Le son du grisli

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Archives des interviews du son du grisli

Thollem/Parker/Cline : The Gowanus Session (Porter, 2012)

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Sous le nom de Thollem/Parker/Cline « se cachent » un pianiste, un contrebassiste et un guitariste : Thollem McDonas, William Parker et Nels Cline. Pour goûter l’art de ce-dernier (en particulier ses joutes avec Thurston Moore, sans parler de Nothing Makes Any Sense…), je m’en vais d’un pas chantant écouter The Gowanus Session.

Première déconvenue : le jeu de piano de McDonas est grandiloquent – heureusement, me dis-je, ses partenaires se plaisent à crachoter à souhait.  Je me console : la solution pour que le reste sonne serait d’attacher une de ses mains derrière le dos de Thollem mais je me ravise : la solution serait que Cline se surpasse. Et il le fait d’ailleurs en aigus qui vous percent le tympan, en progressant par touches intelligentes, en maniant le manche comme pas deux (quoique, le deuxième pourrait justement être Parker). Seconde déconvenue : c’est insuffisant, la grandiloquence de Thollem McDonas est trop forte pour qu’on lui fasse grand mal. Tant pis, retour à Nothing Makes Any Sense.

Thollem McDonas, William Parker, Nels Cline : The Gowanus Session (Porter / Orkhêstra International)
Enregistrement : 3 janvier 2012. Edition : 2012.
CD : 01/ There are 02/ as many worlds 03/ in a life 04/ as there are 05/ lives 06/ in the world.
Pierre Cécile © le son du grisli



Satoko Fujii : Kisaragi, + Entity (Libra, 2017-2020)

satoko fujii 2020

« Kisaragi est notre tout premier essai de jouer, d’un bout à l’autre, sans utiliser le moindre son normal. », explique Natsuki Tamura dans les notes du disque qu’il a enregistré, à l’hiver 2015 à New York, avec sa compagne Satoko Fujii. Voici donc piano et trompette soumis à détournements : de l’association des graves que le premier instrument fait claquer et des notes étouffées du second naîtront des paysages que l’improvisation – lente floraison, maillage accidentel, glissement soudain… – se chargera de sculpter.

Le piano grince quand une de ses notes n’est pas, par quel usage électronique, suspendue ; la trompette (que Tamura peut, fantasque, délaisser pour un jouet qui couine) débite des bruits qui en imposent quand elle ne met en place un fabuleux bestiaire (miaulement, bêlement…) que le piano augmente bientôt d’une brassée d’oiseaux. Derrière l’expérience (recherche de nouvelles textures sonores), le duo perd en lyrisme ce qu’il gagne en expression.

A la tête de l’orchestre new yorkais (et changeant) qu’elle emmène depuis plus de vingt ans, Fujii renoue avec le lyrisme qu’on lui connaît. Avec les saxophonistes Ellery Eskelin, Tony Malaby, Briggan Krauss, Oscar Noriega et Andy Laster, les trompettistes Herb Robertson et Dave Ballou (en plus de Natsuki Tamura), les trombonistes Joe Fiedler et Curtis Hasselbring, le guitariste Nels Cline, le bassiste Stomu Takeishi et le batteur Ches Smith, elle fait donc œuvre de franchise.

L’écriture est ciselée, qui frappe de grands coups avant de laisser le champ libre à tel soliste puis à tel autre, arrange des plages où l’unisson est interrogé sans cesse par les dissonances, et d’autres où les dissonances reviennent sagement à l’unisson. Sur matériau composé, Entity renoue avec un free orchestral que tire vers le haut l’inventivité des intervenants.

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Image of A paraître : Micro Japon de Michel Henritzi

 


ROVA Saxophone Quartet, Nels CLine Singers : The Celestial Septet (New World, 2010)

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Le ROVA (Bruce Ackley, Steve Adams, Larry Ochs, Jon Raskin) fusionne avec le Nels Cline Singers (Devin Hoff, Scott Amendola, Nels Cline) et devient le Celestial Septet. Le Celestial Septet ou comment concilier le tout collectif du ROVA aux saillies solitaires du Nels Cline Singers.

Par une écriture rigoureuse, une combinaison des modes de jeu et de textures, le sextet gagne la partie haut la main. La richesse et la diversité de The Buried Quilt qui clôture ce disque résiste et échappe à l’écueil des zappings et des surcharges faciles. Ainsi, en imbriquant, déterminant et alternant des flux, à priori, antinomiques (l’unisson minimaliste du début, la fulgurance free, le dialogue saxophone-guitare, le cluster final), le lien se crée ; abouti, définitif.

Ce qui avait précédé n’était pas sans intérêt. Sans tâtonnements, entre lyrisme perçant, lent déploiement des souffles et excès métallique d’une impétueuse guitare, nous avions déjà entrevu l’essentiel de cette idéale fusion. Ils recommencent quand ils veulent.

ROVA Saxophone Quartet, Nels Cline Singers : The Celestial Septet (New Worlds / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2010.
CD : 01/ Cesar Chavez 02/ Trouble Ticket 03/ Whose to Know 04/ Head Count 05/ The Buried Quilt
Luc Bouquet © Le son du grisli


Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform, 2009)

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Dans ce disque, Wadada Leo Smith se livre à de longues improvisations / méditations autour d’un motif mélodique (Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise) ou rythmique (Umar at the Dome of the Rock, parts 1 & 2). Longues à propos, car il faut du temps, et de l’espace, pour que la musique de Wadada Leo Smith se déploie, que la trompette du leader ondoie au gré des vents de son inspiration.

Ces vents là viennent des terres de Miles. Ce dernier semble partout présent, plus comme un esprit inspirant que comme une ombre étouffante. Pour preuve la sonorité aigrelette et le jeu avec le silence qui frappent dans le premier disque, et l’instrumentation choisie dans le second disque. Car cet album est double, et si l’esthétique y est partout la même, les formations qui l’incarnent diffèrent selon les deux disques.

Tout d’abord, le Golden Quintet, qui joue sur le premier disque, témoignage d’un concert donné lors du Vision Festival 2008. On y retrouve le même contrebassiste (John Lindberg) et le même pianiste (Vijay Iyer) que dans le Golden Quartet de Smith. A la place de Shannon Jackson, deux batteurs sont ici conviés (Don Moye et Pheeroan Aklaff) comme pour souligner l’importance du rythme, de la pulsation comme moteurs de la machine et véhicules pour ces voyages dans l’espace (les terres africaines de Umar) ou le temps, comme l’atteste la plongée dans l’époque funky qu’est South Central L.A. Kulture.

Ce morceau charnière, qui clôt le premier disque, est repris en introduction du second, emmené cette fois par une formation plus ample (un nonet) et plus électrique aussi. Pheeroan AkLaff, John Lindberg et Wadada restent pour y accueillir de nombreuses cordes (le violoncelle de la précieuse Okkyung Lee, quatre guitares et une basse électriques) qui, superposées, sur-imprimées telles des aplats de peintures, concourent à créer la pâte sonore de l’orchestre. La batterie, qui émerge de cette pâte liminaire annonce clairement la couleur : celle de rythmes binaires, que Miles empruntait au rock dans les années 70, mais envoyés ici avec une fraîcheur et une urgence qui nous éloignent assez vite de toute tentative de comparaison. Car Wadada joue Wadada et le sillon qu’il creuse depuis tant d’années trouve en ce double disque une belle introduction pour aller plus avant en même temps que l’aboutissement d’une exigeante démarche.

Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 et 2009. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise 02/ Pacifica 03/ Umar at the Dome of the Rocks, Part 1 & 2 04/Crossing Sirat 05/ South central L.A. Kulture - CD2 : 01/ South Central L.A. Kulture 02/ Angela Davis 03/ Organic 04/ Joy : Spiritual Fire : Joy
Pierre Lemarchand © Le son du grisli



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