Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Rahsaan Roland Kirk : Live in France '72 (Mosaic, 2011)

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L'importance du blackface dans l'émergence du jazz est bien connue : des Blancs qui se grimèrent en Noirs pour faire les Zazous, des Noirs qui reprirent leurs gimmicks Banania pour mieux se faire accepter. Chez Rahsaan Roland Kirk,  il y a un peu de cette démarche clownesque avec tout son barnum accroché au cou : trois saxophones, des flûtes, des sifflets et des grigris. Le fait qu'il fut aveugle lui donnait aussi forcément un côté phénomène de foire. Mais on reste finalement coi devant ce qui n'a rien du cirque mais au contraire surpasse la maîtrise instrumentale : Rahsaan Roland Kirk faisait corps avec sa palette instrumentale, du matin au soir, c'était une respiration vitale.

Cette vidéo de Rahsaan Roland Kirk éditée dans un coffret 6 DVD par Mosaic Records confirme par l'image ce style incroyable : ses trois becs de saxophones dans la bouche joués en souffle continu avec de réguliers gonflements de joues façon goitre de crapaud. Il aimait à croire qu'il respirait par les oreilles. Ce style lui donnait des sonorités inimitables qu'il déployait à travers un répertoire très Great Black Music : ici en interprétant Coltrane, Gillespie, Lester Young, Ellington, Mal Waldron, My Cherie Amour de Stevie Wonder et ses propres compositions dont son fameux Inflated Tear.

Ce 8 mars 1972, au Grand palais à Paris, à l'occasion d'une exposition d'art décoratif, sous un plafond bas faisant penser à un ciel menaçant, Roland Kirk avait comme de coutume une dégaine invraisemblable : un costard à mi-chemin entre tenue de camouflage grise et fourrure au poil ras. Le quartet qui accompagnait Rahsaan Roland Kirk n'allait pas tellement au-delà du rôle de soutien rythmique. On notera tout de même un étrange passage où le batteur souffle dans deux longs tuyaux souples pour faire varier le son de sa caisse claire.

Les cinq autres DVD du coffret sont consacrés à John Coltrane, Thelonious Monk, Art Blakey, Johnny Griffin et Freddie Hubbard. Les DVD ne sont pas vendus séparément. Le coffret (Jazz Icons Series 5) est vendu en exclusivité mondiale sur le site de Mosaic aux alentours de 100 euros port compris. Malgré tout l'intérêt que l'on porte à ces musiciens et la qualité du livret (10 pages en anglais très documentées, en tous cas pour le DVD de Kirk), cela fait un peu cher la rediffusion télévisée, puisqu'il s'agit exclusivement d'archives de l'INA, de concerts diffusés à l'époque à la télévision française. La qualité de l'image est d'ailleurs proche de celle d'une cassette VHS (neuve !), ce qui en soit n'est pas un soucis, puisque l'on a l'étrange mais agréable sensation de faire un voyage dans le temps et de se retrouver devant un téléviseur cathodique. Sans papier, ni plastique, on peut télécharger à moindre coût un « pack 3 concerts » contenant une partie de ce que contient ce DVD (le concert de 1972 fut diffusé dans Jazz 3 le 22 janvier 1973), à partir de la Boutique de l'INA... 

Rahsaan Roland Kirk : Live in France ’72 (Mosaic)
Enregistrement : 8 mars 1972 (Grand Palais, Paris). Edition : 2011.
DVD : 01/ Blue Train 02/ Lester Leaps In 03/ Satin Doll (Medley) 04/ For Bechet And Ellington And Bigard and Carney And Rabbit 05/ My Cherie Amour 06/ One Mind Winter / Summer (Seasons) 07/ Groovin' High 08/ Soul Eyes 09/ Volonteered Slavery 10/ Inflated Tear
Eric Deshayes © Le son du grisli

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Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz, 2006)

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Faire fi du sensationnel mis en avant dans les notes disposées en dos de boîtier - mate l’aveugle, il souffle dans plusieurs saxophones en même temps ! – et se concentrer sur les performances d’un Roland Kirk filmé deux fois en Europe, à cinq ans d’intervalle.

En 1962, d’abord. A Milan, Kirk enlève auprès du pianiste Tete Montoliu, du batteur Kenny Clarke et du contrebassiste Tommy Potter, un blues magistral au son d’interventions brèves (Blues in F), profite de l’accompagnement irréprochable du pianiste pour mener un swing instruit (A Cabin in The Sky) ou préfère dialoguer avec lui le long d’un thème complexe dans lequel il glisse quelques grands solos de flûte (3-in-1 Without The Oil).

En 1967, ensuite. A Prague, Kirk se produit avec son quartette régulier – parmi lequel prend place le pianiste Ron Burton –, imposant sa marque à quelques standards signés Ellington ou Kurt Weill, ou décidant de formes changeantes pour ses propres compositions : bop (Lovellevelliloqui), cool (The Inflated Tear), free (Free Interlude) ou funk (Makin Love / After Hours).


Bruts et ramassés, ces deux enregistrements rendent avec fidélité le jazzman farouche qu’était Rahsaan Roland Kirk à une période où aucune concession n’était pour lui envisageable.

Rahsaan Roland Kirk : In Europe 1962-1967 (Impro-Jazz)
Edition : 2006.
DVD: 01/ Blues in F 02/ A Cabin in the Sky 03/ 3-in-1 Without the Oil 04/ Ode to Billie Joe 05/ My Ship 06/ Creole Love Call 07/ The Inflated Tear 08/ Lovellevelliloqui 09/ Makin Love / After Hours 10/ Free Interlude / Bessie’s Blues
Guillaume Belhomme  © Le son du grisli

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The Vandermark 5: Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)

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Sur les deux premiers volumes de Free Jazz Classics, le quintette de Ken Vandermark s’était attaqué à l’interprétation de standards composés par les grandes figures du genre (Taylor, McPhee, Coleman, Wright). Poursuivant son étude, le groupe choisit cette fois de changer de méthode, et d’aborder plus en détail le répertoire de Sonny Rollins (le volume 3) et de Roland Kirk (le volume 4).

Profitant des contrastes des compositions de Rollins, The Vandermark 5 interprète sans accrocs The Bridge, hard bop n’en finissant pas d’alterner les rythmes, ou John S., dont on brise l’ossature, pour la reconstruire ensuite sous la conduite d’une précipitation hardie. Toujours infaillible, la section rythmique assure le jeu des solistes : sur Freedom Suite. Pt. 2 ou East Broadway Rundown, swing efficace qui rappelle le World Saxophone Quartet avant de virer au free expéditif.

Encore plus baroque, l’investissement des musiciens sur les compositions de Kirk. Inaugurée par la marche éléphantesque The Black and Crazy Blues, la sélection propose aussi une reprise de Silverization et Volunteered Slavery, qui permet aux musiciens de mettre la main sur les habituelles funk et soul qu’ils aiment instiller à leur jazz. En plus du swing imposé par l’auteur des thèmes, rendu à merveille par le trombone de Bishop sur Rip, Rig and Panic Suite ou par l’ensemble des vents - à l’unisson ou usant des harmoniques – sur The Free King Suite.

Actualisant le geste d’Archie Shepp enregistrant Four for Trane, le déviant vers Rollins et Kirk, Ken Vandermark poursuit avec la même aisance son précis d’histoire du jazz moderne. Tout en lui insufflant, l’air de rien, un goût d’inédit qui œuvre à la nouveauté du genre.

CD1: 01/ The Bridge 02/ Strode Rode 03/ Freedom Suite. Pt. 2 04/ John S. 05/ East Broadway Rundown 06/ Alfie Suite - CD2: 01/ The Black and Crazy Blues 02/ The Free Kings Suite 03/ Inflated Tear 04/ Rip, Rig and Panic Suite 05/ Silverization / Volunteered Slavery

The Vandermark 5 - Free Jazz Classics 3 & 4 - 2006 - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

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Ornette Coleman : David, Moffett, Ornette, 1966 (Efor Films, 2003)

 david ornette moffett

1966, deux jours à Paris. Le trio Coleman / Izenzon / Moffett enregistre une bande originale de film, prétexte, pour le réalisateur Dick Fontaine, d’un autre film. Quelques images en noir et blanc d’une capitale de l’époque, avant d’accompagner les musiciens en studio. Devant eux, un écran sur lequel défilent les images de Who’s crazy ?, œuvre – passée où ? - du Living Theatre.

Il fallait suivre l’un des inventeurs de la New thing pour illustrer le mieux ce que doit être le free jazz. Ornette s’en charge ici, saxophone aux lèvres ou violon à l’épaule, emmenant son trio dans des improvisations sensibles, et, avant tout, concentrées, à l'image d'European Echoes, que le trio a joué mille fois déjà, et où il s’agit de tout donner, ensemble, encore.

A côté de la musique, attitudes et gestes : Charles Moffet faussement agacé, Izenzon ironique, Coleman d’une timidité extrême bien que sûr de son fait. A côté des gestes, les phrases : expliquer, non pas tant la musique que l’improvisation, la démarche free, l’oreille fermée aux critiques, les paupières closes aux rêves de carrière et de célébration. Le film est court, mais l’essentiel est dit, et plusieurs fois.

Sound ?? Dick Fontaine, à nouveau, et une idée : confronter les réflexions musicales de John Cage aux élucubrations funky free bruitistes du saxophoniste (mais pas seulement) Roland Kirk. En un peu moins d’une demi-heure, nous suivons Cage en balade : au jardin d’enfants, en taxi ou dans un entrepôt, il fait la lecture de Sound ??, sorte de poème théorique et interrogateur : « Is that a sound ? If it is, is music music ? » ; “Why is it so difficult for so many people to listen ?”, etc.

Les images d’un concert de Roland Kirk au Ronnie Scott club de Londres (1967) viennent à intervalles réguliers interrompre la lecture. Grinçant, ironique et parfois arrogant, Kirk enfonce encore le clou des questions délicates à grand coup d’ Here comes the whistleman, Rip, rig and panic, ou A Nightingale Sang in Berkeley Square. Un simple portrait en flou, dans l’intérêt du film, qui, comme celui consacré au trio d'Ornette Coleman, traite de façon originale le phénomène de l’incompréhension en musique. Et de la seule réponse à lui aller : le charisme du musicien.

Ornette Coleman, John Cage, Roland Kirk : David, Moffet, Ornette, 1966 (Efor Films / Socadisc)
Edition : 2003.

DVD : 01/ Ornette Coleman trio : David, Moffet, Ornette, 1966 02/ Roland Kirk / John Cage : Sound??
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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