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Two Bands And A Legend: I See You Baby (Smalltown Superjazz - 2007)

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Restes de l’enregistrement du premier album de Two Bands And A Legend – projet réunissant The Thing, Cato Salsa Experience et Joe McPheeI See You Baby présente trois reprises valant bien le pressage d’un EP.

Celle d’I See You Baby de Groove Armada, d’abord, sur lequel Cato Salsa prend l’ascendant, et commande les riffs efficaces prêts à porter la voix de Joe McPhee en personne. En fond, un baryton tare de ses graves une balance jusque là dévolue aux guitares. Plus anecdotique, la courte interprétation du Nation Time de McPhee, ouverte ensuite par un grand duo de saxophones évidemment free, mais poussive, bientôt, notamment à cause de l’inspiration peu convaincante du clavier.

En guise de conclusion : Our Prayer, thème signé Donald Ayler qui dépose en filigrane le portrait de son frère, hymne aylérien au carré sur lequel déraillent, intuitifs, les instruments à vent. Pièce, aussi, qui vaut presque à elle seul la raison d’être du EP.

CD: 01/ I See You Baby 02/ Nation Time 03/ Our Prayer

Two Bands And A Legend - I See You Baby - 2007 - Smalltown Superjazz. Distribution Differ-ant.

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Albert Ayler : Holy Ghost (Revenant, 2004)

albert ayler holy ghost

Elever un monument sonore à Albert Ayler, telle était l’idée du label Revenant. Concrétisée, sous la forme de 9 disques, d’un livre de 200 pages et de quelques fac-similés, réunis dans un coffret. Une boîte noire, retrouvée coincée entre le cœur et le cerveau d’un corps repêché dans l’East River, dans laquelle est inscrite un parcours peu commun.

En un coup porté, l’objet répertorie bon nombre des mille éclats d’Ayler, de la toute première session, enregistrée auprès d’Herbert Katz en 1962 (au Summertime prêt à en découdre avec qui voudrait encore mettre en doute la maîtrise technique du saxophoniste), à la captation de sa dernière prestation, au sein du sextet de son frère Donald, en 1969.

Entre ces deux moments, Ayler aura su trouver une forme musicale adéquate à une vérité qu’on a plutôt coutume d’infliger sous forme de claques retentissantes. Rouges, les oreilles auront eu de quoi siffler : Ayler, Murray et Peacock, au Cellar Café de New York, en 1964, instaurant l’ère des free spirituals (Ghosts) ; en quintette, deux ans plus tard à Berlin, transformant une marche folklorique en hymne à la vérité, perspicace et bancal, se souciant aussi peu de justesse que le monde de justice (Truth Is Marching In) ; crachant ailleurs un rythm’n’blues insatiable, genèse d’un free jazz pour lequel Ayler œuvre, s’en souciant pourtant moins que d’établir le contact avec n’importe quel esprit.

D’esprit, justement : les vivants d’en manquer souvent, c’est auprès d’une armée de fantôme qu’Ayler trouvera le réconfort nécessaire et transitoire. Dans une interview donnée au Danemark, il dit être sûr qu’un jour on comprendra sa musique. Aurait-il pu croire que l’intérêt irait jusqu’à la récolte proposée l’année dernière par Revenant ?

Albert Ayler : Holy Ghost, Rare and Unissued Recordings (1962-1970) (Revenant)
Edition : 2004.
9 CD : Holy Ghost
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Albert Ayler : Bells / Prophecy (ESP, 2005)

albert ayler bells prophecy

Réunis aujourd’hui sur un seul et même disque, les deux enregistrements de concerts qu’Albert Ayler concéda au label ESP dans les années 1960 reviennent sur la manière – en trio ou en quintet – qu’avait de mener la danse la figure emblématique du free jazz. Près d’un an d’intervalle, entre Prophecy et Bells.

1964, pour le premier. En compagnie de Sunny Murray et de Gary Peacock, Ayler répète des thèmes, qu’il fait ensuite fondre pour mieux les déformer (Spirits). Passant d’aigus arrachés en vol aux rauques qu’il impose, il oscille sans cesse d’un fortissimo non négociable à une discrétion programmée (Wizard), distribuant toujours autrement un vibrato fait signature. Sur Prophecy figurent deux versions de Ghosts, morceau étendard dans lequel le compositeur voyait un refrain, populaire et personnel, écrit expressément pour subir toutes les perversions. Débordants d’allégresse avant que le trio décide d’aller explorer les caves, Ghosts, first variation profite des élans indomptables de Murray, quand Ghosts, second variation se range du côté de Peacock, dont les impulsions et les résistances règlent rapidement leur compte aux tensions.

1965, cette fois. Devant l’assistance du Town Hall, Albert Ayler mène Bells, longue pièce faites de mouvements changeant au gré des velléités d’un quintet prédisposé à en découdre. Se passant le relais, les musiciens brossent à contresens les refrains entendus. Sur le battement incisif de Murray, on assène un chaos magistral avant d’imposer à l’unisson des rengaines expiatrices. Si la contrebasse de Lewis Worrell souffre de la comparaison avec celle de Peacock, on trouve un réconfort dans le phrasé de Donald Ayler. En parallèle à l’alto de Charles Tyler, ou en évolution indépendante, les figures libres du trompettiste surprennent et rassurent tout à la fois. Une ballade suintant l’angoisse – qui a, plus tôt, étouffé un jazz folk martial – se fait soudain torrent. Et Ayler de partir, comme souvent, à la recherche de la source, qui apaisera les découvreurs exténués.

Albert Ayler : Bells / Prophecy (ESP-Disk / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1965-1966. Réédition : 2005.
CD : 01/ Spirits 02/ Wizard 03/ Ghosts, first variation 04/ Prophecy 05/ Ghosts, second variation 06/ Bells
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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