait « The Watcher », spectre qui chercherait à récupérer son enfant. De son pèlerinage, Esposito retient l’impression et, à coups de crépitements (le feu), de cloches aux mouvements transformés (le glas), de hennissements et de voix d’un autre âge, reconstitue les actes du drame. Après quoi, il applique sur sa composition ses captations « vocales » – auxquelles le support cassette (la bande) ajoute encore un peu d’étrange.

muennich esposito jupitter-larsen

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Susan Stenger : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media, 2009)

soundtrackforagrisliLivre-disque et souvenir d’une exposition organisée au Musée d'Art Contemporain de Lyon en 2006, Soundtrack for an Exhibition s’attache à recréer un projet qui alliait peinture, cinéma et musique, en assemblant photographies de toiles (John Armleder, Steven Parrino), extraits des rushs du film The King is Alive (Kristian Levring), et pièce sonore (revue pour tenir ici sur l’espace d’un DVD mais courant à l’origine le long de 96 jours, durée de l’exposition) écrite par Susan Stenger (Band of Susans, Brood).

S’il ne donne qu’un aperçu de l’univers musical déployé pour l’occasion, le disque donne à entendre une longue progression découpée dans l’optique de rendre hommage à des styles musicaux différents, et qui fait, sur son ensemble, référence aux travaux de drones de Phill Niblock. En guise d'intervenants : Kim Gordon, Alan Vega, Ulrich Krieger, Bruce Gilbert, Jim White, Mika Vainio, FM Enheit ou Spider Stacy, finissent de diversifier le propos, qui va de ritournelles répétitives en mélodies de pop précieuse, de nappes monochromes en constructions rythmiques lasses. Partout, le transport est lent, engage l’auditeur sur terrains différents – certains accueillants, d’autres moins.

Pas toujours heureux, donc, le voyage touche pourtant à sa fin en donnant l’impression d’avoir traversé une œuvre conceptuelle d’un minimalisme magistral et souvent obnubilant. Pour revenir aux origines du projet, se plonger enfin dans l’entretien de Mathieu Copeland avec Susan Stenger et Tony Conrad, le second ne cachant pas ses inquiétudes face à l’ampleur d’un exercice encore en projet. Désormais évanoui mais consigné en objet rare.

Susan Stenger, Mathieu Copeland (édition) : Soundtrack for an Exhibition (Forma Arts and Media / Les presses du réel)
Exposition : 2006. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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