Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques OgerLe son du grisli sur Twitter
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP, 1992)

peter kowald werner ludi butch morris sainkho namtchylak when the sun is out you don't see stard

Cette chronique est l'une des cinq qui illustrent le portrait de Peter Kowald dans le hors-série papier à paraître mardi (26 novembre) : sept basses.

C’est une nature qui s’éveille lorsque débute When The Sun Is Out You Don’t See Stars, disque d’improvisateurs en quête d’essence : Peter Kowald (contrebasse), Werner Lüdi (saxophones alto et baryton), Butch Morris (cornet) et Sainkho Namtchylak (voix). Reptations sonores révélées par l’archet rapide, barrissements et vagissements des instruments à vent, chants d’une espèce volatile : un nouveau jour se lève, prétexte pour le quartette à raconter l’histoire du monde. Ses heures, toutes, rassemblées en soixante-dix minutes, et leurs mouvements, nombreux et souvent interdits de destination : vingt pièces au total, enregistrées en trois fois (26 et 27 juillet 1990, 8 juillet 1991), qui disent les impératifs d’une existence avec une poésie capable de tous les sublimer ; vingt saynètes, qui peignent des rencontres avec l’autre (conversations interlopes d’Overcome Babylon, confrontation de Killer Planets) ou l’élément naturel (est-ce la voix de Sainkho qui fait parler le vent sur Wind Talking ou bien l’apparition fugace du souffle de Morris ?), des pertes de repères (géographiques sur Happysad, physiologiques sur Long Trust And These Jokes) et des glissements de terrain (Dawn In Tuva, A Thousand Years Etcetera, Pretty Ugly).

Au-delà, ce sont même des mystères que l’on approche, dont le moindre n’est pas celui de l’origine d’une musique à la croisée des chemins, née de l’accord impeccable d’improvisateurs réunis par le goût de l’éclectisme et des expériences qu’ils ont en commun, et par la fascination qu’exerce sur chacun d’eux le même horizon : « faire se rencontrer les mondes » : OverWelcome Babylon !

Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP)
Enregistrement : 26 & 27 novembre 1990, 8 juillet 1991. Edition : 1992.
CD : 01/ Dance of The Invisibles 02/ Paris Bar 03/ A Thousand Years Etcetera 04/ Bursting Bubbles 05/ Sacred Places 06/ Overcome Babylon 07/ Wind Talking 08/ Happysad 09/ Bold As Gold 10/ Killer Planets 11/ Down in Tuva 12/ Yes Yes The Anarchy 13/ A Little World Music 14/ Long Trust And These Jokes 15/ Dark Side of White 16/ The Art of Falling Apart 17/ Burning Spirits 18/ Pretty Ugly 19/ House of Trouble 20/ No Longer Down Under
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Guy Girard: Sainkho Namtchylak (La Huit - 2008)

sainkhonamtchisli

Dans le film que consacre le réalisateur Guy Girard à Sainkho Namtchylak – à  l’occasion du concert qu’elle donna en 2004 au festival Banlieues Bleues –, la chanteuse explique souvent ne rien ressentir lorsqu’elle chante. L’explication, refusant le poncif, emboîte ainsi le pas à une pratique vocale hors-norme, que Namtchylak interroge seule, s’échauffant, ou accompagnée : ici, par William Parker et Hamid Drake.

Entre un aller et un retour fantasmés de concert (plan fixe la retenant en taxi), Sainkho Namtchylak ferme les yeux sur scène, semble se laisser happer par le vide, pour donner quelques preuves de vérité que ses partenaires se chargeront d’encadrer. Pendus aux lèvres de la chanteuse, Parker et Drake osent quelques accents, imaginent la suite à venir et parfois la précèdent, se montrent, comme à leur habitude, sensés et délicats. De répétitions enivrantes en discussions découses, l’avant-garde improvisée et nouvelle, jusqu’au développement d’une musique sans frontières et encore convaincante : William Parker à la flûte, Hamid Drake au tabla, Sainkho Namtchylak seule avec eux.

Guy Girard - Sainkho Namtchylak - 2008 - La Huit, collection Freedom Now.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sainkho Namchylak, Jarrod Cagwin : In Trance (Leo Records - 2007)

namcaggrisli

Auprès du percussionniste Jarrod Cagwin – entendu récemment auprès de Rabih Abou Khalil –, la chanteuse Sainkho Namtchylak se laisse inspirer, en Autriche, par les peintures des grottes de Dunhuang, en Chine. Prétexte à l’expérience : le festival In Trance, qui se tenait en octobre 2006.

D’abord, Namtchylak rejoue l’éveil au monde avant d’évoluer sous les coups mesurés des percussions : souffles et variation des timbres, diphonie traditionnelle. Et puis, ce sont des plaintes et des interventions sèches, présence d’esprits en lutte fantasmée, ou une mélodie courte que l’on redit en boucles plus ou moins identiques.

Cagwin, sobre et inspiré, accueille la voix de Namtchylak avec une amabilité qui sert la surexposition vocale, encadre discrètement l’inspiration en mouvement : complète, au final, un exposé éloquent parce qu’habité et servi à propos.

CD: 01/ Darkness, tender wind, silence 02/ Dance of an old spirit 03/ Speaking to the emptiness of the Universe 04/ Human mother's song 05/

Sainkho Namtchylak, Jarrod Cagwin - In Trance - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Sainkho Namtchylak: Nomad (Leo Records - 2007)

namgrisli

Pour le cinquantième anniversaire de la chanteuse Sainkho Namtchylak, Leo Records imbrique une sélection éclectique de ses enregistrements et quelques inédits.

D’un exposé, incontournable et efficace, de chant de gorge - diphonie en proie à d’inquiétants tourments (Red-orange) ou raisonnée par le jeu de contrebasse de Peter Kowald
(Introduction) -, Nomad nous mène à quelques exercices de styles, qui imposent Namtchylak comme chanteuse de variété amène, chinoiserie teintée de jazz (Spring) ou chant du monde excessif et amusé (Epilogue).

Ailleurs plus expérimentale, Namtchylak mène quelques luttes internes et sonores (Deep Blue), invite batterie et contrebasse à servir une improvisation définitive (Encore), ou développe un yodel mis au service d’un free rock inédit et sauvage (Initiation Trio Part 1).

Ainsi, Nomad suit sur vingt ans la trace de Sainkho Namtchylak, exploratrice qui sait que l’aventure n’est pas tant histoire de frontières que d’explorations intérieures, et qui confiait récemment : « I am just a nomad, travelling through my karma-land. »

CD: 01/ Transformation of Matter 02/ Spring 03/ Red-orange (solo) 04/ Red-orange (solo) 05/ Introduction 06/ A Yurt by the Lake 07/ Deep Blue 08/ Temple of Majtreja 09/ Encore: Live at Porgy & Bess 10/ Leaving home 11/ Two Tone Tuva 12/ Letter 6 13/ Initiation Trio Part 1 14/ Epilogue

Sainkho Namtchylak - Nomad - 2007 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>