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Le son du grisli
11 septembre 2009

John Butcher Group : Somethingtobesaid (Weight of Wax, 2009)

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Commande passée à John Butcher par le festival de musique contemporaine d’Huddersfield (et enregistrée là l’année dernière), Somethingtobesaid est une pièce découpée en neuf mouvements qui trahit les obsessions électroacoustiques de son auteur.

Pour évoluer lentement au gré des gestes d’un groupe de huit musiciens concentrés : Butcher, donc, aux saxophones, et puis Chris Burn (piano), Clare Cooper (harpe), dieb 13 (turntables), John Edwards (contrebasse), Thomas Lehn (synthétiseur), Adam Linson (électronique) et Gino Robair (percussions). Par phases grandiloquentes ou discrètes, Somethingtobesaid amasse mouvements de cordes fuyantes et combinaisons de notes affolées, répond ici aux obligations d’une emphase fulgurante pour s’abandonner ailleurs au murmure d’expressions timides. En qualité de commandeur, intervient de rares fois une voix préenregistrée, décisionnaire des impulsions indispensables à donner à la musique à flot de ce qui devait être dit. 

John Butcher : Somethingtobesaid (Weight of Wax / Improjazz)
CD : 01-09/ Somethingtobesaid
Enregistrement : 2008. Edition : 2009.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Archives John Butcher

24 juin 2009

Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY, 2009)

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Ah, voilà un de ces disques qu’on repère avant sa sortie, qu’on prie son disquaire de commander, qu’on se prépare à écouter avec l’envie de « reconnaître » (un son de groupe façonné, une géologie unique) et de « découvrir » ; il faut avouer que, d’album en album, Polwechsel a su créer, par les ajustements de son effectif et la documentation de ses évolutions esthétiques, un désir chez l’auditeur avide de « l’épisode suivant »…

Cette sixième* publication marque, à plusieurs égards, une importante étape dans l’histoire de l’orchestre après la récente intégration des percussionnistes Burkhard Beins et Martin Brandlmayr aux côtés des membres fondateurs Werner Dafeldecker (contrebasse) et Michael Moser (violoncelle) : saxophoniste soprano & ténor du groupe depuis dix ans, John Butcher a choisi de le quitter après cet enregistrement. L’invitation faite, pour ce disque, à John Tilbury, signale également un infléchissement musical et confère à sa contribution une portée significative ; le pianiste n’apporte pas cette suspension caractéristique d’AMM – écoutez-le avec Prévost et justement Butcher, dans Trinity, sur Matchless – mais plutôt un art somptueux du « placer & déposer » les objets sonores. Les deux compositions de Moser et Dafeldecker y gagnent une belle ampleur, dans une sorte de dépassement de l’austère ascétisme (qui culminait sur le disque Durian et se formalisait chez Erstwhile) par une rêverie nouvelle qui n’est pas sans rappeler certaines options des premiers scénarios du groupe. Séquences & jeux de structures, alternances & bascules de polarités, élégance & obstination, c’est tout Polwechsel, mais taillé dans des tissus plus piqués, frotté dans des essaims d’une autre légèreté…


Polwechsel, John Tilbury, Place (extrait). Courtesy of HatOLOGY.


Polwechsel, John Tilbury, Field (extrait). Courtesy of HatOLOGY.

*après Polwechsel (hat[now]ART 112), Polwechsel 2 (hat[now]ART 119), Polwechsel 3 (Durian 016-2), Wrapped Islands (avec Fennesz, Erstwhile 023), Archives of The North (hatOLOGY 633)

Polwechsel, John Tilbury : Field (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2007. Edition : 2009.

CD : 01/ Place / Replace / Represent 02/ Field

Guillaume Tarche © Le son du grisli

10 avril 2009

Ken Vandermark: Resonance (Not Two - 2008)

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Prenant la direction d’un tentette composé de quelques-uns de ses fidèles (Dave Rempis et Tim Daisy, élements du Vandermark 5, ou Magnus Broo, membre de 4 Corners) comme d’intervenants jusque-là inconnus de lui (les saxophonistes Mikołaj Trzaska et Yuriy Yaremczuk ou le contrebassiste Mark Tokar), Ken Vandermark enregistrait Resonance, grand-œuvre de fanfare hallucinée consigné sur vinyle.

A celles des noms déjà cités, ajouter les présences du tromboniste Steve Swell, du tubiste Per-Ake Holmlander et du percussionniste Michael Zerang – ces deux derniers, membres du Peter Brötzmann Tentet –,  installés comme les autres à Cracovie pour cet enregistrement. Deux longs titres, ici, sur lequel un brass band d’exception impose à sa grandiloquence de composer avec des moments d’égarements : interventions de Vandermark, Rempis et Swell, remarquables sur Off-Set ; avantage à Broo sur The Number 44, ouvert sur swing lent et puis changé en offensive saisissante sous les coups de Daisy et Zerang. Ainsi, Resonance combine le plaisir de consonances attendues et la surprise d’élans individualistes altiers.

LP: A/ Off-Set (for Olek Witynski & Jacek Zakowski B/ The Number 44 (for Anna Czarna Adamska) >>> Ken Vandermark - Resonance - 2008 - Not Two. Distribution Instant Jazz / Chazz for Jazz.

Ken Vandermark déjà sur grisli
Collected Fiction (Okka Disk - 2008)
DISTIL (Okka Disk - 2008)
Beat Reader (Atavistic - 2008)
4 Corners (Clean Feed - 2007)
Journal (Atavistic - 2006)
Gate (Atavistic - 2006)
Free Jazz Classics 3 & 4 (Atavistic - 2006)
Alchemia (Not Two - 2005)
Interview

14 juin 2006

Peter Brötzmann: Berlin Djungle (Atavistic - 2004)

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Vingt ans après son enregistrement au JazzFest de Berlin, le label Atavistic ressortait Berlin Djungle du saxophoniste Peter Brötzmann, édité à l’origine par Free Music Production.

Le temps d’un concert unique, 11 musiciens servirent le fantasme du Brötzmann Clarinet Project, certains devant laisser leur instrument de prédilection au profit de la clarinette : parmi eux, les saxophonistes Tony Coe (transfuge de l’orchestre d’Henry Mancini) et John Zorn. Au nombre des intervenants, compter aussi Louis Sclavis, Toshinori Kondo (trompette), Johannes Bauer et Alan Tomlinson (trombones), quand William Parker et Tony Oxley assurent la section rythmique.

Et Brötzmann, bien sûr, qui adresse un clin d’œil à Dolphy avant de conduire son ensemble le long des deux parties de What A Day, pièces sans concessions évoluant au gré des emportements : mouvements saccadés, cris, sifflements, pizzicatos de Parker surpris en pleine transe nihiliste. Espacés, des solos sont ensuite plus à même d’instaurer des pauses obligatoires avant l’unisson ultime et suraigu auquel résiste, seul, le barrissement d’un trombone (First Part). L’épreuve est extrême, et la seconde partie nous apprendra que le bout du bout de la fougue bruyante peut encore changer d’allures. Les contraintes presque toutes anéanties, les trombones dressent leurs sirènes plaintives au milieu desquelles Brötzmann installe au tarogato (saxophone en bois d’origine hongroise) un blues badinant avec la Rhapsody In Blue de Gershwin. Incursion démesurée dans le champ du free jazz et de l’improvisation contestataire, Berlin Djungle est, en plus, un document d’importance, au générique singulier. Prometteur à l'époque ; confirmé aujourd'hui.

CD: 01/ What A Day / First Part 02/ What A Day / Second Part >>> Peter Brötzmann - Berlin Djungle - 2004 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

19 mars 2009

Lapslap: Scratch (Leo - 2009)

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Quelques mois après la parution d’Itch, le trio composé de Michael Edwards (saxophone ténor, ordinateur), Martin Parker (cor, ordinateur) et Karin Schistek (piano), présente Scratch, qui l’installe encore mieux.

Pour, notamment, paraître bien moins l’œuvre de jeunes musiciens soignant leurs frénésies en ludothèque sonore et amonceler dans la mesure d’encourageants penchants improvisés : piano profitant des effets imprévisibles de la pédale de soutien, cor récalcitrant et ténor éreinté, se partageant les solos qui ponctuent cet essai d’électroacoustique assagie. Sur lequel Lapslap respecte les codes établis de l’improvisation britannique telle que l’histoire musicale la considère, tout en l'agrémentant des effets de postures rappelant celles de Charlemagne Palestine ou de John Zorn.


Lapslap, Zerbrötzeln. Courtesy of Lapslap. 

CD: 01/ Blau 02/ Throat Horn 03/ Zerbrötzeln 04/ Kettle 05/ Itchy 06/ Seep 07/ Pinned 08/ Gelb 09/ Bite 10/ Blödflocke 11/ Rustle >>> Lapslap - Scratch - 2009 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

17 mai 2006

Chicago’s Avant Today (Delmark - 2003)

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Pour célébrer son cinquantième anniversaire, le label Delmark sortait en 2003 une série de compilations dédiées au jazz de Chicago. Parmi le nombre, Chicago’s Avant Today propose un florilège de dix (alors dernières) années d’un jazz exigeant élaboré dans le sillage de l’A.A.C.M.

L’occasion de réentendre, en ouverture, le New Horizons Ensemble d’Ernest Dawkins, le temps de Stranger, composition de free décomplexé porté par la contrebasse de Yosef Ben ISrael et les percussions d’Avreeayl Ra. Dans la même veine, on trouvera plus loin le batteur Kahil El’Zabar aux côtés de Malachi Favors (contrebasse) et Ari Brown (saxophone ténor) pour un hommage à Coltrane (Trane in Mind), et le sextette de Malachi Thompson affublé d’un ensemble vocal, pour un résultat moins pertinent (An Elevated Cry).

Deux fois, la compilation donne à entendre Ken Vandermark. Au sein du NRG Ensemble, d’abord, qui défend un jazz puissant qui distribue quelques clins d’œil au rock (Hyperspace, qui inaugure en quelque sorte le son de Spaceways Inc.) ; menant son Action Trio, ensuite, sur le rythme d’une danse de salon sophistiquée et branlante.

De manière différente, voici le champ investi par les membres du Chicago Underground, que l’on retrouve auprès du cornettiste Rob Mazurek sur un Ostinato fade, et que l’on dissémine ensuite – le guitariste Jeff Parker menant Chad Taylor (batterie) et Chris Lopes (contrebasse) sur Holiday For A Despot, composition mêlant assez finement jazz et rock bruitiste.

Bien sûr, Chicago’s Avant Today ne peut prétendre ériger un panorama complet de la scène jazz d’avant-garde élaborée à Chicago, étant donné son statut de compilation promotionnelle du label Delmark (le prix du disque excusant souvent ce genre de parti pris). Reste quand même à l'auditeur à profiter d'une sélection à 2 exceptions près intelligente, construite à partir des archives récentes de la firme.

CD: 01/ Ernest Dawkins’New Horizons Ensemble : Stranger 02/ NRG Ensemble : Hyperspace 03/ Rob Mazurek & Chicago Underground : Ostinato 04/ Kahil El’Zabar’s Ritual Trio : Trane in Mind 05/ Malachi Thompson : An Elevated Cry 06/ Jeff Parker : Holiday For A Despot 07/ Ken Vandermark’s Sound In Action : Top Shelf

Chicago's Avant Today - 2003 - Delmark. Distribution Socadisc.

16 septembre 2008

Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

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Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.

5 septembre 2008

Original Silence: The Second Original Silence (Smalltown Superjazz, 2008)

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Avec The Second Original Silence, les sélectes membres d'Original Silence (Thurston Moore, Mats Gustafsson, Jim O'Rourke et, tirés d'Offonoff, Terrie Ex, Massimo Pupillo et Paal Nilssen-Love) remettent leur ouvrage sur le métier bruitiste.

Enregistrées en public, quatre improvisations amalgament des pratiques iconoclastes et fiévreuses dispersées d'habitudes en projets différents : comme l'amas de couleurs provoque la naissance du noir, les guitares sifflante de Moore et mordante d'Ex, les graves appuyés du baryton de Gustafsson et de la basse de Pupillo, les déflagrations électroniques d'O'Rourke et l'éclat des anti-structures de Nilssen-Love, préfèrent à toute esthétique un manifeste ravageur qui, transposé sur disque, convainc plus ou moins selon qu'il profite d'un moment d'inspiration partagée ou se contente d'un ronron désabusé – virulences presque obligées. Au final, acceptable, The Second Original Silence invite surtout à tenter d'approcher le groupe en concert, si jamais.

Original SIlence : The Second Original Silence (Smalltown Superjazz / Differ-ant)
Edition : 2008.
CD : 01/ Argument Left Hanging – Rubber Cement 02/ A Sweeping Parade of Optimism – Blood Streak 03/ High Trees & A Few Birds – The Doll's Reflection 04/ Crepescular Refractions – Mystery Eye
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 juin 2008

Chris McGregor: Brotherhood (Fledg’ling - 2008)

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En 1972, sortait Brotherhood, deuxième album (après un éponyme assez anecdotique) du Brotherhood of Breath, grand ensemble libertaire dirigé par le pianiste sud-africain Chris McGregor, ou Duke Ellington du Cap. Réédité.

Douze musiciens, parmi lesquels compter aussi Dudu Pukwana, Mongezi Feza, Harry Miller, Louis Moholo, servent sous les faux airs d’une fanfare joyeuse un mélange rare de free jazz sans limite pour rejeter avec force l’influence de piano bar à laquelle doit faire face McGregor (Joyful Noises) et de swing à l’allure mouvante, puisque altéré par les sifflements instrumentaux (Think of Something).

Plus vindicatives, les percussions soufflent ensuite sur les braises d’un répétitif et dansant Do It, saxophones clamant une dernière fois l’héritage de Sun Ra (le parallèle avec les enregistrements en leader du disciple Eddie Gale, à faire aussi) avant d’entamer un court Funky Boots March qui finit de révéler la fougue du groupe de McGregor, qui accueillera plus tard des invités de la taille d’Evan Parker ou Paul Rutherford), et donne ici l’un de ses enregistrements les plus enthousiasmants.

CD: 01/ Nick Tete 02/ Joyful Noises 03/ Think of Something 04/ Do It 05/ Funky Boots March >>> Chris McGregor’s Brotherhood of Breath - Brotherhood - 2008 (réédition) - Fledg’ling. Distribution Orkhêstra International.

19 juin 2008

Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear, 2008)

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Après avoir enregistré Masses en compagnie (notamment) de William Parker, Matthew Shipp et Evan Parker, puis Amassed en compagnie (notamment) de Kenny Wheeler, Han Bennink et Paul Rutherford, le Spring Heel Jack d’Ashley Wales et John Coxon s’occupa de Songs and Themes en compagnie (notamment) de John Tchicai, Roy Campbell, John Ewards et Mark Sanders.

Au programme, toujours le même projet d’une musique électroacoustique investie par quelques improvisateurs qui, rapidement, lui donnent une tournure mélancolique : atmosphères lentes portées par à-coups que perturbent les apparitions momentanées de digressions bruitistes ou d’éclats de folk expérimental et glissant. Le final, lyrique, emporte les derniers morceaux d’une expérience aboutie, rencontre fertile d’univers souvent étrangers pour rester chacun sur ses positions.

Spring Heel Jack : Songs & Themes (Thirsty Ear / Orkhêstra International)
Edition : 2008.

CD : 01/ Church Music 02/ Dereks 03/ With Out Words 04/ Eupen 05/ For Paul Rutherford 06/ Folk Players 07/ Sivertone 08/ Clara 09/ 1,000 Yards 10/ Antiphon 11/ At Long Last 12/ Garlands
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 février 2008

The Garden of Forking Paths (Important, 2008)

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Compilation pensée et mise en place par le guitariste James Blackshaw, The Garden of Forking  Paths recueille six pièces pour instruments à cordes jouées en solo par Chieko Mori, Helena Espvall, Jozef van Wissem, et Blackshaw lui-même.

Aux déviances improvisées de deux archets de violoncelle d’une Espvall sortie d’Espers (Home of Shadows And Whirlwinds) font alors face les divagations modernes d’hommes de la Renaissance : Wissem élaborant en 3 mouvements un Mirror of Eternal Light alambiqué ; Blackshaw ayant plus de mal à convaincre sur le folk clair et bourré de hammers d’un Broken Hourglass rendu à la guitare douze cordes.

Et puis, deux fois, Chieko Mori. Au koto, la musicienne revisite la tradition japonaise (Tokyo Light) ou impose ses obsessions répétitives à Spiral Wave – pas loin : Otomo Yoshihide et Jim O’Rourke. Mori, responsable pour beaucoup de la réussite du projet.

The Garden of Forking Paths (Important Records)
Edition : 2008.

CD : 01/ Chieko Mori Spiral Wave 02/ James Blackshaw The Broken Hourglass 03/ Helena Espvall Home Of Shadows And Whirlwinds 04/ Josef van Wissem The Mirror Of Eternal Light 05/ Chieko Mori Tokyo Light
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

6 mars 2006

News from the Shed : News From The Shed (Emanem, 2006)

news from the shed

Enregistré en 1989 à Londres, News From The Shed est le fruit d’une hospitalité réservée à Radu Malfatti et John Russell par un trio constitué cinq ans plus tôt. Celui du saxophoniste John Butcher, du violoniste Phil Durrant et du batteur Paul Lovens, qui s’octroient par la même les services d’un trombone et d’une guitare pour mieux servir une musique improvisée enthousiaste.

Qui se plaît à enfiler les mouvements de différentes natures, comme on se penche sur la confection de collages. A entendre, d’abord, la nervosité rendue par les grincements collectifs et les fulgurances sèches. Tenant d’un minimalisme éclaté, News from the Shed perce le mystère du chaos, quand Kickshaws ou The Clipper s’amusent à briser les élans agités sans parvenir à les faire disparaître.

Interrogeant ailleurs les dissonances à force d’entrelacs du saxophone et du trombone (The Gabdash), le quintette glisse parfois jusqu’aux plages sereines, mais peu rassurantes : Butcher arrange ainsi le mirage d’une mélodie orientale sur l’immixtion électronique pour l’élaboration de laquelle Durrant a lâché son violon (Everything Stops for Tea) ; l’ensemble progresse le long d’un Coracle fait évidence, pour dévoiler enfin l’atmosphère singulière d’un monde en perdition (Crooke’s Dark Space, Inkle).

Ainsi, News from the Shed aura suivi le cours d’une improvisation rageuse ou déliée, combinant toujours avec grâce les interventions individuelles, et interrogeant subtilement l’effet d’une électronique encore timide sur une musique acoustique aux résolutions brutes. Autant d’avantages qui autorisent aujourd'hui cette réédition.

News from the Shed : News from the Shed (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1989. Réédition : 2006.
CD : 01/ News from the Shed 02/ The Gabdash 03/ Reading The River 04/ Kickshaws 05/ Everything Stops for Tea 06/ Sticks and Stones 07/ Weaves 08/ Whisstrionics 09/ Mean Time 10/ Pepper’s Ghost 11/ The Clipper 12/ Coracle 13/ Crooke’s Dark Space 14/ Inkle
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 janvier 2006

Charles Mingus: The Young Rebel (Proper - 2004)

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Sur la longueur de 4 CD (88 titres), le label Proper records retrace avec pertinence le parcours d’un Charles Mingus des origines, contrebassiste respectueux des engagements ou leader explorant d’un point de vue plus personnel les ambitions du musicien et les attentes du créateur.

Rapportée chronologiquement, la sélection débute par des enregistrements auxquels le contrebassiste participa de chez lui, sur la côte Pacifique. Derrière le saxophoniste Illinois Jacquet ou au sein de l’orchestre de Lionel Hampton – musicien doué d’oreille qui vantera les talents du jeune homme sur Mingus Fingers -, servir une ère du swing qui sévit encore. Pour se permettre, ensuite, d’approcher avec son propre sextette une musique moins sage, qui se frotte au blues (Lonesome Woman Blues) et accepte les arrangements plus tourmentés (This Subdues My Passion).

En 1950, Mingus remplace Red Kelly dans le trio du vibraphoniste Red Norvo et instille un peu de noir à l’ensemble, bousculant (légèrement tout de même) ce jazz de chambre annonçant le cool au rythme d’un archet audacieux (Time and Tide) ou de pizzicatos à la limite parfois de l’impudence (Night and Day). Façons de faire que Mingus dévoile bientôt à New York, où il s’installe en 1951.

Epoque des rencontres fructueuses – celle, d’abord, du batteur Max Roach, qu’il retrouvera dans différentes formations et avec qui il créera le label Debut – et de collaborations remarquables : avec Oscar Pettiford, la presque-figure du rival (Cello Again), Stan Getz, Miles Davis, ou Lee Konitz, qu’il compte dans son quintette (le classicisme, convenu, de Konitz prenant un coup d’excentrique sur Extrasensory Perception). A force d’approches reconduites, arrive enfin l’heure des premières dissonances et des grincements légers : sur Montage, en 1952, joué en compagnie de Roach et Jackie Paris.

Cette année et la suivante sont celles, décisives, du passage pour Mingus de l’époque des interrogations à celle des convictions – même changeantes. Pertinemment, le dernier volume du coffret évoque une dernière fois le contrebassiste avide d’apprendre de ses aînés - Charlie Parker ou Bud Powell -, avant de donner à entendre le résultat des premiers workshops qu’un Mingus en âge de transmettre mènera de main de maître, et qui accueilleront Paul Bley, Kenny Clarke, Eric Dolphy, Booker Ervin ou Jackie McLean, révélations d’un compositeur immense et d’un passeur perspicace.

CD1: Pacific Coast Blues - CD2: Inspiration - CD3: Extrasensory Perception - CD4: Bass-ically Speaking

Charles Mingus - The Young Rebel - 2004 - Proper Records. Distribution Nocturne.

2 janvier 2008

Sieben Mal Solo (Schraum, 2007)

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A l’invitation du label Schraum, sept jeunes musiciens ont défilé sur deux soirées dans un atelier de Berlin afin de donner un aperçu de leur pratique en solitaire de l’improvisation. Sieben mal solo compile les épreuves rendues.

Evidemment, passé le charme de la représentation, celles-ci ne se valent pas toutes – aucune vraiment mauvaise, pourtant. Entre les expérimentations plus démonstratives que véritablement originales (saxophone alto de Lars Scherzberg, flûte de Sabine Vogel, trombone de Paul Hubweber ou batterie de Christian Marien), saluer alors les efforts plus accomplis : ceux de Dave Bennett à l’ogrephonique (piano-lyre amplifié croulant bientôt sous les déflagrations électroniques), d’Ute Völker – remarquée en 2006 avec Anthrazit – sur une progression anguleuse, et, surtout, d’Axel Haller – membre de l’excellent Trio Vopa – à la basse, auteur de recherches renversantes consacrées à de graves textures sonores.

Bienvenu, Sieben mal solo dresse ainsi une galerie nécessaire de portraits de jeunes activistes – en devenir ou déjà installés – consacrés aux musiques improvisées.

CD: 01/ 0:49 02/ Dave Bennett, Klangbrief – one night mein fahrrad the mauer entlang 03/ Lars Scherzberg, Pulsphonogramm 04/ Axel Haller, Ürnotö 05/ Paul Hubweber, L.K.W. 06/ Ute Völker, Evolute 07/ Sabine Vogel, Metamorphosis 08/ Christian Marien, Zopilote

Bennett, Scerzberg, Haller, Hubweber, Völker, Vogel, Marien - Sieben Mal Solo - 2007 - Schraum. 

21 décembre 2007

Peter Kowald: Off The Road (Rogue Art - 2007)

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Deux ans avant sa mort, en 2000, le contrebassiste Peter Kowald sillona les Etats-Unis en compagnie de Laurence Petit-Jouvet, caméra au poing. Dans une Chevrolet achetée sur place, le couple relie les endroits où le contrebassiste est attendu, pour donner concerts auprès d’autres personnages de la Creative Music.

Sur le premier film, les à-côtés d’un périple marqué par les collaborations musicales : avec Kidd Jordan, William Parker, George Lewis, mais aussi Eddie Gale, Marco Eneidi ou Anna Homler. A chaque fois, la simplicité et l’humilité de Kowald densifient les échanges, tous tranquilles, presque tous précis. Au hasard d’autres rencontres, le contrebassiste en apprend sur la vie des déclassés, la politique d’éducation des Etats-Unis ou les discriminations toujours bien présentes.

Plus axé sur la musique, le second film donne à voir Kowald à Chicago : en studio auprès de Ken Vandermark, ou sur scène aux côtés de Günter Baby Sommer et Floris Floridis, ou de Fred Anderson et Hamid Drake. Tous musiciens s’entendant sur les origines du jazz et sur l’importance qu’aura eu sur sa forme actuelle une musique improvisée ayant profité des pratiques différentes, notamment européenne et américaine. En guise de conclusion, un disque reprend les thèmes que le contrebassiste aura abordés durant son voyage, bande-son originale d’un road movie unique et passionnant, complément indispensable de l’hommage élégant.

DVD 1: Off The Road - DVD 2: Chicago Improvisations - CD: 01/ Introduction 02/ New York March 17 2000 03/ New Orleans April 6 2000 04/ Houston April 9 2000 05/ San Diego April 14 2000 06/ Los Angeles April 15 2000 07/ Berkeley May 3 2000 08/ Chicago May 10 2000

Peter Kowald, Laurence Petit-Jouvet - Off The Road - 2007 - Rogue Art.

30 mars 2005

Art Ensemble of Chicago: In Concert (Rhapsody Films - 2003)

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Ce 1er novembre 1981, un coup de sifflet entame la partie que joue à domicile l’Art Ensemble Of Chicago. Dès les premières secondes, un bouillon de cultures invraisemblable se met en place. Premier à défendre une musique libérée des carcans que porte aux nues un sens particulier du spectacle, rien n’empêche le quintet de savoir, dès le départ, où il va.

Lester Bowie, mad professor un brin cabot, opte le premier pour les phrases jubilatoires (We-Bop). Les envolées heurtent les interventions de sifflets, cloches, gongs ou klaxons, que des musiciens touche-à-tout abordent de manière à évoquer, parfois, des transhumances africaines idéalisées (On The Cote Bamako).

Plus au Nord, les exhortations mauresques de Joseph Jarman étoffent le voyage (Bedouin Village), jusqu’au retour en terre natale, que décide un long duo basse / batterie (New York Is Full Of Lonely People). Là, un Malachi Favors ravi emporte un cool dégénéré, bientôt transformé en exercice de free apaisé.

Impeccable, Roscoe Mitchell récite sa gamme avant de trouver le sentier radical menant à une jungle (New Orleans). Poussé par les vents, un bestiaire fantastique se laisse aller à la célébration d’un carnaval halluciné, avant que ne résonne un balafon discret, bourdon mélodique et timide accompagnant les confrontations tonales opposant Bowie à Mitchell.

Après une courte citation d’un thème Nouvelle Orléans, Famoudou Don Moye proclame venue l’ère du funk minimal (Funky AEOC). Cyclope nubien égaré en milieu urbain, Favors s’essaye, assis, à la basse électrique, et double ingénument les graves du saxophone baryton de Mitchell.

En guise de conclusion, Theme (Odwalla) est une saynète musicale pendant laquelle Joseph Jarman adresse présentations et au revoir. L’Art ensemble, à Chicago, sert une vérité de La Palisse : l’évasion élaborée de chez soi ne souffre aucune concurrence. Il suffit juste d’éliminer l’assurance du cocon, et de se laisser porter.

DVD: 01/ We-Bop 02/ Promenade 03/ On The Cote Bamako 04/ Bedouin Village 05/ New York Is Full Of Lonely People 06/ New Orleans 07/ Funky AEOC 08/ Theme (Odwalla)

Art Ensemble of Chicago - In Concert - 2003 - Rhapsody Films. Distribution Night and Day.

8 mars 2005

Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt, 2005)

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Très peu de façons de servir le jazz auront été aussi personnelles que celle de Thelonious Monk. Rien de moins qu'un style inimitable mis au service de compositions novatrices suffira à envoûter les musiciens les plus pointus de la seconde partie du XXe siècle. Aujourd'hui encore, le charme persiste, et c'est au tour d'Alexander von Schlippenbach d'explorer le songbook du maître. Refusant de réfléchir à des probabilités de découpes partiales, le pianiste décide d'enregistrer en quintet l'intégralité des compositions de Monk. La démarche est inédite, et il ne faudra pas moins de quatre soirs de concerts pour en venir à bout. Un seul principe : ne pas pratiquer Monk comme on entretient les langues mortes, mais lui insuffler l'inédit d'arrangements originaux. "Avez-vous déjà vu des partitions sur mon piano ?" répondait, un jour de 1963, Thelonious Monk au journaliste François Postif qui l'interrogeait sur son rapport à l'improvisation.

L'improvisation, Schlippenbach la connaît pour l'avoir pratiquée souvent. Mais, cette fois, il lui défendra de mener la danse. Les partitions ont été consultées - au moyen de quelques efforts lorsqu'il a fallu mettre la main sur les moins diffusées d'entre elles -, au quintette, maintenant, de les respecter. Devant le public du A-Trane de Berlin, Schlippenbach et ses hommes investissent subtilement le répertoire choisi. Respectueux, ils font alterner des versions plus ou moins éloignées des originales. Si les secondes (Misterioso, Ask Me Now, Bolivar Blues) se permettent parfois quelques références décalées (la clarinette basse de Rudi Mahall rappelant certaines inspirations d'Eric Dolphy sur Boo Boo's Birthday), les premières se font réceptacles de toutes les audaces.

D'abord celle d'accélérer le rythme de certains standards. Derrière la batterie, Uli Jennessen mène la transformation de Thelonious ou In Walked Bud en hard bops opportunistes, ou celle de Consecutive Second's en bogaloo compact et rêche. Toujours impeccable dans sa façon de rendre nerveuses les interprétations, il peut aussi oser quelques influences latines délicates (Bemsha Swing, Shuffle Boil) ou servir une instabilité formelle de rigueur (Monk's dream). De l'audace, surtout, dans l'arrangement que l'on réserve aux thèmes. Parfois cités et réunis sous forme de condensés intelligents, ils subissent tous les affronts. L'Intro Bemsha Swing devient précis de conduction d'air dans un corps de clarinette, tandis qu'on découpe Evidence à la hache. Les incartades free, elles, se bousculent : Think Of One interroge les possibilités de chaque instrument, l'alambiqué Monk's Dream oppose la trompette d'Axel Dörner et ses suaves effets de sourdine aux implorations agressives de Rudi Mahall, qui, ailleurs, mettra en place de manière anguleuse un Straight No Chaser brillant.

Après ce genre de déconstructions en règle, il arrive à Schlippenbach de rêver d'épures. Servi par des duos sophistiqués - fuites élégantes cuivre et bois juste soulignées, mais de quelle manière, par l'archet du contrebassiste Jan Roder (Crepuscule With Nellie) -, ou par des solos réfléchis - la trompette de Dörner rappelant les efforts compressés du Steve Lacy de Materioso (Eronel), ou l'intervention sur piano-jouet de l'invitée Aki Takase (A Merrier Christmas) -, un jazz minimaliste s'insinue, à l'élégance sobre, inquiétante parfois (le goût de funérailles d'un Japanese Folk Song des limbes). Quand d'autres composent des ruines qui n'ont pas à subir l'épreuve du temps pour être considérées comme telles, le quintette de Schlippenbach, lui, choisit de s'intéresser à des chef-d’œuvres d'architecture. Il en aménage seulement quelques endroits pour plus de commodité, sans jamais en revoir la moindre fondation. Hommage appuyé autant que l'était le Be bop de Monk, Monk's Casino est un édifice somptueux, dont les pierres comme les interprètes sont de taille.

Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD1 : 01/ Thelonious 02/ Locomotive 03/ Trinkle-Tinkle 04/ Stuffy Turkey 05/ Coming On The Hudson 06/ Intro Bemsha Swing 07/ Bemsha Swing - 52nd Street Theme 08/ Pannonica 09/ Evidence 10/ Misterioso - Sixteen - Skippy 11/ Monk's Point 12/ Green Chimneys - Little Rootie Tootie 13/ San Francisco Holiday 14/ Off Minor 15/ Gallop's Gallop 16/ Crepuscule With Nellie 17/ Hackensack 18/ Consecutive Second's - CD2 : 01/ Brillant Corners 02/ Eronel 03/ Monk's Dream 04/ Shuffle Boll 05/ Hornin'In 06/ Criss Cross 07/ Introspection 08/ Ruby, My Dear 09/ In Walked Bud 10/ Let's Cool One - Let's Call This 11/ Jackie-ing 12/ Humph 13/ Functional 14/ Work - I Mean You 15/ Monk's Mood 16/ Four In One - Round About Midnight 17/ Played Twice 18/ Friday The 13th 19/ Ugly Beauty 20/ Bye-Ya - Oska T. - CD3 : 01/ Bolivar Blues - Well You Needn't 02/ Brake's Sake 03/ Nutty 04/ Who Knows 05/ Blue Hawk - North Of The Sunset - Blue Sphere - Something In Blue 06/ Boo Boo's Birthday 07/ Ask Me Now 08/ Think Of One 09/ Raise Four 10/ Japanese Folk Song - Children's Song - Blue Monk 11/ Wee See 12/ Bright Mississippi 13/ Reflections 14/ Five Spot Blues 15/ Light Blue 16/ Teo 17/ Rythm-a-ning 18/ A Merrier Christmas 19/ Straight No Chaser - Epistrophy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 septembre 2007

Sun Ra: Strange Strings (Atavistic - 2007)

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Réédition d’un album enregistré en 1966 et publié sur le propre label de Sun Ra, Strange Strings revient sur la rencontre entre l’Arkestra et d’hétéroclites instruments à cordes.

Hétéroclites, parce qu’aussi bien glanés en pays étrangers que sortis des claviers électroniques du leader, et arrachant au petit bonheur leurs combinaisons instables : Ronnie Boykins suivant à la viole l’allure éléphantesque de Worlds Approaching malgré les perturbations des saxophones de Pat Patrick, Marshall Allen et John Gilmore ; archets extirpant des plaintes longues et aigues sur l’accompagnement aléatoire d’une section rythmique perturbée (Strings Strange).

Expérimental, l’enregistrement l’est peut-être plus encore qu’aucun autre de Sun Ra, et se voit forcément refuser le titre d’introduction idéale à l’œuvre du pianiste. Mais celui-ci a-t-il encore besoin d’être découvert ? Et ne faut-il pas baser toute réédition sur tel ou tel aspect de sa musique qui aurait pu échapper à l’initié ? La secte des connaisseurs prend alors acte de la réédition de l’excellent Strange Strings, augmenté de Door Squeak, morceau sur lequel Sun Ra convainc Ronnie Boykins de l'intérêt de dialoguer avec une porte.

CD: 01/ Worlds Approaching 02/ Strings Strange 03/ Strange Strings 04/ Door Squeak

Sun Ra - Strange Strings - 2007 (réédition) - Atavistic. Distribution Orkhêstra International.

23 août 2007

John Coltrane: My Favorite Things: Coltrane at Newport (Impulse! - 2007)

coltransliDispersés  jusque là  sur  quelques albums (notamment Newport’ 63 et Selflessness), deux enregistrements de concerts donnés par le quartette de Coltrane se trouvent aujourd’hui rassemblés sous le titre My Favorite Things : Coltrane at Newport. Pour ce qui est de la nouveauté, miser sur un son restauré et quelques lacunes comblées.

A deux ans d’intervalle, Coltrane investit donc la scène du festival de Newport. En 1963, d’abord, aux côtés de McCoy Tyner, Jimmy Garrison et, plus rare, du batteur Roy Haynes, avec lequel Coltrane dialogue de façon plus que privilégiée sur Impressions (augmentée ici de six minutes). Concentré, Coltrane discourt partout avec distinction, se permet des écarts fulgurants (I Want to Talk About You) et réserve une place de choix aux inspirations de Tyner.

Deux ans plus tard, le saxophoniste y retourne, et Elvin Jones de retrouver sa place au sein du quartette. Accentuant la densité du jeu collectif, le batteur porte des tentations plus ardentes encore : sifflements projetés par Coltrane sur One Down, One Up ; penchant subit pour les dissonances auquel a tôt fait de céder le pianiste sur une version différente de My Favorite Things.

En 1966, Coltrane reviendra jouer ce thème à Newport, à la tête d’un autre groupe (Alice, Pharoah Sanders, Rashied Ali, Jimmy Garrison) lors d’un concert qu’Impulse n’enregistrera pas. Des bandes doivent pourtant bien traîner ici ou là, dont l’usage aurait pu compléter et conclure le déjà brillant exposé qu’est My Favorite Things : Coltrane at Newport.

CD: 01/ I Want to Talk About You 02/ My Favorite Things 03/ Impressions 04/ Introduction by Father Norman O’Connor 05/ One Down, One Up 06/ My Favorite Things

John Coltrane - My Favorite Things: Coltrane at Newport - 2007 - Impulse! / Universal.

john coltrane luc bouquet lenka lente

19 décembre 2006

Steve Swell's Nation of We: Live at the Bowery Poetry Club (Ayler Records - 2006)

swellnatiosliComme le Celestrial Communication Orchestra mené jadis par Alan Silva, le Nation of We de Steve Swell – ici enregistré début janvier 2006 à New York – rassemble quelques musiciens de premier ordre le temps d’un projet ambitieux. Mais l’époque demande plus de fougue encore, et conseille à chacun de soigner ses sursauts d’individualisme.

Trompettes de Roy Campbell, Lewis Barnes et Matt La Velle, en façade, l’ensemble tombe sans attendre dans les excès amusés d’un free ravageur. 16 musiciens, donc, partis à la recherche de gestes expiatoires enfouis, qu’ils provoquent dissonances ou emportements plus dramatiques - à l’image des phrases de saxophones de Rob Brown, Sabir Mateen, Ras Moshe, Saco Yasum et Will Connell (First Part).

Sonnant l’heure des trombones – de Swell, donc, Dave Taylor, Peter Zummo et Dick Griffin -, Second Part poursuit sur le même rythme et avec les mêmes intentions, auxquelles désobéiront pourtant l’intervention extatique des contrebassistes Matthew Heyner et Todd Nicholson, puis le piano de Chris Forbs, s’occupant en compagnie du batteur Jackson Krall d’imposer un passage plus déconstruit. Anéanties aussi par de nouveaux emportements collectifs, joyeusement coupables de cacophonies disposées à distances régulières, mais aussi de pauses lascives et de phases inquiètes.

Car le Nation of We répète l’éternel dilemme, vacillant entre phrases lâches et assauts vindicatifs (Third Part) - les trombones faits avocats de la mesure quand les saxophones n’en pourront plus de tout se permettre (Fourth Part). Jusqu’à la conclusion unanime scellant la réconciliation inévitable.

CD: 01/ First Part 02/ Second Part 03/ Third Part 04/ Fourth Part

Steve Swell's Nation of We - Live at the Bowery Poetry Club - 2006 - Ayler. Téléchargement.

27 décembre 2006

Free Zone Appelby 2005 (Psi - 2006)

psi0606sliAutour du saxophoniste Evan Parker, neuf improvisateurs de choix servent, selon les combinaisons, une musique exaltée et vorace, aux allures oscillant entre free jazz définitif et contemporain déluré.

Parmi les combinaisons, trois trios: Kenny Wheeler (trompette), Paul Rogers (contrebasse) et Tony Levin (batterie), déroulant un free incisif sur Red Earth Trio-1; Gerd Dudek (saxophone ténor), John Edwards (contrebasse) et Tony Marsh (batterie), introduisant Red Earth Trio-2 de manière déconstruite avant de tout sacrifier à l’énergie implacable ; Paul Dunmall (soprano et ténor), Philipp Wachsmann (violon) et Tony Levin, enfin, opposant les entrelacs mesurés de saxophones et de violon à la charge féroce des hurlements et des sirènes (Red Earth Trio-3).

A Red Earth Quartet 1, ensuite, d’occuper l’espace. Ouvert au son du contrepoint abrupt des deux ténors (Evan Parker et Gerd Dudek), la pièce progresse sous l’effet de l’ardeur de Tony Levin. Insatiables, déjà, les saxophonistes amassent leurs trouvailles sans plus se poser de question, quand Levin gagne encore en densité et que la contrebasse de John Edwards n’en peut plus d’insister.

Réunis tous, enfin, sur Red Earth Nonet, les improvisateurs investissent des sphères ténébreuses, mouvements lents et circulaires pour free jazz dense évoquant le Way Ahead de Coursil. Irrémédiable, la charge sera passagère, fière et accablante, et regagnera peu à peu le souterrain duquel on l’avait extirpée. Un final dans les brumes, après autant d’épreuves du feu essuyées avec prestige.

CD: 01/ Red Earth Trio-1 02/ Red Earth Quartet 1 03/ Red Earth Trio-2 04/ Red Earth Trio-3 05/ Red Earth Nonet

Free Zone Appleby 2005 - 2006 - Psi. Distribution Orkhêstra International.

27 novembre 2006

Matthew Robertson: Factory Records, Une anthologie graphique (Thames & Hudson - 2006)

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En 224 pages et 400 illustrations, le graphiste australien Matthew Robertson revient chronologiquement sur la politique graphique mise en place par le label – et plus généralement institution culturelle – Factory. Loin d’être cohérente – malgré les dires de l’auteur -, celle-ci n’en est pas moins prodigieuse, tirant sa singularité de vues artistiques parfois contraires mises au service d’un langage interne respectant codes et nécessités fait outils d’invention comme on en avait peut être plus vu en Grande-Bretagne depuis le Mouvement Arts & Crafts.

Créé en 1978 par Tony Wilson (qui signe la préface de l’ouvrage) et Alan Erasmus, Factory devra beaucoup à ses graphistes, et notamment au premier d’entre eux : Peter Saville. Puisant d’abord largement dans le langage industriel propre à Manchester, Saville investira le domaine de l’emprunt pour façonner peu à peu la charte graphique qui illustrera le Factory première période. S’inspirant d’œuvres de Warhol, Asger Jorn, Dali, de futuristes italiens ou d’artistes proches de l’International Situationniste, il marquera surtout par les travaux qu’il réalisa pour Joy Division – mises en valeur des photos néoclassiques de John D. Closer – ou ceux élaborés en compagnie de Trevor Key pour New Order.

S’ils ont été à l’origine de travaux incontournables qui auront fait beaucoup pour la reconnaissance de Factory, Saville et sa conceptualisation graphique ont quelques fois frôlé le sévère, voire l’austère. Forme de conception rigide à laquelle s’opposeront quelques uns de ses collègues, comme Martyn Atkins – donnant davantage dans le kitsch et l’humour, détournant par exemple le logo Philips sur un disque de Minny Pops -, Trevor Johnson – voyant dans l’utilisation d’une toile de Staël le moyen adéquat d’en revenir à la couleur -, ou Mark Farrow – artiste qui aura sans doute été le plus à l’écoute des groupes avec lesquels il collabora, des Stockholm Monsters à A Certain Ratio. Et puis Karen Jackson, Matt et Pat Carroll, qui, sous le nom de Central Station Design, réagissent dès 1988 à l’austérité ambiante, au moyen de collages denses, de compositions bariolées et de détournements d’images communes d’une société heureuse, dit on, car consommant. Le temps, donc, des pochettes allant de pair avec une scène un rien plus chaleureuse, Happy Mondays en tête, Northside et Adventure Babies suivant. D’autres graphistes, enfin, peut être moins inspirés, tels 8vo ou John Panas, capables seulement d’illustrer une perte de vitesse et le manque de charme de la fin d’une histoire. Rideau sur Factory, 1992.

Inventive et extravagante, tirant parti de ses contradictions, l’anthologie graphique exposée ici dresse, d’affiches en pochettes de disques et du papier à en-tête de l’institution à l’architecture de l’Hacienda, l’éclat de la petite révolution culturelle que fut Factory Records.

Matthew Robertson, Factory Records, Une anthologie graphique. Londres, Thames & Hudson, 2006.

20 février 2007

Steve Lacy : New Jazz Meeting Baden-Baden 2002 (HatOLOGY, 2006)

steve lacy new jazz meeting baden-baden 2002

Enregistré en studio à Baden-Baden (excepté le cinquième titre, solo de Steve Lacy attrapé en concert), New Jazz Meeting imbrique comme il l’entend les membres d’un trio acoustique – mené par le saxophoniste et comprenant aussi le contrebassiste Peter Herbert et le batteur Wolfgang Reisinger – à ceux d’un autre trio, plongé celui-là en tourne-disque (Philip Jeck) et matériel électronique (Christof Kurzmann et Bernhard Lang).

Sur une masse grondante commandée par Lang, Lacy confronte son soprano à une tension allant crescendo, poussée par les accents vifs de Reisinger et renforcée par l’insertion de chocs minuscules et de répétitions insistantes (dw 1.2 remix 6.8). Face à Kurzmann, le trio acoustique fomente une plage atmosphérique chaleureuse, sur laquelle le saxophoniste semble moins à l’aise -  bémol relativisé par les interventions inspirées d’Herbert (dc 1.2 remix 10.2).

Lorsqu’il décide de gestes moins prudents, Lacy transcende véritablement ses rencontres : improvisant sur quelques boucles de piano confectionnées par Jeck (dw 1.2 remix 7.7), qui fait ensuite front avec Lang dans le but de déstabiliser le maître au moyen de la charge frénétique, mais pas suffisante pour arriver à ses fins, qu’est dw 1.2 remix 7.4 ; menant ses hommes, pour finir, le temps d’une composition dense et lancinante, pièce maîtresse de ces quelques rencontres provoquées à Baden (dw 1.2 remix 6.1).

Deux ans avant sa disparition, Lacy aura ainsi su conduire une entreprise délicate pour n’être pas de son champ d’action habituel, mais qui relevait pourtant, comme d’autres, de ses compétences.

Steve Lacy : New Jazz Meeting (HatOLOGY / Harmonia Mundi)
Enregistrement : 2002. Edition : 2006.

CD : 01/ dw 1.2 remix 6.8 02/ dw 1.2 remix 7.4 03/ dw 1.2 remix 10.2 04/ dw 1.2 remix 7.7 05/ dw 1.2 remix karlsruhe 3.3 06/ dw 1.2 remix 6.1
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 décembre 2006

Roswell Rudd: Blown Bone (Emanem - 2006)

ruddsliLongtemps partenaire de Steve Lacy, avec lequel il se pencha sur les compositions de Monk, le tromboniste Roswell Rudd a suivi comme lui un des chemins qui mène à un jazz exigeant. Florilège au casting de choix, Blown Bone présente huit enregistrements, issus de trois sessions différentes, pour mieux illustrer l’évidence.

Si Long Hope - morceau enregistré en 1967 sous la direction d’un Rudd passé au piano - est une progression romantique brouillonne, alourdie encore par les interventions à l’alto du saxophoniste Robin Kenyatta, les autres titres – enregistrés, eux, en 1976 – parlent davantage en faveur du leader. Cette année là, deux jours de mars  auront permis au tromboniste de conduire avec grâce un nonette puis un sextette.

Mêlant d’abord en grande formation les dissonances du saxophone de Lacy aux divagations de Louisiana Red à la guitare électrique (Blown Bone), Rudd donne ensuite dans un blues caricatural avant de servir, avec plus de réussite, une danse lasse gonflée par la clarinette de Kenny Davern, puis une impression afro-cubaine portée par le bata drum de Jordan Steckel: Bethesda Fountain tirant son épingle du jeu grâce à la qualité de ses solos (signés Lacy et Davern, notamment).

En sextette, le résultat est plus soigné encore. Intéressé toujours par les ruptures stylistiques, Rudd décide de confectionner un bop étrange qui combine les interventions à étages de Lacy, le jeu éclairé du trompettiste Enrico Rava et le sien propre, évoluant sans attache ou citant It could happen to You (It’s Happening). Pour décider ensuite d’une chanson plus anecdotique – voix de Sheila Jordan déposée sur la divagations des instruments – avant de concevoir un free ravageur lancé par la batterie de Paul Motian bientôt abandonné pour un jazz vocal (Sheila Jordan, toujours) au swing plus que décadent (You Blew It).


Allant voir partout, Rudd éprouve ses talents et capacités d’arrangeur. Avec quelques maladresses, parfois. Mais celles-ci ne peuvent pas grand-chose face à la lucidité créatrice de musiciens de la taille de Lacy, Motian, Rava, Davern, et de Rudd lui-même.

CD: 01/ It’s Happening 02/ Blues for the Planet Earth 03/ You Blew It 04/ Long Hope 05/ Blown Bone 06/ Clement Blues 07/ Street Walking 08/ Bethesda Fountain

Roswell Rudd - Blown Bone - 2006 - Emanem. Distribution Orkhêstra International.

21 février 2006

Sun Ra: What Planet Is This? (Leo Records - 2006)

raraEnregistrement d’un concert donné en 1973 à New York, What Planet Is This? inaugure en beauté une série intitulée « The Waitawhile Sun Ra Archives », instiguée par Leo Records afin de combler quelques lacunes encore repérables dans la discographie du maître.

1973, donc ; le 6 juillet, où, menant un Arkestra de 25 musiciens, Sun Ra réécrit ses propres thèmes ou décide de l’usage d’improvisations renversantes : jouant de la surenchère des intervenants (première Untitled Improvisation), ou propulsant les fulgurances collégiales d’un free orchestral exacerbé (deuxième Untitled Improvisation).

Partout ailleurs se succèdent des thèmes déposés en chaloupes, fuyant la navette en perdition. Disséminés selon les mouvements aléatoires de mécaniques astrales, ils prennent la forme de rengaines apaisantes (Astro Black, chantée par June Tyson, dont la voix rappelle celle de Jeanne Lee) ou heureuses (Enlightenment), celle d’un swing bancal s’amusant des stridences (Discipline 27) ou d’une progression bruyante, baroque et dense (The Shadow World).

Après le free radical, comme pour faire contrepoids, l’Arkestra s’engouffre dans l’unisson salvateur des instruments à vent, qui se retirent bientôt pour laisser toute la place à l’allure tenue et chargée des percussions (Watusa, Egyptian March). Sur Love in Outer Space, déjà, elles avaient convaincu de leur importance, placées, nombreuses, en face d’un Sun Ra expérimentant à l’orgue.

Faiblissant rarement, l’émulsion disperse, sur What Planet is This ?, un enthousiasme exubérant, relevé ici ou là par la présence de solistes hors pair - les saxophonistes John Gilmore et Marshall Allen ; le contrebassiste Ronnie Boykins. Combinant pendant deux heures swing et free jazz, blues sophistiqué et expérimentations ludiques, l’équipage choisit de mettre un terme au voyage au son d’une valse décalée, sur laquelle il s’interroge : « What Planet Is This? » Question-réponse imposée, devenue complément discographique indispensable.

CD1: 01/ Untitled Improvisation 02/ Astro Black 03/ Discipline 27 04/ Untitled Improvisation 05/ Space is The Place 06/ Enlightenment 07/ Love in Outer Space - CD2: 01/ The Shadow World 02/ Watusa, Egyptian March 03/ Discipline 27-II

Sun Ra - What Planet Is This? - 2006 - Leo Records. Distribution Orkhêstra International.

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