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Le son du grisli
29 novembre 2010

Sunny Murray : Sunshine (BYG Actuel, 1969)

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Flower Trane : un fracas de cymbales. Continu, le fracas. Un fiel d’inquiétudes. L’obsession d’un ténor. Un scrupule dans la chaussure. Un crescendo de tumultes. Toujours le fracas des cymbales. Toujours (Sunny Murray, Lester Bowie, Archie Shepp, Kenneth Terroade, Alan Silva, Dave Burrell, Malachi Favors)

Real : un trio (Kenneth Terroade, Alan Silva, Sunny Murray). Un ténor en pression maximale. Le vif et le convulsif. Les funérailles du lisse.

Red Cross : un riff d’école maternelle. Un divan d’épingles. Des hurlements en faveur de Sade. La cicatrice sondée (Sunny Murray, Arthur Jones, Roscoe Mitchell, Kenneth Terroade, Dave Burrell, Malachi Favors). Sunny Murray 1969 : l’insurrection qui était.

Sunny Murray : Sunshine (BYG Actuel / Sunspot)
Enregistrement : 1969. Réédition : 2002.
CD : 01/ Flower Trane 02/ Real 03/ Red Cross
Luc Bouquet © Le son du grisli

13 novembre 2010

Rhodri Davies, Cornelius Cardew, John Tilbury, Soldercup, Annette Krebs, Angharad Davies, David Toop, Lee Patterson

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Cornelius Cardew : Works 1960-70 (+3dB, 2010)
En compagnie du pianiste John Tilbury et du contrebassiste Michael Francis Duch, Rhodri Davies rendait hommage aux compositions écrites par Cornelius Cardew entre 1960 et 1970 – époque charnière, écrit Duch, qui vit Cardew passer d’une pratique (composition contemporaine) à une autre (improvisation libre). D’Autumn 60 à The Great Learning, le trio arrange des notes brèves en bouquets indéterminés, les augmentant de silences nombreux. Se pliant avec invention au jeu de la relecture in(dé)finie, Davies, Tilbury et Duch, manient l’aléatoire et l’intransigeant pour signer enfin des danses délicieuses sur musique amnésique : soit, de l’oubli chorégraphié.

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Soldercup : Soldercup (Fourier Transform, 2010)
Sous le nom de Soldercup, Rhodri Davies et Louisa Hendrikien Martin font oeuvre d’un abstrait chic. Sur le vinyle du même nom, sont ainsi convoqués craquements, chuintements, sifflements, parasites et larsens, et actionnées d’énigmatiques autant qu’irrésistibles boîtes à musique. Sur la seconde face, la formule diffère un peu : cordes détendues subtilement agencées dont le battement d’un coeur animal éloignera le chant.

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Various Artists : Brave New Wales (Fourier Transform, 2010)
Sur le même label, une compilation célèbre en trois disques un paquet d’Ecossais agissant en tous domaines expérimentaux (improvisation, electronica, rock, noise, poésie sonore…). En duo avec Angharad Davies, Rhodri Davies se fait là une place au son de Live at St. Giles In The Fields, enregistré à Londres en 2005. L’électricité environne le duo qui délimite ici des zones d’attente inquiète dans lesquelles developper dix minutes d’abstraction miniature.

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Annette Krebs, Rhodri Davies : Kravis Rhonn Project (Another Timbre, 2009)
Trois mouvements d’une poésie sonore constructiviste font Kravis Rhonn Project, que le harpiste enregistra en 2008 à Berlin auprès d’Annette Krebs (guitare, objets, tapes). Là, des voix enregistrées se mesurent sur piste d’obstacles (bourdon, larsens, signal radio…) tandis que les instruments à cordes se font discrets jusque dans leurs répétitions. Au terme de la rencontre, les voix sont emportées par une mécanique tournant sur un air de manège que se disputent charme et mystère.

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Rhodri Davies, David Toop, Lee Patterson : Wunderkammern (Another Timbre, 2010)
Quelques jours encore, et le même label proposera Wunderkammern, enregistrement né de la rencontre de Davies, Lee Patterson et David Toop. On sait le goût de ce-dernier pour la musique de gamelan et l'ambient et c'est par là que va voir le trio : cordes défaites et larsens, bourdons multiples et chantant, interventions multiples presque tout autant d'instruments fondus – seule une flûte de bois peinera à convaincre. Les berceuses sont ici faites d'oscillations et l'abstraction est d'extraction rare.

27 octobre 2010

Exploding Star Orchestra : Stars Have Shapes (Delmark, 2010)

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Le groupe s’est pourtant déjà montré inspiré – auprès de Bill Dixon notamment – et compte même d’éminents musiciens – voire de remarquables tels Matt Bauder (saxophones, clarinettes), Jeb Bishop (trombone), Nicole Mitchell (flûte) ou Jason Stein (clarinette basse) –, les preuves ne suffisent pas : l’Exploding Star Orchestra de Rob Mazurek peine à convaincre sur Stars Have Shapes.

Parce qu’il investit d'abord ce champ d’ « Impressions » défriché jadis jusqu'à l'assèchement par Alice Coltrane et se contente de s’y promener seulement. En sus, s'il prend de l’ampleur, le développement d’Ascension Ghost Impression #2 n’en gagne jamais en présence, gangréné par ses façons naïves. Plus frontal, ChromoRocker donne le change un moment (le cornettiste renouant là avec un jazz frontal) mais un moment seulement pour sacrifier aux codes institués dès l'ouverture : ceux d’un jazz à l’œcuménisme factice.

Ainsi, la règle continue à faire des siennes : sur une nouvelle évocation d’Alice Coltrane parmi des bribes d’Herbie Hancock période Head Hunters (Three Blocks of Light) ou sur un dernier titre d’une évanescence tellement achevée que le voici s'évaporant bientôt. Souvent, Rob Mazurek convainc pour décevoir ensuite. Suffit d’attendre le prochain.

Exploding Star Orchestra : Stars Have Shapes (Delmark)
Edition : 2010.
CD : 01/ Ascension Ghost Impression #2 02/ ChromoRocker 03/ Three Blocks of Light 04/ Impression
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

22 octobre 2010

Heinz Geisser, Ben Miller, Der Rote Bereich, Yannick Dauby, The Convergence Quartet, Kinetix vs Pylône, Off-Cells

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Heinz Geisser, Eiichi Hayashi, Takayuki Kato, Yuki Saga : On Bashamichi Avenue (Leo, 2010)
A Yokohama, le percussionniste Heinz Geisser rencontrait au printemps 2009 trois Japonais comme lui adeptes d’improvisation : Yuki Saga (voix, objets), Eiichi Hayashi (saxophone alto) et Takayushi Kato (guitare électrique, jouets). Flottante, la rencontre passe calmement de paysages plats en hauts reliefs accidentés. Entre les deux, de charmants soubresauts : hoquets de Saga ou emportements d’Hayashi. (gb)

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Ben Miller : Degeneration : Live performances & Radio Broadcasts (Tigerasylum, 2010)
Plus expérimental que Lee Ranaldo quand il l’est, Ben Miller présente avec Degeneration près de dix années de travail. Des bruits de guitares-casseroles accompagnent des voix saturées, des rythmes dingues déboulent et demandent qu’on attaque les guitares avec des baguettes. Délirant et même parfois stupide : à la fois jouissif et dispensable. (pc)

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Der Rote Bereich : 7 (Intakt, 2010)
En Der Rote Bereich avec Frank Möbus (guitare) et Olivier Steidle (batterie), l’excellent Rudi Mahall oscille sur 7 entre le médiocre et le curieux. Puisqu’on parle d’impression d’ensemble, voici : musique écrite (par Möbus) trop écrite (par le même), unissons rébarbatifs, ballade sans véritable raison d’être et dérives en tous sens (funk, rock, jazz ancien). L’art de Rudi Mahall et l’exception qu’est Banker’s Burning Bakeries étouffés par un parti-pris qui minaude. (gb)

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Yannick Dauby : Overflows (Sonoris, 2010)
La ville de Saint-Nazaire a récemment réaménagé sa promenade sur son front de mer mais les enregistrements de Yannick Dauby datent d’avant cela (lorsqu'ils ne viennent pas tout simplement d’ailleurs, c'est-à-dire de Taïwan). En conséquence, Overflows a quelque chose d’austère et d’agréable à la fois : on y reconnaît des tunnels dans lesquels on sent des présences pour qui le bruit de la mer fait office de drone sous tension. Aventurez-vous dans ce paysage composite : d’un port à l’autre, vous apprendrez à reconnaître les nuances du vent et celles de l’eau. (hc)

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The Convergence Quartet : Song/Dance (Clean Feed, 2010)
Brillant auprès de Rodrigo Amado ou en compagnie de Tomas Fujiwara, il aura suffit à Taylor Ho Bynum d’emmener son Convergence Quartet pour donner des signes de faiblesse. Sur Song/Dance, il sert un jazz inégal aux côtés de Dominic Lash (contrebasse et compositions encourageantes), Alexander Hawkins (piano fruste et compositions passables) et Harris Eisenstadt (batterie lourde et compositions nulles). Ici ou là, le trompettiste renoue avec les usages d’anciennes figures (Wadada Leo Smith, Donald Ayler) et rassure : il aurait pu faire mieux. (gb)

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Kinetix vs Pylône : Sonology (Sound on Probation, 2010)
Gianluca Becuzzi (alias Kinetix) et Pylône se partagent Sonology, nouvelle sortie du label Sound on Probation. Dans un cas comme dans l’autre, c’est une ambient foisonnante qui vous installe dans un sous-marin pour un voyage en profondeurs ou vous susurrent des mots à l’oreille. Pas tellement orignal mais qui sait indubitablement ravir les amateurs d’expériences claustrophobiques. (pc)

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Off-Cells : 60/40 (L’innomable, 2010)
Sur 60/40, entendre une autre histoire de découpage de silences et même de temps contée par Seijiro Murayama au sein d’Off-Cells – à ses côtés : Taku Unami (guitare), Utah Kawasako (synthétiseur analogique) et Takahiro Kawaguchi (objets). L’ennui, ici, se trouve en guitare : à force d’aller chercher son salut dans la ligne pure, Unami donne dans un simplisme irritant qui gangrène l’ensemble des improvisations. D’amusement stérile en pose expérimentale, la guitare partout vous empêche d’écouter le reste. (gb)

15 juin 2010

Jazz Meets India (Promising Music, 2010)

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Jazz Meets India est une idée du producteur Joachim E. Berendt. Nous sommes en 1967 et un an auparavant, en Angleterre, John Mayer et Joe Harriott avaient déjà croisé jazz et musique indienne.

Le batteur Mani Neumeier, qui avait eu la bonne idée d’étudier les tablas avec Keshav Sathe, mit sur pied cette rencontre indo-européenne. D’un côté ; le trio de la pianiste Irène Schweizer (Uli Tepte, Mani Neumeier), de l’autre ; celui de Dewan Motihar (Kusum Thakur, Keshav Sathe) et au centre ; le trompettiste Manfred Schoof et le saxophoniste Barney Wilen. A l’arrivée ; trois compositions et deux mondes qui se cherchent, réfléchissent, prennent plaisir à l’échange.

Sur Sun Love, le trio indien débute et impose sa transe légère. Puis s’ajoutent des cymbales. La pianiste s’invite dans la danse…et l’India de Coltrane n’est pas très loin (à noter : Dewan Motihar qui fut l’élève de Ravi Shankar initia les Beatles à la musique indienne). Puis, à tour de rôle, Manfred Schoof et Barney Wilen vont tenter la déconstruction. Aucun problème quant à l’harmonie, la musique indienne permettant maintes folies, mais le rythme résiste. Pas facile d’en sortir. Alors, ils n’auront d’autres choix, après tâtonnements, que de rompre le cercle. Surgiront alors de courts moments de solaire beauté ; deux territoires qui ne forment qu’un seul, uni et solidaire, convulsif. Cela sera plus flagrant, plus évident encore avec Brigah & Ganges, composition enlevée du trompettiste. L’espace de quelques minutes, la fusion avait été possible. En conclusion : un beau document.

Jazz Meets India (Promising Music - MPS / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1967.  Edition : 2010
CD : 01/ Sun Love 02/ Yaad 03/ Brigah & Ganges
Luc Bouquet © Le son du grisli

16 juillet 2010

Earth Music: Ten Years of Meridian Music (Innova, 2010)

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Dix ans de musique et pas de n’importe quelle musique : celle programmée par la galerie Meridian qui, si l’on n’a pas de penchant particulier pour les compilations ou les rétrospectives, pourrait vous faire changer d’avis. Au moins le temps de la durée de ce disque.

Parce qu’on trouve sur cette anthologie des musiciens fabuleux, qui s’activent dans des genres différents mais qu’il est possible de rapprocher malgré tout : Vinny Golia (à la clarinette basse), Matthew Sperry (ses élucubrations électroniques sont merveilleuses), Pauline Oliveros (& son drone d’accordéon), Frank Gratkowski (esprit frappeur de clarinette), Jon Raskin (baryton hors ROVA) ou bien encore Shoko Hikage (répétitive répétitive). Chaque plage du disque vous fait passer d’un monde à l’autre, les quelques secondes de silence entre les morceaux sont une porte dérobée donnant sur un ailleurs aussi fabuleux que l’était le précédent.

Earth Music : Ten Years of Meridian Music : Composers in Performance (Innova)
Edition : 2010.
CD : 01/ Vinny Golia : Steps 02/ John Bischoff : Quarter Turn 03/ Matthew Sperry : Improvisation 04/ Damon Smith, Hugh Livingston, Carla Kihlstedt : Lines for Trio 05/ Pauline Oliveros : Pauline’s Solo 06/ Ben Goldberg, John Schott : All Chords Stand for Other Chords 07/ Shoko Hikage : Improvisation 08/ Frank Gratkoswki : Improvisation 09/ Sara Schoenbeck, Ellen Burr : Improvisation 10/ Viv Corringham : Improvisation 11/ Jon Raskin : Sonic Coordinates 12/ Tim Bickley, Bob Marsh : Microtonic Meditations for Endings and Beginnings 13/ Philip Gelb, Jie Ma : Comp. 40 N and Comp. 110 A. 14/ Theresa Wong : Nightwatching
Héctor Cabrero © Le son du grisli

6 juillet 2010

William Hooker : Earth's Orbit (NoBusiness, 2010)

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Difficile, sans doute, de devoir faire la part des choses (obligées et essentielles) lorsqu'on est un musicien de la renommée de William Hooker. Earth's Orbit démontre de quoi il retourne : en deux formations différentes, le batteur convainc plus ou moins.

Heureusement, l'ensemble tient sur la longueur de deux disques. Entendre d'abord l'inspiration toujours féroce animer un trio dans lequel brillent aussi Darius Jones et Adam Lane : la batterie et le saxophone jouent là des coudes, la pratique du free jazz – même réchauffée – prend un coup supplémentaire sous de nouvelles vociférations, de nouvelles plaintes d'un ténor intense porté haut et sans cesse différemment par la batterie. Mais il n'est pas toujours donné de trouver des partenaires de la taille de Jones et Lane – et encore moins de ceux de jadis (l’époque des lofts new yorkais était glorieuse et les attentes de l'amateur d'audaces sonores sans doute moins soumises aux audaces superficielles).

Alors, on fait avec le saxophoniste Aaron Bennet (ténor pourtant intéressant), le guitariste Weasel Walter (entendu sur Grob auprès de Jim O’Rourke) et le contrebassiste Damon Smith : le premier et le troisième étant incapables de faire entendre raison au second, qui gangrène l'espace de ses propositions simples – son habitude aidant, Hooker aurait peut-être dû choisir de verser avec les mêmes dans un rock perturbé, mais voilà... Le problème étant sans doute, une autre fois, que d'anciennes figures du free se laissent approcher par de plus jeunes sans que ceux-là soient capables du moindre projet original, voire de la moindre idée neuve. Toujours, la faute reviendra aux anciens : s'ils se laissent encore avoir pour accepter toutes propositions, voici leur discographie augmentée de double-disques délectables à moitié.

William Hooker : Earth's Orbit (NoBusiness / Instant Jazz)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2010.
LP : A01/ Chronofiles A02/ Tensegrity A03/ Tetrahedron B01/ Stremlined Unit B02/ 4d to Dymaxion C01/ Tensegrity (4d) Part 1 D01/ Tensegrity (4d) Part 2
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

14 septembre 2010

Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog, 2010)

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Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy frappe d'emblée par sa couverture reprenant la pochette de l'album We Keep On d'Embryo (1973). Elle évoque immédiatement et avec une évidence criante la couverture de The Crack In The Cosmic Egg, qui arborait aussi un œuf à la coque (basé sur la pochette du premier album de Karthago publié en 1971). L'encyclopédie The Crack In The Cosmic Egg de Steven et Alan Freeman, datant de 1996, est la grande référence dans le domaine du Krautrock. Épuisée, elle est aujourd'hui disponible en version cd-rom et en version light sur Internet. En reprenant une couverture quasiment identique les éditions Black Dog veulent au pire jouer sur la confusion, au mieux faire un clin d'œil extrêmement appuyé. Autre constat, plus sympathique, Krautrock, Cosmic Rock and its Legacy reprend, c'est son droit, le plan de mon livre Au-delà du Rock (le responsable de Blag Dog m'avait d'ailleurs contacté et m'avait fait part de la grande utilité du livre). Le plan se décompose donc ainsi : une partie historique introductive (qui a ici l'originalité d'être constituée de quatre longs textes d'auteurs différents) ; une partie Band Profiles (une trentaine de groupes) ; une partie sur les labels ; une partie sur les producteurs et ingénieurs du son. A celles-là ont été ajoutées en fin d'ouvrage une chronologie et une traduction anglaise de l'article « Le rock allemand, enfin ! » de feu Jean-Pierre Lentin, paru dans Actuel en 1973.

Les grands noms du Krautrock sont là : Amon Düül et Amon Düül II, Ash Ra Temple, CAN, Cluster, Faust, Kraftwerk, Neu!, Popol Vuh, Tangerine Dream, Klaus Schulze... D'autres moins connus sont abordés, notamment Anima, Between, Nektar et Spacebox. Les principaux contributeurs à cet ouvrage collectif sont Ken Hollings, David Keenan et David Tubbs, tous trois collaborateurs à The Wire, Brian Morton, animateur à BBC Radio 3 et Archie Patterson d'Eurock. Ils signent des textes précis et allant à l'essentiel, dont la lecture est juste un peu contrariée par une typographie trop petite rappelant celle d'une machine à écrire.

Ce sont surtout les quatre textes introductifs par David Stubbs, Ken Hollings, Erik Davis et Michel Faber qui apportent du grain à moudre. Sans éviter une certaine redondance, ils soulignent chacun à leur manière l'originalité du Krautrock, son enracinement dans la culture allemande, sa valeur permanente en tant que source d'inspiration. L'essayiste Erik Davis présente l'approche la plus intéressante et originale en proposant une lecture philosophique du terme « Kosmische ». Partant de la musique des sphères de Pythagore, il glisse vers le concept esthétique de sublime puis aborde l'importance pour l'être humain des découvertes astronomiques d'Edwin Hubble.

Mais le principal atout de l'ouvrage est la quantité des illustrations proposées. Outre les inévitables pochettes de disques ils présentent des images d'archives et des photos rares, quelques-unes très probablement publiées pour la première fois.

Krautrock, Cosmic Rock And Its Legacy (Black Dog Publishing)
Edition : 2010.
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Les éditions Black Dog proposent aux lecteurs du son du grisli une remise de 40% sur le prix de cet ouvrage comme sur celui de tout autre référence de leur catalogue musique. Pour profiter de cette offre, contacter Jessica.

13 septembre 2010

Jorrit Dijkstra : Pillow Circles (Clean Feed, 2010)

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Jorrit Dijkstra appartient à cette tribu de musiciens qui ne peuvent réduire leur musique à une seule sphère. Ainsi, après l’épisode chicagoan des Flatlands Collective (Jeb Bishop, Jason Roebke et Frank Rosaly poursuivent ici l’aventure), Pillow Circle confirme le désir qu’a le saxophoniste néerlandais d’instruire jazz, improvisation et musique contemporaine (et nouveauté : le rock avec un hommage au groupe Radiohead).

Mais là, où précédemment tout semblait délimité et à la limite du cadenassé, le présent CD prend le parti de faire s’enchâsser et se croiser les cellules. Ainsi, telle pièce débutée en improvisation libre trouvera-t-elle son salut dans une composition à tiroir(s) où s’aventurent de swinguant riffs de cuivres avant dislocation et transformation de la matière jazz en une masse bruitiste et saturante.

Hors des tournis et des zappings faciles, ne se gênant pas d’ouvrir large le spectre des contraires (montées ici, resserrements là), Jorrit Dijkstra, Tony Malaby, Jeb Bishop, Oene Van Geel, Paul Pallesen, Raphael Vanoli, Jason Roebke et Frank Rosaly réussissent là où d’autres ont échoué, à savoir réunifier avec fluidité quelques-uns des possibles de la musique d’aujourd’hui. A suivre donc…

Jorrit Dijkstra : Pillow Circles (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010 
CD : 01/ Pillow Circle 34 02/ Pillow Circle 41 03/ Pillow Circle 18 04/ Pillow Circle 55 05/ Pillow Circle 65 06/ Pillow Circle 88 07/ Pillow Circle 19 08/ Pillow Circle 10 09/ Pillow Circle 23
Luc Bouquet © Le son du grisli

8 septembre 2010

Frank Reinecke : Music for Double Bass (Neos, 2010)

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Ce que le contrebassiste Frank Reinecke entend par « Music » sur ce Music for Double Bass appartient au champ d’une musique contemporaine inquiète autant de silences que de déferlements. A son répertoire, donc, des œuvres de Giacinto Scelsi (Nuits), Isang Yun (Für Aki I & II), Iannis Xenakis (Theraps), Manfred Stahnke (Streetmusic III), Hans Werner Henze (S. Biagio 9 Agosto Ore 1207) et Bent Lorentzen (Tiefe) – ce dernier et Stankhe dédiant d'ailleurs leur pièce à Reinecke.

Sur le fond comme sur la forme, Frank Reinecke travaille en instrumentiste assuré mais aussi en faiseur de tableau surprenant : Scelsi est ainsi célébré en lyrique fertile et Xenakis en penseur épris de mélodie au point de céder à l’appel de sirènes. Ailleurs, l’archet multiplie lignes courbes et points de fuite : dépeignant tour à tour les affres du bourgeois tourmenté sur une tiède partition d’Henze ou examinant les allers et retours sur le papier des fantastiques folies obsessionnelles de Lorentzer – la raison du contrebassiste gagnant là en clarté et en évidence au point d’égaler bientôt son convaincant souci de création.

Frank Reinecke : Music for Double Bass (Neos / Codaex)
Enregistrement : 2004-2006. Edition : 2010.
CD : 01-02/ Nuits (C’est bien la nuit / Le réveil profond) 03-04/ Für Aki I & II 05/ Theraps 06/ Streetmusic III 07/ S. Biagio 9 Agosto Ore 1207 - Ricordo Per Un Contrabbasso Solo 08/ Tiefe
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

8 septembre 2010

ROVA Saxophone Quartet, Nels CLine Singers : The Celestial Septet (New World, 2010)

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Le ROVA (Bruce Ackley, Steve Adams, Larry Ochs, Jon Raskin) fusionne avec le Nels Cline Singers (Devin Hoff, Scott Amendola, Nels Cline) et devient le Celestial Septet. Le Celestial Septet ou comment concilier le tout collectif du ROVA aux saillies solitaires du Nels Cline Singers.

Par une écriture rigoureuse, une combinaison des modes de jeu et de textures, le sextet gagne la partie haut la main. La richesse et la diversité de The Buried Quilt qui clôture ce disque résiste et échappe à l’écueil des zappings et des surcharges faciles. Ainsi, en imbriquant, déterminant et alternant des flux, à priori, antinomiques (l’unisson minimaliste du début, la fulgurance free, le dialogue saxophone-guitare, le cluster final), le lien se crée ; abouti, définitif.

Ce qui avait précédé n’était pas sans intérêt. Sans tâtonnements, entre lyrisme perçant, lent déploiement des souffles et excès métallique d’une impétueuse guitare, nous avions déjà entrevu l’essentiel de cette idéale fusion. Ils recommencent quand ils veulent.

ROVA Saxophone Quartet, Nels Cline Singers : The Celestial Septet (New Worlds / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Cesar Chavez 02/ Trouble Ticket 03/ Whose to Know 04/ Head Count 05/ The Buried Quilt
Luc Bouquet © Le son du grisli

27 août 2010

Maja Ratkje : River Mouth Echoes (Tzadik, 2008)

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Avant Ballads avec John Hegre ou avant les concerts avec Joëlle Léandre, il y eut Spunk pour Maja Ratkje. Après le groupe et après les duos, il y eut aussi divers enregistrements dont ceux des six pièces de River Mouth Echoes.

Sur ces six morceaux, Maja Ratkje ne joue pas toujours : elle peut s’effacer au profit de l’Oslo Sinfonietta ou d’une section de viols du nom de Fretwork. Quand elle participe à l’interprétation d’une de ses œuvres, elle joue de « processings » ou chante, seule ou avec les saxophonistes Rol-Erik Nystrom et Torben Snekkestad, le contrebassiste Hakon Thelin ou l’accordéoniste Frode Haltli.

C’est pourquoi River Mouth Echoes adopte une posture étrange puis une autre : Maja Ratkje écrivit pour ce faire un dialogue de larsens – des oscillateurs déversent des chants de sirènes folles – ou une rencontre tripartite entre instruments acoustiques dégénérés. De ses troubles, Maja Ratkje fait des paysages habités par des parasites fantasmagoriques. De ses certitudes, elle compose un nouveau baroque, ascensionnel, ou adresse un clin d’œil à Meredith Monk le temps d’un poème criard. Pour tout cela, on ne peut qu’aimer l’esprit frappeur de Maja Ratkje

Maja Ratkje : River Mouth Echoes (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Øx 02/ Essential Extensions 03/ Wintergarden 04/ River Mouth Echoes 05/ Waves IIB 06/ Sinus Seduction (Moods Two)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Après avoir donné hier un concert en solo, Maja Ratkje se produira au Festival Météo ce vendredi 27 août au sein de Spunk.

14 mai 2010

Koboku Senjû : Selektiv Hogst (Sofa Music, 2010)

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C'est encore une histoire de couleurs sorties d'une palette sombre. C'est encore une histoire de drone et d'électricité, une histoire qui vous agrippe et vous poste, de nuit, sous un réverbère et sous la pluie, quelque part : Tokyo peut-être, ou alors est-ce Göteborg ? Alors qu'on tourne la tête et qu'on se demande quoi faire, les basses du no-input mixing board de Toshimaru Nakamura entrent en vous et prennent les commandes.

Autre Japonais de l'épreuve, Tetuzi Akiyama fait lui entendre un arpège de guitare, incomplet, un accord qui ajoute un charme naïf à l'expérience, un charme naïf et caressant. La palette contient d'autres instruments : le saxophone d'Espen Reinertsen et la trompette d'Eivind Lonning, les deux membres de Streifenjunko, et le tuba de Martin Taxt. Il y a peu, la même formation si ce n'est amputée de Nakamura dessinait les atmosphères de Varianter av dode traer. Aujourd'hui, Nakamura est là pour découper les vents, écarter un accord de guitare avec un grognement et obliger les instruments à vents à se faire plus violents. C'est encore une histoire de couleurs, pour lesquelles il faut se battre parce qu'il est question de la lumière des paysages : le dernier mot ira d'ailleurs à la mélancolie mélodique, souvenir de Paris, Texas qui vous arrive alors que vous en êtes toujours là : quelque part, sous le même réverbère. A Tokyo peut-être, ou alors à Göteborg ?

Koboku Senjû : Selektiv Hogst  (Sofa Music)
Edition : 2010.
CD : 01/ Nedvekst (om å vokse nedover) 02/ Fanget under giftig bark 03/ På leting etter skygge 04/ Vintersøvn 05/ Dyr som blir spist av andre dyr 06/ Dypdrenering 07/ Alt starter med regn
Héctor Cabrero © Le son du grisli

4 mai 2010

The San Francisco Tape Music Center (University of California Press, 2008)

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L’histoire du San Francisco Tape Music Center valait bien qu’on lui consacre un livre entier... Voilà qui est chose faite maintenant grâce au travail de David W. Bernstein  qui a collecté les études nécessaires à l'édition de : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde.

C'est l'histoire d'une association née au Trips Festival en 1966, d'une association de musiciens pas comme les autres, de musiciens en avance sur leur temps, à la fois parce qu'ils sont doués d'oreille et d'esprit mais sont aussi parce qu'ils sont au fait des outils technologiques qui peuvent transcender leur(s) pratique(s) artistique(s). Parmi ces musiciens, les plus célèbres sont Pauline Oliveros, Ramon Sender, Morton Subotnick, Tony Martin, David Tudor, Terry Riley, Steve Reich, Philip Winson, Bill Maginnis... Les têtes pensantes et chercheuses d'une science musicale, en quelque sorte, dont ce livre retrace l'histoire commune et qu'il donne à entendre (ou presque) via des entretiens et à voir, même, sur un DVD qui complète l'ouvrage. Aux amateurs de mélanges (ici de la pop et du minimalisme, de la musique expérimentale et de la musique contemporaine), on ne peut que recommander la lecture de cette histoire de la contre-culture et de l'avant-garde américaine.

David W. Bernstein : The San Francisco Tape Music Center 1960s Counterculture and the Avant-Garde (University of California Press)
Edition : 2008.
Pierre Cécile © le son du grisli

16 mai 2007

Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk, 2007)

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Près de deux ans après la sortie de The Prepared Piano, Volker Bertelmann, ou Hauschka, voit son album remixé par quelques collègues choisis, parmi lesquels on trouve Tarwater, Nobokazu Takemura, ou TG Mauss.

L’exercice est difficile, qui veut faire de remixes élaborés par différents musiciens un album intéressant d’un bout à l’autre, et Versions of the Prepared Piano n’est pas l’exception qui confirme la règle. Ainsi, il fait défiler les versions insipides (pop naïve jusqu’au mièvre d’Eglantine Gouzy et Chica and the Folder, electronica peu subtile de Barbara Morgenstern ou carrément nauséeuse de Vert), les propositions tièdes (signées Wechsel Garland, TG Mauss ou Tarwater) et les rares relectures inspirées.

Au nombre de celles-ci : Assembler’s Mix, de Nobukazu Takemura, construction instable qui boucle quelques cordes sur un décorum électronique ; Kotoba Naku, de Takeo Toyama, condensé de pop japonaise extatique ; Flying Horses, de Volker Bertelmann lui-même, qui trace un parallèle de circonstance avec l’œuvre des High Llamas. Certes, de quoi relever l’ensemble un peu, mais sans doute pas suffisamment.

Hauschka : Versions of the Prepared Piano (Karaoke Kalk)
Edition : 2007.
CD : 01/ Eglantine Gouzy, Mr. Spoon 02/ Barbara Morgenstern, Im Schlaf 03/ Nobukazu Takemura, Assembler’s Mix 04/ Wechsel Garland, Es Waren Einmal 05/ Takeo Toyama, Kotoba Naku 06/ TG Mauss, Things 07/ Vert, Rocket Man 08/ Frank Bretschneider, Stumm 09/ Mira Calix, Without Morning 10/ Chica and the Folder, Para Bien 11/ Hauschka, Flying Horses 12/ Tarwater, Words of Things to Touch
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 février 2010

Haptic : Trebuchet (Entr'acte, 2009)

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A l'écoute de Trebuchet, des choses pas possibles vous envahissent dans la minute : des résonances et de la pluie, des infrabasses et des cris d'enfants, des drones et des larsens bien sûr, et des bruits de moteurs bien sûr aussi. Vous me direz que Steven Hess, Joseph Clayton Mills et Adam Sonderberg, ont rassemblés tout ça sur trois plages sous le nom d'Haptic et en on fait de petites musiques décoratives comme beaucoup d'autres avant eux, et comme beaucoup d'autres après eux...

Certes, si ce n'est qu'Haptic démontre sur son Trebuchet – comme il l'a fait d'ailleurs six fois déjà sur disque – d'une capacité à peindre des paysages abstraits avec une maîtrise qui dépasse peut être celle des autres. C'est pourquoi : qui voudra s'ouvrir à ce genre devra se précipiter sur Trebuchet et, tout à coup, la pop expérimentale ambientique et symphonique n'aura plus de secret pour lui.


Haptic : Trebuchet (Entr'acte)
Enregistrement : 2007-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Counterpoise 02/ Three 03/ Four
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 février 2010

Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness, 2010)

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Des saxophonistes à entendre en lofts new-yorkais dans les années 1970, Jemeel Moondoc ne fut peut être pas le plus original, mais fut sans doute le plus flamboyant. Pour se faire une idée, aller entendre les rééditions par le label NoBusiness des deux disques de son Muntu (First Feeding et The Evening of the Blue Man) et un concert enregistré dans le loft de Rashied Ali. Dans le coffret, un livre accompagne les trois disques.

Dans ce livre, Ed Hazell trace l'histoire de cette ère des lofts et produit même une carte sur laquelle dix-neufs d'entre eux sont indiqués : Artists House d'Ornette Coleman, Studio Rivbea de Sam Rivers, Ali's Alley de Rashied Ali ou The Brook de Charles Tyler... Après l'histoire, un témoignage : celui de Moondoc en personne, qui raconte dans Muntu : The Essay by Jemeel Moondoc son parcours de musicien (fréquentation de Cecil Taylor à Antioch et premier concert sous le nom de Muntu, composé alors d'Arthur Williams, Mark Hennen, William Parker et Rashied Sinan...).

Rashid Bakr remplaçant Sinan, la première mouture du groupe peut enregistrer First Feeding en avril 1977. Le quintette déroule ici un free jazz sec : les imprécations de l'alto s'opposent au lyrisme échevelé de la trompette de Williams, duo en déroute créative pour devoir faire aussi face aux clusters d'Hennen : les accords plaqués ne sont plus des accords, mais les commandes actionnées d'un mécanisme de cordes libres. Enveloppée par les interventions d'un piano radical, l'association joue souvent jusqu'en mai 1978.

Quelques semaines plus tard, un quartette prend la relève : nouveau Muntu dans lequel Parker et Bakr subsistent aux côtés de Moondoc et que le trompettiste Roy Campbell a rejoint. L'enregistrement d'un de ses concerts (St. Marks Church, mars 1979) permettra au saxophoniste d'éditer le deuxième disque du groupe : The Evening of the Blue Men. Ici, une cohésion plus remarquable : l'alto de Moondoc emmène un free davantage attaché au bop qui sied particulièrement à Campbell tandis que Parker ose se faire entendre davantage. Sur Theme for Diane, le discours est, en plus, différent : climatique, flottant, imposant sans être clair dans sa forme, donc altier.

Jusqu'en 1981, la formation donnera d'autres concerts, tournera au Canada et jusqu'en Pologne – concerts parfois enregistrés et produits. Le troisième et dernier disque, choisit plutôt de revenir à un concert donné en trio par Moondoc, Parker et Bakr, chez Rashied Ali en 1975 : Theme for Milford (Mr. Body and Soul) dans une version longue de trente-cinq minutes et sur laquelle l'alto est clair, presque léger. Alors, le trio met en pratique un art de la concision autrement saisissant : les coups de Bakr se font plus retentissants, l'alto s'amuse de clins d'oeil mélodiques lorsqu'il n'est pas emporté par le courant quand Parker démontre d'un savoir-faire instrumental déjà supérieur sur son duo avec le batteur, à entendre en conclusion.

En conclusion, retour au livre : historique des séances de Muntu déposé sur papier – neuf années d'activité intense – qui finit en photos : noirs et blancs de souvenirs de concerts donnés en lofts ou à Groningen en 1980, et quelques affiches (de concerts aussi). Pour qui s'intéresse au jazz créatif de l'époque, inutile de dire que ce coffret s'avère indispensable.

Jemeel Moondoc : Muntu Recordings (NoBusiness)
Edition : 2010.
CD1 : 01/ First Fedding 02/ Flight 03/ The for Milford (Mr. Body and Soul) – CD2 : 01/ The Evening of the Blue Men 02/ Theme for Diane – CD3 : 01/ Theme for Milford (Mr. Body and Soul)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 février 2010

Bill Dixon : Tapestries for Small Orchestra (Firehouse 12, 2009)

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De ce free jazz qui n’en était déjà plus quand Cecil Taylor engagea Bill Dixon pour l’enregistrement de Conquistador (Blue Note – 1966), il reste ici toute l’intensité, la trame, la force. Bill Dixon partageait alors avec quelques autres (rares) musiciens (Anthony Braxton et les trop souvent oubliés Marzette Watts et Jacques Coursil) le souci d’entrer en résonance avec autre chose que la fulgurance du jazz. Et ici, on pense bien sûr à Schoenberg, à Webern et à Cage dans la gestion des espaces et des silences. Soit une correspondance imaginaire et pourtant si prégnante entre toutes les musiques chercheuses et questionnantes qui irriguèrent le XXème  siècle.

A l’incandescence du free et à ses plus hautes convulsions, Dixon préféra toujours assembler des matériaux vifs et colorés (Dixon est un peintre de grand talent, ne l’oublions jamais), relier et construire un vrai tissu de relations pour ceux qui en acceptaient le risque. Aujourd’hui ce sont les souffles croisés des trompettistes Taylor Ho Bynum, Rob Mazurek, Graham et Stephen Haynes qui prolongent et amplifient le souffle déchiré et griffé de Dixon d’une douce complicité. Une contrebasse (Ken Filiano), une clarinette basse ou contrebasse (Michel Côté), un violoncelle (Glynis Lomon) et un batteur-vibraphoniste (Warren Smith) complètent admirablement le tableau.

Cette musique est avant tout collective. Elle s’accomplit en de larges unissons ; entre drame et quiétude, densité et épaisseur, timbres et énergies. Elle peut s’amuser à la confrontation des contraires (les lents unissons de cuivres de Phyrgian II vs la scansion soutenue de la batterie) avant de s’unir et de ne plus se lâcher.  Ainsi, de chaque composition-énigme, émerge une histoire forte et aux si fluides contours qu’il ne viendrait à personne l’idée d’en contester la moindre seconde.

Bill Dixon : Tapestries for Small Orchestra (Firehouse 12 / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Motorcycle ’66  02/ Slivers  03/ Phyrgian II  04/ Adagio - CD2 : 01/ Allusions I  02/ Tapestries  03/ Durations of Permanence  04/ Innocenza - DVD : 01/ Going to the Center  02/ Motorcycle ’66  03/ Phyrgian II  04/ Durations of Permanence  05/ Motorcycle ’66 (alternate take)
Luc Bouquet © Le son du grisli

12 novembre 2009

Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform, 2009)

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Dans ce disque, Wadada Leo Smith se livre à de longues improvisations / méditations autour d’un motif mélodique (Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise) ou rythmique (Umar at the Dome of the Rock, parts 1 & 2). Longues à propos, car il faut du temps, et de l’espace, pour que la musique de Wadada Leo Smith se déploie, que la trompette du leader ondoie au gré des vents de son inspiration.

Ces vents là viennent des terres de Miles. Ce dernier semble partout présent, plus comme un esprit inspirant que comme une ombre étouffante. Pour preuve la sonorité aigrelette et le jeu avec le silence qui frappent dans le premier disque, et l’instrumentation choisie dans le second disque. Car cet album est double, et si l’esthétique y est partout la même, les formations qui l’incarnent diffèrent selon les deux disques.

Tout d’abord, le Golden Quintet, qui joue sur le premier disque, témoignage d’un concert donné lors du Vision Festival 2008. On y retrouve le même contrebassiste (John Lindberg) et le même pianiste (Vijay Iyer) que dans le Golden Quartet de Smith. A la place de Shannon Jackson, deux batteurs sont ici conviés (Don Moye et Pheeroan Aklaff) comme pour souligner l’importance du rythme, de la pulsation comme moteurs de la machine et véhicules pour ces voyages dans l’espace (les terres africaines de Umar) ou le temps, comme l’atteste la plongée dans l’époque funky qu’est South Central L.A. Kulture.

Ce morceau charnière, qui clôt le premier disque, est repris en introduction du second, emmené cette fois par une formation plus ample (un nonet) et plus électrique aussi. Pheeroan AkLaff, John Lindberg et Wadada restent pour y accueillir de nombreuses cordes (le violoncelle de la précieuse Okkyung Lee, quatre guitares et une basse électriques) qui, superposées, sur-imprimées telles des aplats de peintures, concourent à créer la pâte sonore de l’orchestre. La batterie, qui émerge de cette pâte liminaire annonce clairement la couleur : celle de rythmes binaires, que Miles empruntait au rock dans les années 70, mais envoyés ici avec une fraîcheur et une urgence qui nous éloignent assez vite de toute tentative de comparaison. Car Wadada joue Wadada et le sillon qu’il creuse depuis tant d’années trouve en ce double disque une belle introduction pour aller plus avant en même temps que l’aboutissement d’une exigeante démarche.

Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 et 2009. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise 02/ Pacifica 03/ Umar at the Dome of the Rocks, Part 1 & 2 04/Crossing Sirat 05/ South central L.A. Kulture - CD2 : 01/ South Central L.A. Kulture 02/ Angela Davis 03/ Organic 04/ Joy : Spiritual Fire : Joy
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

9 novembre 2009

Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn, 2009)

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Sur Deining – qui assemble des extraits de concerts organisés par le tromboniste sur sa propre péniche –, Wolter Wierbos se frotte à Ab Baars, Han Bennink, Wilbert de Joode, Mary Oliver et Franky Douglas.

La fantaisie de Wierbos, d'être entendue ici en duos ou trios, toutes combinaisons multipliant les références : au swing et à l’improvisation la plus délurée, à une musique expérimentale défaite ou encore à une abstraction bruitiste et amusée. Seules tentatives peinant à convaincre, celles issues de la rencontre de Wierbos avec la guitare de Douglas : mélancolie fade de Visions ou mirage latin-jazz d'Innermission.

En face, rien que d’imposant pour faire oublier les écarts : Wilbert de Joode faisant dériver encore autrement le tromboniste sur In Het Want ; Baars donnant avec lui dans un folklore minuscule ou Bennink décidant de mettre en place une musique de fanfare réduite à l’excès ; Oliver se chargeant, elle, d’aller puiser chez son partenaire un chapelet d’élucubrations sorties de souffles nouveaux.

Wolter Wierbos : Deining (Dolfijn Records)
Enregistrement : 2006-2008. Edition : 2009.
CD : 01/ Aan Lager Wat 02/ Op Stoom Raken 03/ Voor de Wind 04/ Loefzijde 05/ In Het Want 06/ Fuik 07/ Visions 08/ Buitengaats 09/ Peer’s Counting Song 10/ Dageraad 11/ Innermission 12/ Op de Werf 13/ De Drie Gebroeders 14/ Geusje 15/ Hoog Aan de Wind 16/ Peer’s Counting Song 17/ Ma 18/ Overstag
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 octobre 2009

Interview de Dennis Gonzalez

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Trompettiste installé à Dallas, Dennis Gonzalez voit cette année paraître une poignée d’enregistrements qui célèbrent son association avec quelques figures de taille (Reggie Workman sur A Matter of Blood, Frank Lowe sur un Live enregistré par son Band of Sorcerers en 1989 ou Joe Morris sur Songs of Early Autumn) ou sa complicité avec ses deux fils (à entendre sur The Great Bydgoszcz Concert), auxquels il doit, voici une dizaine d’années, d’avoir renoué avec la musique...

Vous avez sorti cette année deux grands disques : A Matter of Blood, en quartet, assez sombre et énigmatique, et Scape Grace, en duo, plus lumineux. Je pense sincèrement que nous parlerons encore de ces deux disques dans de nombreuses années. Pensez-vous vivre une étape particulière dans votre carrière de musicien, ou n'est ce qu'une suite naturelle de votre parcours commencé il y a 30 ans maintenant ? La réponse est quelque part entre ces deux suggestions… A côté de ces deux références que vous mentionnez, j’ai sorti d’autres disques cette année… C’est l’année la plus productive, la plus fertile de toute ma carrière, même si je prends en compte les « années Silkheart ». Le nouveau label lituanien NoBusiness Records a sorti Songs of Early Autumn, un enregistrement avec le grand guitariste Joe Morris (qui joue ici de la contrebasse). Mes fils et moi avons sorti l’enregistrement d’un concert donné par notre groupe, Yells At Eels, en compagnie du saxophoniste portugais Rodrigo Amado en Pologne, qui s’appelle The Great Bydgoszcz Concert, sur le label Ayler Records.  Enfin, Qbico Records a sorti Hymn for Tomasz Stańko, disque sur lequel je mène une formation avec le saxophoniste légendaire de Detroit Faruq Z. Bey, l’ancien leader de Griot Galaxy… Je vous remercie pour vos mots au sujet de ces deux disques, et j’espère vraiment qu’on parlera encore d’eux dans quelques années.  Il est difficile, dans la vie d’un musicien de jazz, de penser pouvoir être un jour oublié, c’est pourquoi je prie pour que Blood et Scape Grace  m’aident à pénétrer les esprits et les oreilles des amateurs de jazz partout dans le monde. Je pense que, depuis 2004, je vis une nouvelle étape de créativité dans ma musique. J’ai commencé ma carrière à la fin des années 70 et j’ai connu différentes étapes – différentes directions, des hauts et des bas – tout au long de ces trente années.  Mais, au final, je pense qu’il y a une cohérence dans mon travail, malgré tous les styles et mes nombreux groupes…  On m’a souvent dit qu’on pouvait reconnaître mon son sur chacun des disques que j’ai enregistrés, que ce soit avec des musiciens connus ou d’autres moins connus…  Cela ne cesse de m’étonner !

Parlons un peu de Matter of Blood… Il y a dans ce disque une sonorité formidable, ample et mystérieuse, due à l'alchimie de quatre musiciens qui semblent tous au meilleur de leur créativité. Pouvez-vous nous parler de ce disque et des musiciens qui y jouent ? Evidemment, le musicien le plus important et le plus connu de cette séance est le contrebassiste légendaire de John Coltrane, un des plus doués techniquement de tous les bassistes de jazz, un joueur aussi brillant dans le hard bop que dans l'avant-garde : Reggie Workman, qui a maintenant 76 ans. J’ai fait sa connaissance il y a 28 ans en Finlande, lors du Festival Pori, où il jouait avec le batteur maintenant disparu Edward Vesala. Puis nous nous sommes à nouveau rencontrés pendant le festival de jazz de Lubiana, où il dirigeait des workshops et des performances avec sa femme Maja, la grande danseuse yougoslave. Nous avons un peu discuté, de tout et de rien, puis nous nous sommes promis de faire de la musique ensemble, « un de ces jours ».  J’ai ensuite attendu que le bon moment se présente pour que nous puissions collaborer idéalement quand Marty Monroe de Furthermore Recordings m’a encouragé à ne pas laisser passer trop de temps. Avec l’aide de mon ami Oliver Lake et grâce à Mr. Workman lui-même, nous avons enregistré à Brooklyn le 30 décembre de l’année dernière. J’ai vraiment été surpris par la fluidité et le naturel avec lesquels son jeu de contrebasse s’est intégré à ma musique. Je n'ai pas assez de mots pour décrire ce qu'il a accompli sur cet enregistrement, pour évoquer la tendresse et les cris de son instrument. Il faut vraiment l’écouter sur ce disque ! Ensuite, il y a Michael T.A. Thompson… J’ai joué à New York au Tonic avec Ellery Eskelin et Mark Helias en 2003, et le batteur Gerald Cleaver aurait dû nous accompagner, mais comme il n’était pas là à l'heure, Michael T.A. Thompson l’a remplacé. Ce concert est sorti sur le label Clean Feed sous le nom de Dance of the Soothsayer’s Tongue. Thompson possède un sens quasi-psychique de la batterie… Il est excellent, c’est un des mes batteurs préférés issu de la scène new-yorkaise. Nous sommes également de bons amis ! Maintenant, quelques mots concernant le pianiste... En 1983, la compagnie de disques Nimbus m’a envoyé un CD sur lequel on entendait un jeune pianiste de Los Angeles, Curtis Clark.  Il jouait là avec le Sud-Africain Louis Moholo (avec qui j’allais faire un disque en 1985) et avec le saxophoniste anglais Andy Sheppard. Le disque s’appelait Live at the Bimhuis. J’ai trouvé la musique fraîche et pleine de swing, avec des moments totalement fous et free. Dès ce moment, j’ai décidé que je jouerai un jour avec Curtis. Mais il a habité Amsterdam pendant vingt ans, et ce n’est que récemment qu’il est revenu aux Etats-Unis pour des raisons qui me sont inconnues. Ce disque m’a donné la chance de jouer avec ce pianiste extraordinaire.

Revenons des annés en arrière... Qu'est ce qui vous a donné envie de jouer de la musique ? Pouvez-vous nous expliquer le chemin qui vous a mené de l'apprentissage de la trompette au jazz ? Je joue de la trompette depuis l’âge de 10 ans et mon rapport à cet instrument a vraiment changé au cours de ces 45 années. Si j’ai choisi cet instrument, c’est que je me suis rendu compte que dans l’orchestre de l'école la trompette était habituellement l'instrument solo. J’ai été timide toute ma vie et je me disais que c'était une manière d'attirer l'attention sans trop en faire. J’ai vite aimé la puissance du son de l’instrument… Et  puis, c'était mon premier jouet de valeur ! À la maison, le jazz qu’on écoutait était celui de l'ère du swing, période qu’affectionnait beaucoup mon père. Je préférais alors les disques de Stan Kenton, parce qu'il était très expérimental pour cette période. Avant 1969, je ne me rendais pas du tout compte du poids historique de la trompette dans le jazz, jusqu’à ce qu’un des leaders de l’orchestre remarque une tendance dans mon jeu à la « décomposition » lors des concerts du groupe et m'offre un album de Sam Rivers sur Blue Note : Contours, avec Freddie Hubbard à la trompette. La musique était si inhabituelle et « out » ! C’était exactement de ce dont j’avais besoin pour m’ouvrir sur une pratique plus moderne de la trompette et pour que je continue à avoir envie de jouer en concert… Ensuite, j'ai été élevé dans la foi de l'église baptiste, ce qui est peu commun pour un américain d’origine mexicaine, et la musique jouée dans les églises puise beaucoup dans le chant religieux des noirs, dans les hymnes écrits par les gens du sud des États-Unis qui ont été influencés eux-mêmes par la musique des Afro-Américains. Ces chansons et ces hymnes sont profondément ancrés dans mon coeur et dans mon esprit. Ainsi, quand j'ai commencé à jouer du jazz – au tout début, je jouais plutôt du rock‘n’roll – ces chansons religieuses ont naturellement commencé à transparaître dans ma musique. C’est en partie pour cette raison que je me réclame de la musique afro-américaine... Dans les années 70, quand j’ai commencé à jouer le jazz, les mouvements  tels que « Black Power » et « Black is Beautiful » étaient déjà bien présents et les jazzmen afro-américains qui jouaient « free » ne jouaient que très rarement avec des musiciens blancs, mais je pense qu'ils ont compris que ma condition d’hispano-américain, de « latino », me faisait connaître les mêmes difficultés que les leurs, que mon peuple souffrait tout comme souffrait le peuple noir. C’est que nos deux peuples combattaient alors également pour être mieux entendus et reconnus, ont été tous deux impliqués dans la lutte pour les droits civiques. Ils m'ont donc perçu comme étant un de leurs « frères », non de couleur de peau mais plutôt d'esprit. Ainsi, quand j'ai commencé d'enregistrer pour des labels internationaux et plus réputés, j'ai de plus en plus joué au sein de groupes « noirs » : ceux de John Purcell, Malachi Favors, Ahmed Abdullah, Charles Brackeen, Max Roach, Cecil Taylor, Kidd Jordan, Alvin Fielder, Roy Hargrove, Louis Moholo, et beaucoup d'autres… Mais en même temps que je pénétrais plus avant les cercles de la grande musique noire, je continuais à jouer avec des musiciens européens.

Cette proximité avec la Great Black Music, on peut la retrouver dans la fondation de la Daagnim (Dallas Association for Avant Garde and Neo Impressionistic Music), qui fait figure, sur la scène musicale de Dallas, d’équivalant à l’AACM de Chicago ou à la Jazz Composers’ Guild Association fondée par Bill Dixon à New York. Pouvez-vous nous parler de la Daagnim ? Quand je me suis installé à Dallas, j'ai vite compris que les musiciens de jazz y pratiquent le système traditionnel du « paying your dues », c’est à dire que vous devez aller vous présenter en personne aux musiciens plus âgés et leur demander s’ils sont d’accords pour que vous jouiez avec eux en deuxième partie de soirée. Alors, vous prenez votre instrument et priez le musicien principal de vous laisser jouer sur la scène après qu'il vous ait entendu… Vous savez, ce vieux système qui vous demande de faire vos preuves. Je n'ai pas voulu faire cela. Je n'ai pas voulu prendre le temps, et de toute façon je n’aimais pas la musique qu'ils faisaient. Je veux dire, j'aime les standards, mais je ne ressentais pas l’envie de jouer ces standards à ce moment-là. Je composais déjà ma propre musique. En outre, la musique que j’entendais dans ma tête était très différente de ce que ces musiciens-là jouaient. Et puis, je me suis aperçu qu’il existait d’autres musiciens, qui n'étaient pas fous – comme je pensais l’être – et qui jouaient un jazz « straight-ahead » comme le mien. D’une manière ou d’une autre, nous nous sommes alors trouvés. J’ai toujours gardé mes oreilles grandes ouvertes ! De plus, j'ai animé une émission de jazz  où je passais beaucoup de cette nouvelle musique, et les gens m'appellaient pour me dire : «  Ouah, vous connaissez la musique de l’Art Ensemble ? Vous savez qui est Julius Hemphill ? ». Quand je passais des disques ECM, les gens étaient étonnés de l’entendre programmée à la radio. Là aussi, peu à peu, nous avons commencé à nous rendre visite et à discuter. Puis nous avons commencé à jouer, composer et travailler ensemble, sans vrai but ou direction précise. Je pense que nous attendions « le grand moment », et ce grand moment est arrivé en 1979. J'étais en Californie avec mon frère et j'ai décidé de téléphoner au pianiste Art Lande. Il était très aimable, très gentil, et m’a dit : « Venez parler avec moi. »  Ainsi a débuté une relation de quatre ou cinq années. Un jour, il a fait le déplacement jusqu’à Dallas pour jouer en solo trois nuits durant dans un club du centre-ville. Le patron du club n'a rien payé à M. Lande, alors j’ai décidé de le payer avec mon propre argent, ce que Lande a apprécié. Pendant ces trois jours, il a aussi animé un grand workshop pour les musiciens de Dallas, il disait : « Je vais vous montrer comment monter une petite association. Car tout le monde aujourd’hui essaie de faire la même chose pour survivre musicalement : l'AACM, les personnes de BAG… Vous savez, Houston a également un collectif, Minneapolis/St.Paul aussi, même Atlanta a un collectif. »  C’est ainsi que Daagnim a commencé. Pendant 6 ou 7 ans nous avons beaucoup travaillé, et c’est moi qui dirigeais le collectif. Mais les années passaient et j'étais le seul qui travaillait pour l'association, qui organisait des concerts et des enregistrements. J'ai sorti 25 disques sur le label Daagnim Records. Ce qui me fait le plus rire, c’est que ces types, alors qu’ils étaient mes amis et associés, ne m’ont jamais proposé de mener un projet ni de m'aider le jour où, par exemple, Anthony Braxton est venu chez moi pour animer un workshop. Cela ne les intéressait pas de m’aider. Alors, après un moment, j'ai simplement sorti mes propres disques, j'ai cessé de m’occuper des autres, et me suis concentré sur ma propre musique. Et c’est à ce moment-là que ma carrière a marché. C’est aussi à ce moment-là j'ai rencontré le saxophoniste John Purcell. Et puis j'ai rencontré DeJohnette, qui a été très aimable avec moi, très gentil. Le momentum était arrivé, et je rencontrais de plus en plus de personnes qui comptaient dans le nouveau jazz. Certains de ces types du collectif qui comptaient sur moi ont été très blessés quand j'ai décidé de privilégier ma propre carrière et que je les ai laissés seuls. Pourtant, je ne regrette pas ma décision parce qu’elle a influé de manière positive sur ma vie et ma musique. Et l'effet positif que Daagnim a eu sur moi personnellement et sur ma musique, a fait que nous avons beaucoup joué de musique créative ! Nous avions un forum sur lequel nous essayions nos nouvelles compositions et nos nouvelles idées quasi quotidiennement. C’est grâce à Daagnim que nous avons pu faire notre propre musique !

Lesquels de vos disques conseilleriez vous à quelqu'un qui voudrait découvrir votre musique ? Autrement dit, de quels disques, ou de quelles collaborations, êtes vous plus particulièrement fier, ou vous souvenez vous avec bonheur ? C'est difficile pour moi de dire quels seraient mes disques préférés ou de suggérer par où il devrait commencer parce que j’aime beaucoup toute ma musique, tous mes disques. Je viens de recevoir aujourd'hui une chronique d'un de mes nouveaux disques, et le critique y écrit : « Il s’investit dans chaque session et chaque concert avec la même intégrité. Je tends à penser que tout ce que Dennis Gonzalez fait, il le fait pour laisser une trace. » Vous voyez, je suis heureux de lire qu'une personne estime que je mets tout que j'ai dans chaque session. Cependant, je vais choisir quelques uns de mes disques, comme vous me le demandez ! Je pense que les quatre choix principaux pour quelqu'un qui pourrait vouloir commencer à écouter ce que je fais sont :

Catechism

Dennis Gonzalez Dallas-London Sextet : Catechism (Daagnim Records)
Enregistré à Londres en 1987, avec la crème des joueurs de la scène anglaise (Canterbury / Soft Machine), sud-africaine (Elton Dean, Keith Tippett, Louis Moholo, Marcio Mattos) et deux amis de Dallas (le trompettiste Rob Blakeslee et le tromboniste Kim Corbet). Cet enregistrement m’a ouvert les yeux sur la possibilité de travailler internationalement, à un haut niveau de jeu et de musique ! Le climat développé dans ce disque est presque orchestral.

littletoot

Dennis Gonzalez / John Purcell Octet : Little Toot (Daagnim Records)
Enregistré à Dallas en 1985, avec le grand saxophoniste John Purcell, un fidèle de Jack DeJohnette. Ce disque a fait prendre conscience au monde du jazz qu'il y avait en provenance de Dallas une musique de dimension internationale et que son leader, Gonzalez,  était prêt à élargir encore et toujours ses conceptions de la composition et de l'improvisation !

Stefan

Dennis Gonzalez New Dallas Quartet : Stefan (Silkheart)
Parce que c'était mon premier disque (LP et CD) sorti sur le grand label Silkheart en 1987, et parce qu'il swingue férocement, il a touché un plus large public que je n’aurais jamais pu l’imaginer. Ma carrière a pu ensuite se développer beaucoup plus rapidement, une fois ce disque réalisé. Une nouvelle fois, M. Purcell me fait l’honneur de sa présence sur ce disque…

AMatter

Dennis Gonzalez : A Matter of Blood (Furthermore Recordings)
Le grand bassiste Reggie Workman offre à cet enregistrement une base solide, sur laquelle nous avons pu construire le drive et la sensibilité du quartet. J’ai rarement sonné aussi juste, je pense, que sur ce disque là. Beaucoup de personnes ont déjà comparé cette session aux enregistrements originaux du label Blue Note.

Puisque vous évoquez Reggie Workman, un autre grand contrebassiste, Henry Grimes, a fait son retour en 2004 sur votre label Daagnim Records, après 37 ans d’absence… C’était sur le disque Nile River Suite, sur lequel vous jouez de la trompette. Pourriez-vous nous raconter l'histoire de votre rencontre avec Henry Grimes ? Tout d'abord, pour être précis, Nile River Suite est un de mes projets en leader, pour lequel j’ai invité Henry Grimes et je n’ai pas seulement joué de la trompette sur l'enregistrement. J'ai écrit la musique, réuni les musiciens, préparé la séance ; j’ai pris en charge les coûtes du projet, ai aussi enregistré et fait le mixage de la musique.  Naturellement, Henry est un des plus grands musiciens avec qui j'aie jamais eu l'honneur de jouer. Et, comme vous l’avez mentionné, c'était son premier disque depuis 37 années, depuis qu'il avait quitté New York et disparu à Los Angeles. J'avais lu que quelqu'un avait retrouvé Henry, qu’il habitait une pièce minuscule dans un vieux bâtiment et que son travail était de nettoyer ce bâtiment. Il était concierge, gardien... Cet homme qui a joué avec Don Cherry, le grand Sonny Rollins, et tellement d’autres qu’il serait impossible d’en faire la liste, en était réduit à survivre dans un trou. Henry Grimes retrouvé, toutes sortes d'histoires ont commencé à s’écrire au sujet de sa résurrection, de son retour, mais je me suis aperçu que personne n'avait pensé à enregistrer cette nouvelle « incarnation » d'Henry Grimes. Le trompettiste Roy Campbell, de New York, m’a alors promis qu'il m'aiderait à trouver le moyen de faire jouer Henry dans un de mes disques, parce qu'ils étaient devenus amis et collaborateurs les mois précédents. Il me dit que la première chose à faire était de contacter la nouvelle femme (et manager) d’Henry Grimes, Margaret Davis. Margaret contrôlait tous les déplacements et les concerts de M. Grimes et elle a vraiment été géniale et très aimable avec moi, en m'aidant à mener à bien cette session. À ce moment-là, M. Grimes faisait face à une sorte de « choc culturel »… Imaginez : il est paumé dans un studio minuscule à Los Angeles pendant des années, et d’un coup il devient une sorte de légende, reconnu dans le monde entier, voyageant à nouveau et retrouvant ses vieux amis, en rencontrant de nouveaux par milliers, et ça en l'espace de deux ou trois semaines ! Il m’a semblé très timide, très renfermé, et il ne m’a dit que peu de mots pendant la journée d'enregistrement ou lors du concert au Bowery Poetry Club qui s’est déroulé plus tard dans la soirée. Mais quand il a pris sa basse – un cadeau de William Parker –, il a recouvré ses facultés de communication et a alors pu exprimer ses peurs les plus profondes comme son bonheur, ses joies et les épreuves qu’il avait traversées… Et il a maîtrisé parfaitement son jeu, et le sens de ma musique. Cette rencontre fut dans ma vie musicale un moment étrange et beau…

Vous êtes musicien, compositeur, vous avez créé un label, vous écrivez de la poésie, peignez, enseignez la musique aussi... On est loin de l'image de l'artiste seul dans sa tour d'ivoire. Au contraire, vous donnez l'impression de vouloir être relié au monde et aux gens de toutes les manières possibles. Croyez vous que les artistes ont un rôle important à jouer dans le monde d'aujourd'hui ? Je pense que l'image de l'artiste dans sa tour d’ivoire n'est plus valable aujourd’hui, bien que j'en aie connu quelques-uns de ce genre-là à une époque. Une époque où les musiciens et les plasticiens vivaient dans leur monde, mais ce n’est plus vrai aujourd’hui. Les artistes de notre temps, forcément, sont engagés dans le monde, décryptant tous les signaux que celui-ci leur envoie – que ce monde nous envoie. C'est notre œuvre d’être disponible et prêt à recevoir ces signes annonciateurs, ces avertissements sur ce qui est en train d’advenir. C’est un sentiment qui peut sembler un peu naïf, mais j'aime le monde des personnes humaines et j'aime le monde de l'esprit, et mon art, ma musique et mon écriture, se fondent entièrement sur ces deux mondes. Quand j’étais enfant, j’appartenais à deux cultures différentes, j’étais un enfant d'ascendance mexicaine/espagnole dans le monde blanc de l'Amérique… J'ai grandi en parlant deux langues, partagé entre deux modes de vie et ceci m'a aidé à comprendre que le monde se compose lui-même de beaucoup de mondes différents, d’univers différents, tous riches et possibles. C’est grâce à ma sensibilité artistique que j’ai pu entrevoir ces univers, qui sont pour moi autant de cadeaux. Et j'ai également compris que si je ne réclamais pas ces cadeaux et ne les mettais pas en valeur, je perdrais alors ma vision et ma compréhension de l’univers. C'aurait été une grande perte pour moi. Le rôle que l'artiste doit jouer dans le monde est, à mon sens, de voir à distance, de voir hors du temps. C’est notre travail de montrer ce qui est invisible, pour révéler d’autres possibles, plus grands. C’est notre travail d'écouter et de sentir ce qui n'est pas évident et de le transmettre à nos semblables. Je pense remplir ce rôle le plus profondément et le plus sérieusement possible.

Dennis Gonzalez, propos recueillis en octobre 2009.
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

22 octobre 2009

Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins, 2009)

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Une face de 33 tours et une seule. Consignées en sillons : deux improvisations de Nappe (Pierre Faure et Christian Malfray) et puis la rencontre du duo avec le guitariste Jean-Marc Montera.

D’abord, deux improvisations de tailles inégales : introduction sur laquelle Nappe confectionne une miniature d’un folk répétitif et pièce principale sur laquelle d’autres notes redites avec insistance par la guitare rivalisent de présence avec un drone et un larsen. A l’arrivée de Montera, un nouveau folklore est mis au jour, plus lointain d’apparence : Inde réinventée et fantasme pris au piège des fils électriques de Malfray. Et lorsque les guitares disparaissent, les suivent les épreuves de musiciens subtils : « Improvised Sound Compositions ».

Nappe, Jean-Marc Montera : Improvised Sound Compositions (PlusMoins / Metamkine)
Edition : 2009.
LP : A1/ Nappe : Improvised Sound Composition1  A2/ Nappe : Improvised Sound Composition 2 A3/ JM Montera / Nappe : Improvised Sound Composition
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 octobre 2009

Barry Guy, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt, 2009)

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Deux pièces seulement ici, toutes deux enregistrées le 21 mai 2008 dans le cadre du Schaffhausen Jazzfestival.

Schaffhausen Concert est un solo de la pianiste Irène Schweizer. Chez Irène, toujours cette redoutable symétrie, cette clarté de la forme et du phrasé. Continuité sans ruptures, le doute est absent et l’excellence est au rendez-vous. Seulement jouer avec un total engagement : avec énergie, force et ne jamais s’attarder, ni se relâcher. Une urgence continue, exemplaire même dans ses moments de répit ; sans incidence et si brillante que générosité et chaleur s’y perdent parfois. Cela à duré une quinzaine de minutes.

Radio Rondo est une composition de Barry Guy. Il dirige à nouveau le London Jazz Composers Orchestra (plus de dix ans d’absence, déjà). Le plaisir de les retrouver est grand. Les clusters et autres glissandi sont toujours présents. L’effet de masse, l’action collective ne trompent pas. Barry Guy dirige avec rigueur et Irène Schweizer, dont le rôle central ne fait aucun doute ici, exulte et mitraille sans sourciller, adoptant parfois des paysages plus tempérés en trio avec Barry Guy et Paul Lytton. Cela a duré une trentaine de minutes.

Barry Guy London Jazz Composers Orchestra, Irène Schweizer : Radio Rondo / Schaffhausen Concert (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2009   
CD : 01/ Schaffhausen Concert 02/ Radio Rondo
Luc Bouquet © Le son du grisli

29 septembre 2009

Richard Williams : The Blue Moment (Faber & Faber, 2009)

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Dans The Blue Moment, Richard Williams s’intéresse à ce qu’il y a derrière Kind of Blue. Par « derrière », entendre surtout « après ».

Au-delà d’une introduction déstabilisante pour le lecteur – puisqu’on renvoie celui-ci à deux ouvrages précis sur le sujet (signés Ashley Kahn et Eric Nissenson) et qu’on lui assène chiffres de vente et anecdotes dispensables tendant à prouver que Kind of Blue est bel et bien un ouvrage hors du commun –, Williams pose la première pierre de sa théorie personnelle : Aux origines de toutes choses musicales, il y a Kind of Blue. Reste ensuite, pour l’auteur, à choisir ses exemples : « coolitude » d’un musicien des rues de Barcelone, paisible ambient de Brian Eno ou accords de guitare de Chris Réa (oui), autant de prolongements à l’œuvre gigantesque.

Au fil des pages, ensuite : une histoire de la couleur bleue (résumé rapide de l‘ouvrage de référence de Michel Pastoureau), des digressions d’Américain à Paris (existentialisme, littérature et films) et puis, quand même, suivre Miles Davis de l’enregistrement de Blue Moods avec Mingus à celui du disque en question avec la formation que l’on sait : là, l’auteur a bûché, passé l’oral, que l’on trouve ici retranscrit sur papier. Ailleurs, des parallèles plus ou moins sensés avec des musiciens ayant puisé dans le disque un peu de leur inspiration : minimalistes choisis, John Cale ou encore Robert Wyatt. Entre les deux : le vide et, au final, The Blue Moment s’avère être un fourre-tout passable lorsqu’il n’agace pas avec moins de nuances.

Richard Williams : The Blue Moment (Faber & Faber / Amazon)
Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

15 septembre 2009

Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon, 2004)

susannasli

Absolutely brilliant debut release from young Norwegian duo consisting of Susanna Wallumrød (vocals) and Morten Qvenild (keyboards). Nine beautiful low key original songs plus highly personal interpretations of Dolly Parton's Jolene and Leonard Bernstein's Who Am I makes this one of the strongest Norwegian debut releases in a very long time. If you´ve heard Believer (also included here) from Money Will Ruin Everything you know what to expect. Produced by Andreas Mjøs (Jaga Jazzist) and Deathprod.

Susanna and the Magical Orchestra : List of Lights and Buoys (Rune Grammofon)
Edition : 2004.
CD : 01/ Who Am I 02/ Jolene 03/ Turn the pages 04/ Friend 05/ Hello 06/ Believer 07/ Sweet devil 08/ Baby 09/ Time 10/ Distance Blues and Theory 11/ Go
Heribert Friedl © Le son du grisli

petitfriedl

Musicien, Heribert Friedl anime le label NonVisualObjects sur lequel est récemment sorti Recherche_00.

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