Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

Inscription à la newsletter du son du grisli
suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

le son du grisli #3Peter Brötzmann Graphic WorksConversation de John Coltrane & Frank Kofsky
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

CABLE#8 : Emptyset, Yann Leguay, Greg Pope, John Hegre, Aaron Dilloway : Nantes, du 19 au 22 février 2015

festival cable 8 le son du grisli

J’aimerais être capable de rendre au moins partiellement le plaisir renouvelé chaque année d’assister (un peu) au festival Cable#, de l’enchantement de sa diversité (de programmation et de lieux), de son exigence générale, de toutes ces forces et finesses concentrées sur quelques journées. Extraits...

Emptyset (Vendredi, Espace Cosmopolis)
Des résonances qui s’intègrent physiquement, ré-agencent et ré-organisent le corps. Un instant, suivre un battement technoïde. Se raccrocher à une trame comme un retour de virus électronique qui, en son temps, avait peut-être su justement affranchir des corps encombrants, les engrenant dans une dynamique libératoire. Et permettre la perte de soi par répétition. Que le genre soit plus convenu n’importe pas réellement, bientôt il sera noyé dans la qualité d’un son âpre, d’une extrême rigueur, qui, s’il s’empare du corps, laisse l’esprit s’aiguiser à en découvrir les multiples dimensions. Le même soir aura vu la très délicate prestation d'Anne Guthrie ainsi qu’une lecture foisonnante d’Olivier Cadiot.

Emptyset James Ginzburg and Paul Purga   Yann Legay

Yann Leguay (Samedi, Blockhaus DY.10)
Etonnamment, dans le cadre aride du blockhaus (ruin porn forever), l’impression prédominante a été celle d’une véritable sensualité. Ici, ce n’est pas tant d’une sensualité machinique dont il serait question mais plutôt de l’expression de quelque chose qui aurait très bien pu emprunter un biais plus classique et qui, malgré l’apparent paradoxe de devoir s’interpréter par les voies/x de disques durs malmenés, s’épanouit, matière souple et dense, tout en cohérence avec le lieu. S’ajoute à cela, la mise en abyme du disque dur, objet physique et donc sonore mais aussi lecteur de données tout autant audibles. Vertiges délicieux.

Greg Pope, Aaron Dilloway, Aurélie Percevault, Carole Thibaud et Mariane Moula   Greg Pope, Aaron Dilloway, Aurélie Percevault, Carole Thibaud and Mariane Moula performs light-trap

Greg Pope (Vendredi, Espace Cosmopolis / Samedi, Ateliers de Bitche)
Les deux performances de Greg PopeCipher Screen avec John Hegre le vendredi à l’espace Cosmopolis, Light Trap avec Aaron Dilloway et trois autres projectionnistes (Aurélie Percevault, Carole Thibaud et Mariane Moula), le samedi, aux ateliers de Bitche — vont certainement rester longtemps dans les mémoires des spectateurs. Pour la première, deux projecteurs 16 mm (horizontal / vertical), diffusent l’image de boucles de film qu’il détériore au fur et à mesure, poinçons, scratch, etc., de l’imperceptible à l’embrasement. Pour la seconde, quatre projecteurs installés en carré autour du public rayonnent vers le centre, leurs faisceaux créent un territoire de lumière qui se peuple suivant les mêmes procédés de sculpture directe de la bande. Difficile de faire la part du son produit par ailleurs, tant il semble être de prime abord une traduction directe du visuel puis, progressivement, s’installe dans une même intensité de frénésie créative ; on ne sait plus qui de l’image ou du son nous porte le plus, jusqu’à procurer une expérience totale, immersive et intense.

CABLE#8 : 19-22 février 2015, à Nantes.
C. Baryon © Le son du grisli
Photos : Emptyset / Yann Leguay / Performance de Greg Pope & Aaron Dilloway par Jean-Daniel Pauget.

DERNIERS EXEMPLAIRES

Commentaires [0] - Permalien [#]

Frode Gjerstad Expéditives

frode gjerstad expéditives

GjerstadSideFrode Gjerstad, Paal Nilssen-Love : Side by Side (CIMP, 2012)
Après Day Before One et Gromka, Frode Gjerstad et Paal Nilssen-Love se retrouvent en duo sur Side by Side, souvenir d’une tournée dans le Nord de l’Amérique datée de 2008. L’enregistrement est celui d’un concert donné au Spirit Room de Rossie : la paire y fut une autre fois efficiente : rapide, âpre, sèche, l’alto s’accrochant au cadre d’une caisse claire ou dérapant sur peaux. La clarinette basse, de prendre plus de place encore, jouant de ses peines ou arborant des sonorités hybrides que la batterie invective avec un panache égale.

FGTRIOMIRFrode Gjerstad Trio : MIR (Circulasione Totale, 2011)
Dans le Frode Gjerstad Trio, le contrebassiste Jon Run Storm a succédé à Øyvind Storesund. MIR revient sur la première rencontre de Gjerstad, Storm et Nilssen-Love, enregistrée au Café MIR à Oslo en septembre 2010. Là, le contrebassiste réussissait à se faire une place entre deux vigueurs complices : les débuts de la nouvelle mouture du trio sont en conséquence féroces.

eastofwestFrode Gjerstad Trio : East of West (Circulasione Totale, 2011)
9 avril 2011 à Stavanger : à la veille de partir en tournée, le même Frode Gjerstad Trio invente en espérant trouver quelques « trucs » : la prise de son est lointaine mais la verve du saxophoniste, la dextérité de Storm et la frappe de Nilssen-Love relativisent rapidement la chose. Bondissant, l’alto s’appuie en outre sur un duo rythmique qui fait désormais sa source d’inspiration de tout éclatement. A la clarinette, Gjerstad se réserve même un solo qui convainc des bienfaits de l’expression libre et isolée.

CTO-philaOsloCirculasione Totale Orchestra : PhilaOslo (Circulasione Totale, 2011)
Dates des concerts donnés par le Circulasione Totale Orchestra à trouver sur ce disque double : 30 janvier 2010 pour Philadelphie, 9 mars 2011 pour Oslo. Ici et là, le grand orchestre de Gjerstad impressionne encore : l’électroacoustique jouant avec les codes de la musique libre et même bruyante (présences de plus en plus affirmées de Lasse Marhaug et John Hegre), le swing corrompu par des élans individualistes (cet air de blues perdu que chante Bobby Bradford à Philadelphie), l’opposition envisagée comme manière de faire lorsque ce n’est pas le tour de la provocation (Anders Hana et Per Zanussi convertissant la musique d’Oslo au tout électrique). Monumental.

stinglargeCalling Signals : From Cafe Sting (Loose Torque, 2011)
Enregistré en 2007 au Café Sting de Stavanger, le Calling Signals de Frode Gjerstad et Nick Stephens était aussi celui d’Eivin Pederssen et de Louis Moholo-Moholo. L’accordéon changeant la donne, l’improvisation fait avec quelques tensions mais presque autant de subtilités. De hauts reliefs en atmosphères nonchalantes, le quartette profite d’ententes ponctuelles : celle de l’accordéon et de la contrebasse sur Rogaland ; celle du saxophone alto et des cymbales sur Trekkspill Blues. De l’enregistrement se dégage un mystère qui en fait une des références de la discographie du groupe.

6tetSekstett : Sekstett (Conrad Sound, 2010)
Dans ce Sekstett, Gjerstad n’intervient qu’aux clarinettes. Ses partenaires ont pour noms Håvard Skaset (guitares), Lene Grenager (violoncelle), Hilde Sofie Tafjord (cor d'harmonie), Børre Mølstad (tuba) et Guro Skumsnes Moe (contrebasse). Enregistrée en 2009, la rencontre est acoustique : les instruments à vent s’y emmêlent tout en s’y accordant, les cordes y glissent des pièges minuscules mais inévitables, et la musique infuse.

Commentaires [0] - Permalien [#]

Black Packers : All Ears Bleed (Ritte Ritte Ross, 2010)

allgrislisbleed

Pas assez d’être tout seul pour faire du bruit ? Sans doute est-ce ce que John Hegre et Jean-Philippe Gross se sont dit avant de former Black Packers. Plutôt fiers, ils brandissent maintenant All Ears Bleed, un disque beau comme un trophée.

Au départ, un concert à l’amplitude sonore énorme dès le commencement : des vrombissements et des larsens donnent naissance à un brouillon magnifique qui crache soudain une fraise de dentiste ou un avion au décollage. En concert, l’énergie doit gagner le public et l’aider à supporter l’affront. Sur disque, c’est un buzz chantant qui vous sidère, une soufflerie qui vous projette contre le mur et des notes karchérisantes (pardon pour la référence, qui n’est plus ce qu’elle était) qui vous clouent au sol. Au sol où l’on n’est pas si mal, finalement.

Black Packers : All Ears Bleed (Ritte Ritte Ross / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ All Ears Bleed
Pierre Cécile © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB, 2009)

goldengrislinades

Sur Hammond Pops, John Hegre (Jazzkammer) et Jørgen Træen – déjà partenaires au sein de Der Brief – célèbrent en compagnie de Sigbjørn Apeland à l’orgue hammond le dixième anniversaire de Golden Serenades.

Par politesse sans doute, l’orgue tire le premier : longues nappes déjà hostiles sur lesquelles un lot d’objets hétéroclites viendra se briser – tous bris d’electronics causés par un orgue martial qui ne prétendra jamais tenir à ménager l’auditeur. Se bousculent ensuite des déflagrations en tous genres. Venant de la gauche ou de la droite, des cris de possédés grossissent les rangs d’une manifestation d’esprits en proie à un tumulte irraisonnable. S’il suit le cortège d’un bout à l’autre, le même auditeur s’en trouvera exalté ou éreinté, selon sa nature et l'idée qu'il se fait du bruit en musique.


Golden Serenades, Hammond Pops (introduction). Courtesy of 3dB.

John Hegre's Golden Serenades : Hammond Pops (+3dB)
Edition : 2009.
CD : 01/ Hammond Pops
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Circulasione Totale Orchestra : Open Port (Circulasione Totale, 2008)

grislitotaleorchestra

Sur Open Port, le Circulasione Totale Orchestra – grand ensemble dirigé par Frode Gjerstad et formé de musiciens toujours prêts à en découdre (Sabir Mateen, Bobby Bradford, Louis Moholo-Moholo, Paal Nilssen-Love ou encore Kevin Norton) – redessine les contours de l'orchestre free.

Allant crescendo sur un décorum électronique chargé en éléments perturbateurs dont s'occupe John Hegre, les instruments à vent font d'abord corps avant l'apparition de tentatives individuelles : clarinettes de Mateen et Gjerstad et cornet de Bradford ouvrant une suite infaillible de performances éparses. Revenus à eux, les intervenants adoptent un ton moins vindicatif, pour faire face aux grésillements de fin de parcours, qui emporteront l'ensemble en sublimant la noirceur d'une œuvre totale et réussie.

CD: 01/  Yellow Bass and Silver Cornet (In Memory of Johnny Mbizo Dyani and John Stevens) >>> Circulasione Totale Orchestra - Open Port - 2008 - Circulasione Totale.

Commentaires [0] - Permalien [#]

John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder, 2006)

balladslis

Pour s’être échappé momentanément de Jazzkammer (duo qu’il forme habituellement avec Lasse Marhaug, repéré, entre autres labels, par Smalltown Supersound ou Rune Gramofon, le Norvégien John Hegre a pu succomber autrement aux joies de l’accouplement. Auprès de sa compatriote, compositrice et chanteuse Maja Ratkje – issue, elle, de Spunk -, il dépose sur Ballads une musique électroacoustique rassurante.

Jouant d’abord d’accrocs rythmiques, d’interventions brutes de guitare bientôt bouclées, le duo installe un paysage sonore fait de peu de choses, certes, mais judicieuses toutes, et engageantes. Frottant ici les micros de sa guitare électrique, osant là l’apparition d’un brin de mélodie, Hegre arrange selon différents modes les constructions d’électronique raisonnée qu’il fomente avec Ratkje.

Field recordings montés en avalanches (Private Matter), assimilations nobles d’éléments de musique concrète (Hesitating Interruptions of Spring), ou superpositions aléatoires d’expérimentations hybrides (Art Compasse), Hegre et Ratkje convainquent presque à chaque fois – exception faite pour un Hammock Moods atmosphérique, pauvre et traînard – de la pertinence des fruits de leur rencontre. Raisonnant les égards fiévreux qui les ont fait connaître pour déposer, ensemble et soulagés, un Ballads vibrant.

John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder / Metamkine).
Edition : 2006.
CD : 01/ Autumn Leaves 02/ Binoculars and Traces 03/ Private Matter 04/ Blues for Silent Bakers 05/ Hesitating Interruptions of Spring 06/ A Quiet Day at The Office 07/ Art Compass 08/ Hammock Moods
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

Commentaires [0] - Permalien [#]

>