Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

David Rosenboom, William Winant : Zones of Influence (Pogus, 2015)

david rosenboom william winant zones in influence

D’entrée de jeu, le son ne trahit pas : on a affaire à un document. Le compositeur David Rosenboom (tendance serious contemporain) et le percussionniste William Winant (tendance je joue tout, Cage / Zorn / Curran / Lucier / Braxton etc., partout) enregistrés dans les années 1980…

Obscur ? Peut-être. Cosmogonique ? Plus encore. Car la musique qui se joue là est celle des Sphères. Et les sphères, on sait que ça s’entrechoque : bang un peu de marimba dans ton data, bing un coup de caisse claire dans ton logiciel. Les electronics contre les percussions, c’est déjà l’occasion pour Rosenboom & Winant de faire le point sur l’électroacoustique de leur temps.

Habitués que nous sommes aux sons surnaturels, les échanges peuvent nous paraître un peu datés (je pense au wood-block de synthé de Closed Attracting Trajectories Melody Set 1, entre autre) mais, de temps à autre, c’est un grand fatras bizarroïde (le second CD est là pour ça), musicalement hypothétique mais percussivement aventureux. Laissons-nous transporter dans le temps… La musique expérimentale, c’est aussi une histoire qu’il faut réviser, n’est-ce pas ? D'autant que le duo est toujours d'actualité (voir ci-dessous).

David Rosenboom, William Winant : Zones of Influence (Pogus)
Edition : 2015.
2 CD : CD1 : Part I / Part II – CD2 : Part III / Part III / Part IV
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Gratkowski : All at Once, Le vent et la gorge, Fo(u)r Alto, Vermilon Traces/Donaueschingen (Relative Pitch, 2013 / Leo, 2012)

frank gratkowski expéditives

fpr

FPR : All at Once (Relative Pitch, 2013) 
Au jeu des acronymes rovesque, Frank Gratkowski s’est plié : avec Jon Raskin (alto et baryton) et Phillip Greenlief (alto et ténor), le voici formant FPR. Enregistré entre 2007 et 2010, All at Once donne à entendre le trio de saxophones (et clarinette) servant des compositions de ses trois membres : unissons déviants, connivence et embardées, encombrements attendus, bourdonnements saisissants, notes prises au bond, et voici le trio rappelant le quartette (ROVA, donc) sans rien gagner ni beaucoup perdre à la comparaison. [gb]

le vent et la gorge

Frank Gratkowski Quartet : Le vent et la gorge (Leo, 2012)
En une suite de trente-huit minutes (har-oh-nie) alternant unissons-glissandi et pilonnage intensif, le quartet de Frank Gratkowski (Wolter Wierbos, Dieter Manderscheld, Gerry Hemingway) dévoile ce que sera Le vent et la gorge : une œuvre laissant peu de place à l’aléatoire mais distillant quelques hauts sommets. Longs travellings salivaires ou duels de souffles, Gratkowkski se permet même de faire entrer en concurrence clarinette basse survoltée et alto soyeux. Et signe, de fait, un disque captivant. [lb]

four alto

Fo(u)r Alto : 4 Compositions by Frank Gratkowski (Leo, 2012)
Ici, d’autres horizons, d’autres unissons. Frank Gratkowski compose pour quatre saxophones altos (lui-même et Florian Bergmann, Benjamin Weidekamp, Christian Weidner) et les dissonances y trouvent leur(s) chemin(s). Parfois, on frôle les souffles (ce disque aurait pu, lui aussi, s’intituler Le vent et la gorge). Le reste du temps, on se refuse à répudier une microtonalité prégnante. Témoin, ce Sound 1, pièce d’une trentaine de minutes, entre drone et drame, et où se transfusent et s’évaporent des souffles presque braxtoniens. [lb]
 

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Frank Gratkowski, Chris Brown, William Winant, Gerhard E.Winkler : Vermilion Traces / Donaueschingen 2009 (Leo, 2012)
S’inspirant des paysages jadis détroussés par Cage ou Feldman (ce dernier surtout), Frank Gratkowski, Chris Brown, William Winant et Gerhard E.Winkler (ce dernier sur une plage seulement) interpellent un dense horizon où l’improvisation se croit composition. Dans ces quasi-silences percés de scintillements, il n’y a aucune coupe ou interruption mais un continuum de la forme. Ailleurs (sur le deuxième CD surtout), sidérurgie et balayages expriment fougues et colères, frottent jusqu’au sang la chair infectée. Et distillent un alphabet du désagréable qui emballera de façon certaine les initié(e)s. Votre serviteur, surtout. [lb]

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Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik, 2013)

alvin curran shofar rags

Le livret de cette nouvelle référence de la série Radical Jewish Culture du label Tzadik le rappelle : « depuis 1965, Alvin Curran fait de la musique avec toutes sortes de sons, d’instruments, avec tout le monde, en tous endroits, tout le temps. » Il semblerait que le compositeur se penche depuis la fin des années 1980 sur le chophar, cet instrument des temps anciens. Or, son Shofar Rags me l'assure : il en joue depuis la nuit des temps.

Ce qui ne l'empêche pas de composer en homme nouveau, puisant dans ses archives sans fond quand il ne se satisfait pas d’être bien entouré par Arnold Dreyblatt à l’accordéon, William Winant au « large tam tam » et Michael Riessler à la clarinette soprano. L’idée étant de faire naître d’un instrument biblique une mélopée moderne, de déblayer un folklore antique qui en revient aux prières les plus mystérieuses et à la prosopopée. Mettre au jour grâce à un instrument des sables une musique électroacoustique des plus alertes. Deux, trois, quatre notes suffisent au chophar pour envoûter une assistance qui prendra la fuite quand chargera un troupeau d’éléphant et une ribambelle d’oiseaux.

Loin, très loin, des joliesses ECM, Curran aborde le champ folk atmosphérique à la barre d’un paquebot-arche brinqueballé par l'instabilité de son imagination. D’étranges voix de moines regrettent peut-être que le recueillement ne soit pas plus sérieux, mais mille collages ont pris le dessus, la procession musicale est profonde et/ou merveilleusement loufoque. A l’image peut-être du monde dont Curran dit qu’il est sa langue maternelle, un monde qu’il ne cesse d’accorder à sa propre fantaisie. 

EN ECOUTE >>> Alef Bet Gimmel Shofar

Alvin Curran : Shofar Rags (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2013
CD : Shofar Rags
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Zeena Parkins : Double Dupe Down (Tzadik, 2012)

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Réunissant cinq musiques de films composées entre 2004 et 2011 par Zeena Parkins, Double Dupe Down joue la carte d’une étrange diversité. Mais de ce choix de transposer les sources et de bouleverser chronologie et orchestration émerge une œuvre-suite évitant, de belle manière, l’effet zapping.

Ici, même si imbriqués ou juxtaposés, ce sont les passages solos (PSA N° 2 + 7), les arrangements de cordes (The Shape of Error avec Sara Parkins, Maggie Parkins et Okkyung Lee) ou les parties à deux cornemuses (Oompie Ka Doompie avec David Watson et Matthew Welch) plutôt que les electronics inhabités d’Ikue Mori (Harpstring and Lava) que l’on a envie de défendre. Une suite attachante. Sans images certes…

Zeena Parkins : Double Dupe Down (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2004-2011. Edition : 2012.
CD: 01/ Harpstring and Lava 02/ Selina 03/ Opening Credits 04/ Chorale 05/ I Hardly Care 06/ Pipes Oompie 07/ No Sweet Love 08/ Phantasmagoria 09/ Zoo 10/ Skin 11/ Fireworks 12/ At Sea 13/ Duo 14/ Allegra 15/ Picnic Too 16/ The Air Is Perfectly Clear 17/ Squiggle 18/ Carousel 19/ Anthem
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Fred Frith: Back To Life (Tzadik - 2008)

FrithBacktoLifeGrisli

Sur Back to Life, Fred Frith n’intervient pas, et laisse une poignée de virtuoses appliqués faire d’une sélection de ses compositions quelques pièces de musique de chambre souvent dérangée.

Quand le piano de Daan Vandewalle fait une pause dans l’interprétation d’une série de Seven Circles imprégnée d’école viennoise – faible pour le Seven Circle 3 aux digressions inspirées entre les schémas répétés –, le violoncelliste Joan Jeanrenaud (ancien membre du Kronos Quartet) et le percussionniste William Winant s’attaquent à Save As, développement hésitant sans cesse entre l’emportement mélodique et le chaos brutal institué par un dialogue qui vire souvent à l’affrontement.

Ailleurs encore, Stephen Drury conduit le Callithumpian Consort le long de Bridge Is Bridge et Back To Life, véritable chef-d’œuvre du disque et auparavant bande-son d’une chorégraphie composée par Frith en 1997. Audacieux, le mouvement profite du nombre des intervenants, tous irréprochables, qui ont su transformer un exercice pratique en œuvre surprenante.

CD: 01/ Seven Circles 1 02/ Save As 03/ Seven Circles 2 04/ Bridge Is Bridge 05/ Seven Circles 3 06/ Seven Circles 4 07/ Back to Life 08/ Seven Circles 5 09/ Seven Circles 6 10/ Elegy for Elias 11/ Seven Circles 7

Fred Firth - Back To Life - 2008 - Tzadik. Distribution Orkhêstra International.

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