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Wadada Leo Smith : Heart's Reflections (Cuneiform, 2011)

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Qui chercherait ici une unité en serait pour ses frais. Wadada Leo Smith y désorganise sa musique plutôt que d’en justifier un seul et unique trait. S’y retrouvent donc les formes jadis explorées par le trompettiste : le lyrisme profond et perçant des enregistrements solos, les excès binaires et électriques du Yo Miles !, la résurgence d’un free décentré (ici en hommage à Leroy Jenkins). S’y découvre aussi, même si timidement, un intérêt pour les electronics et autres laptop saturants.

Et de cet orchestre aux larges épaules (présences appuyées de Michael Gregory, Pheeraon AkLaff, Brandon Ross, John Lindberg, Skuli Sverrisson, Angelica Sanchez, Stephanie Smith) de s’inventer une diversité et une richesse de formes clairvoyantes. Des inquiétudes sourdes et prégnantes que viennent percer la trompette du leader aux sèches frappes binaires du batteur, se construit un paysage sonore dont l’unité, si on devait obligatoirement en trouver une, pourrait se nommer errance. Une belle errance, inutile de vous le préciser.

Wadada Leo Smith’s Organic : Heart’s Reflections (Cuneiform / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD1 : 01/ Don Cherry’s Electric Sonic Garden 02/ The Dhikr of Radiant Hearts Part I 03/ The Dhikr of Radiant Hearts Part II 04/ The Majestic Way 05/ The Shaykh, as far as Humaythira 06/ Spiritual Wayfarers 07/ Certainty  08/ Ritual Purity & Love Part I 09/ Ritual Purity & Love Part II – CD2 : 01/ The Well : from Bitter to Fresh Sweet Water Part I 02/ The Well : from Bitter to Fresh Sweet Water Part II 03/ Toni Morrison : The Black Hole (Sagittarius A), Conscience & Epic Memory 05/ Leroy Jenkin’s Air Steps
Luc Bouquet © Le son du grisli

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(Wadada) Leo Smith : Spirit Catcher (Nessa, 2009)

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L'un des fantasmes les plus fréquemment rencontrés chez les musiciens de jazz – art qui aura généré un imposant nid à clichés pour s'y lover ensuite et y abandonner beaucoup de son invention – est celui d'enregistrer auprès d'une section de cordes. Face à ce genre de clichés, deux solutions pour les novateurs : feindre l'ignorance (mais là, difficile, puisque même le référent habituel qu'est Charlie Parker a cédé un jour à la tentation du « With Strings ») ou investir la pratique répandue pour la transcender, à la manière de Leo Smith sur Spirit Catcher.

En 1979, à la tête de deux formations différentes, Smith enregistre auprès de cordes spéciales, qui changent et vont à merveille au lyrisme fluctuant d'un des plus charismatiques représentants de l'A.A.C.M. : trois harpes, en l'occurence, derrière lesquelles prennent place Irene, Ruth et Carol Emanuel (la dernière travaillera longtemps au Third Stream aux côtés de Ran Blake et côtoiera Earl Howard, Anthony Braxton ou John Zorn, récemment encore sur Femina). Sous la conduite de Dwight Andrews, les quatre musiciens consignent deux versions de The Burning of Stones, pièce dédiée à Braxton au  développement sonore à pas comptés – Smith intervenant en fond et instrument bouché – et au lyrisme compact qui lorgne autant vers les concepts de l'A.A.C.M (premiers disques de Muhal Richard Abrams en compagnie de la jeune garde) que vers la musique classique européenne.

L'autre formation (soeurs Emanuel écartées / Dwight Andrews passé au ténor à la clarinette et à la flûte, Bobby Naughton au vibraphone, Wes Brown à la contrebasse et à la flûte et enfin Pheeroan AkLaaf à la batterie), de donner Images, divagation lente qui rêverait de répondre aux commandements d'une marche puis s'emballe pour suivre les imprécations du duo contrebasse / batterie ; et puis Spirit Catcher, morceau de rêve fait sons qui donne son nom au disque réédité aujourd'hui et résume à lui seul les émotions intactes à y trouver. En inventeur, Leo Smith s'est servi d'un cliché : son « With Strings » tient de l'exception.

Leo Smith : Spirit Catcher (Nessa / Amazon).
Enregistrement : 1979. Réédition : 2009.
CD : 01/ Images 02/ The Burning of Stones 03/ Spirit Catcher 04/The Burning of Stones (First Version)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Marty Ehrlich : Things Have Got to change (Clean Feed, 2009)

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Things Have Got to Change : les mots s’imposent en grand sur la pochette de ce disque et apparaissent alors en filigrane les titres-manifestes du premier orchestre d’Ornette Coleman (tels Change of the Century ou encore Something Else !). D’Ornette, plutôt que le changement radical, on entendra l’urgence du propos. D’Ornette toujours, on pourra retenir ici la proposition d’un quartet sans piano, insufflée par une trompette et un saxophone alto qui, en des passages de relais enjoués, projettent dans l’espace des mélodies tantôt urgentes (Song for Tomorrow), tantôt fragiles (Some Kind of Prayer, pièce maîtresse du disque), toujours dansantes.

Est convié ici Erik Friedlander qui, avec Daniel Levin, impose le violoncelle dans le jazz d’aujourd’hui (comme hier Doug Watkins l’avait fait) pour son chant si particulier. Il peut se faire gambri comme les percussions de Pheeroan Aklaff se font crotales, en une résurgence gnawa (Rites Rhythms) comme il peut, à la manière de la contrebasse, assurer une pulsation rythmique sans faille dans le très hard bop Dung.

Ce Rites Quartet est emmené par le saxophoniste Marty Ehrlich qui y convoque des complices de longue date (de très longue date, même, pour Aklaff, dont la collaboration avec Ehrlich remonte à la fin des années 70) avec qui il a joué dans différentes de ses formations : Marty Ehrlich joua avec Erik Friedlander dans son Dark Wood Ensemble et avec le trompettiste James Zollar dans son sextet News on the Rail et dans son grand orchestre The Long View.

Mais jamais les quatre musiciens n’avaient joué tous ensemble. Ce n’est que récemment, pour ré-explorer des compositions de Julius Hemphill, qu’ils se sont rassemblés. C’est donc naturellement qu’aux cinq compositions de Marty Ehrlich s’ajoutent trois reprises de thèmes d'Hemphill.  Ce dernier, né dans la même ville qu’Ornette (Fort Worth au Texas), fut le véritable mentor d’Ehrlich. Ce dernier fit partie du dernier sextet de Julius Hemphill et continua d’y jouer la musique du Texan quand celui-ci, trop malade, ne pouvait plus souffler dans son saxophone, et ce jusqu’après la mort d’Hemphill, en 1995. La mémoire, donc, l’héritage et la fidélité, sont dans cette musique fortement présents et nourrissent les voix originales des quatre hommes qui nous livrent un disque aussi sincère qu’attachant.

Marty Ehrlich Rites Quartet: Things Have Got to Change (Clean Feed / Orkêstra International)
Enregistrement: 2008. Edition: 2009.
CD: 01/ Rites Rythms  02/ Dung  03/ Some Kind Of Prayer  04/ On The One  05/ Slices Of Light  06/Song For Tomorrow  07/ From Strenght To Strenght  08/ Dogon A.D.
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform, 2009)

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Dans ce disque, Wadada Leo Smith se livre à de longues improvisations / méditations autour d’un motif mélodique (Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise) ou rythmique (Umar at the Dome of the Rock, parts 1 & 2). Longues à propos, car il faut du temps, et de l’espace, pour que la musique de Wadada Leo Smith se déploie, que la trompette du leader ondoie au gré des vents de son inspiration.

Ces vents là viennent des terres de Miles. Ce dernier semble partout présent, plus comme un esprit inspirant que comme une ombre étouffante. Pour preuve la sonorité aigrelette et le jeu avec le silence qui frappent dans le premier disque, et l’instrumentation choisie dans le second disque. Car cet album est double, et si l’esthétique y est partout la même, les formations qui l’incarnent diffèrent selon les deux disques.

Tout d’abord, le Golden Quintet, qui joue sur le premier disque, témoignage d’un concert donné lors du Vision Festival 2008. On y retrouve le même contrebassiste (John Lindberg) et le même pianiste (Vijay Iyer) que dans le Golden Quartet de Smith. A la place de Shannon Jackson, deux batteurs sont ici conviés (Don Moye et Pheeroan Aklaff) comme pour souligner l’importance du rythme, de la pulsation comme moteurs de la machine et véhicules pour ces voyages dans l’espace (les terres africaines de Umar) ou le temps, comme l’atteste la plongée dans l’époque funky qu’est South Central L.A. Kulture.

Ce morceau charnière, qui clôt le premier disque, est repris en introduction du second, emmené cette fois par une formation plus ample (un nonet) et plus électrique aussi. Pheeroan AkLaff, John Lindberg et Wadada restent pour y accueillir de nombreuses cordes (le violoncelle de la précieuse Okkyung Lee, quatre guitares et une basse électriques) qui, superposées, sur-imprimées telles des aplats de peintures, concourent à créer la pâte sonore de l’orchestre. La batterie, qui émerge de cette pâte liminaire annonce clairement la couleur : celle de rythmes binaires, que Miles empruntait au rock dans les années 70, mais envoyés ici avec une fraîcheur et une urgence qui nous éloignent assez vite de toute tentative de comparaison. Car Wadada joue Wadada et le sillon qu’il creuse depuis tant d’années trouve en ce double disque une belle introduction pour aller plus avant en même temps que l’aboutissement d’une exigeante démarche.

Wadada Leo Smith : Spiritual Dimensions (Cuneiform Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008 et 2009. Edition : 2009.
CD1 : 01/ Al-Shadhili’s Litany of the Sea : Sunrise 02/ Pacifica 03/ Umar at the Dome of the Rocks, Part 1 & 2 04/Crossing Sirat 05/ South central L.A. Kulture - CD2 : 01/ South Central L.A. Kulture 02/ Angela Davis 03/ Organic 04/ Joy : Spiritual Fire : Joy
Pierre Lemarchand © Le son du grisli

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Oliver Lake: Zaki (HatOLOGY - 2007)

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Enregistré au Festival de Willisau en 1979, Zaki voit Oliver Lake passer de l’alto au soprano, du soprano au ténor, en compagnie de l’impétueux guitariste Michael Gregory Jackson et du plus discret batteur Pheeroan AkLaff. Pour l’interprétation de thèmes signés par le saxophoniste (si ce n’est le plus rock 5/1 de Jackson), le trio fait toute confiance à l’émulation capable, toujours, de nouvelles propositions ascensionnelles – pas convaincantes à chaque fois. Heureusement, brillant, Lake invective, paraphrase quelques schémas répétitifs défendus par Jackson, démontre une verve implacable sur les encouragements rassurants d’AkLaff, et rattrape à lui seul les rares baisses de tension.

CD: 01/ Zaki 02/ Clicker 03/ Shine 04/ 5/1 05/ Zaki

Oliver Lake Trio - Zaki - 2007 (réédition) - HatOLOGY. Distribution Harmonia Mundi

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