Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Ted Daniel's Energy Module : Inerconnection (NoBusiness, 2014)

ted daniel energy module inerconnection

A ceux qui ne veulent entendre ici qu’exubérance et colère, on soutiendra que l’Energie Module de Ted Daniel était tout le contraire. Cette machine à frissons n’avait alors (1975) que faire des pisse-vinaigre : elle regorgeait d’un suc clair, certes incendiaire, mais ce qu’elle désirait avant toute chose c’est que présent et futur abondent en un élan collectif.

Ce collectif invitait Sunny Murray (Jiblet), Dewey Redman (Inerconnection), Albert Ayler (Ghosts) ou Ornette Coleman (Congeniality) – en quelque sorte, n’oubliait pas de remercier les avant-coureurs – à la fête. Ces esprits libres avaient laissé la prudence au vestiaire. Ils savaient la transe jamais calmée. Ils savaient l’appel. Ils savaient l’hymne.

Ainsi le sous-estimé Ted Daniel pouvait en fin de concert faire ondoyer doucement trompette puis bugle dans les plis garrisoniens de la contrebasse de Richard Pierce. Daniel Carter et son ténor fourrageait quelque mer à jamais brûlée. Oliver Lake n’avait pas que son alto pour étrangler son souffle : son soprano s’ouvrait aussi en rouge vif. Quant à Tatsuya Nakamura, il avait mis l’Afrique en son cœur et ne se gênait pas pour le faire savoir. Que ceux qui ne voulurent pas l’entendre le sachent bien : l’esprit ne s’ouvre qu’aux âmes sensibles. Tant pis pour eux.

Ted Daniel’s Energy Module : Inerconnection (NoBusiness Records)
Enregistrement : 8 novembre 1975. Edition : 2014.
2 CD / 2 LP : 01/ Jiblet 02/ Inerconnection 03/ The Probe 04/ Ghosts 05/ Entering-Congeniality-Pagan Spain
Luc Bouquet © Le son du grisli

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William Parker : Centering (NoBusiness, 2012)

william parker centering

Lorsqu’il s’agit de célébrer le corpus enregistré de William Parker, le label NoBusiness met les formes. Hier, c’était l’édition de Commitment ; aujourd’hui, celle de Centering, coffret de six disques qui revient sur une décennie obscure (1976-1987) et reprend le nom du label que créa le contrebassiste, dont le catalogue se contenta longtemps d’une seule et unique référence : Through Acceptance of the Mistery Peace.

Dans un livre qui accompagne la rétrospective, Ed Hazell en dit long sur ces années d’associations diverses et de projets discographiques non aboutis. En guise d’illustrations, les enregistrements du coffret en démontrent autrement : antiennes sulfureuses nées d’un duo avec Daniel Carter (1980) ou d’un autre avec Charles Gayle (1987) ; premiers désirs d’ensemble transformés en compagnie d’Arthur Williams et de John Hagen (William Parker Ensemble, 1977), de Jemeel Moondoc, Daniel Carter et Roy Campbell (Big Moon Ensemble, 1979) qui aboutiront à la formation de l’immense Centering Big Band ; projets mêlant musique et chorégraphie – Patricia Nicholson, compagne de Parker, ayant aidé au rapprochement des deux arts – impliquant d’autres groupes formations : Centering Dance Music Ensemble dans lequel on remarque David S. Ware ou Denis Charles

Si les gestes manquent et si le son peut parfois être lointain, il ne reste pas moins de ces expériences de grandes pièces de free collégial : One Day Understanding sur lequel Ware invente sur motif d’Albert Ayler ; Lomahongva (Beautiful Clouds Arising) profitant de l'exhubérance de Moondoc (dont NoBusiness édita aussi l’épais Muntu), Hiroshima du lyrisme de Campbell… Ce sont aussi Lisa Sokolov et Ellen Christi qui prêtent leur voix à un théâtre musical qui peut verser dans le capharnaüm en perdition (difficile, de toujours garder la mesure ou de respecter les proportions dans pareil exercice) lorsqu’il ne bouleverse pas par la beauté de ses mystères – on pourrait voir dans Extending the Clues l’ancêtre claironnant des Gens de couleur libre de Matana Roberts. La liste des intervenants conseillait déjà l’écoute de Centering : ce qu’il contient l’oblige.

EN ECOUTE >>> Time & Period >>> Facing the Sun

William Parker : Centering. Unreleased Early Recordings 1976-1987 (NoBusiness)
Enregistrement : . 1976-1987. Edition : 2012.
CD1 : 01/ Thulin 02/ Time and Period 03/ Commitment – CD2 : 01/ Facing the Sun, One is Never the Same 02/ One Day Understanding (Variation on a Theme by Albert Ayler) 03/ Bass Interlude 04/ tapestry – CD3 : 01/ Rainbow Light 02/ Crosses (LongScarf Over Canal Street) 03/ Entrusted Spirit (Dedicated to Bilal Abdur Rahman) 04/ Angel Dance 05/ Sincerity 06/ In the Ticket – CD4 : 01/ Dedication to Kenneth Patchen 02/ Hiroshima, Part One 03/ Hiroshima, Part Two – CD5 : 01/ Ankti (Extending the Clues) 02/ Munyaovi (Cliff of the Porcupine) 03/ Palatala (Red Light of Sunrise) 04/ Lomahongva (Beautiful Clouds Arising) 05/ Tototo (Warrior Spirit Who Sings) – CD6 : 01/ Illuminese/Voice 02/ Falling Shadows 03/ Dawn/Face Still, Hands Folded
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Other DImensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart, 2011)

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Le calypso (ou kaiso) comme le jazz est une musique issue de la créolisation, au sens où l’entend Edouard Glissant. Aussi, ces musiques résultent de l’entremêlement des fondamentaux (notamment rythmiques) africains et d’éléments musicaux ou d’instruments européens. Toutes deux, finalement, sont filles de l’Afrique et de l’Europe, nées en Amérique ; filles de l’exil donc.

Si le jazz a vu le jour aux États-Unis, le calypso vient des Antilles, et plus exactement des îles Trinidad et Tobago. Moyen d’expression du peuple, musique du commentaire social, chant de la joie que procure la communauté comme du désespoir qui découle du déracinement, le calypso a bien des points communs avec le jazz, autre musique née de la douleur transcendée. Les routes du jazz et du calypso se sont déjà croisées par le passé, chez Duke Ellington, Dizzy Gillespie et bien sûr Sonny Rollins. Car le jazz a toujours su remonter le fil noueux de ses racines pour se réinventer et souhaité se confronter aux autres musiques du monde pour affirmer son identité.

Ici, sur ce disque Kaiso Stories, le groupe de free jazz Other Dimensions In Music rencontre la chanteuse originaire de Trinidad et Tobago Fay Victor. Alors naît une musique superlative, énorme, hors normes. Car, pour continuer d’invoquer Glissant, dans cette musique du « tout-monde » ou du « chaos-monde », l’addition des éléments qui la composent donne un résultat supérieur à leur somme. Le mélange n’est pas dilution ni perte mais enrichissement et renaissance ; la tradition n’est pas objet de poursuite mais sujet de départ à une exploration sonore inouïe.

Le free jazz pétri par les mains aventureuses et inspirées des soufflants Roy Campbell et Daniel Carter, de William Parker (contrebasse, guembri) et de Charles Downs (percussions) se saisit du calypso comme d’un esprit inspirant et vivace, et trouve en Fay Victor une belle voix de la déraison. Fay Victor, justement, qui s’empare de ce projet instigué par le label Silkheart, pour libérer tantôt furieusement, tantôt tendrement, la voix caribéenne qui sommeillant nécessairement en elle. Leur rencontre (ou leur « connexion », telle que la caractérise plutôt Fay Victor dans les touchantes et éclairantes notes de pochette) engendre une musique de fleuve en crue, de volcan réveillé, trop longtemps retenue, ravivée enfin. Une musique d’héritage et une musique d’urgence.

Other Dimensions in Music : Kaiso Stories (Silkheart / Orkhêstra International)
Enregistrement : 8 septembre 2010. Edition : 2011.
CD :  01/ Maryanne Revisited 02/ Three Friends Advised 03/ Kitch Goes Home 04/ Saltfish Refried 05/ John Gilman Wants Tobacco 06/ An Open Letter 07/ De Night A De Wake 08/ We Is We Trini
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Daniel Carter, Alberto Fiori, Tom Abbs, Federico Ughi : The Perfect Blue (Not Two, 2010)

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Bien sûr, il arrive souvent qu’on attende plus d’un disque que ce que son écoute lui permettra de délivrer. Dans le cas de The Perfect Blue, la faute revient à quelques détails d’importance et le salut à la présence d’un élément perturbateur, en l’occurrence le contrebassiste Tom Abbs.

Puisque si The Perfect Blue reste un disque encore possible à écouter, c’est grâce aux interventions d’Abbs – en se souvenant encore du brillant The Animated Adventures of Knox, on regrette que celui-ci ait l’emploi rare, et notamment celui de meneur. Et ce, parce qu’il déçoit rarement et invente même beaucoup : qu’il lance le free gaillard d’Underdog ou rattrape en l’enveloppant de son archet la ballade évasive du nom de Brooklyn Basement. Ailleurs, il vocifère comme rarement contrebassiste sur Zero Summer ou titille assez Daniel Carter (trompette, saxophones ténor et alto) pour le réveiller et puis l’inspirer sur To Pass.

Pour ce qui est de Carter, justement, il passe – presque comme à son habitude – d’idées lumineuses en fabrications de solos d’un minimalisme simpliste. Plus dommageable à l’ensemble, le pianiste Alberto Fiori démontre d’un clinquant appliqué à un art sans nuances (celui-ci culmine dès l’ouverture : If You Come This Way) au point qu’il serait possible de dire qu’il « sonne français » si ses origines n’attestaient pas davantage qu’il « sonne, sans hésiter une seule seconde, italien » – dans un cas comme dans l’autre, on parle ici de musique confectionnée exprès par des « jazzmen » subsistant simplement pour remplir de leurs notes superflues les plages d'attente de radios de service public, musiciens grouillant aussi bien d’un côté comme de l’autre des Alpes. Enfin, Federico Ughi agit en batteur discret et adéquat à un propos qui hésite entre soft bop mollasse et free rondement mené. Ainsi donc, le quartette peut remercier Tom Abbs en regrettant tout de même ne pas avoir joué exclusivement sur son conseil.

Daniel Carter, Alberto Fiori, Tom Abbs, Federico Ughi : The Perfect Blue (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 2 décembre 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ If You Come This Way 02/ Underdog 03/ Brooklyn Basement 04/ Zero Summer 05/ Still Late in the Night 06/ To Pass On 07/ We Was There 08/ Fight In Sight 09/ Identity
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Castanets: First Light's Freeze (Asthmatic Kitty - 2005)

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Epaulé par une kyrielle d’intervenants – parmi lesquels se glissent le saxophoniste Daniel Carter ou l’ultra célébré Sufjan Stevens -, le Castanets de Raymond Raposa traîne, sur First Light’s Freeze, sa pop folk dans la boue sombre, avant de la faire sécher au soleil.

Ancré dans un downtempo ténébreux, l’album file à la vitesse où une new beat generation traîne ses savates. Au son de folksongs minimales (Good Friend, Yr Hunger, Bells Aloud), de pop progressive défaillante (No Voice Was Raised) ou de morceaux d’ambient acoustique mis bout à bout (Reflecting in the Angles, First Light’s Freeze).

Ici, la voix nasillarde de Raposa évoque celle de Dylan ou d’O’Rourke ; là, sa musique revêt des intentions proches de celles d’Eels, de Bonnie Prince Billie ou de Sparklehorse. A même le sol, Castanets s’inscrit en droite ligne de ces influences, et entraîne l’auditeur à sa suite, parti qu’il est à la rencontre d’un but qu’il semble ne jamais s’être fixé.

La balade est paisible, humble et plaisante. N’a l’air de rien et invite pourtant à la récidive. Qui approfondit à chaque fois l’analyse des chardons et digitales plantés sur First Light’s Freeze.

CD: 01/ (The Waves Are Rolling Beneath Your Skin) 02/ Into the Night 03/ A Song is Not The Song of The World 04/ Good Friend, Yr Hunger 05/ (We Drew Uncertain Breath) 06/ Bells Aloud 07/ First Light's Freeze 08/ Evidence (A Mask of Horizon, Distortion of Form) 09/ No Voice Was Raised 10/ (Migration Concentric) 11/ All That I Know To Have Changed in You 12/ Dancing With Someone (Privilege Of Everything) 13/ Reflecting in the Angles

Castanets - First Light's Freeze - 2005 - Asthmatic Kitty. Import.

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Vision Volume 3 (Arts for Art - 2005)

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Depuis dix ans, le Vision Festival de New York célèbre le jazz moderne. Chaque année, à sa manière délicate et irréprochable, savamment distillée en petits lieux. Preuves apportées par Vision Volume 3, double compilation revenant sur les moments forts de l’édition 2003, et plateau exceptionnel de présences.

Le temps de 9 extraits choisis, le disque démontre les allures diverses ou le teint changeant de jazzmen qui, toutes générations confondues, servent, en sereins continuateurs du free jazz des premières heures, la création sur l’instant. Envoûtés par les classiques du genre et leurs façons de sonner, comme Fred Anderson (Trying to Catch the Rabbit) ou Rob Brown (expliquant aux côtés d’Henry Grimes les saveurs polyrythmiques sur Resonance excerpt No.1) ; partis à la recherche d’un modèle inédit de musique appuyée comme Matthew Shipp et Daniel Carter (Surface and Dream - Excerpt No.1) ou Patricia Nicholson (imposant avec Joseph Jarman et Cooper-Moore un blues rugueux jouant des diversions free sur Rise Up) ; aux intentions plus lestes privilégiant l’émulsion brute, suivant le modèle déposé par William Parker.

Contrebassiste incontournable, Parker ne ménage pas ses efforts et se glisse dans des combinaisons variées, toutes concluantes. Auprès de Joe McPhee et Roy Campbell, il souligne le jeu éclairé du batteur Warron Smith avant de décider d’un riff lancinant entraînant l’ensemble de ses partenaires à sa suite (War Crimes and Battle Scars : Iraq). De taille à donner la réplique aux facéties et départs masqués d’Andrew Cyrille (Quilt), il dirige enfin les 17 musiciens de son Jeanne Lee Project sur Bowl of Stone Around the Sun. Là, quatre chanteurs – dont Thomas Buckner – établissent des canons et rivalisent d’idées sur les reliefs d’un décor instrumental répétitif.

Comme la vue ne pourrait se passer d’images, Vision Volume 3 rassemble sur un DVD d’autres extraits de concerts et quelques interviews. Le Jeanne Lee Project de prendre encore plus d’ampleur (Song for Jeanne Lee), Roscoe Mitchell invitant Thomas Buckner à gagner la scène (Improvisation No. 1073) ou Jin Hi Kim dans une démonstration de komungo - ancien instrument à cordes coréen (Once Again). Complet autant que déroutant, l’exposé tient du miracle et du dosage chanceux. L’ensemble reste en place alors même qu’il explose.

CD / DVD: 01/ WHIT DICKEY QUARTET: Coalescence One 02/ FRED ANDERSON/HARRISON BANKHEAD: Trying To Catch The Rabbit 03/ MATTHEW SHIPP QUARTET : Surface and Dream - Excerpt #1 04/ ROY CAMPBELL / JOE McPHEE QUARTET: War Crimes and Battle Scars: Iraq 05/ THOMAS BUCKNER : Improvisation #1073 - Excerpt #1 06/ ANDREW CYRILLE / KIDD JORDAN / WILLIAM PARKER: Quilt 07/ PATRICIA NICHOLSON'S PaNic : Rise Up 08/ ROB BROWN's RESONANCE : Resonance Excerpt #1 09/ WILLIAM PARKER's JEANNE LEE PROJECT: Bowl of Stone Around the Sun

Vision Volume 3 - 2005 - Arts for Art. Distribution Orkhêstra International.

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Hamid Drake: Bindu (Rogue Art - 2005)

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Batteur incontournable de la scène jazz contemporaine, réclamé par une avant-garde intergénérationnelle (Henry Grimes, Irène Schweizer, William Parker ou Ken Vandermark), Hamid Drake n’avait, avant Bindu, jamais mené de groupe. Trop belle, l’occasion, que Drake veut aussi rendre étrange : la formation faite d’une batterie pour quatre anches.

Avant d’activer le monstre, le batteur démontre sagement sa maîtrise aux côtés de la flûtiste Nicole Mitchell (Remembering Rituals), attaques claires sur cymbales et envolées limpides d’un souffle. L’heure venue, les brillances de Drake emmènent un thème insouciant à l’écoute des ritournelles (Bindu #1 for Ed Blackwell) ou accueillent les entrelacs des clarinettes de Sabir Mateen et Daniel Carter (A Prayer for the Bardo, for Baba Mechack Silas).

Sur tabla, le leader imagine une ode à la lascivité (Meeting and Parting), puis gagne en nonchalance créatrice lorsqu’il retrouve sa batterie sur le long solo qui introduit Do Khyentse’s Journey, 139 Years and More. Plus tôt, le parcours aura connu quelques accrocs, dans les premières minutes, fades, de Bindu #2 (bientôt effacées par les figures originales et inextricables des vents), ou sur la texture trop fine pour intéresser longtemps de Bindu #1 for Ed Blackwell.

Pas de quoi effacer l’hommage au batteur de référence qu’est Blackwell, à qui Bindu offre la certitude que son jeu à part a su faire des petits. Hamid Drake, parmi ceux-là. Au premier rang, qui plus est.

CD: 01/ Remembering Rituals 02/ Bindu #2 for Baba Fred Anderson 03/ A Prayer for the Bardo, for Baba Mechack Silas 04/ Meeting and Parting 05/ Born Upon a Lotus 06/ Bindu #1 for Ed Blackwell 07/ Bindu #1 for Ed Blackwell, from Bindu to Ojas 08/ Do Khyentse’s Journey, 139 Years and More

Hamid Drake - Bindu - 2005 - Rogue Art. Distribution Orkhêstra International.

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