Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Bobby Bradford : With John Stevens and the Spontaneous Music Ensemble (Freedom, 1971)

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Ce texte est extrait du quatrième volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

C’est à Londres, en 1971, que Bobby Bradford enregistra en compagnie du Spontaneous Music Ensemble de John Stevens. A l’intérieur de celui-ci, on trouvait l’incontournable saxophoniste Trevor Watts et puis la vocaliste Julie Tippetts, le tromboniste Bob Norden et le contrebassiste Ron Herman. Watts se souvient des circonstances : « Celui qui a suggéré à Bobby que John Stevens et moi étions les musiciens anglais qui pourraient faire honneur à sa musique, c’est le journaliste Richard Williams, qui travaillait à l’époque au Melody Maker. Il a, en quelque sorte, joué les agents de liaison… »

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Dans les notes du livret accompagnant la réédition sur deux CD de ces séances – sous étiquette Nessa, label qui les réédita une première fois sur vinyle au début des années 1980 –, Bobby Bradford confirme : « A l’été 1971, j’appartenais à un groupe de professeurs de l’enseignement public qui avait organisé un séjour en Angleterre pour peu cher. A cette époque, je n’avais pas le moindre contact à Londres, mais en Californie, on m’avait donné un nom : Richard Williams. Quand j’ai appelé Richard, il m’a dit qu’il aimerait que je rencontre quelqu’un. Quelques heures après, John, Trevor et moi jouions ensemble, et le jour d’après Bob Norden, Julie Tippetts et Ron Herman, se sont fait une place sur la photo. Nous avons donné quelques concerts dans des pubs de Londres et ses environs puis nous sommes entrés en studio. Ce fut un événement magnifique : totalement spontané, enivrant, fou… Pour John, Trevor et moi, ça a été le début d’une longue et fructueuse collaboration. »

Depuis le milieu des années 1960, le Spontaneous Music Ensemble travaille à son adaptation du free jazz. Né au Little Theatre Club de la cuisse du quintette que Trevor Watts et le tromboniste Paul Rutherford menaient de concert et dont John Stevens tenait la batterie, le groupe appliqua à ses improvisations les processus compositionnels élaborés par ce-dernier – qui voudra en apprendre davantage sur les click et sustained pieces devra aller lire l’ouvrage, récemment réédité par Rockschool, Search and Reflect : Concepts and Pieces by John Stevens.

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A l’origine du double disque né des efforts de Nessa, il y a un disque unique, édité en 1974 par le label Freedom. Faisant fi des compositions de Bradford – « Room 408 », « His Majesty Louis », en hommage à Armstrong –, il consigne une improvisation et deux compositions de Stevens capables de permettre la rencontre du jazz inventif et de l’improvisation telle qu’on l’applique alors en Angleterre. A en croire Watts encore, malgré l’enjeu, l’atmosphère est accommodante : « Bobby était sans arrêt disposé au mieux. Après chaque concert (à l’époque, je fumais encore), nous partagions d’excellents cigares cubains qu’il avait apportés. C’était sa façon à lui de célébrer les moments que nous passions ensemble. Côté musique, il a toujours été très ouvert… »

Côté musique, pour s’en tenir au contenu du disque Freedom, Bobby Bradford With John Stevens and the Spontaneous Music Ensemble est un enregistrement remarquable. En ouverture, trouver trois pièces de Stevens assemblées : « Trane Ride », « Ornette-Ment » et « Doo Dee », qui déploient une dramaturgie sonore aux multiples confrontations. Stevens y tient le rythme, les souffleurs y bataillent avant de se tourner le dos pour s’exprimer en individualistes : replis dans le free jazz, Watts sifflant lorsque Bradford claironne. Une improvisation, ensuite : « Bridget’s Mother ». De l’autre côté du miroir, l’association déroule le fil ténu qui sort de la bouche de Tippetts : l’indolence suit un principe de réflexion, trompette et alto font œuvre d’artifices quand Stevens tient le silence en respect entre deux baguettes. La batterie réapparaît sur l’autre face : « Tolerance / To Bob » est d’abord une marche désespérée qui respecte l’allure d’une valse perdue ; « Tolerance / To Bob » est ensuite un aveu de mordant retrouvé : Stevens y commande : Watts évoquant Archie Shepp à l’alto, Bradford comblant son free de lyrisme hautain, Tippetts brillant en épileptique inspirée. Le dosage est précis et la formule intense : on y trouve une véhémence doublée de mystère ; un chant unique élevé en brumes océanes.

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Keith Tippett : From Granite to Wind (Ogun, 2011)

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Dans l’art de concilier les formes, Keith Tippett et ses amis (James Gardiner-Bateman, Kevin Figes, Ben Waghorn, Paul Dunmall : saxophones / Julie Tippetts : voix / Thad Kelly : contrebasse / Peter Fairclough : batterie) frôlent la franche réussite. Impossible n’est pas Tippett et si l’unité de cette longue suite trébuche parfois, elle projette du jazz l’une de ses essentielles vertus : sa versatilité.

Dans cette fresque aux contours clairs vont s’enchaîner des brides de swing, des unissons retors, une voix hors-cadre, des cavalcades de cuivres, un solo de ténor sidérant, des oppositions insolites (voix écartelée face à ténor soyeux). Parfois, la juxtaposition des formes ne prend pas. Ainsi, quand un solo de soprano vient heurter et s’échouer sur une forme contemporaine, le procédé n’infuse que collision et incompréhension. Un petit bémol qui ne doit cependant pas décourager l’écoute d’un disque souvent remarquable.

Keith Tippett Octet : From Granite to Wind (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2011.
CD : 01/ From Granite to Wind
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Voix Expéditives : Guylaine Cosseron, Savina Yannatou, Barry Guy, Keith Tippet, Julie Tippett, Antoine Beuger

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Guylaine Cosseron : Avant les mots (Petit Label, 2010). Si le titre de ce recueil vocal solo inquiète quelque peu (orientant d’emblée l’audition et faisant se profiler les tutélaires Schwitters, Minton ou Ghérasim Luca – ce dernier, moins inarticuleur qu’explorateur « après les mots »), l’a priori s’efface à l’écoute de ses dix miniatures (que leur brièveté, pour la plupart, sauve) : le théâtral n’est que frôlé et l’organique parfois utilement poussé au-delà des diphonies et autres laryngomintoneries, vers le pur bruit, quasi synthétique. (gt)

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Savina Yannatou, Barry Guy : Attikos (Maya, 2010). Enregistré au Bimhuis en mai dernier, cet intéressant duo de la chanteuse grecque – qu’on connaît chez ECM – et d’un Barry Guy (contrebasse) respirable fait soigneusement alterner les modes de jeu et les ambiances, les pièces improvisées et les morceaux concertés (traditionnels arrangés ou compositions personnelles) : ainsi songe-t-on tantôt à Lauren Newton & Joëlle Léandre, tantôt presque à Angélique Ionatos & Renaud Garcia-Fons… sans aller jusqu’au Journal Violone II de Barre Phillips néanmoins. (gt)

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Couple in Spirit (Keith & Julie Tippett) : Live at the Purcell Room (Ogun, 2010). Ce disque m’a proprement soigné de la tentation cynique de railler la symbiotique béatitude du « couple in spirit » – pour reprendre le nom sous lequel Keith (piano + accessoires divers) et Julie (voix + petites percussions) Tippett apparaissent en tant que duo, depuis quelques décennies. Tous deux déploient, dans ce troisième témoignage phonographique de leur collaboration, gravé en novembre 2008, une pièce unique – avec ses méandres – et sereinement architecturée : en action, un prenant travail de tisserands ! (gt)

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Antoine Beuger : Keine Fernen Mehr (Edition Wandelweiser, 2010)
Deux disques de sifflements. Low volume required : des notes sifflées qui retiennent votre attention, comme si un autre que vous-même vous sifflait en tête. Antoine Beuger, que l'on a entendu avec Radu Malfatti, siffle longtemps et la pollution sonore ou le dérangement mélodique qu’il cause est formidable à entendre. (hc)

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Julie Tippetts, Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus, 2009)

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L’écho détourné d’une clarinette basse ; un rythme synthétique entêtant ; des voix parlées, chuchotées, chantées ; des mélopées sans fin ; un dépouillement nacré ; voici quelques petites choses offertes par Julie Tippetts & Martin Archer.

Les poèmes de Julie Tippetts ont été écrits entre 1994 et 2004 et les voici aujourd’hui mis en espace(s) par Martin Archer, producteur inspiré et inspirant. Chaque pièce existe autonome et dépouillée, conçue autour et pour la voix-guide de Julie. Rien n’est surchargé et le trouble, le scellé, n’ont pas leur place ici. Délestés du superflu, attentifs, ouverts et gagnés de plein fouet par le duo, nous n’avons d’autre choix que de les suivre jusqu’au bout d’une nuit on ne peut plus idéale.

Julie Tippetts & Martin Archer : Ghosts of Gold (Discus / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007 - 2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Moonshine 02/ The Bear that Walks at Night 03/ Metamorphic Rocking 04/ Run Another Road 05/ The Winging 06/ The Brink 07/ Parchment Dust  08/ Rainsong 09/ Daydream & Candle-light 10/ Tightrope 11/ The Summons-Brittle Brimstone 12/ The Ghostly Apparition
Luc Bouquet © Le son du grisli

Archives Martin Archer
Archives Julie Tippetts

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Keith Tippett Tapestry Orchestra: Live at Le Mans (Red Eye Music - 2007)

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En 1998, au Festival de jazz du Mans, le pianiste Keith Tippett menait son Tapestry Orchestra - ensemble de 21 musiciens parmi lesquels on trouve les batteurs Louis Moholo Moholo et Tony Levin, les chanteuses Julie Tippetts, Maggie Nicols et Vivien Ellis, le contrebassiste Paul Rogers, le tromboniste Paul Rutherford, ou encore, les saxophonistes Paul Dunmall et Gianluigi Trovesi.

Un casting de choix, donc, qui se laisse conduire sur les sept compositions arrangées dans le détail par Tippett. Exposant ici toute la diversité de ses préoccupations, celui-ci commande des valses indolentes menées jusqu’à une évocation de Berio (Second Thread) ou à un free jazz jubilatoire (Third Thread), une ballade irlandaise transposée dans un univers proche de celui de Lalo Schifrin (Sixth Thread) ou un morceau de cabaret exalté (Fourth Thread).

Adepte du pandémonium brouilleur et salutaire, Tippett impose ici et là à ses musiciens des élans baroques réconciliateurs, fusionne un swing brillant à un gospel cacophonique (First Thread) ou à une pièce vocale plus mesurée évoquant Morton Feldman (Fifth Thread). Les couleurs sont changeantes et vives ; le tableau tire parti avec élégance de tous les –ismes possibles, pour présenter au final une œuvre magistrale.

CD1: 01/ First Thread 02/ Second Thread 03/ Third Thread 04/ Fourth Thread - CD2: 01/ Fifth Thread 02/ Sixth Thread 03/ Seventh Thread

Keith Tippett Tapestry Orchestra - Live at Le Mans - 2007 - Red Eye Music.

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Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo: Viva la Black Live at Ruvo (Ogun - 2006)

vivasliA Ruvo di Puglia, lors du Talos Festival de 2004, le batteur Louis Moholo-Moholo voit réinvestir Viva la Black – projet personnel qu’il dédia à l’Afrique du Sud – par l’orchestre italien Canto General. A leurs côtés, en guise de soutiens choisis, le pianiste Keith Tippett (qui signe ici la plupart des compositions) et la chanteuse Julie Tippetts.

Sans tarder, l’ensemble porte haut un swing épanoui, qui combine la conduite par Julie Tippetts d’un chœur enthousiaste, les gimmicks appuyés par Moholo et Tippett, et les interventions plus libres des cuivres et anches (Mra, Dancing Diamond). Décomplexés, les musiciens ne rechignent pas à aller voir du côté d’un grand macabre déstructuré pour le convertir aux espoirs, même feints, d’un jazz de salon (Dedicated to Mingus).

Ailleurs, des dissonances rendent bancale une musique de cabaret (Traumatic Experience), quelques mouvements las emportent les interventions (Monpezi Feza), même si tout, au final, aura été animé par les desseins exaltés de musiciens revendiquant espoir, liberté, communion (Septober Energy, You Ain’t Gonna Know Me…). Dans la veine d’un Liberation Orchestra qui aurait troqué ses doutes pour une emphase illusoire.

CD: 01/ Mra 02/ Thoughts To Geoff 03/ Dedicated to Mingus 04/ Monpezi Feza 05/ Four Whispers For Archie’s Chair 06/ Traumatic Experience 07/ Cider Dance 08/ A Song 09/ Dancing Diamond 10/ Septober Energy 11/ South African National Anthem 12/ You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me

Keith Tippett, Julie Tippetts, Louis Moholo-Moholo - Viva la Black Live at Ruvo - 2006 - Ogun Records.

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