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Le son du grisli
31 mai 2014

Foole, Flaherty, Baczkowsky, Nace, Corsano : Wrong Number (Open Mouth) / Flaherty, Colbourne : Ironic Havoc (Relative Pitch)

wrong number

Est-ce un « jazz » (un « iazz » ?) compressé qu’il faut déchiffrer sur la couverture de ce nouvel enregistrement – daté du 30 janvier 2013 – de Paul Flaherty, Bill Nace et Chris Corsano ?  Parlant de « compressé », comment Steve Baczkoswky et le (ci-devant) vocaliste Dredd Foole pourront-ils s’imposer auprès du trio ?

Assez bien – le suspense fut de courte durée –, à entendre Foole, voix lointaine mais que les musiciens écoutent à tel point qu’un parfum de Body/Head flotte sur la première face : aux appels lancés, répondent les soupirs des saxophonistes… Mais la tension monte.

En seconde face, Foole, en chef d’orchestre éconduit, essuie les foudres d’improvisateurs aux coudées franches : Corsano cogne et même mitraille, Nace élabore à distance rapprochée d’ampli, Flaherty et Baczkowsky bronchent. Si l’ensemble met à mal les éléments de langage que Foole a plus tôt osés, la cacophonie à naître, ambiante et accaparante, se passe très bien de ne rien signifier. Son « iazz » est non seulement compressé, mais bel et bien serré et menaçant.

Dredd Foole, Paul Flaherty, Steve Baczkowsky, Bill Nace, Chris Corsano : Wrong Number (Open Mouth)
Enregistrement : 30 janvier 2013. Edition : 2014.
LP : A-B/ Wrong Number
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

paul flaherty randall colbourne ironic havoc

Poursuivant une collaboration qui commence à dater, Paul Flaherty et Randall Colbourne enregistrèrent  en mai 2013 Ironic Havoc en duo. Inspirés par un phénomène atmosphérique (plus de détails dans les notes du disque, que signe Flaherty), le saxophoniste et le batteur peaufinent un autre jazz d’intensité, free possible ou swing défait qui font leurs reliefs d’accrocs supérieurs.  

Paul Flaherty, Randall Colbourne : Ironic Havoc (Relative Pitch)
Enregistrement : mai 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Jumping Spiders 02/ Moving Outside a Million Years 03/ Bstry 04/ Revenge of the Roadkill 05/ Watching 06/ Conclusion
Guillaume Belhomme © Le son du grisli


musique actionCe dimanche 1er juin, à 18H30, Bill Nace sera de concert avec Kim Gordon en Body/Head à Vandoeuvre, dans le cadre du festival Musique Action.

 

29 mars 2014

John Zorn : Shir Hashirim (Tzadik, 2013)

john zorn shir hashirim

Dans la jungle zornienne, le chroniqueur a parfois du mal à s’y retrouver. Alors (presque) au hasard, il choisit un CD à chroniquer en espérant que celui-ci ne sera pas une horrible muzak de supermarché. Et parfois le chroniqueur tombe sur la pépite (ou mini-pépite). C’est le cas ici.

Shir Hashirim (le Cantique des Cantiques) a été crée à Paris par Clotilde Hesme et Mathieu Amalric. A New York, c’était Lou Reed et Laurie Anderson qui officiaient en qualité de récitants. Ici, John Zorn se passe de récitatif et ne convoque que le seul chœur féminin des Sapphites (Martha Cluver, Lisa Bielawa, Kathryn Mulvehill, Abigail Fischer, Kirsten Sollek). En une trentaine de minutes, Zorn offre à ses muses un champ de douceurs et de tendresses mêlées. Ses motets ne manquent pas de charme : clarté, pureté et fluidité du chant, combinaisons harmoniques évidentes, arpèges vocaux sans surprise ; on se croirait parfois chez Meredith Monk. Depuis longtemps, la consonance a pris le pouvoir chez Zorn (des blogs sont là pour s’y retrouver). Certains s’en désespèrent, d’autres s’en félicitent. A vous de voir.

John Zorn : Shir Hashirim (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2010. Edition : 2013.
CD : 01/ Kiss Me 02/ Rose of Sharon 03/ A Night in My Bed 04/ How Beautiful You Are 05/ I Have Come into the Garden 06/ Where Has Your Love Gone 07/ Dance Again 08/ O, If You Were Only My Brother
Luc Bouquet © Le son du grisli

7 mars 2014

Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata, 2013)

cactus truck live usa

Si John Dikeman (saxophones), Jasper Stadhouders (guitare et basse électriques) et Onno Govaert (batterie) se cachent derrière Cactus Truck c’est qu’ils ne craignent ni l’épine ni la vitesse. D’ailleurs, le power trio sax / guitare / batterie se s’embarrasse pas de présentation : à la place, il déverse directement le même free costaud que Luc Bouquet avait entendu sur Brand New China.

Sur le CD en question, les Hollandais ont placé des morceaux de trois concerts donnés aux USA, parfois avec Jeb Bishop (les deux premiers titres) et parfois avec Roy Campbell (le dernier titre). Et oui, le trio étend sa menace et les murs étasuniens en tremblent. Heureusement que Bishop improvise et que Campbell mélodise pour que le free jazz de Cactus Truck n’abatte pas tout jusqu’au dernier de leurs auditeurs. S’ils ont les épaules assez larges, ces-derniers applaudiront le groupe sur les ruines.

Cactus Truck : Live in USA (Eh? / Tractata Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Prairie Oyster 02/ Seans Gone 03/ Hot Brown 04/ The Twerk 05/ Magnum Eyebrow 06/ Wedding Present (Sorry Erine) 07/ Ninja
Pierre Cécile © Le son du grisli

11 janvier 2014

Théo Ceccaldi Trio + 1 : Can You Smile? (Ayler, 2013)

théo ceccaldi trio joëlle léandre can you smile

Il y a toujours Théo Ceccaldi (violon), Valentin Ceccaldi (violoncelle) et Guillaume Aknine (guitare). Et puis, il y a aussi Joëlle Léandre. Ni despote, ni démiurge, ni guide (même si plus rythmique que d’ordinaire), cette dernière. Juste la présence et la justesse de l’instant présent. Pas forte en gueule mais toujours forte en cordes. Exacte. Ponctuelle. Le trio a bien fait de la choisir. Ou bien est-ce l’inverse.

Et le trio avance. Happe une mélodie. Gracie le trait de sa propre clarté. Fait acte de stagnation. Assume ses timidités. Résorbe l’inquiétude. Module une possible barbarie. Foudroie le vu-mètre d’une guitare saturante. Et n’oublie pas de craqueler le bois et de tirer les cordes puisque, cela, ils savent aussi le faire. Osons une facile conclusion : à suivre…

écoute le son du grisliThéo Ceccaldi Trio, Joëlle Léandre
Can You Smile?

Théo Ceccaldi Trio + 1 : Can You Smile? (Ayler Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Bonjoir 02/ Lucien le chat 03/ Je ne suis pas 04/ Beat Often 05/ Sirènes et bas de laine 06/ Brosse à chaussures 07/ Hirondelles 08/ Can You Smile? 09/ Brosse à moustaches 10/Ca fait rien 11/ Pruneau sur le gâteau
Luc Bouquet © Le son du grisli

20 janvier 2014

Stefan Thut : Drei, 1-21 (Edition Wandelweiser, 2013)

stefan thut drei 1-21

Il n’a pas plu depuis trois jours. Drei.
 
Johnny Chang, violon. Sam Sfirri, melodica. Jürg Frey, clarinette. A chacun sa note. Il faut juste qu’elle tienne le temps demandé par la partition de Stefan Thut. Le compositeur a tracé des bâtons, courts, à l’horizontal. Un, deux ou trois, isolés ou superposés. Un musicien une note un bâton (ils me rappellent certains écrits de Beckett). Et des silences. Même pas dérangés par le bruit de la pluie.   

Trois jours. Le violon enregistré le 15 janvier 2012. Le melodica enregistré le 22 octobre 2012. La clarinette enregistrée le 26 octobre 2011. A chacun sa note. Les silences sont présents de plus en plus mais le temps ne se fait pas plus long. La partition de Thut est une frise de strates mécaniques qui nous fait croire que tout est décidé à l’avance.

Mais voici que la pluie tombe et, ça, Thut ne l’avait pas prédit. Elle tombe sur sa sculpture mobile de vingt-et-une pièces, ses vingt-et-une pièces de trois minutes zéro six. Mais à chaque réapparition d’un des trois instruments, elle fait silence – ou est-ce mon attention qui fait silence ? Elle me laisse à mon écoute, elle m’oblige à l’attendre. Trois minutes zéro six de plus. Trois minutes zéro six encore. Pour toujours.

Stefan Thut : Drei, 1-21 (Edition Wandelweiser)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01-21/ 03:06
Héctor Cabrero © Le son du grisli

23 novembre 2013

Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP, 1992)

peter kowald werner ludi butch morris sainkho namtchylak when the sun is out you don't see stard

Cette chronique est l'une des cinq qui illustrent le portrait de Peter Kowald dans le hors-série papier à paraître mardi (26 novembre) : sept basses.

C’est une nature qui s’éveille lorsque débute When The Sun Is Out You Don’t See Stars, disque d’improvisateurs en quête d’essence : Peter Kowald (contrebasse), Werner Lüdi (saxophones alto et baryton), Butch Morris (cornet) et Sainkho Namtchylak (voix). Reptations sonores révélées par l’archet rapide, barrissements et vagissements des instruments à vent, chants d’une espèce volatile : un nouveau jour se lève, prétexte pour le quartette à raconter l’histoire du monde. Ses heures, toutes, rassemblées en soixante-dix minutes, et leurs mouvements, nombreux et souvent interdits de destination : vingt pièces au total, enregistrées en trois fois (26 et 27 juillet 1990, 8 juillet 1991), qui disent les impératifs d’une existence avec une poésie capable de tous les sublimer ; vingt saynètes, qui peignent des rencontres avec l’autre (conversations interlopes d’Overcome Babylon, confrontation de Killer Planets) ou l’élément naturel (est-ce la voix de Sainkho qui fait parler le vent sur Wind Talking ou bien l’apparition fugace du souffle de Morris ?), des pertes de repères (géographiques sur Happysad, physiologiques sur Long Trust And These Jokes) et des glissements de terrain (Dawn In Tuva, A Thousand Years Etcetera, Pretty Ugly).

Au-delà, ce sont même des mystères que l’on approche, dont le moindre n’est pas celui de l’origine d’une musique à la croisée des chemins, née de l’accord impeccable d’improvisateurs réunis par le goût de l’éclectisme et des expériences qu’ils ont en commun, et par la fascination qu’exerce sur chacun d’eux le même horizon : « faire se rencontrer les mondes » : OverWelcome Babylon !

Peter Kowald, Werner Lüdi, Butch Morris, Sainkho Namtchylak : When the Sun Is Out You Don’t See Stars (FMP)
Enregistrement : 26 & 27 novembre 1990, 8 juillet 1991. Edition : 1992.
CD : 01/ Dance of The Invisibles 02/ Paris Bar 03/ A Thousand Years Etcetera 04/ Bursting Bubbles 05/ Sacred Places 06/ Overcome Babylon 07/ Wind Talking 08/ Happysad 09/ Bold As Gold 10/ Killer Planets 11/ Down in Tuva 12/ Yes Yes The Anarchy 13/ A Little World Music 14/ Long Trust And These Jokes 15/ Dark Side of White 16/ The Art of Falling Apart 17/ Burning Spirits 18/ Pretty Ugly 19/ House of Trouble 20/ No Longer Down Under
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

11 février 2007

Gastr Del Sol : Twenty Songs Less (Minority, 2006)

gastr delo sol twenty songs less

Aujourd’hui réédité par le label Minority records, Twenty Songs Less présente un condensé probant de la musique de Gastr del Sol sur le temps imparti par un 45 tours.

Axés ici autour de la guitare folk de David Grubbs, les morceaux apposent sur la mélodie rendue par des accords lents et répétitifs des pièces d’enregistrements environnementaux, l’electronica étouffée et des bandes en mode reverse de Jim O’Rourke, ou accueillent avec parcimonie des charges fulgurantes de batterie (John McEntire).

Collages et tentatives vaines de déconstruction, puisque Twenty Songs Less va voir davantage du côté d’un minimalisme appliqué au domaine de la pop que d’une avant-garde nihiliste ou d’un rock qu’on pourra qualifier de post, histoire de l’enfoncer dans une époque plutôt que de le qualifier malignement. C’est justement cet aspect de la musique de Gastr del Sol qui plaidait en faveur d’une telle réédition.

Gastr Del Sol : Twenty Songs Less (Minority Records)
Edition : 1993. Réédition : 2006.
7" : A/ Twenty Songs Less B/ Twenty Songs Less
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 décembre 2013

Vlady Bystrov, Helen Bledsoe, Alexey Lapin : Triologue / Kruglov, Lapin, Sooäär, Yudanov : Military Space (Leo, 2013)

vlady bystrov helen bledsoe alexey lapin triologue

Ces miettes font pain. Ce que tentent les clarinettes, les flûtes et le piano de Vlady Bystrov, Helen Bledsoe et Alexey Lapin passent par le délestement des formes. Ces tessons épars voyagent en direction des terres dévastées. Un seul but : reconstruire l’Eden. Ce qui fut mais n’est plus. Ce qui ne demande qu’à revenir. Les années passent, le germe sommeille : il suffit de ce petit rien qui fait tout.

Ce germe, Jimmy Giuffre l’avait déjà semé. Ce trio avait bouleversé. Il bouleverse encore. Tout comme il est à espérer que ce Triologue bouleversera. Combattent-ils l’éphémère à travers leurs feuillages inquiets, leurs entrechats virtuoses ? Ici, ils n’errent pas, ils construisent. Pas par hasard mais parce qu’ils savent transmettre l’intensité de leurs âmes vibrantes. Ici, le souffle est léger, il parcourt les plaines et les plateaux. Parfois, parce que l’instant le demande, ils feulent, ils fêlent, ils craquèlent. Mais jamais ne se perdent dans les colères inutiles. Ils dansent légers et heureux. Nous aussi.

écoute le son du grisliVlady Bystrov, Helen Bledsoe, Alexey Lapin
Triologue

Vlady Bystrov, Helen Bledsoe, Alexey Lapin : Triologue (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
CD : 01/ Credo 02/ The Thoughts 03/ The Inner Spaces 04/ Triologue 05/ Monologues 06/ North Crystal 07/ Die versuchung 08/ Allegro con brio 09/ Mélusine 10/ Countless Refractions
Luc Bouquet © Le son du grisli



alexey kruglov alexey lapin military space

Le 17 novembre 2011, Alexey Lapin proposait à ses amis (Alexey Kruglov, Jaak Sooäär, Oleg Yudanov) de ne pas s’en tenir au free volcanique qui venait, le temps d’une première improvisation, d’enflammer le Jazz Centre de Yaroslavi. Le temps d’harponner quelques steppes psychédéliques, voici le quartet mijotant quelque aire bruitiste, quelque vallon contemplatif, quelque virage brutal. Toujours premier de cordée, le pianiste guidait et orientait alors un quartet apparemment ravi de l’aubaine.  

Alexey Kruglov, Alexey Lapin, Jaak Sooäär, Oleg Yudanov : Military Space (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Assault 02/ Energy 03/ Rear Services 04/ Secret Briefing 05/ Plan for the Future 06/ Battlefield 07/ Second Breath 08/ Triumph
Luc Bouquet © Le son du grisli

4 novembre 2013

Body/Head : Paris, Centre Pompidou, 2 novembre 2013

body head paris centre pompidou 2 novembre 2013

... et soudain s'interrompt l'entrelacs monotone des guitares. Les visages immenses projetés à l'extrême ralenti s'effacent, laissant voir à la place un mat écran vierge. A même le sol (la scène a été démontée), trois amplis ; la paire de musiciens composant Body/Head est devant. Après avoir doucement rallumé les lumières dans la salle, la régie sort le public de sa torpeur en envoyant de la musique en façade. Kim Gordon s'avance une dernière fois pour dire : « bonsoir », sans demander son reste.

Feedback / No feedback. Quiconque a vu, une fois seulement, le bonheur de jouer fendre le visage d'analyste de cette grande musicienne et artiste comprendra aisément quel rôle peut jouer dans sa pratique un phénomène sonore et social aussi pur que le feedback. Surtout quand, justement, de feedback il n'y a pas, et que celui des guitares meurt – d'ennui. Une circulation d'énergie entre l'objet d'art, concert, chanson, album, groupe, et la culture qui lui donne vie ; entre body et head ; qui donne et qui prend... Sur la scène de la Maroquinerie il y a un an, Body/Head était un duo jeune, plein d'avenir, électrique au sens large, sulfureux. L'indécision formelle, entre psychédélisme, poésie rock et songwriting, tranchait avec la netteté du propos : sexe et politique, sexe est politique. Soit le thème dont Gordon est l'icône paradoxale. On en retrouve les traces sur l'album Coming Apart, qui privilégie des formats relativement courts, quasi-pop.

Aujourd'hui, Body/Head, paré d'images extraites de films de Catherine Breillat, se lance dans une performance d'une heure, sur un accord ou presque, que les mélopées atones bien connues de Gordon et les distorsions mieux inspirés de Nace nimbent vaguement. Encourager les comparaisons décourage les comparaisons : si le fait de penser à Sonic Youth en écoutant jouer Body/Head ne passait pas pour un manque flagrant de fair-play, on se prendrait à espérer un scénario à la Koncertas Stan Brakhage Prisimimui (SYR6, avec Tim Barnes et Jim O'Rourke). Mais la salle reste froide, et le son médiocre n'en fait qu'accentuer les creux. Manifestement, le courant ne passe pas, et les feedbacks tournent en rond. L'étreinte attendra ; ce soir on salue l'effort.

Claude-Marin Herbert © Le son du grisli
Photo : Bénédicte Albessard.

6 décembre 2013

Felix Kubin : Zemsta Plutona (Gagarin / ZickZack, 2013)

felix kubin zemsta plutona

Pape de l’électro-pop dadaïste rétro-futuriste (ami lecteur fan des étiquettes, te voilà rhabillé pour l’hiver), Felix Kubin poursuit son rythme de funambuliste moqueur à son niveau, autant dire que ses synthés ont encore bien des choses à nous offrir.

Entouré de plusieurs vocalistes aux clins-d’œil complices, dont le Belge ex-Brochettes Nicolas Ekla (aussi aperçu chez Lem), qui nous sort un Atomium Vertigo d’une ironie mordante à la Anne-James Chaton, le producteur de Hambourg fait osciller le pendule entre instrumental ou quasi (telles ces quelques voix numériques sur Files Without Memory) et titres où les voix invitées expriment, toujours en français svp, plus qu’elles ne chantent – à l’exception du titre aux neuf boules déjà mentionné.

Le reste, s’il est connu des aficionados de Kubin, n’est pas moins intéressant, encore que deux ou trois titres font moins bonne figure. Ça et là, l’homme de la ville hanséatique prend le micro, in English (Lightning Strikes, irrésistible) ou auf Deutsch (Der Kaiser ist gestorben), où son sens de la dérision cynique prend tout son sens, il ose même – et c’est à mourir d’hilarité – un faux jazz version Looney Tunes 2.0, Et c’est peu dire qu’on se torche bien la nouille à la fréquentation de cette Revanche de Pluton.

Felix Kubin : Zemsta Plutona (Gagarin / ZickZack)
Edition : 2013.
CD / LP / DL : 01/ Lightning Strikes 02/ Atomium Vertigo 03/ Nachts Im Park 04/ Flies Without Memory 05/ Restez En Ligne 06/ Piscine Résonnez 07/ Der Kaiser Ist Gestorben 08/ Swinging 40s 09/ Speed 10/ The Rhythm Modulator Cont'd 11/ Zemsta Plutona
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

1 novembre 2013

James Plotkin, Paal Nilssen-Love : Death Rattle (Rune Grammofon, 2013)

james plotkin paal nilssen-love death rattle

Au fil d’un passé de métal (OLD) et de collaborations ombreuses (Mick Harris, Lotus Eaters) ou expérimentales (Jon Mueller, Brent Gutzeit), James Plotkin s’est forgée une science des effets qui relève son art féroce de la guitare. Ayant un faible pour l’instrument batterie – 8 improvisations avec Tim Wyskida l’avait déjà révélé –, Plotkin semblait attendre de rencontrer ce Paal Nilssen-Love que Stephan O’Malley lui fit découvrir un jour. Et la chose arriva, dont témoigne Death Rattle.

Malgré le titre, on n’entendra là pas le moindre effet de gorge. A la place, grondant quand même, Plotkin et Nilssen-Love s’accordent sur tumulte ou progression contrariée avec toujours la même inquiétude : varier leur ouvrage. Répétition d’arpèges, domptage de feedbacks ou extraction (voire retournement) de plaintes pour le premier ; déclenchement d’avalanches, battage de tambours et extraction de sanglots sur cymbales pour le second: voilà de quoi retourne Death Rattle sur quatre chants d’agonie qui ont en commun de savoir bien frapper.

James Plotkin, Paal Nilssen-Love : Death Rattle (Rune Grammofon)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ The Skin, The Colour 02/ Primateria 03/ Cock Circus 04/ Death Rattle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 septembre 2005

Jazz à la Villette 2005

jazz à la villette 2005

On aura maintenant compris qu'un festival, pour durer, se doit chaque année d'établir une programmation ouverte, assez évasive pour éveiller l'intérêt de publics différents. Ne lésinant pas, certains ont même franchi le cap des quelques concessions accordées pour ne plus présenter qu'une immonde mixture prometteuse de subsides facilement engrangées. L'envie de défendre des artistes que l'on apprécie passe, il faut croire, changée bientôt en organisation de foire à la vedette. Reste aux programmateurs à noyer leur désillusion dans des fonds de gobelets de bière chaude, rassurés quand même par l'assurance de pouvoir conserver leur poste de prestige au moins un an encore, glorifiés presque d'avoir frôlé quelques divas du piano et simili musiciens minaudant dont télés et radios répètent à l'envi la compétence, stigmatisant en même temps l'ignorance de qui pourrait ne pas se rendre compte.

A l'instar des rendez-vous pop rock, les festivals de jazz les plus reconnus seront ainsi passé - parlant qualité - du menu gastronomique à la formule express, voire, au menu best of : crooners trentenaires en mal d'inspiration, vedettes vieillissantes depuis longtemps déjà mais susceptibles d'amener au concert une foule d'amateurs nécrophages, ou formations de variété électro-vide à destination du jeune public. Plutôt rare, l'installation d'un artiste de qualité au sein d'une programmation étalée sur plusieurs jours prend, quand elle a lieu, des allures de surprise. Ainsi, sauvant les meubles un peu, comme ne le font plus Marciac ou Montreux, l'édition 2005 de Jazz à la Villette.

Sur une dizaine de jours, se seront bousculés en 7 lieux différents des artistes donnant concert selon les directives de deux catégories choisies. La première, intitulée Jazz New Sounds, concernait quelques musiciens, capables seulement de variété grossière (Mina Agossi, Bugge Fisherman's Friend Wesseltoft et Laurent Garnier), responsables d'un pompiérisme moderne et applaudi (Julien Lourau, Laurent de Wilde), électro-bidouilleurs un peu plus éclairés (Ambitronix, Vincent Segal), ou, égaré parmi les autres comme parmi ses machines - quelques mois seulement après son passage à Banlieues Bleues : Anthony Braxton. La seconde, Coltrane's Sound, prétextait l'auréole aujourd'hui au-dessus du visage de John Coltrane pour explorer un peu - photos prises de quelques satellites - l'univers du maître. Catégorie plus susceptible de recevoir un peu d'audace.

Evidemment pas dans la présence d'Alice Coltrane et de son fils, obligations familiales autant que bel exercice de promotion (pour eux, comme pour le Festival, qui, consacré enfin par A Nous Paris, ne rêvait plus qu'un article dépassant les vingt lignes dans Le Parisien). Pas non plus dans celle d'Archie Shepp, personnage incontournable, évidemment, mais donnant trop, depuis vingt ans, dans le cabotinage et le jazz dégoulinant pour que le respect qu'on lui doit ne prenne enfin un coup - qui est ce "on" ? peut toutefois se demander qui a été témoin de la mine ravie autant qu'innocente arborée par le public de la Cité de la Musique, pas le premier pourtant, humble novice à vie, à confondre piquette et grande cuvée - l'important étant de bien faire entendre qu'on apprécie le jazz, comme le vin ; rentrer dans les détails gâcherait tout, ne pouvant que révéler l'ignorance inaltérable de qui la ramène trop souvent et trop fort.

Le salut est donc venu d'ailleurs, attendu qu'il était à la lecture du programme. Glissant subrepticement, et en deux fois, des formations impeccables parmi les erreurs, il faut reconnaître qu'un effort a été fait, sinon de connaissances, du moins de recherches. Qui a soufflé aux responsables du festival les noms de Charles Gayle, Reggie Workman et Andrew Cyrille ? Le 2 septembre, en première partie du quartet de Shepp - place inconfortable et indigne des mérites du trio - posé là pourquoi ? C'est que l'élégance de Gayle fait tâche, se dit-on méchamment, tandis que, concentré, le saxophoniste inspire. Ayant tardivement œuvré pour un free jazz proche de celui d'Ayler, souvent comparé à Frank Wright, Gayle installe sans attendre sa simplicité trouble en compagnie de deux légendes plus anciennes. Workman, contrebassiste majestueux vu aux côtés de Coltrane, Monk, Shepp ou Andrew Hill. Influencé depuis ses débuts par les possibles transes africaines, il distribue quelques coups à son instrument, en arrache sèchement les notes ou laisse glisser ses doigts sur toute la longueur du manche. Investissant le champ des mélodies à rendre, il offre l'entière organisation rythmique à Cyrille, batteur essentiel exploité dûment par Roland Kirk ou Cecil Taylor, instillant dans sa virtuosité des touches d'humour décalé. Eclairé, le free mis à disposition. Léger, alerte.

Quatre jours plus tard, au Trabendo, le duo Sonny Fortune / Rashied Ali œuvrait à son tour à relever le niveau. Là encore, des musiciens de taille, immenses au point de se permettre un public plus modeste. Tout à eux, le Trabendo. Au saxophoniste Fortune, sideman d'Elvin Jones, McCoy Tyner ou Miles Davis ; au dernier batteur de Coltrane, Rashied Ali, qui a pu le pousser dans ses derniers retranchements sur des albums aussi convaincants que Meditations ou Stellar Regions. Défenseurs acharnés, depuis toujours, de l'œuvre du maître - en compagnie, surtout, de Reggie Workman pour le premier ; d'Arthur Rames pour le second -, les deux hommes remettent ça ensemble, duo impressionnant d'écoute et d'inventivité. Pendant près d'une heure et demi sans interruption, Fortune et Ali citent et rendent hommage à Lush Life ou Giant Steps, avant de s'emparer des digressions possibles et improvisées. Sans faille, le soutien d'Ali ne cesse de mettre en valeur les trouvailles se bousculant l'une l'autre de Fortune dont le jeu motive, lui, les attaques intelligentes d'Ali. Respectueux, implacable, et, surtout, sincère.

La force des choses, ainsi que la loi de l'offre et de la demande - qui disparaîtra bientôt au profit de la loi de la demande exclusive, populo-majoritaire et, voudra-t-on nous faire croire, réconciliatrice - ne permet pas de voir évoluer souvent de tels musiciens. Outre leur figure, historique et savante, les voilà pourtant, en plein Paris, pratiquant un jazz d'une ampleur gigantesque. Curiosités issues on ne sait comment d'une ligne éditoriale branlante - ou calculatrice, au choix -, ils auront permis au Festival Jazz à la Villette de satisfaire tout public et de soigner ses caisses. Puisqu'il faut positiver, reste à qui tend l'oreille de prendre le bon où on le trouve, même en petite quantité. De remercier les programmateurs, même, au titre qu'ils n'étaient pas obligés : pas programmés, le trio de Charles Gayle et le duo Fortune / Ali, qui aurait pris deux minutes pour regretter leur absence ? Puisqu'il faut positiver, toujours, grâce soient rendues à ces mêmes organisateurs pour nous avoir épargné l'intervention de musiciens institutionnels fatigant l'amateur par leur omniprésence en festivals touchant subventions (Portal, Texier et consorts), et pour n'avoir pas poussé la variété inéluctable jusqu'à faire défendre le jazz par Garbage ou Craig Davis (Montreux, cette année), Omar Sosa et Femi Kuti (Marciac, cette année). De nos jours, conclura-t-on, le mieux n'est plus l'ennemi du bien, mais le sauveur du pire.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 mars 2009

The Vandermark 5 : Alchemia, 14-15 mars 2009

the vandermark 5 krakow march 2009

En février et mars dernier, Ken Vandermark fit tourner son quintette en Europe. A Rotterdam, Cadix ou Cologne, on put ainsi entendre The Vandermark 5, qui conclua sa tournée les 14 et 15 mars dans les caves de l’Alchemia, café de Cracovie où le groupe a ses habitudes depuis qu’il y a passé une semaine en 2004 – ces concerts du groupe (qui employait alors le tromboniste Jeb Bishop) se trouvent consignés sur Alchemia, coffret renfermant douze disques publié par le label polonais Not Two. Cette année, deux soirées seulement, donc, et une formation qui n’est plus la même : pour donner à entendre à la place de Bishop le violoncelliste Fred Lonberg-Holm, déjà présent sur l’indispensable Beat Reader publié l’année dernière par le label Atavistic.  

Pour l’essentiel, le répertoire est neuf : que l’on retrouvera (puisqu’enregistré tout au long de ces deux soirs) sur une future référence du catalogue Not Two (Annular Gift) et qui permet au Vandermark 5 de mettre à l’épreuve sa nouvelle combinaison. Concentrés, les musiciens entament le premier des quatre sets donnés à Cracovie, qui tiendront parfois de la séance d’enregistrement partagée avec le public : Table, Skull, and Bottles inaugurant l’exercice sur l’air d’une musique de chambre aux arrangements soignés bousculé bientôt par le saxophone alto de Dave Rempis et l’archet vindicatif de Lonberg-Holm. Passant de saxophone baryton en clarinette, Vandermark dirige ensuite ses partenaires autant qu’il s’adonne avec eux à des jeux de construction polymaniaque (Heavy Chair, sur lequel Rempis n’en finira pas de bondir, Cadmium Orange, qui révèle les obsessions de musiciens envoûtés par la répétition) qui font confiance autant aux unissons impétueux qu’à toutes improvisations ardentes : solo du batteur Tim Daisy sur un titre du contrebassiste Kent Kessler (Latitude sophistiquée) ou dérives du baryton sur l’apaisant Early Color que signe Rempis.

Elargissant son champ d’action – allures ou attitudes différentes à appliquer à chacun des thèmes : dépositions d’atmosphères aléatoires faisant référence à l’école new yorkaise de musique contemporaine ou phases d’obstinations concertées ravivant les couleurs d’un jazz d’avant-garde mais efficient né à Chicago (The Ladder, en rappel, combinant à lui seul ces deux éléments) –, le Vandermark 5 attesta à Cracovie son évolution frondeuse : Lonberg-Holm prenant singulièrement le parti de la section rythmique (célébrer ici son entente avec Kessler) tandis que Vandermark, robuste et assuré, tire maintenant davantage de son association avec Rempis, au caractère plus affirmé – au passage, ne pas hésiter à aller l’entendre à la tête de son propre quartette sur The Disappointment of Parsley, dernière référence en date du catalogue Not Two enregistrée au même endroit quelques mois plus tôt. Plus que dans l’arrivée de Lonberg-Holm au sein du groupe, sans doute faut-il voir dans la fervente communion de Vandermark et Rempis les sources de la régénérescence d’une formation d’exception. Au sortir de la taverne obscure, avant de gagner la rue du miel qui longe le quartier de Kazimierz, l’évidence, en tout cas, en est là.

Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 juillet 2013

Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik, 2013)

alvin curran shofar rags

Le livret de cette nouvelle référence de la série Radical Jewish Culture du label Tzadik le rappelle : « depuis 1965, Alvin Curran fait de la musique avec toutes sortes de sons, d’instruments, avec tout le monde, en tous endroits, tout le temps. » Il semblerait que le compositeur se penche depuis la fin des années 1980 sur le chophar, cet instrument des temps anciens. Or, son Shofar Rags me l'assure : il en joue depuis la nuit des temps.

Ce qui ne l'empêche pas de composer en homme nouveau, puisant dans ses archives sans fond quand il ne se satisfait pas d’être bien entouré par Arnold Dreyblatt à l’accordéon, William Winant au « large tam tam » et Michael Riessler à la clarinette soprano. L’idée étant de faire naître d’un instrument biblique une mélopée moderne, de déblayer un folklore antique qui en revient aux prières les plus mystérieuses et à la prosopopée. Mettre au jour grâce à un instrument des sables une musique électroacoustique des plus alertes. Deux, trois, quatre notes suffisent au chophar pour envoûter une assistance qui prendra la fuite quand chargera un troupeau d’éléphant et une ribambelle d’oiseaux.

Loin, très loin, des joliesses ECM, Curran aborde le champ folk atmosphérique à la barre d’un paquebot-arche brinqueballé par l'instabilité de son imagination. D’étranges voix de moines regrettent peut-être que le recueillement ne soit pas plus sérieux, mais mille collages ont pris le dessus, la procession musicale est profonde et/ou merveilleusement loufoque. A l’image peut-être du monde dont Curran dit qu’il est sa langue maternelle, un monde qu’il ne cesse d’accorder à sa propre fantaisie. 

EN ECOUTE >>> Alef Bet Gimmel Shofar

Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2013
CD : Shofar Rags
Héctor Cabrero © Le son du grisli

25 octobre 2013

Les femmes savantes (Olof Bright, 2013)

Regroupées depuis 2005 sous le nom de Femmes savantes (intitulé sur lequel l'auteur du livret s'essaie à gloser), cette formation féminine associe des musiciennes originaires d'Allemagne, de Suède et d'Argentine, résidant à Berlin et œuvrant tant dans le champ de l'improvisation ou de l'electronica que dans celui de la performance ou de la musique contemporaine.

Les huit pièces brèves (principalement enregistrées en 2011) qui composent ce recueil, servies par une prise de son impeccable, exposent et explosent l'orchestre, du quintet au solo, dans un esprit de « collectif », davantage que de groupe, où se partage un art musical assez fascinant. Installé dans une grande proximité avec l'instrumentarium, l'auditeur est placé au cœur d'agencements dynamiques fourmillant de détails et de vives combinaisons (timbres, textures mais également rythmiques à l'occasion utilement explicites) : chuintant, craquelé, poreux, le monde mouvant qu'élaborent ici Sabine Ercklentz (trompette), Hanna Hartman (objets amplifiés), Andrea Neumann (intérieur de piano, table de mixage), Ute Wassermann (voix) et Ana Maria Rodriguez (electronics) a de quoi passionner.

Les femmes savantes : Les femmes savantes (Olof Bright / Metamkine)
Enregistrement : 2006-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Schlund (quintet) 02/ Pruh 3 (trio) 03/ Swarm (solo) 04/ Dès (duo) 05/ LFS 5  (quintet) 06/ Breakfast with trumpet (duo) 07/ Small words (trio) 08/ Affinities (solo)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

8 octobre 2013

Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team, 2013)

philip corner rocks can fall at any time

Avec ses pièces qui datent de 1972 à 1997, le vinyle Rocks Can Fall At Any Time peut passer pour une rétrospective des travaux de Phil Corner, ce compositeur contemporain qui, en odeur de sainteté orientale, tissa des liens avec le minimalisme et la musique atmosphérique. Alors bien sûr il serait facile d’y voir un peu de philosophie zen et le rendu des gamelans. Or, je ne vois là rien de tout ça. Car Corner met plutôt en scène des petits morceaux de chaos. Ses cymbales et ses gongs (tout comme ceux de Phoebe Neville qui l’accompagne en Thaïlande) sont frottées ou frappées et n’ont certainement de zen que leurs espoirs abattus.

Sur la deuxième face, Corner se munit d’une cruche pour jouer avec le vocaliste James Fulkerson et concocter avec lui un inclassable mille-feuille d’échos. Après, il passe derrière un harmonium pour mêler ses graves et ses aigus avec une indolence qui est depuis longtemps le moteur de sa science rosicrucienne (puisque c’est Satie qu’il interprète ici à sa façon). Si ce n’est qu’elles s’écoutent avec un charme délicieux toutes lumières éteintes, je n’ai pas trouvé le point commun à ces quatre pièces de Phil Corner. Une possibilité subsiste, indiquée par le titre de cette petite rétrospective... à chaque fois, pour ces quatre pièces d'époques différentes, rien n’est jamais joué, tout peut arriver.

Philip Corner : Rocks Can Fall At Any Time (More Mars Team / Metamkine)
Enregistrement : 1972-1997. Edition : 2013.
LP : A1/ Gong (Ceng – Ceng)/Ear : For Francine Aubrey A2/ Two in Thailand B1/ Om. Duet : Jug and Bottle B2/ Satie’s Chords Of the Rose + Croix… As A Revelation
Héctor Cabrero © Le son du grisli

3 octobre 2013

Tanikawa Takuo : Music for Contemporary Kagura (Improvising Beings, 2013)

tanikawa takuo music for contemporary kagura

La pochette de ce disque est superbe, mais elle ne dit pas au japanophile néophyte de quoi a l’air le kagura… C’est qu’on comprend vite que le kagura n’est pas un instrument, mais bien plus que cela : une musique ! Maintenant, penchons-nous sur le travail de Tanikawa Takuo, musicien qui était apparu sur Crimson Lip avec Alan Silva (sur le même label) et qui s'est mis en tête de remettre le kagura au goût du jour.

A croire que le rite shintoïste (information vérifiée) demande du kagura contemporain. Qu'à cela ne tienne, Tanikawa attrape guitare et koto, et ça commence plutôt bien, avec des cordes à gratter (c'est la première étape de la résurrection) et des basses de synthé qui orientent la musique vers le noise. On applaudira la poigne du contrebassiste sur Music for Contemporary Kagura 2 (Alan Silva) et l’effacement des batteurs (Sabu Toyozumi & Shota Koyoma), en tout cas jusqu'à ce que Tanikawa aille en force dans un solo de guitare et une sorte de fusion psyché. Tout à coup, le « kagura contemporain » retourne vers le futur (les années 70 (du siècle dernier)) : et voilà que le soufflé retombe, et les dieux shintoïstes avec.

Tanikawa Takuo : Music for Contemporary Kagura (Improvising Beings)
Edition : 2013.
CD : 01-05/ Music for Contemporary Kagura 1 – Scene 1-5 06-10/ Music for Contemporary Kagura 2 – Scene 1-5
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 octobre 2013

Nagual : Nagual (Ergot, 2013)

nagual nagual ergot records le son du grisli

Consignée jusque-là sur cassettes autoproduites (estampillées Pidgin Records), la musique de Nagual – association de Ian McColm (guitares, basse, piano, batterie, électronique) et de David Shapiro (guitare, basse, électronique) – passe sur vinyle sous pavillon Ergot (au catalogue du label, trouver, publiés ou sinon annoncés, disques et cassettes d'Aaron Dilloway, Adrian Rew, Jeph Jerman et Master Musicians of Joujouka…).

Ainsi Nagual, le disque, est-il une carte de visite à deux faces qui impressionnent pareillement. Au son d’un minimalisme à la traîne, d’abord, qui fait silence pour se préparer à tomber à pic et ce jusqu’aux abysses. Après avoir foré les profondeurs, le duo refait surface et expose sa pêche miraculeuse : crescendo, attise même les plaintes d’animaux fabuleux (d'autant que pas tous poissons) avec un art de la mise en scène que la batterie de McColm – qui, à l’instrument, prit quelques leçons de Billy Hart – finira de rendre colossal.  

En seconde face, c’est un ouvrage de drones plus retenu en apparence mais en apparence seulement. Car cette fois, appliqués sur un horizon frémissant, des notes longues, des boucles et des prises inversées, s’accordent et composent un paysage dont les effets vous poursuivent longtemps après que se sont tues les guitares électriques étendues qui marquent ses frontières. Autrement impressionnant, précisera-t-on.

EN ECOUTE >>> Honey River Lacquer

Nagual : Nagual (Ergot Records)
Edition : 2013.
LP : A1/ Honey River Lacquer A2/ Sweat Raag – B/ Continuous Becoming
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 septembre 2013

Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch, 2013)

bruce gilbert baw diluvial

Ce sont sept pièces – et pas six, ni neuf ou treize, la faute à Russell Haswell, qui a tout découpé (sequenced) alors que Diluvial aurait pu faire une seule plage qu'on n'aurait pas vu la différence – dont Bruce Gilbert (c'est la rentrée, et Gilbert est encore prof principal ?) et BAW (pour le Beaconsfield Artworks de David Crawforth et Naomi Siderfin) nous gratifient.

Gratifient, j'ai bien dit ! Loin derrière, le passé pop-ambient-indus de Gilbert (en solo, je parle) ; loin devant, les visions de BAW. Alors voilà que se lève un rideau de fumée, l'ambient rampe sur quatre coudes, les bruissements opèrent comme jamais (comme toujours ?). Le plus de la chose réside dans les graves, dans les silences, dans les éléments inattendus (harmonica, grands vents, criquets inframodernes...). Pas assez orgueilleuse, la collaboration se dit “diluvienne”. Elle se nourrit d'eau (forcément), mais aussi de profondeur et de peuples grouillant qu'elle accueille. Pas assez orgeilleux, le titre de cette collaboration ne dit pas ce dont il est capable : vous envoyer (valser) l'arche de n'importe quel Noé à trois millions de coudées. Pour les simples d'esprit (tout heureux qu'ils sont) : c'est beau, très beau.

Bruce Gilbert, BAW : Diluvial (Touch)
Edition : 2013.
CD : 01/ The Void 02/ The Expanse 03/ Dry Land 04/ Lights 05/ Creatures of Sea and Air 06/ Beasts of the Earth 07/ Rest/Reflection
Pierre Cécile © Le son du grisli

26 août 2013

Trumpets & Drums : Live in Ljubljana (Clean Feed, 2013) / Walter, Halvorson, Evans : Mechanical Malfunction (Thirsty Ear, 2012)

trumpets and drums live in ljubljana

Avec tambours et trompettes, Jim Black, Paul Lytton (tambours), Nate Wooley et Peter Evans (trompettes) déterminent quelques francs territoires.

Une première improvisation est là qui explore la périphérie : drones métalliques pour les uns, fourmillements et effeuillements chez les autres (encore que l’excès de rythme pointe parfois chez Black). Les trompettistes, eux, restent solidaires, modulent leurs souffles, font de leur salivaire un émoi, battissent un court chaos, explorent toujours.

Une seconde improvisation affirme que jazz et rythme font encore sens. Longs phrasés des deux trompettistes avant hautes turbulences de tous, le ver est dans le fruit de cette improvisation dégagée de tout cliché. Cela se passait le 30 juin 2012 dans le cadre du Jazz Festival de Ljubljana.

Trumpets and Drums : Live in Ljubljana (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Beginning 02/ End
Luc Bouquet © Le son du grisli

weasel walter mary halvorson peter evans mechanical malfunction

Le 1er avril 2012, trois musiciens iconoclastes (Weasel Walter, Mary Halvorson et Peter Evans) jouèrent ensemble. Ils improvisèrent comme de grands enfants, mais pour s'échauffer. Après quoi, ils servirent des compositions à eux : récréation guerrière ou parodie de générique télé pour Walter, morceaux appliqués et gentillets pour Halvorson... Heureusement les compositions d'Evans, plus intéressantes, sauvent la mise. Leurs partitions progressent avec agilité dans un complexe réseau d'interventions improvisées ou vous enturbanne de grandes capes de patchwork finement cousues à six mains. Alors, merci Peter.

EN ECOUTE >>> The Last Monkey On Earth

Weasel Walter, Mary Halvorson, Peter Evans : Mechanical Malfunction (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Edition : 2012.
CD : 01/ Baring Teeth 02/ Vektor 03/ Broken Toy 04/ Klockwork 05/ Freezing 06/ Malfunction 07/ Organ Grinder 08/ Interface 09/ The Last Monkey On Earth 10/ Bulging Eyes
Pierre Cécile © Le son du grisli

meteoCe mercredi 28 août, Peter Evans apparaîtra à Mulhouse, aux côtés de Clayton Thomas et Chris Corsano, sous le nom d'Etc. Pour cadre... Météo

 

3 juillet 2013

Gregory Büttner : Scherenschnitt / Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through / Adam Asnan : FBFC (1000füssler, 2013)

gregory buttner scherenschnitt

Des trois références qui viennent grossir la discographie du label au mille-pattes de Gregory Büttner, Scherenschnitt est celle qui augmente aussi  l’œuvre enregistré du patron. Née d’une installation du même nom (dont la couverture du petit disque montre un détail), Scherenschmitt est une histoire de découpage (de papier et de carton) enregistré et du collage de ces enregistrements. Sur onze minutes, l’expérience de close miking, récepteur à mi chemin du matériau et du geste, découpe moins une « silhouette acoustique » qu’elle ne révèle les trajectoires de mouvements « in process » inquiets d’artisanat autant que d’artefact.

Gregory Büttner : Scherenschnitt (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Scherenschnitt

olaf hochherz rooms to carry books through

Muni de micros piezo, baffles, mixer…, Olaf Hochherz s’attelait en 2012 à Berlin à l’électroencéphalogramme d’un livre. Les résultats de l’expérience sont à entendre sur Rooms to Carry Books Through – qui évoquent à leur façon le Voyage autour de ma chambre de Maistre : soufflements, silences, respirations infimes et réactions minuscules d’un livre qu’Hochherz peut aussi provoquer du doigt. Bientôt, c’est un prélude qui convainc l’amateur de papier qu’une faune jusqu’alors inconnue s’affaire entre ses pages.

EN ECOUTE >>> Rooms to Carry Books Through (extrait)

Olaf Hochherz : Rooms to Carry Books Through (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ Rooms to Carry Books Through

adam asnan fbfc

Un bruit de tonnerre et les tremblements qu’il provoque ouvrent FBFC, travail d’amplification d’un couvercle de métal auquel s’est appliqué Adam Asnan. S’il porte des coups à l’objet, le musicien choisit de se laisser déborder par les échos qu’il commande à l’électronique. Ainsi, alternant rythmes réguliers et attaques défaites, Asnan modèle au son de feedbacks et de rumeurs les reliefs concrets d’épatantes ecchymoses, voire d’ultramodernes commotions.

EN ECOUTE >>> FBFC 2

Adam Asnan : FBFC (1000füssler)
Edition : 2013.
CD : 01/ FBFC 1 02/ FBFC 2 03/ FBFC 3 04/ FBFC 4
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 juin 2013

Brian Chase : Drums & Drones (Pogus, 2013)

brian chase drums & drones

J’ignore tout (complètement tout) des Yeah Yeah Yeahs, que je confonds sûrement d’ailleurs avec d’autres groupes pop de sa génération. Or il va me falloir faire maintenant une distinction puisque leur batteur, Brian Chase, a sorti un disque solo sur le label de l’excentrique Al Margolis, Pogus – sur le site duquel j’apprends d’ailleurs que Chase a expérimenté au côté d’Alan Licht, Anthony Coleman ou David First, entre autres.

Pour revoir mes à-priori, je passe donc le CD (un DVD avec des vidéos d’Ursula Scherrer et Erik Z a aussi été édité pour l’occasion) de « batterie et de drones ». Chase y mène une dizaine d'expériences dont un retour aux percussions indiennes qu’il sculpte comme des totems à coups de feedbacks et de résonateur, un découpage en règle d’une ligne-fréquence, des tours de prestidigitation qui transforment sa batterie en guimbarde, en râlements… S’il se montre plutôt étonnant, Chase convainc surtout lorsqu’il se passe de l’électricité, si ce n’est sur Snare Drush Drone où il fait du ressac de vagues en boucles un magnifique collier de perles plates et aigues.

J’avoue maintenant avoir promis, depuis mon écoute de Drums and Drones, que j’irai jeter une oreille sur le travail des Yeah Yeah Yeahs, avec une attention toute particulière pour son Chase de batteur…

EN ECOUTE >>> Snare Brush Drone >>> Drum Roll Drone

Brian Chase : Drums & Drones (Pogus / Metamkine)
CD (+ DVD) : 01/ Aum Drone 02/ Drone State of Mind, V.1 03/ Stick Shot Harmonies Drone 04/ Bass Drum Drone 05/ Melody Drum Drone 06/ Snare Brush Drone 07/ Cymbal Drone 08/ Feedback Drone 09/ Drone State of Mind, V.2 10/ Drum Roll Drone
Pierre Cécile © Le son du grisli

31 mai 2013

The Engines, John Tchicai : Other Violets (Not Two, 2013)

the engines john tchicai other violets

Hungy Brain de Chicago, le 15 mai 2011. The Engines accueillait un cinquième membre, éminent et solidement ancré au projet qui plus est : John Tchicai.

Du saxophoniste, le groupe interprétera Cool Copy, marche éléphantesque bientôt démembrée, couplée à une marche plus lente, Looking, signée cette fois Jeb Bishop, et puis Super Orgasmic Life que flûte et trombone fleuriront de fins entrelacs. Spécieuse, languissante, la langue en partage est réflexive et concentrée. Pour rappel : The Engines tire sa force de son répertoire, original et dérivant. Ainsi Nate McBride et Dave Rempis associent-ils deux de leurs pièces pour jouer de contrainte et d’unissons, de surenchère enfin sur solos libres (High and Low/Strafe) avant que Gloxina de Tim Daisy renoue avec la prudence recommandée par une atmosphère augurale.

La conclusion ira, elle, voir du côté d’une soul qui finira en débordements d’une cohérence que seule la réunion de ces cinq musiciens – plus qu’un hommage rendu à Tchicai, sa présence auprès de ses jeunes partenaires atteste une ligne d’action, voire de conduite, commune – pouvait assurer.

The Engines : Other Violets (Not Two)
Enregistrement : 15 mai 2011. Edition : 2013
CD : 01/ High and Low/ Strafe 02/ Gloxinia 03/ Cool Copy/Looking 04/ Super Orgasmoc Life 05/ Planet
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 mai 2013

Simon Nabatov : Plays Herbie Nichols (PanRec, 2009) / Nils Wogram, Simon Nabatov : Moods and Modes (PanRec, 2011)

simon nabatov plays herbie nichols

C’est qu’il n’est pas le seul, Simon Nabatov, à payer son dû à Herbie Nichols : Dave Douglas, Gerri Allen, Misha Mengelberg (grâce à qui Nabatov découvrit les compositions du new-yorkais), Frank Kimbrough et son Herbie Nichols Project ont, en leur temps, rendu hommage au génial pianiste. Deux ans après Spinning Songs of Herbie Nichols (Leo Records), le pianiste russe se retrouve en solitaire sur la petite scène du Loft à Cologne. Et Herbie Nichols ne le quitte pas.

Ici, Nabotov prolonge et élargit les consonances du compositeur. Il fouille les aigus, s’y aimante (2300 Skiddoo) et en quelques occasions tente le parallèle avec Monk (The Spinning Bar). Ici, Simon Nabatov, introspectif ou loquace,  se positionne en qualité de passeur. Tempos en apesanteur (Lady Sings the Blues) ou passant du ragtime à la libre improvisation – et cela sans transition – (Twelve Bars), le pianiste russe dérègle les circuits harmoniques de Nichols et offre à ce dernier de nouveaux et singuliers émois.

Simon Nabatov : Plays Herbie Nichols (PanRec)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
DVD : 01/ 2300 Skiddoo 02/ The Spinning Song 03/ Lady Sing the Blues 04/ Twelve Bars 05/ The Third World 06/ Sunday Stroll 07/ Terpischore  
Luc Bouquet © Le son du grisli

nils wogram simon nabatov moods and modes

Faisant suite à Jazz Limbo (Leo Records / 2007) et Nawora (Leo Records / 2012), voici Moods and Modes, captation vidéo du duo Nils Wogram-Simon Nabatov. En noir et blanc et dans la solitude d’un studio de la radio zurichoise, tromboniste et pianiste engagent quelques sages courses-poursuites. Sans être décoiffant – mais néanmoins décomplexés –, ils n’ont aucune peine à faire se partager leurs lyrismes. Il y a de suaves mélodies, des dissonances caressées – mais vite abandonnées –, des saveurs partagées... Empruntant à la délicatesse quelques traits puis lessivant le chaos, ils chassent et cueillent sur des terres amies, fécondes. Et toujours, s’inscrivent en une complicité effrontément palpable.

Nils Wogram, Simon Nabatov : Moods and Modes (PanRec)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
DVD : 01/ Moods and Modes 02/ Assuming 03/ Full Stop 04/ First Thought-Best Thought 05/ Split the Difference 06/ Moving In 07/ Dança Nova 08/ Speak Up 09/ The Song I Knew
Luc Bouquet © Le son du grisli

9 avril 2013

AMM : Two London Concerts (Matchless, 2012)

amm two london concerts

Deux concerts londoniens enregistrés les 6 mars 2011 et 27 novembre 2011. AMM (duo) : John Tilbury au piano et Eddie Prévost à la batterie, & dans la brume. London in the fog : Tilbury & Prévost in the mist. Nous, assis, qui respirons cette somme d’atmosphères.  

Un cluster prend le temps de s’évanouir dans l’air mais un autre le remplace, les deux sont reliés par un bourdon de cymbale allumé par une mèche. Les accords de piano se rapprochent, Tilbury tire sur une des cordes de son piano, prise au hasard, et il n’en voit pas le bout : parce qu'il n’a qu’une corde à son piano, de plus en plus fine.

La batterie de l'adroit Prévost lui décoche des flèches de rouille ou inquiète un tom pour la faire trembler : le piano s’en méfie, se fait discret mais pas oublier, on entend partout sa respiration. A Londres, la brume s’est dissipée pour laisser place à un brouillard frémissant. Nous, pourtant assis loin de lui, avons frémi avec lui.  

AMM : Two London Concerts (Matchless)
Enregistrement : 6 mars 2011 & 27 novembre 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ E1 AMM 02/ SE1 AMM
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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