Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Dysmusie, Doubtful Sounds..., 2015)

la morte young drone electric lust split

Le vinyle que se partagent La Morte Young et Drone Electric Lust – deux supergroupes : Talweg / Sun Stabbed / Nappe contre Kjell Runar Jenssen, Lasse Marhaug, Per Gisle Galåen et Fredrik Ness Sevendal – requit les efforts d’un superlabel – six, s’il faut être précis : Doubtful Sounds, Apartment, Dysmusie, Pica Disk, Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!

Déjà, la tête vous tourne, et c’est maintenant le disque : lentement, un tambour régulier (dont les soubresauts marqueront les séquences de la « longue marche ») et des guitares qui rôdent mettent au jour les éclats aigus d’une voix qui ne demande qu’à gronder – la cage d’Erle n’est-elle pas faite de cordes-clôtures électriques ? Dans un magma plongée enfin, les drones ont obtenu leur revanche : la litanie n’est qu’un lointain souvenir. Mais on sait que l’avenir de La Morte Young n’est envisageable qu’en métamorphose : toute voix dehors ?

Un accordéon, enregistré sans doute, vacille sous les coups d’une batterie : est-ce lui qui s’occupera du bourdon dont Drone Electric Lust a, depuis le milieu des années 1990, fait son affaire ? Enterré par un autre double de guitares – qui rôdent, elles aussi, et chaloupent même –, on ne l’entendra plus : sur un swing lynchien, une voix perce qu’on tentait d’étouffer. Rabattu, le drone : c’est là une ballade de carnaval des âmes. L’étrangeté de la chose épouse celle de l’autre : davantage que le rapprochement, sur un même disque, de deux groupes qui opposent à leurs fortes guitares et batteries d’impénétrables vocalises, ce Split donne à entendre les deux faces d’une même, et transcendante, irritation.     

La Morte Young / Drone Electric Lust : Split (Doubtful Sounds / Apartment / Dysmusie / Pica Disk / Killer, Up Against the Wall, Motherfuckers!)
Edition : 2015.
LP : A/ La Morte Young : Cortex the Killer – B/ Drone Elctric Lust : Stjerneskuddenes Natt
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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La Morte Young (Dysmusie / Up Against The Wall, Motherfucker!, 2013)

la morte young le son du grisli

Est-ce le chant des sirènes (Sun Stabbed et Nappe accordés) qui, doucement, fit dévier le ballet des sorcières (Erle et Fels en sont deux, qui composent Talweg) ? Comme en jours de Pardon, voilà l’association partie la monter, cette côte-pente qui mène au calvaire près duquel a été enterrée la jeune morte de l’année – puisque la morte est young.

S’il faut en prendre soin, l’événement aura fait qu’on lui accorde le prélèvement d’une poignée de cheveux, au mieux d’un peu du cœur. La relique restera néanmoins de vinyle : deux faces qui racontent par le son le parcours chaotique de la procession : bruissements de guitares, somme de drones en levée et puis premiers tambours. Avec la voix, c’est enfin l’évocation : râles (ou rallizes) de toute une vie et aussi dernier souffle.  

Alors, la batterie tonne, annonçant le grain qui menacera d’abattre tous les étendards – étranges relents d’Hate Supreme derrière lesquels se cachent lumières, ombres et figures : You Must Believe in Spring (Bill Evans posthume), Whisper of Dharma (Human Arts pour ensemble discret) deux fois, The Case of 5 Sided Dream In Audio Color (Rahsaan Roland Kirk au trois augmenté de deux), Brotherhood of Breath (Chris McGregor, insufflations suite à compressions thoraciques). Partout, les guitares rôdent ; bientôt, les voilà folles.

Efficientes, néanmoins. Tous sanglots emportés par un feedback, voici que l’association, comme en jours de Pardon encore, s’égare et festoie : la voix disperse aux quatre vents cheveux coupés en 666 comme cœur en morceaux, et confond dans un élan vivifiant tous les premiers principes : « faîtes ceci en mémoire de moi », surtout, « prenez et mangez. »

écoute le son du grisliLa Morte Young
You Must Believe In Spring

La Morte Young : La Morte Young (Dysmusie / Up Against the Wall, Motherfuckers ! / Metamkine)
Enregistrement : 2013. Edition : 2013.
LP : A1/ You Must Believe in Spring A2/ Whisper of Dharma – B1/ The Case of 5 Sided Dream In Audio Color B2/ Whisper of Dharma² 03/ Brotherhood of Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.

musiques innovatrices 22 2014

Le festival intermittent – mais il s’agit tout de même de sa 22e édition ! – Musiques Innovatrices de Saint-Etienne est un peu parallèle à celui qui se tient en juillet, depuis 2001, à Marseille (MIMI). Il partage aussi avec lui le fait de se dérouler dans un lieu particulier. Les îles du Frioul pour ce dernier, le cadre du Musée de la Mine pour le Stéphanois. Se déroulant pendant les derniers jours d’une année scolaire, un peu avant les épreuves du bac, il m’a rarement été possible de m’y rendre. La configuration d’un emploi du temps combiné au weekend de la Pentecôte fut favorable à une troisième visite à ces Musiques Innovatrices.

Une programmation alléchante, sans être toutefois des plus avant-gardistes, motiva aussi ce déplacement de Strasbourg à Saint-Etienne. Certes, j’ai dû faire l’impasse sur la première soirée, qualifiée par l’organisateur de « soirée du souffle », souffle animé à la fois par les effluves issues du fado et de la bossa nova (Norberto Lobo et João Lobo) et les vents des Appalaches (Josephine Foster). Soirée qui suscita une forte adhésion.

La seconde se voulut plus aérienne, et servie avec un peu de psychédélisme, au fil de deux prestations. Celle du guitariste nîmois Thomas Barrière, suivie par celle que concoctèrent les deux italiens de My Cat Is An Alien. Devant un public quelque peu clairsemé, le premier sut remplir l’intéressante salle des pendus de la mine par des sons provenant d’une guitare à deux manches (douze et six cordes) et usant de divers procédés (frottages, dissonances, effets électroniques, ceux de la voix directement sur les cordes…) pour recréer une musique libre issue de détournement d’influences rock, blues voire arabisantes. Un peu plus tard, le concert de My Cat Is An Alien fut peut-être en-deçà des attentes. Fort d’une  bonne cinquantaine d’enregistrements sous tout format (et sans compter les albums solos et ceux parus sous d’autres noms), la formation des deux frères piémontais Maurizio et Roberto Opalio opère dans un style qu’elle qualifie de Psycho-System (coffret de six CD qui en détaille les divers aspects, sous les termes de delirium, catharsis, hallucination, enlightment…), une sorte de musique cosmique, générée ici principalement par les sons électroniques, offrant dans le déluge sonore quelques variations aux sonorités plus métalliques, parfois percussives et saccadées, mais qui rapidement semblent lasser une partie du public, laissant les autres sur leur faim.

my cat   konk

La troisième soirée s’annonça plus tellurique. Ce qui sied justement à cet endroit ouvert sur le ventre de la terre. En prélude et en fin d’après-midi, les festivaliers, plus nombreux que la veille, purent suivre la prestation de Toma Gouband pour un solo de lithophones et percussions. De grosses pierres et des cailloux plus petits étaient posés sur des cymbales et une grosse caisse. Et avec l’une ou l’autre de ces pierres, le musicien frottait, frappait les autres, esquissant des rythmes décalés qui s’interpénétraient, créant une atmosphère envoutante et curieusement aérienne. Peut-être un peu trop longue, la prestation perdit un peu de sa magie avec l’usage de la pédale de grosse caisse.

Le trio germano-britannique Konk Pack ouvrit la soirée par un set époustouflant, qui marqua la plupart des auditeurs, lesquels le considérèrent comme le climax du festival. Il est vrai que Tim Hodgkinson, Thomas Lehn et Roger Turner pratiquent leur improvisation de haut vol depuis une quinzaine d’années, forte de leur empathie et sans en bannir l’imprévisible. Armés l’un de sa guitare lapsteel, et accessoirement de sa clarinette, le second d’un synthétiseur analogique, et mus en permanence par l’impressionnant et imaginatif batteur, les musiciens créent une musique convulsive, tourbillonnante, électrique, alternant sauvagerie déferlante et accalmie parfois mélodique, une musique finalement très éruptive (un paradoxe dans un site minier…).

Plus prévisible fut le concert donné (en soliste) par Richard Pinhas. Un premier set d’une trentaine de minutes, un second d’une dizaine. Déclinant tous les deux des envolées étourdissantes nées du croisement de la guitare avec les ressources de l’électronique. Des sonorités parfois célestes pour lesquels on quittait l’environnement tellurique, d’autres plus incandescentes, entre terre et feu (on retrouve le côté éruptif de la prestation précédente !), ou plus majestueuses, les sons résonnant dans cette salle des pendus comme dans une cathédrale, dans laquelle les vêtements pendant des mineurs faisaient office d’exvotos ou de statuaires originales.

La Morte Young conclut cette troisième soirée. Les cinq musiciens, grenoblois, niçois et stéphanois conjuguèrent une musique qui partit d’un lent crescendo faussement planant pour aboutir à une saturation sonore bruitiste et bestiale, notamment par les effets de larsen, le travail sur les guitares et les diverses pédales (Thierry Monnier et Pierre Faure) sous-tendus par le batteur d’Eric Lombaert (Talweg), et le thérémine survolté de Christian Malfray et la voix de Joëlle Vinciarelli (Talweg). Plus onirique et apaisée fut la courte seconde pièce, bien que, elle aussi, s’acheva dans maelstrom étourdissant.

la morte young  lucio

Plus difficile de trouver un dénominateur commun à la quatrième et dernière journée de ces Musiques Innovatrices. Peut-être le souffle, si l’on associe le premier concert de l’après-midi (Lucio Capece) et le dernier avec son saxophone baryton (Joe Tornebene) ? Mais les deux autres… Finalement ce sera la journée des déambulations. Entre les lieux, entre les types de musique. Entre les lieux effectivement puisque le festivalier passa successivement de la salle des énergies vers celle des machines, avant de passer à l’auditorium et à la salle d’exposition. Entre les musiques aussi. La plus poétique fut celle que proposa Lucio Capece dans la salle des énergies : partant d’un souffle minimal cher aux adeptes du réductionnisme, il insuffla à sa musique une dimension particulière par l’emploi d’archet, ou de divers gadgets propres à varier les vibrations, avec des installations diverses, couplées ou non avec le saxophone, usant de petite boule, d’un ballon en déambulation, concoctant une mise en son de l’espace.

La salle des machines accueillit, elle, le duo Baise en ville, pour une confrontation entre une voix grave, usant d’onomatopées, de cris, de grognements (Natacha Muslera) et d’une guitare transpirant de sonorités sombres, de trituration des sons (Jean-Sébastien Mariage), s’inscrivant dans un univers d’improvisations plutôt rock, proposant, très occasionnellement, des passages plus évanescents, mais plus globalement dissonants et torturés. Sonar fut tout à fait différent. Plutôt rock aussi, ce quartet helvétique est une jeune formation (deux, trois ans) de vieux routiers, soit deux guitaristes (Stephen Thelen, Bernhard Wagner), un  bassiste (Christian Kuntner) – qui hantent la scène zurichoise depuis plus de deux décennies, en particulier le bassiste (Brom, Fahrt Art Trio, Kadash…) – et le batteur Manuel Pasquinelli, plus jeune et parfois en-deçà de la maitrise instrumentale de ses partenaires. Comme le suggère le nom de la formation, les quatre musiciens livrèrent une musique aux architectures sonores finement travaillées et ciselées, aux rythmes complexes, une musique percutante marquée par le sceau d’un rock progressif (Stephen Thelen aurait travaillé avec Robert Fripp !), aux lignes assez minimales et identifiables par l’usage d’accordages particuliers des deux guitares, une musique qui, au-delà de quelques riffs virevoltants, de quelques effets sur les cordes et de l’énergie qu’elle dégage, reste marquée par une approche calme, une sorte de lenteur suisse (cliché !), propre à illustrer le titre de leur troisième opus, Static Motion.

Un saxophoniste baryton quasi-inconnu eut la tâche de clore ces quatre journées de Musiques Innovatrices. Américain d’origine et lyonnais d’adoption, Joe Tornabene investit l’espace de la salle d’exposition en se déplaçant régulièrement, en proposant un travail sur le souffle continu et les sons multiphoniques. Un espace d’exposition qui fut, les trois premiers jours, investi par les installations de Thomas Barrière, faites de divers module, mobiles, avec des squelettes, répliques de bateaux à voile, mus par des ventilateurs et générant, bien sûr, des sons.

Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.
Photos : Bruno Meillier © Les proliférations malignes & Pierre Delange © Merzbow-Derek.
Pierre Durr © Le son du grisli

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