Canalblog Tous les blogs Top blogs Musique & Divertissements Tous les blogs Musique & Divertissements
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le son du grisli
3 mars 2021

Hijokaidan : No Paris/No Harm (Alchemy, 1988)

Hijokaidan No Paris No Harm

Michel Henritzi revient ici sur sa première rencontre avec la musique bruitiste japonaise : l'écoute de No Paris / No Harm d'Hijokaidan. En préambule, il nous livre la chronique du disque, publiée en 1989 dans le huitième numéro du fanzine Hello Happy Taxpayers. Les origines, en somme, du Micro Japon qu'il publie ces jours-ci...   

 

« Je crois que les générations actuelles sont si habituées à l'idée du pouvoir, qu'elles croient qu'il en est de ça comme du reste, que ça fait partie d'un état des choses qui va de pair avec l'histoire de l'homme » Si habitués à subir et, par-là même, à aimer les musiques policées que leur fabriquent les radios commerciales, sans critiques possibles, cela remplacé par les classements des disquaires et les indices de vente, confort des écoutes tamisées, musiques publicitaires supportant les messages idéologiques de Coca-Cola. Alors, dans ce monde fait de pelouses synthétiques, de corps démangés par des puces au silicium, T. Mikawa a de grandes chances de laisser sa voix, à force de hurler qu'elle veut « vivre sa vie ». Pas un exercice de simulation, une véritable pluie saturée de parcelles soniques irradiées, loin du surf électrique des Bloody Valentine, guitares jouées comme générateur de bruits blancs, insupportable boucan d'une Lydia Lunch made in Japan qui jammerait avec le point de non-retour de tout le courant industriel : Whitehouse. Poupée de porcelaine entraînée dans une danse frénétique de marteau-pilon, forcément ça casse, ça pleure. Face B, un enregistrement live, petite sœur d’Ikue Mori (DNA) jouant avec le feedback d'Hiroshima, fascinée par l'extrémisme technologique, de la pratique savante de la guitare comme instrument de torture auditif. Dites, si vous voyez les killers de Napalm Death, dites leurs de s'essayer à ce disque, c'est un peu comme la roulette russe, mais là avec six balles dans le chargeur. Bang ! Bang !

trois junko

Ce devait être à l'automne 1988, je suis tombé sur ce disque par hasard dans une boutique de Nancy, en écoute sur la platine du magasin, le vendeur avait laissé tomber ces mots définitifs pour parler de ce disque : du bruit, aucun intérêt. C'était ma première rencontre avec la musique underground du Japon, un truc que je n'avais jamais entendu avant, un saut qualitatif et quantitatif dans l'extrême bruitiste, une sidération qui dépassait tout ce que j'avais pu entendre avant. Quand on s'intéresse à la contre-culture, aux marges, ce disque ne pouvait qu'intriguer et ravir. A cette époque je m'intéressais particulièrement à la musique industrielle, à son contenu politique, j'essayais de relier ce que je pouvais écouter à mes lectures : Burroughs, Benjamin, Attali, Debord… Soudainement, je me retrouvais avec ce disque en main No Paris/No Harm, sans grille de lecture, sans pouvoir lier ce disque à autre chose de connu. Imaginez tenir ce vinyle dans sa pochette mauve où s'affichait le visage doux d'une jeune femme, au verso des indications en kanji, et une poignée de mots en romaji : T.Mikawa, « Vivre sa vie », Marseille, rien d'autre pour en comprendre l'objet, une date peut-être. Hijokaidan y apparaissait en kanji, je ne savais le déchiffrer.

J'écrivais dans un fanzine de Bordeaux, Hello Happy Taxpayers, qui était une revue militante impliquée dans toutes les formes contre-culturelles : musique, poésie, dessin, littérature, graphisme. Ecrire sur ce disque pour moi s'imposait, envie de partager cette rencontre avec une musique qui ressemblait à nulle autre, mais comment en rendre compte ? Le seul nom apparaissant étant Mikawa, j'imaginais qu'il devait être celui de la jeune femme de la pochette, et qu’en conséquence, ça devait être son groupe. J'y voyais une version japonaise de la No Wave. J'apprendrais un peu trop tard que le groupe s'appelait Hijokaidan, que cette femme était Junko, et que Mikawa était un des deux autres membres avec Jojo Hiroshige. Je n'ai entendu dans ce disque que ce que je voulais y entendre : une insurrection, un acte de terreur sonore, la critique du grand spectacle du rock n'roll, parce que la musique gravée dans ses sillons portait la distorsion et la saturation à son paroxysme, semblait être un cri de colère et de douleur, ni rythme, ni mélodie, ni textes scandés, tous les éléments habituellement liés au rock étaient fondus dans une masse sonore indistincte, d'où émergeait le seul cri de Junko.

Aucun moyen à cette époque de trouver des informations sur un disque importé du Japon, internet n'existait pas, et sans doute très peu de personnes connaissaient l'existence de ce « bruit » sauvage, de cette scène underground japonaise. Je me suis foutrement vautré dans ma critique, je n'ai pas su entendre la dimension dionysiaque du groupe, cette dépense psychédélique, cette quête de l'extase, et non un groupe politique qui nous aurait donné une leçon de dialectique sonique, cherchant à infliger à un public consumériste une souffrance auditive, non pas un acte de terrorisme sonore, non, rien de tout ça. La pure jouissance dans le son, par le son. J'aurai pu évoquer Artaud sans doute, certainement pas Attali ou Baader Meinhof. Hijokaidan n'est pas un groupe nihiliste, ou l'est si nous voulons qu'il le soit. A chacun de nous de choisir son rapport à ce bruit extatique. De la difficulté de la critique, notre façon d'entendre une musique est subjective, il faut l'assumer.

microjapon125

Michel Henritzi © Le son du grisli

22 mai 2019

La Morte Young : A Quiet - Earthquake Style (Doubtful Sounds, 2018)

la mrote young quiet

Ce que l’on sait de La Morte Young – ce Talweg (Joëlle Vinciarelli et Éric Lombaert) augmenté de Pierre Faure (guitares), Christian Malfray (électronique) et Thierry Monnier (guitare aussi) – vient de ce que l’on en a déjà entendu : La Morte Young, bien sûr, et aussi ce split avec Drone Electric Lust. Ce qu’on ignore avec La Morte Young, toujours, c’est le contenu du disque suivant. Or voici que celui d’A Quiet – Earthquake Style, enregistré en 2015, claque et surprend à son tour.

La chose est attendue dès la première plage : free rock où s’engouffrent tous les démons (ceux de chacun des cinq musiciens) et qui illustre à lui seul quelques-uns des mots que l’on trouve imprimés sur le carton inséré dans le disque : earthquake, heaven, fright, memory… Tout avait donc été annoncé, restait à estimer l’envergure des déflagrations : la voix et les guitares pourront passer en concrétion, l’énergie l’emportera toujours sur le rabâchage… Mais quelle place accorder alors à ces étranges et minuscules vielles à roue ?

À force de tourner, elles tissent des fils sur lesquels le « super groupe » progresse plus prudemment. C’est la découverte d’un paysage dévasté par le tremblement d’ouverture : abîmes – « ce qui est sans fond, le monde des profondeurs ou des hauteurs indéfinies », dit le dictionnaire Chevalier & Gheerbrant – qu’il faut combler de nouveaux sons : notes tenues, percussions fragiles, charmes de sirènes ou rauquements de dragons, graves démontés, étrange langage codé… Chassant toute inquiétude, la résolution de La Morte Young va son chemin – N’est-ce pas toi qui a desséché la mer, les eaux du Grand Abîme, pour faire du creux de la mer un chemin ? – et, cheminant, met au jour une somme de chants fabuleux.


lmy 125

La Morte Young : A Quiet – Earthquake Style
Doubtful Sounds
Enregistrement : 2015. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

 

le son du grisli 5

 

13 avril 2018

The Clifford Thornton Memorial Quartet : Sweet Encores (Not Two, 2018)

clifford thornton memorial quartet sweet oranges

Au bout d'une vingtaine de jours, le son du grisli termine sa semaine française, organisée à l'occasion de la parution du deuxième volume d'Agitation Frite de Philippe Robert. Après Richard Pinhas, Romain Perrot, Jean-Jacques Birgé, Jean-Marie Massou et le trio Rollet / Rollet / Foussat, c'est Daunik Lazro (et Foussat encore) dans ce Clifford Thornton Memorial Quartet...

Quitte à tourner en rond – voire à se mordre la queue –, il faudra conseiller la lecture du livre (épuisé) de Garrison Fewell, De l’esprit dans la musique créative, dans lequel Joe McPhee raconte au guitariste : « C’est Clifford Thornton qui m’a amené la première partition écrite de jazz que j’ai jamais jouée. (…) Plus tard, j’étais avec lui quand il a acheté un trombone à pistons qu’il a utilisé sur certains enregistrements. Sur la couverture de Freedom and Unity, je crois qu’il y a un dessin de lui et de son trombone. »

Ce n’est donc pas un hasard si c’est au trombone (à coulisse, certes) que Joe McPhee ouvre ce concert donné à l’été 2017 au Niskelsdorf Konfrontationen par The Clifford Thornton Memorial Quartet – projet dont c’est là la première et (pour le moment) la seule « incarnation » et qui donne à entendre aussi Daunik Lazro (saxophones baryton et ténor), Jean-Marc Foussat (synthétiseur analogique et voix) et Makoto Sato (batterie). En termes d’association, Thornton aurait pu rêver pire.

En 2017, celui qui fit tout son possible pour retrouver le trombone que son ami s’était fait voler – or, « il n’a pas voulu le récupérer, il m’a dit : Garde-le, tu n’as qu’à en jouer. Je l’ai donc gardé et depuis je joue avec. Dans le Chicago Tentet, par exemple » – lui rend aujourd’hui hommage au son de Sweet Oranges. Une marche, solitaire, faite malgré tout sous surveillance (celle des partenaires de l’instigateur de l’hommage en question), bientôt « perturbée » par des présences de taille.

Aux maîtrises attendues de McPhee et de Lazro répondent ainsi l’intuition de Foussat (dont l’instrument projectile ou guimbarde) et l’insistance (toujours régénérante) de Sato. Pourrons-nous encore dire que le discours est « free » ? Non, certainement pas. Le dérapage ne fait pas la liberté, et ceux que ce disque contient ne font que développer un propos réfléchi, autrement incendiaire, en plus d’adresser un saisissant hommage.

sweet 125

The Clifford Thornton Memorial Quartet : Sweet Encores
CD : 01/ Sweet Oranges 02/ Encore
Not Two, 2018
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

DSCF2214

3 octobre 2016

Goh Lee Kwang, Julien Ottavi : Pukul Berapa ? (Herbal International, 2015)

goh lee kwang julien ottavi pukul berapa

Un premier crépitement et l’affaire éclate : duo de noisers – d’un noise qui cherche davantage à mettre la main sur quelques sons neufs qu’à abasourdir – que sont Goh Lee Kwang (no-input mixing board) et Julien Ottavi (percussions, ordinateur), enregistré – non pas par correspondance, malgré la question posée dans le titre : « Quelle heure est-il ? », en Indonésien – entre janvier et mai 2015. 

Ainsi les « chants minuscules frappés de frénésie expressionniste » du premier, décrits dans cette évocation d’And Vice-Versa, se voient-ils renforcés par l’usage que fait Ottavi d’un tam tam, d’une grosse caisse et d’un ordinateur. D’autres interférences s’expriment alors, qui soumettent l’électronique à la palpation ou au pincement et les percussions aux effets des résonances sur leurs timbres. De bordées en décharges, de crépitements en respirations et de ronflements en projections sifflantes, le duo compose des paysages bruitistes qui « roulent » puis se meuvent sur de grands plateaux en équilibre. Enfin, quand les deux sont à l’électronique, c’est pour s’approcher plus encore du chant des oiseaux.

R-7281964-1437936289-8927

Goh Lee Kwang, Julien Ottavi : Pukul Berapa ?
Herbal International
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
CD : 01/ Berapa In Loop 02/ Extra 03/ Out of Berapa 04/ Pukul 1 05/ Pukul 2 06/ Pukul 3
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 mai 2016

Christian Fennesz, Jim O’Rourke : It’s Hard for Me to Say I’m Sorry (Editions Mego, 2016)

christian fennesz jim o rourke it's hard for me to say i'm sorry

Voilà qui promettait de l’arpège de guitare électrique sur une ambient au délirium très mince : Jim O’Rourke & Christian Fennesz, enregistrés (pour la première fois en duo, notons-le !) au Japon en septembre 2015…

Ces deux-là seraient donc toujours à la colle depuis l’expérience (mitigée, selon moi) Fenn O'Berg + toujours à la recherche du « magic sound » ? Eh bien oui : belote (drone sur drones), rebelote (pop synthétique) et dix de der (saturations de rigueur) = It’s Hard for Me To Say I’m Sorry.  Maintenant, si ça ne révolutionnera pas l’électro bruineuse, je n’ai rien à reprocher à cette nouvelle collaboration (surtout pas la pochette, qui a fait entrer dans mon deux pièces un nouveau compagnon).



it's hard for me to say i'm sorry

Christian Fennesz, Jim O’Rourke : It’s Hard for Me to Say I’m Sorry
Editions Mego
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
LP : A/ I Just Want You to Say – B/ Wouldn’t Wanna Be Swept Away
Pierre Cécile © Le son du grisli

26 avril 2016

Gaudenz Badrutt, Ilia Belorukov, Jonas Kocher : Rotonda (Intonema, 2015) / Kocher, Manouach : Skeleton Drafts (BRUIT, 2015)

gaudenz badrutt ilia belorukov jonas kocher rotonda

A l’été 2014, Jonas Kocher, Gaudenz Badrutt et Ilia Belorukov ont donné ensemble sept concerts en Russie. A Saint-Petersbourg, le 9 septembre, ils improvisèrent dans la rotonde de la bibliothèque Maïakovski : c’est ce que ce disque Intonema donne à entendre.

De longues notes de saxophone alto et d’accordéon ouvrent cette plage unique, longue de trois quarts d’heure, que l’électronique de Badrutt envisage déjà de déformer. Pour l’heure, celui-ci extirpe de ses fichiers des éléments sonores auxquels ses partenaires devront réagir. Et c’est dans ces réactions que des différences, dans le maintien ou dans l’approche, apparaîtront pour composer une œuvre de contrastes.

Ainsi, quand graves et aigus ne se mêlent pas avec délicatesse, ce sont des silences ou des emportements volontaires qui se chargent de l’humeur commune. Le 9 septembre, la tournée touchait à sa fin et les musiciens avaient eu le temps de s’accorder à son propos et même de s’y entendre : elle n’en est pas moins expressive.



rotonda

Gaudenz Badrutt, Ilia Belorukov, Jonas Kocher : Rotonda
Intonema / Metamkine
Enregistrement : 9 septembre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Rotonda
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

jonas kocher ilan manouach skeleton drafts

C’est en compagnie d’un autre saxophone – le soprano d’Ilian Manouach – que Kocher enregistrait en duo en novembre de la même année. Volubile, celui-ci pousse l’accordéoniste dans des retranchements d’un contemporain bavard voire dramatique. Malgré les efforts constatés en troisième plage – les gestes sont apaisés et travaillent à un minimalisme autrement saisissant –, l’enregistrement peine à surprendre, et donc à plaire.



skeleton drafts

Jonas Kocher, Ilan Manouach : Skeleton Drafts
BRUIT
Enregistrement : novembre 2014. Edition : 2015.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 avril 2016

Dead Neanderthals : Worship The Sun (Relative Pitch, 2015)

dead neanderthals worship the sun

Suivre un groupe dans le temps (OK, un duo pour ce qui est de Dead Neanderthals), c’est vieillir entre deux opus, et attendre du dernier opus qu’il prenne en compte tout ce que vous avez fait (et entendu) avant sa sortie. Et ça permet aussi au chroniqueur de réutiliser un petit bout de la chronique d’avant. Je le fais : « Aussi vigoureux, aussi fort, aussi remonté (si ce n’est plus) qu’hier… » Ce qui nous fait maintenant combien de fois plus vigoureux et plus fort qu’hier pour Rene Aquarius & Otto Kokke ?

Un sax et une batterie, seulement ? C’est tout ce qu’on entend sur ces deux prises studio ? Eh ben oui, mais leur jazz rock est free, et leur free est punk (si j’ose m’exprimer en des termes qui sont presque des stylo-genres). La batterie gros-bouillonne et quand elle faiblit c'est volontaire / le saxophone siffle des notes, il les endure, il les hurle dans un filet de voix et c’en est impressionnant. Un free de fausset et un rock de fort des halles, et vice-versa. Worship the Sun demande à tout le monde de l’endurance = aux musiciens + aux spectateurs + aux auditeurs. Et nous aussi, tiens, peut-être pas plus vigoureux, mais plus forcenés : on a tenu jusqu’au bout… et nous voilà revigorés !   



worship the sun

Dead Neanderthals : Worship The Sun
Relative Pitch
Edition : 2015.
CD : 01/ Worship 02/ The Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

21 mars 2016

Vortex, J-Kristoff Camps (Un rêve nu, 2015)

vortex jk camps le grand attracteur

Par grand vent, Vortex (Heddy Boubaker au synthétiseur modulaie & Sébastien Cirotteau à la trompette amplifiée, tubes et caisse claire) résiste. Par grand vent, Vortex tient le cap. Vortex mastique le chaos, l’agrippe à nos tympans, y ajoute quelque insecte vibrant. Vortex chasse des troupeaux rampants. Vortex soulage l’excès. Vortex fait du heurt un programme. Vortex entretient l’entresol. Vortex crache le souffle.

J-Kristoff Camps remixe Vortex. D’une voix monocorde, JKC parcourt les tristes rapports de tristes personnages. On épie, on espionne, on surveille, on consigne et l’insurrection tarde à venir. Coup de Jarnac à Tarnac, les esprits moisis tissent de bases œuvres. On pourchasse les soleils. Heureusement, le Comité Invisible s’invite. Eveille. Welcome.



le grand attracteur

Vortex, J-Kristoff Camps : Le grand attracteur
Un rêve nu

Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Sexy Sushi 02/ Cinq de mieux 03/ La minute 04/ A Dance Contest 05/ En douze lettres 06/ JP 07/ Mochitsuki 08/ ADN 09/ Valse nocturne en Moselle 10/ Contestation Dance 11/ Bella Vita en six lettres 12/ A nos amis
Luc Bouquet © Le son du grisli

25 juin 2015

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM, 2015)

les massifs de fleurs t'es pas drone

Ce n’est pas le premier (mais faut dire que le deuxième) CD des Massifs de fleurs du chanteur « impopulaire » Frédéric Le Junter et du guitariste Dominique Répécaud. Mais T’es pas drône est mon premier Massifs de fleurs – on sait qu’il ne faut pas y pousser mamie (qui est cette personne ?), or c’est pas l’envie qui m’en manquera.  

Le duo œuvre dans le registre de la chanson décalée / expérimentale, de la ritournelle rock et de la poésie barge… Le duo, c’est aussi un gars de la campagne qui découvre l’électricité : l’accent de Le Junter débite des phrases courtes, des citations, des pastiches, des jeux de mots, des à-peu-près qui mélangent tous (mais alors tous) les genres, des Who des villes à l’Halliday des champs.

Mais bon. Ces exercices de styles et ces mini-phrases « rigolotes » m’ennuient pas mal, et je me raccroche à la guitare (c’est possible). Un blues / rock / no wave, qui enterre un peu cet arrière-goût de Didier Super plus que d’Annegarn & de Thiéfaine plus que d’Arno, mais bon… Au trente-huitième jeu de mots, je n’en peux plus. Mais je ne raccroche pas (déontologie oblige). Mais alors que je m'accroche, Le Junter me lance un « je me sens vieillir d’un coup sec » qui résume exactement ce que je ressens en ce moment. Et c'est là que je prends la décision (ferme) d'arrêter de vieillir. 

Les massifs de fleurs : T’es pas drône (CCAM)
Edition : 2015.
CD : 01/ Le progrès 02/ T’es pas drône 03/ On y reviendra 04/ Garde Ca 05/ Cà m’a plu 06/ My Degeneration 07/ Cà se jette 08/ Massifs 09/ Sarcophage
Pierre Cécile © Le son du grisli

9 juin 2015

James Welburn : Hold (Miasmah, 2015)

james welburn hold

James Welburn a du métal sous la peau et (note à qui voudra l’approcher) le ronronnement assez dissuasif. Mais il a aussi le drone chargé et la batterie hardasse (en l’occurrence, c’est celle de Tony Buck). Bon mais quoi ? Sur moi ça marche.

La première fois qu’on (subtil passage du « je » au « on » pour créer une intimité entre le chroniqueur et son lecteur) avait entendu Welburn, c’était déjà avec Buck dans leur Project Transmit. Et son expérience en sous-marin (quinze ans de métier auprès d’artistes d’horizons différents) lui a forgé une personnalité assez significative qu’il met au profit du premier disque qu’il publie sous son nom.

Alors oui, de la basse / oui, un goût de doom metal / oui, un certain talent dans la direction d’acteur (sur Shift par exemple Welburn a déguisé Buck en Colm Ó'Cíosóig – dieu que la frappe est rapide et puissante !). Bien sûr (c’est un premier disque, me direz-vous), on aperçoit sur Hold quelques ficelles et on y entend beaucoup d’influences (le rock tribal d’Océanie, le kraut’hypnotik, le noise accessible…) mais Welburn a eu la bonne idée de les faire tourner en boucle pour les mélanger avec panache : cocktail à consommer à température.

James Welburn : Hold (Miasmah)
Edition : 2015.
LP / CD : 01/ Naught 02/ Peak 03/ Shift 04/ Transcience 05/ Duration 06/ Hold
Pierre Cécile © Le son du grisli

4 juin 2015

Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice, 2015)

joda clément i hope you like the universe

Est-ce encore un field recording que j’entends derrière ce feedback calmé de loin ? Bing (par une question !), voici que commence I Hope You Like the Universe du Canadien Joda Clément.

Est-ce encore un drone arco derrière ce field recording ? Et derrière ce field recording serait-ce encore une sirène de police urbaine ? Urbaine, ma fille, comme la première face. Même en ville on n’en croise plus des sons comme ça. Tout se bouscule à tel point que Clément est obligé de prendre de la hauteur sur la deuxième face…

Balladerait-il maintenant ses micros à bout de bras au-dessus du périphérique (c’est-à-dire entre les voitures et les avions) ? Heureusement qu’il maroufle l’addition, et même qu’il écrase tout ça au camion rouleau. Après quoi il file les débris pour tisser des tapis environnementaux... j'avoue : bien agréables à l’écoute !

Joda Clément : I Hope You Like the Universe (Notice Recordings)
Edition : 2015.
Cassette ! A/ Part I B/ Part II
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 juin 2015

Baron Oufo : Dar Al-Hikma (Quadrilab, 2014)

baron oufo dar al-hikma

Sous son apparence solitaire, Baron Oufo met en duo les Frenchies Jérôme Alban et Eddie Ladoire. Entre les guitares du premier et les claviers du second, on penserait détenir les ingrédients d’une musique qui envole le dancefloor, et il nous propulse dans un magma dense et bruitiste d’où s’échappent moult collisions sonores.

Souvenirs probables d’Ecosse, où une tentative de cornemuse orne le background à la Tim Hecker de Depth of the Prophecy, vision de la forêt nordique où survivent quelques chants d’oiseaux dans la pénombre telles des lueurs d’espoir surgies du dark ambient (Dhikr), souffle contenu d’une bête maléfique dissimulée dans les restes décapités d’un combinat est-allemand où répèterait un combo nu shoegaze (Is a God to Live in a Dog?) et longue transhumance brumeuse d’où émergent quelque pensée cosmique (Blessing and Worship to the Prophet of the Lovely Star), on se sent tel Ulysse revenu d’une épopée électronica moderniste.

Baron Oufo : Dar Al-Hikma (Quadrilab)
Edition : 2014
CD : 01/ Depth of the Prophecy 02/ Dhikr 03/ Is a God to Live in a Dog 04/ Blessing and Worship to the Prophet of the Lovely Star
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

6 avril 2015

Schnellertollermeier : X (Cuneiform, 2015)

schnellertollermeier x

La jeunesse suisse n’est plus ce qu’elle était. Cradolubriques, voici trois de ses représentants (Andi Schnellmann, David Meier et Manuel Troller derrière le beau nom-valise de Schnellertollermeier) qui s’emparent de la formule guitare / basse / batterie pour tranquillement suppurer sous cloche.

Quelle est la signification de cette expression, me direz-vous ? Rien de précis, comme la musique du trio, qui débute hardcore (la première plage, X, reproduite ci-dessous, est de loin la plus intéressante de toutes) pour donner dans le post-rock avec des bouts de metal dedans. Certes, il y a là une efficacité, et on est heureux de tomber sur des passages de « recherche » plus expérimentale entre les gimmicks, les glissandi à la truelle et les larsens. Mais l‘esprit garage sied-il à nos Suisse ? Pas sûr, avec un peu de recul on s’aperçoit que tout est bien propre sous la couche de graisse active…



Schnellertollermeier : X (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2015.
CD : 01/ X 02/ Backyard Lipstick 03/ Riot 04/ Sing for Me 05/ Massacre du printemps 06/ /// ///
Pierre Cécile © Le son du grisli

24 avril 2015

Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum, 2015) / Diatribes : Augustus (Insub, 2013)

diatribes great stone blood dunza

Jamais trop occupés, D'incise & Cyril Bondi transformaient récemment, sous l’influence de King Tubby, deux pièces de dub des années 1970. Et le divertissement opère.

A la vitesse qu’un dubplate fiché dans le sable mettrait à fondre au soleil, le duo réduit ses instruments (mélodicas, micros, haut-parleurs…) en poudre et en filtre les sons. Diffuse, alors, une électroacoustique où les basses et les vibrations rivalisent d’équilibre sur mille plateaux tournant. Désarticulé, le dub encore promis est ensuite filé : consolidé par un rythme minuscule ou un drone défaillant sur Blood Dunza ou ouvragé par quelques basses fuyantes sur Great Stone – ici, la subtile progression du duo rappelle le YMCA d’Alan Licht ou le Pablo, Feldman, Sun, Riley de Dax Pierson et Robert Horton. Inspirés par le dub, Diatribes signe là une référence indispensable de sa discographie.


Diatribes : Great Stone / Blood Dunza (Aussenraum)
Edition : 2015.
LP / Téléchargement : A/ Blood Dunza B/ Great Stone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

diatribes augustus

S’il faudra de toute façon télécharger Augustus, l’objet du même nom existe : poster enfermé dans une pochette de carton noire. Au son, c’est une musique du temps qui passe et même de temps à passer dans la rumeur d’un tambour grave et le chant de réductions mécaniques qui, détachées de tout si ce n’est de l’instant qu’elles marquent, font la ronde.

Diatribes : Augustus (Insub)
Edition : 2013.
Téléchargement : 01/ Augustus
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 avril 2015

Patrick Crossland, Alexander Frangenheim : Ape Green / WTTF : Gateway '97 (Creative Sources, 2013)

patrck crossland alexander frangenheim ape green

Soit douze miniatures improvisées – sans doute extraites de la même suite – à la charge de Patrick Crossland et d’Alexander Frangenheim.

Soit un trombone au souffle sablé. Expert en caquetages et excès salivaires. A l’aise dans la jungle tranquille, langoureux pour de rire. Des sautes d’humeur, des petites touches cuivrées, du liant et quelques fusées perçant les cumulus.

Soit une contrebasse claquant l’archet sur l’ébène. Des ressacs et des remous. Des raclages en bonnes et dues formes.  Sur le fil ou stagnante.

Soit deux bavards naturels échappés de la volière. Libres, entrelacés et en mouvement.

Patrick Crossland, Alexander Frangenheim : Ape Green (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2012. Edition : 2014.
CD : 01/ If So 02/ Here Hand 03/ Turns 04/ Tonitt 05/ Flags 06/ Ondert 07/ Nost Airb 08/ Giffre 09/ Gattan 10/ Measure 11/ Drape 12/ Abbern
Luc Bouquet © Le son du grisli

le son du grisli

wttf gateway 97

L’improvisation date de l’été 1997. A Londres, Alexander Frangenheim frayait avec Phil Wachsmann, Pat Thomas et Roger Turner. C’est le lyrisme du premier (au violon et électronique dérangée) qui emmène la rencontre avant que le piano de Thomas ne vitupère. Mais s’il a beau jeu, le groupe s’en contente et verse dans des schémas rebattus, déjà, en 1997.

Phil Wachsmann, Roger Turner, Pat Thomas, Alexander Frangenheim : Gateway ’97 (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 23 juillet 1997. Edition : 2013.
CD : 01-08/ Gateway ’97
Guillaume Belhomme © le son du grisli

12 décembre 2014

Duane Pitre : Feel Free: Live at Cafe OTO (Important, 2013)

duane pitre feel free live at cafe oto

Tout de suite (= avant la toute première note), le décor est planté : Duane Pitre / Feel Free: Live At Cafe OTO. Ce qui nous rappelle qu’il y eut avant cela un Feel Free de studio, sorti en 2012 sur Important Records.

Ne connaissant pas la prise studio, je ne pourrais donc vous dire ce qui change… Si ce n’est, quand même, les intervenants. Au côté de Duane Pitre, des musiciens du coin, cette fois, loin d’être inconnus des abonnés du grisli : Guillaume Viltard (contrebasse), Oliver Barrett (violoncelle), James Blackshaw (dulcimer), Jennifer Allum (violoncelle), Jesse Sparhawk (harpe). A l’harmonique de guitare électrique, le Monsieur Pitre avale d’un coup d’un seul toutes les racines qui l’influencent : & asiatique (les drones du dulcimer et les archets) & gothique (le romantisme que portent en eux les cordes de ses camarades du jour). C’est lent, ça insiste & ça tourne, ça peut endormir si joué trop fort, c’est inattendu et quelque chose me dit que les invités de l’OTO n’y sont pas pour rien.



Duane Pitre : Feel Free: Live at Cafe OTO (Important / Souffle Continu)
Enregistrement : 14 juin 2012. Edition : 2013.
LP : Feel Free: Live at Café OTO
Pierre Cécile © Le son du grisli

21 novembre 2014

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Birdies for Lulu (Intakt, 2014)

sylvie courvoisier mark feldman birdies for lulu

Sur fond de poursuite jazz, un violon désosse la corde : voici Mark Feldman. Les aigus d’un piano se déversent à grands flots sur la maison ternaire : c’est Sylvie Courvoisier. La contrebasse ronronne un blues racé : c’est Scott Colley. La batterie rectifie aux balais les effigies antiques : c’est Billy Mintz.

Le nouveau quartet Courvosier-Feldman implore au jazz de ne pas trop noircir la page. Y résistent les écritures contemporaines d’antan, le fantôme de Schubert, les traits vifs et saillants, les épandages d’aigus d’un duo toujours aussi éblouissant. De ces compositions aux mille-facettes (soit l’art de sauter du coq à l’âne sans s’en apercevoir), on retiendra l’intensité du jeu, les basses paroles murmurées, les lances tranchantes. Charme et légèreté ici. Encore plus que d’ordinaire.

écoute le son du grisliSylvie Courvoisier / Mark Feldman Quartet
Birdies for Lulu (extraits)

Sylvie Courvoisier, Mark Feldman : Birdies for Lulu (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Cards for Capitaine 1 02/ Cards for Capitaine 2 03/ Cards for Capitaine 3 04/ Shmear 05/ Natarajasana 06/ Downward Dog 07/ Birdies for Lulu 08/ Travesuras 09/ Coda for Capitaine
Luc Bouquet © Le son du grisli

15 novembre 2014

Radian Howe Gelb : Radian Verses Howe Gelb (Trost, 2014)

radian verses howe gelb

Après les disques avec Stefan Németh et les disques sans Stefan Németh, voilà une nouvelle occasion pour les trois acolytes de Radian (Martin Brandlmayr, Martin Siewert et John Norman) de sonner différemment. Cette occasion, c’est leur rencontre avec Howe Gelb, songwriter américain surtout connu pour son Giant Sand mais rompu aux collaborations (de Calexico à Lisa Germano en passant par John Parish).

Donc donc donc, la rencontre du folk US et de l’ambient électroacoustique viennoise, qui débute downtempo sur un refrain que n’auraient pas renié Robert Wyatt ou Arto Erotic City Lindsay. Mais ce n’est qu’en deuxième plage que Radian commence à opérer : les chausse-trappes se multiplient & les loops s’incrustent sur l’Americana de Gelb (dont je connais, je dois l’avouer, assez peu l’œuvre pour dire s’il pioche dans son répertoire ou a écrit des morceaux spécialement pour ce projet).

Quand les fûts de Brandlmayr, les guitares et processings de Siewert et la basse avale-tout de Norman sonnent la charge, nous voilà aux choses sérieuses. La voix de Gelb se fait plus proche et peut commander au trio de changer de piste. Au choix : un folk interrompu, une ballade propulsée dans l’espace, une ambient décalée, une americana whitexploitée, un pseudo remix, etc. trois fois. De la guitare, du piano et de la voix de l’Americain, les trois Radian se gavent tant et si bien (jusqu’à des archives de démo, à ce qu’il m’a semblé) qu’on applaudit à leur digestion sans tache : leur Verses Howe Gelb vaut bien d’être terminé en chanson, on se surprendra à siffler l’air de Moon River avec lui.

Radian, Howe Gelb : Radian Verses Howe Gelb (Trost)
Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Saturated 02/ Saturated Beyond 03/ I'm Going In 04/ From Birth To Mortician 05/ ....And Back 06/ The Constant Pitch And Sway 07/ Return To Picacho Peak 08/ Pitch And Sway Again 09/ Moon River
Pierre Cécile © Le son du grisli

22 octobre 2014

Piiptsjilling : Moarntiids (Midira, 2014)

piiptsjilling moarntiids

Ce serait mentir que de dire que l’usage du Flamand n’a pas freiné (d’un grand coup) l’enthousiasme qu’aurait pu faire naître en moi la découverte (même si Moarntiids est la troisième production du groupe) du Piiptsjilling de Mariska Baars (qui signe la belle peinture de la pochette), Jan & Romke Kleefstra et Rutger Zuydervelt (plus connu sous le nom générique de Machinefabriek).

Mettant en musique la poésie de Jan Kleefstra, le trio en adopte (semble-t-il) les codes : la traduction des textes qui ont inspiré les quatre morceaux du CD parlent (merci au digipack pour la traduction) de murmure, d’endormissement, d’ombres et de reflets de lumière dans l’eau… C’est dire que la musique de Machinefabrik aurait pu convenir au projet, mais en choisissant Piiptsjilling pour s'atteler au projet, c’est peut-être autre chose qui en sort. Guitares électriques avec un peu de delay, ce qu’il faut d’électronique et des voix fantomatiques (en plus de celle qui récite) concoctent une pop atmosphérique matinée, un krautrock planant, une americana d'Amsterdam nouvelle… Passée la surprise du premier titre, tout ça est assez convaincant !

écoute le son du grisliPiiptsjilling
Moarntiids (extraits)

Piiptsjilling : Moarntiids (Midira)
Edition : 2014.
01/ Flinter Djippe See 02/ Kobbeswerk 03/ Slykklauwers 04/ Sûnder Wyn Nea Itselde
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 octobre 2014

EMERGE, Don Vomp : Retention (Attenuation Circuit, 2014)

emerge don vomp retention

Certains font de la rétention d’eau, d’autres... d’instruments ! C’est en tout cas ce que nous prouve ce CD (tiré à trente copies) enregistré en concert en 2009 par EMERGE (qui sample en direct et a joué entre autres avec Kommissar Hjuler, If, Bwana, etc.) et Don Vomp (au violon électrique).

Attention, ne pas se l’imaginer « électrique », ce violon électrique… Car ce qu’on entend plutôt c’est de la déformation de timbre grâce au sample direct ou des loops de cordes en plus des drones qui courent en rond, des collages… Le tout sous une atmosphère mystérieuse qui conviendrait à la BO d’un film de série B (angoisse, suspense, surprise). Certes un peu long sur la fin, mais qui retient longtemps l’attention !



EMERGE, Don Vomp : Retention (Attenuation Circuit)
Edition : 2014.
CDR : 01/ Retention
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 juillet 2014

Ivo Perelman : Two Men Walking / Book of Sound / The Other Edge (Leo, 2014)

ivo perelman matt maneri two men walking

En se lançant d’emblée dans la bataille et, exorcisant de ce fait le piètre A Violent Dose of Anything (Leo Records), Mat Maneri n’est plus la victime de l’ogre Ivo Perelman. Le chemin, ici, est celui de la reconnaissance et des justes proximités. Ecoute et concentration pour le violoniste, aigus perce-tympans et phrasés en forme de bosses pour le saxophoniste : tous deux tranchent à vif le contrepoint. Mais parce que trop souvent systématiques, on aimerait les entendre s’éloigner, se dissoudre en d’autres espaces.

Mais ce petit jeu du chat et de la souris possède charme et élégance : l’unisson se trouve (quasi) miraculeusement, d’un bourdon nait des fugues écarlates et le temps de quelques pistes, le violoniste embarque son ami saxophoniste dans de sombres et secrètes joutes microtonales. A suivre…

écoute le son du grisliIvo Perelman, Mat Maneri
Two Men Walking (court extrait)

Ivo Perelman, Mat Maneri : Two Men Walking (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Part 1 02/ Part 2 03/ Part 3 04/ Part 4 05/ Part 5 06/ Part 6 07/ Part 7 08/ Part 8 09/ Part 9 10/ Part 10
Luc Bouquet © Le son du grisli

le son du grisli

ivo perelman book of sound

Vieux complices depuis 1996, Ivo Perelman (saxophone ténor), Matthew Shipp (piano) et William Parker (contrebasse) animent une ruche aux phrasés cassés, rongés. N’abusant pas plus que cela du contrepoint mais, au contraire, jouant le jeu des embuscades et des accrochages, contrebassiste et pianiste obligent Ivo Perelman à repenser son souffle, à reconsidérer l’interaction du trio. Et ainsi d’offrir à ce même  trio quelques horizons élargis.  

écoute le son du grisliIvo Perelman
Book of Sound (court extrait encore)

Ivo Perelman : Book of Sound (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Damnant Quod Non Intelligent 02/ Candor Dat Viribus Alas 03/ De Gustibus Non Est Disputandum 04/ Adsummum 05/ Adde Parvum Parvo Magnus Acervus Erit 06/ Veritas Vos Liberabit
Luc Bouquet © Le son du grisli

le son du grisli

ivo perelman the other edge

Dans la pléthorique production d’Ivo Perelman (quinze disques en deux années sur le seul label Leo Records), choisir The Other Edge semble être une bonne et sage option. Trio connecté (Matthew Shipp, Michael Bisio, Whit Dickey) et en rien effrayé par les flèches d’aigus du saxophoniste, désordres exclusifs (consignons quelques bémols aux obsessions rythmiques de la paire Perelman-Shipp) : ce quartet prend à bras le corps un free jazz sortant ici agrandi.

écoute le son du grisliIvo Perelman
The Other Edge (court extrait toujours)

Ivo Perelman : The Other Edge (Leo Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Desert Flower 02/ Panem et Circenses Part 1 03/ Crystal Clear 04/ Panem et Circenses Part 2 05/ Latin vibes 06/ Petals or Thorns? 07/ Big Bang Swing 08/ The Other Edge
Luc Bouquet © Le son du grisli

1 septembre 2014

Jacques Demierre, Jonas Kocher, Axel Dörner : Mulhouse, 27 août 2014

jacques demierre jonas kocher axel dörner festival météo 2014

Invité par le festival Météo à dispenser un stage organisé sur plusieurs jours au profit de musiciens motivés (et pas seulement pianistes), carte blanche était offerte à Jacques Demierre pour la composition de la formation qui ouvrirait la soirée de concerts donnés au Noumatrouff ce 27 août dernier.

A sa gauche (vu du public), Jonas Kocher, brillant accordéoniste de ses compatriotes qui travailla avec lui à Öcca ou en Insub Meta Orchestra ; à sa droite (du même point de vue), Axel Dörner, trompettiste qu’Urs Leimgruber, partenaire de Demierre en ldp, aura donc essayé avant lui (disque Creative Sources). Sera-ce Demierre qui composera ? Dörner qui concèdera ? Kocher qui s’adaptera ? Ou alors l’inverse ? – mais allez chercher l’inverse d’une formule à trois inconnues…

Le mystère reste entier, qui aurait pu expliquer l’équilibre trouvé par le trio : aux frasques et embardées du pianiste, à l’implication avec laquelle il assène des gifles sèches à son instrument – dans un rapport auquel Joke Lanz fera écho le lendemain soir, à Bâle (Sud), lorsque, à l’affût derrière ses platines, il trouvera matière à la fabrication d’un autre ouvrage sonore d’équilibre et d’expression instantanée – ou en explore l’intérieur, Kocher et Dörner répondent dans l’urgence (heurts provoqués, autres emportements) en prenant soin de revenir aux sources du langage qui les travaille habituellement (ligne inquiète de discrétion, voire de circonspection, sinon de silence).

Ainsi les aigus ou graves tenus de l’accordéon font bientôt le lien entre un monde et un autre. Et voilà la scène renversée : les musiciens s’immobilisent, prennent et tiennent la pause – s’ils bougent encore un peu, c’est alors un théâtre au ralenti, l’image est à la traîne, comme parasitée par les sons, même les plus infimes (souffles minces ou blancs, cordes effleurées, sourdine ou knatterboot-gerücht). Le trio prendra plaisir à renverser d’autres fois cette même scène, avec une entente égale et un équilibre rare, qui forcent une triple estime. 

Jacques Demierre, Jonas Kocher, Axel Dörner : Mulhouse, Noumattrouff, Festival Météo, 27 août 2014.
Photos : François, Quelques Concerts
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

8 janvier 2016

Alberto Novello (JesterN), Flavio Zanuttini : Le retour des oiseaux (Bowindo)

alberto novello flavio zanuttini le retour des oiseaux

J'ai échappé à l'aller que voilà déjà Le retour des oiseaux ! Je constate d'abord : l’oiseau-boomerang est propulsé par Alberto Novello (aka JesterN) (compo et électronique) et Flavio Zanuttini (bugle et composition).

C’est peu dire qu’il y a là de l’oiseau sur la branche et moi j’ai l’impression d’habiter le tronc d’arbre (c’est la crise pour tout le monde). Dehors, le bugle fait des ronds et le vent commence à bien souffler, mais c’est après que ça s’(é)corse… On sent le vent d’est (genre qui nous ramène de l’ECM) et un vent de faux sud (ce serait quand même pas de l’influence de gros Maalouf ? ce serait quand même dommage...) mais quand il disparaît ça va mieux : Alberto N. brouille toutes les bandes et s'en va jouer presque solo en alva minimalist noto…

Disons-le pour résumer (quoi, déjà ?) : Le retour des oiseaux est un disque étrange. Très. Parce qu’il faut ajouter à ce que j’ai déclaré une voix de fausset, des ondes de synthés, etc. Bref, cet ensemble hétéroclitofactice manque en plus singulièrement de cohérence – et cohérencement de singularité. Mais ce n'est qu'un premier disque, tout peut s'arranger...



Alberto Novello (JesterN), Flavio Zanuttini : Le retour des oiseaux (Bowindo Recordings)
Edition : 2015.
LP : A-B/ Le retour des oiseaux
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 décembre 2015

Mamiffer, Daniel Menche : Crater (Sige, 2015)

daniel menche mamiffer crater

J’ai comme l’impression de n’entendre Daniel Menche qu’en « périodes » de fêtes (voire : de Noël !). Cette fois, c’est avec le Mamiffer d’Aaron Turner et Faith Coloccia. Daniel dans l’antre du Mamiffer, voilà qui promettait, mais le premier piano qui crash rebute, déployant facile une intro qui n’en est qu’une (d’intro). Mais mais (or or) c’est par la suite que ça se précise : Menche et Mamiffer versent dans une ambient noise qui vous retourne l’estomac.

Oui, rien que ça. Field recordings (encore des f.r., mais quand même pas les mêmes que ceux des autres), crescendos telluriques, drones qui épaississent comme des crapauds qui fument, lourds instruments métalliques qui cherchent à retourner la terre aride et voix de sirènes qui vous serrent le… Mamiffer. On excusera juste le piano (de l’intro et de la conclusion) : à part ça, du grand Menche et du grand Mamiffer. Que dire d’autre sinon d’y courir ? = Tous au Crater !



Mamiffer, Daniel Menche : Crater (Sige Records)
Edition : 2015.
CD / Cassette : 01/ Calyx 02/ Husk 03/ Alluvial 04/ Breccia 05/ Exuviae 06/ Maar
Pierre Cécile © Le son du grisli

12 juin 2014

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird, 2014)

elliott sharp terraplane 4am always

Je ne sais si ce sont deux qualités, mais j’aime l’Elliott Sharp des débuts et les grassroots de Tom Waits. J’aurais dû aimer en conséquence Terraplane, ce projet que le guitariste emmène depuis 1991 avec dans le médiator un va-et-vient entre la country et le blues. Oui mais voilà…

Ce premier CD que j’entends de Terraplane me laisse un goût de variété dans l’oreille. Sharp à la guitare (électrique ou acoustique), Dave Hofstra à la basse et Don McKenzie à la batterie invitent la chanteuse Tracie Morris (j’apprendrais que le groupe a invité avant cela Hubert Sumlin d’Howlin’ Wolf ou Eric Mingus) à jouer avec eux. Malheureusement, leur jeu est « assez facile », se contente du peu que le blues peut apporter aux expérimentations de Sharp et, mises à parts sur deux ou trois exceptions (U.A.V. Blues et New Steel), les arpèges et le bootleneck ne sont de sortie que pour des joutes qui surprennent plus qu’elles ne plaisent !

Elliott Sharp’s Terraplane : 4am Always (Yellow Bird / Enja)
Edition : 2014.
CD : 01/ Ain’t Got No 02/ U.A.V. Blues 03/ New Steel 04/ Space Rock Comin’ 05/ Sentenced to Life 06/ I Can’t Acquiesce 07/ Sunset to Sunrise 08/ Up from the Bottom 09/ Subtropical
Pierre Cécile © Le son du grisli

Newsletter