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Le son du grisli
5 juin 2013

Christian Wolfarth : Acoustic Solo Percussion Vol. 1-4 & Remixes (Hiddenbell, 2013)

christian wolfarth acoustic solo percussion remixes

Avec la compilation sur CD des quatre quarante-cinq tours que Christian Wolfarth édita sous appellation Acoustic Solo Percussion – aux réussites des faces E & F et G & H, voici donc ajoutés l’humeur noire élevée dans le cercle de A, le rythme embarrassé du marching band claudiquant de B, la diaphonie porteuse du couple de cymbales de C et les tornades élevées sur peau tendue de D –, trouver dans le digipack huit remixes des mêmes pièces signés Günter Müller, Joke Lanz (duettiste de Tell), Hans Joachim Irmler (Faust) et Rashad Becker.

Dans l’ordre établi par les faces qui jadis les consignèrent, les pièces percussives tournent par deux encore, mais d’autres façons. Ainsi Müller décide-t-il de l'élévation, autour de Skyscraping et Zirr, de champs magnétiques qui respectent le travaux de Wolfarth en leur insufflant une pulsation nouvelle ; Lanz donne, lui, dans une expérimentation électronique qui régénère après anéantissement (quelques cris et détonations attestent le choc d’une opération un rien passéiste) ; Irmler, plus redoutable, comblera les pièces qu’on lui a confiées de menaces larvées et de tintements inquiétants ; enfin, Becker ne s’écartera que peu de son sujet (Cabin No.9) pour retourner ensuite de fond en comble, avec l’aide du saxophone baryton d’André Vida et des cordes de Mari Sawada et Boram Lie, les grincements et ronronnements de Well Educated Society.

Soit : huit opérations de chirurgie reconstructrice presque toutes aussi heureuses que fut belle l’offre faite par Christian Wolfarth à ses affidés : conclure sa série d’Acoustic Solo Percussion en confiant à une oreille amie le soin de la réinventer.

Christian Wolfarth : Acoustic Solo Percussion Vol. 1-4 & Remixes (Hiddenbell)
Edition : 2013.
CD1 : 01/ Skyscraping 02/ Zirr 03/ Elastic Stream 04/ Viril Vortex 05/ Crystal Alien 06/ Amber 07/ Cabin No.9 08/ Well Educated Society – CD2 : 01/ Skyscraping (Günter Müller) 02/ Zirr (Günter Müller) 03/ Elastic Stream (Joke Lanz) 04/ Viril Vortex (Joke Lanz) 05/ Crystal Alien (Hans Joachim Irmler) 06/ Amber (Hans Joachim Irmler) 07/ Cabin No.9 (Rashad Becker) 08/ Well Educated Society (Rashad Becker)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 juin 2013

Jaboc Kirkegaard : Conversion (Touch, 2013)

jacob kirkegaard conversion

Sous la direction d’Anna Berit Asp Christensen et Niels Rønsholdt, l’ensemble danois Scenatet – ici Vicky Wright (clarinette), Andras Olsen (trombone), Kirsten Riis-Jensen (violon), Mina Fred (violon alto), Sofia Olson (violoncelle) et Mads Bendsen (percussions) – enregistrait il y a tout juste un an deux pièces de Jacob Kirkegaard.

Quittant le champ d’une électronique obnubilée par les aigus persistants, Labyrinthitis, premier sujet de Conversion, se frotte alors à l’acoustique de cordes, de cuivre et de bois. D’abord faite de bourdons aux ascensions parallèles, la pièce conte bientôt une histoire de régénération sonore à laquelle œuvrent des instruments qui soignent leur cohésion, et leur interprétation avec, à mesure que le temps passe – la superposition de lignes induites et toujours fragiles ayant pour plus bel effet de faire frémir l’assurance de la composition.

Church II – dont on trouve l’origine sur 4 Rooms que produisit jadis le même label – se souvient quant à elle de l’enregistrement des respirations d’une église abandonnée de Tchernobyl. Cette fois, Jacob Kirkegaard dévoile plusieurs couches de sons et d’ambiances que se disputent mirages et mystères. Conversion, d’avoir ainsi fait doublement effet.

Jacob Kirkegaard : Conversion (Touch)
Enregistrement : juin 2012. Edition : 2013.
LP / DL : A/ Labyrinthitis ll – B/ Church ll
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 novembre 2012

Bark! : Fume of Sighs (Psi, 2012) / Sult : Bark (Bug Incision, 2012)

bark fume os sighs le son du grisli

Si l'histoire du groupe s'enracine au début des années 90, c'est à la fin de cette décennie que Bark! a stabilisé son effectif et trouvé, au fil des disques publiés par Matchless et Psi, en « functioning like one big electronic rhythm section », son « groove » – je cite ici le livret fort détaillé de Phillip Marks (percussions).

Le trio que complètent Rex Casswell (guitare électrique) et Paul Obermayer (samples – on connaît ses accointances avec Richard Barrett, dans Furt ou l'Electro-Acoustic Ensemble d'Evan Parker) développe effectivement une dynamique particulière, manière de bounce atomisé, de réactivité sèche, articulée, ciselée, incisive, digne d'un flipper fracassé. Dans cette session d'octobre 2009, en studio londonien, à force de brisures, de rebonds et de cliquètements, la tension électrique s'accumule, jusqu'à ce que Bark!, enfin, craque et lâche, sporadiquement, quelques aboiements libérateurs et d'autant plus appréciés que, même à fort volume, l'intensité des échanges virevoltants avait pu lasser au long des cinquante minutes de ce disque.

Bark! : Fume of Sighs (Psi / Orkhêstra International)
CD : 01/ Romeo 02/ Zodiac 03/ Trampoline 04/ Fume of Sighs 05/ A Room Each 06/ What is it else? 07/ Crobes 08/ Morse Eyes 09/ The Theoretician 10/ Vexed, a Sea
Guillaume Tarche © Le son du grisli

sult bark bug incision le son du grisli

Certes ce Bark là – à qui il manque le point d’exclamation – n’est qu’un titre. Celui d’un disque de… Sult, association peu commune de deux contrebassistes (Tony Dryer et Guro Skumsnes Moe), d’un guitariste (Havard Skaset) et d’un percussionniste (Jakob Felix Heule) – Dryer et Heule, entendus déjà en Basshaters. En conséquence : un précis de gravitude dont nœuds, tensions, râles et décharges, font le gros du discours. Sept onomatopées en tout qui, persuasives presque toutes, forment un vocabulaire signifiant.

Sult : Bark (Bug Incision)
Edition : 2012.
CD : 01/ arkb 02/ bkra 03/ brak 04/ rabk 05/ krab 06/ rakb 07/ abrk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

27 octobre 2012

Insub Meta Orchestra : Archive #1 (Insubordinations, 2012)

insub meta orchestra archive1

45 musiciens (Christian Müller, Christophe Berthet, Christoph Schiller, Cyril Bondi, Florence Melnotte, Hannah Marshall, Patricia Bosshard, Rodolphe Loubatière…) s’ouvrent à la menace. Approfondissent la ligne, réduisent son isolement, diffèrent le chaos, font l’éloge des choses souterraines.

Dans cet atelier, une sourde respiration ouvre les débats. La machinerie, maintenant, s’active et délivre ses vifs roulis. Un court et impressionnant crescendo surgit. La cassure intimide la ligne mais échoue à la briser totalement. Et c’est précisément, cette ligne qui fait office de lien et assure sa dense continuité aux cinq conductions de ce disque.

Fondé en septembre 2010, l’Insub Meta Orchestra signe ici son premier enregistrement (disponible en CD ou en téléchargement gratuit). La menace est à prendre au sérieux.

EN ECOUTE >>> Punkte und Flächen >>> Miroir

Insub Meta Orchestra : Archive #1 (Insubordinations netlabel)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD / Téléchargement libre : 01/ Punkle und Flächen 02/ Et si… 03/ The Living Dust 04/ Miroir 05/ Lava Underground 06/ Set Sail, Finally
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 juin 2012

Marées de hauteurs diverses (Insubordinations, 2012) / D’Incise / Hennig / Kocher / Sciss (Insubordinations, 2012)

marées de hauteurs diverses

Pour ne pas connaître tous les musiciens invités à remixer les Marées de hauteurs diverses de Diatribes et Abdul Moimême, j’ai dû faire confiance aux intéressés (il leur a bien fallu faire confiance, à eux…) en sachant que les risques étaient faibles vus que l'on peut gratuitement télécharger la chose

Faire confiance, donc... A Francisco López, dont les sons en cascade vont crescendo et disparaissent avant d’avoir atteint le premier plan, ce plan où tout est trop visible. A Herzog aussi, qui compose un puzzle électroacoustique où résonnent des bols et des basse, à Blindhæð dont l’emprise nous coupe le souffle (sur un titre dédié au grand Jacques Sternberg… parenthèse refermée ? parenthèse refermée !) ou encore à Nicolas Bernier dont la batterie martèle jusqu’à notre cerveau. Il y a moins de personnalité, par contre, chez Honoré Ferraille, Mokhuen ou Ludger Hennig, mais pas de quoi bouder cet album de reprises, exercice rarement aussi estimable.   

EN ECOUTE >>> Blindhæð : Un fracas d'asthme >>> Nicolas Bernier : Crustacés

Collectif : Marées de hauteurs diverses (Insubordinations)
Edition : 2012.
CD : 01. Blindhæð : Un fracas d'asthme, de gravier et de ferraille suintante pour Jacques Sternberg 02/ Nicolas Bernier : Crustacés 03/ Honoré Ferraille : The Tide Is Gone On Its Own 04/ Ludger Hennig : Retro Forensic Version 05/ Mokuhen : Poisson Silence 06/ Francisco López : Untitled#279 07/ Herzog : Naufrage (remix)
Pierre Cécile © le son du grisli

d'incise kocher hennig sciss

On retrouve D’Incise et Hennig sur un disque (à télécharger gratuitement lui aussi) enregistré à quatre – les deux autres musiciens sont Jonas Kocher à l’accordéon et Sciss au laptop. Ce qui fait trois laptops contre un accordéon… La bataille n’est pas équilibrée, mais Kocher s’en sort très bien. Face aux bips, aux lignes qui ondulent, à des crissements de rideau de fer, aux décharges de l’électricité noire, l’accordéon opte pour le camouflage et ravit l’ensemble !

EN ECOUTE >>> So zahlreich, daß man sie nicht zählen kann

D'Incise / Hennig / Kocher / Sciss (Insubordinations)
Enregistrement : 7 mai 2011. Edition : 2012.
Téléchargement : 01/ So zahlreich, daß man sie nicht zählen kann 02/ Einen einzigen Schuß abfeuern 03/ Flach auf den Boden, um Maß zu nehmen 04/ Daß die Kruste der Erde sich anschickte, ein Gemenge von disparaten Formen zu werden
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 novembre 2008

Getatchew Mekuria, The Ex : 11 Ethio Punk Songs (Buda, 2008)

getatchew mekuria 11 ethio punk songs

Filmés à l’occasion d'une récente apparition au festival Banlieues Bleues, le saxophoniste Getatchew Mekuria, les membres de The Ex et quelques invités – parmi lesquels le clarinettiste Xavier Charles – donnent à voir sur 11 Ethio Punk Songs ce qu’ils donnaient à entendre sur Moa Anbessa.

Soit : un précis d’ethio punk, rapprochement hésitant valant définition pour une musique viscérale menée de front autant que développée dans la joie. Aux extraits de concerts, le film ajoute quelques images d’un voyage fait en 2007 à Adis Abeba ainsi qu’une interview de Terry Ex, qui explique là son rapport à la musique éthiopienne et revient sur la collaboration de son groupe avec le plus fier de ses saxophonistes.

Getatchew Mekuria, The Ex & Guests : 11 Ethio Punk Songs (Buda Musique / DG Diffusion)
Edition : 2008.
DVD : 11 Ethio Punk Songs
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 mars 2016

Bernard Vitet : La guêpe (Souffle Continu, 2015)

bernard vitet la guêpe

De Bernard Vitet, on sait à peu près le parcours – études de cinéma, première trompette sur le modèle de Miles Davis, entente avec Jef Gilson et jeux de free avec François Tusques, notes appuyées dans les grandes formations d’Alexander von Schlippenbach ou Alan Silva, autre sorte d’entente avec Parmegiani, etc. – et son goût pour les instruments que lui seul pouvait créer. Et voici que nous revient La guêpe.

Composant autant qu’improvisant – avec Jean-Paul Rondepierre (trompette, marimba), Jouk Minor (saxophones, violon, clarinette), François Tusques (piano et aprfois direction), Beb Guérin (contrebasse, piano), Jean Guérin (percussions, vibraphone, saxophone alto…), Françoise Achard (voix) et Dominique Dalmasso (magnétophones) –, Vitet fait sonner les mots d’un autre (Francis Ponge) avec une franchise qui lui correspond.

Une audace, voire. Entre ‘Bout Soul de Jackie McLean, Transit de Colette Magny – la place que prend la voix, quand même… et que faire d’elle en musique « libre » ? – et l’Intercommunal Music de Tusques, La guêpe de Vitet s’exprime sur un air de théâtre oulipèsque (c’est-à-dire : pas détaché de toutes conventions) qu’aurait enfanté Maeterlinck. « Les mots comme une matière », et puis comme une musique capable de se fondre dans le paysage. Celui de Vitet est de son époque : récalcitrant mais naïf, volontaire et charmeur, nébuleux et démonstratif...

Et puis (et même : d’abord), au piano comme au violon, c’est autre chose : une exploration de l’instrument qui se moque de toute explication, une revendication qui gratte et accroche, une expression qui pourrait être contemporaine – pourquoi ne pas entendre en Achard (qu'on retrouve en Tacet) une possible Berberian ? – si elle ne trahissait pas tant l’écoute du jazz et l'envie de s'en débarrasser. S'il faut, en quelques mots, résumer La guêpe, autant les emprunter à Ponge : « Si ça touche, ça pique ! »



la guêpe

Bernard Vitet : La guêpe
Souffle Continu
Enregistrement : décembre 1971. Edition : 1972. Réédition : 2015.
LP : A1/ Et Cetera A2/ Balle de fusil (1) / Hyménoptère A3/ Trolley grésilleur – B1/ La guêpe et le fruit B2/ Toujours fourrée dans la nectarothèque B3/ Balle de fusil (2)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

50Toute la journée, tchattez en direct avec les gars du Souffle Continu. Pour ce faire, un seul numéro de téléphone : 01 40 24 17 21.

 

29 décembre 2015

Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu, 2015)

jean guérin tacet

Si le tacet est un silence qui dure, celui de Jean Guérin n’en fait pas grand cas sur ce disque du même nom enregistré en janvier 1971. La référence Futura est aujourd’hui rééditée sur vinyle par le Souffle Continu.

Dans le film de Claude Faraldo que la musique illustre, Bof.. (Anatomie d’un livreur), il est question de vin : c’est d’abord au rythme de gouttes que Guérin arrange donc son ouvrage – d’autres effets liquides suivront. Et c'est bientôt l’auditeur qui oublie le « comment faire » (collages, appropriations, bruitages…) pour se plonger au mieux dans le son du film qui lui est associé.

Une trompette (Bernard Vitet) sur écho, des bandes manipulées, un saxophone (Philippe Maté) en lutte contre une électroacoustique dérangée, une voix (Françoise Achard) comme perdue dans le corps de quels instruments, une impression d’Afrique chassée par une électronique hirsute… Les expériences d’alors – quelques rapprochements : François Bayle, Jef Gilson, Alain Goraguer et Orfeu Negro pour dire que l’image parvient ici aussi à percer le son – se réentendent : et l’on peut même goûter cette musique d’ancien régime où le silence ne régnait pas encore en maître sur l’exploration sonore, où l’on reconnaissait le charme des écarts et même la beauté des excédents.



Jean Guérin : Tacet (Souffle Continu)
Enregistrement : janvier 1971. Réédition : 2015.
LP : A1/ Triptik 2 A2/ Mixage vert A3/ Maochat A4/ Ca va le comte – B1/ BM 37 B2/ Interminable hommage à Zaza B3/ Reflexion 2 et I B4/ Gaub 71
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

30 décembre 2015

Cabaret Contemporain, Linda Oláh, Isabel Sörling : Moondog (Sub Rosa)

cabaret contemporain moondog

Une simple soustraction des featurings (Linda Oláh & Isabel Sörling au chant) nous en dit plus sur ce Cabaret Contemporain : dedans il y a donc Fabrizio Rat (piano), Giani Caserotti (guitare), Ronan Courty (contrebasse), Simon Drapier (contrebasse itou) et Julien Loutelier (batterie). Et tout ce petit monde va droit au répertoire de Moondog (et dans le mur aussi) encouragé par deux résidences à la Maison de la Musique de Nanterre et Le Lieu Unique de Nantes (il faut bien aider la jeunesse sans idée).

Comme à tout groupe inconnu hommage est bon, pourquoi pas le vieil Hardin ? C’est la promesse assurée d’une certaine (espérons) couverture médiaticobranchouille, non pas ? Oui bien mais qu’en faire des mélodies de Moondog ? Eh bien (comme souvent) pas grand-chose. Certes certes on transpose le défunt aveugle dans des espaces faits pour qu'il chute (et qu’il aurait en conséquence sans doute détestés) : minimalisme gnangnan à la Stina Nordenstam (My Tiny Butterfly), dance pop à la Cardigans (I’m Just a Ho Head), rubik’s cube unicolore (Maybe), vocalises ECMisantes, cover pseudoexpée qu’aurait pu cracher les Brigitte comme Nouvelle Vague comme Pink Martini... Bref, queue d'chi là-dedans, mon pov’ Louis…



Cabaret Contemporain, Linda Oláh, Isabel Sörling : Moondog (Sub Rosa)
Edition : 2015.
CD / LP :  01/ My Tiny Butterfly 02/ I Love You 02/ Do Your Thing 04/ I’m Just a Hop Head 05/ Why Spend the Dark Night with You 06/ Maybe 07/ Paris 08/ Trees Against the Sky 09/ Enough About Human Rights 10/ All Is Loneliness 11/ High on a Rocky Ledge
Pierre Cécile © Le son du grisli

9 décembre 2015

LDP 2015 : Carnet de route #31

ldp 2015 2 novembre chicago

La trente-et-unième étape de ce carnet de route du trio LDP a pour cadre Chicago : l'Experimental Sound Studio, pour être précis, où Urs Leigrumber et Jacques Demierre donnaient un concert le 2 novembre dernier.

2 novembre, Chicago
Experimental Sound Studio

Heute spielen Jacques und ich im ESS, im Rahmen der Monday Serie of Improvised Music. Das Konzertprogramm wird von Tim Daisy und Ken Vandermark kuratiert. Das Experimental Sound Studio der Edgewater Anlage bietet als Ort ein umfassendes Angebot für jede Art von Produktionen; Recording, Mixing und Mastering. Es gibt eine Audio-Galerie, einen kleinen öffentlichen Raum für Ausstellungen, Tagungen, Workshops, Performances und Künstlerprojekte. Die Audio-Archive bieten eine unschätzbare Sammlung von Avantgarde Sound und Musik Aufnahmen aus den letzten fünf Jahrzehnten. ESS präsentiert in den verschiedenen Räumen des Studios, als auch an verschiedenen Partner Orten in Chicago über das ganze Jahr ein vielseitiges Programm für Performance, Installation, Workshop sowie Künstlergesprächen. ESS ist eine gemeinnützige, von Künstlern geführte Organisation. Die kulturellen und experimentellen Veranstaltungen, einschließlich Musik, Klangkunst, Installation, Kino, darstellende Künste, Lautpoesie, Radiosendungen und neue Medien sind dem Schwerpunkt Klang gewidmet. Das Ziel des ESS ist es, die Künstler in ihren Diziplinen zu begleiten, indem es ein Publikum bietet, das ihnen zuhört und ihre bis anhin ungehörten, kreativen Klang Dimensionen wahrnimmt. Das Engagement der beteiligten Musiker umfasst Produktion, Präsentation, Bildung und Entwicklung, und schliesst die Zusammenarbeit mit anderen Organisationen, Fachkreisen, Künstlern und Privatpersonen in Chicago mit ein.
Das Konzert wird aufgezeichnet. Jeder von uns spielt ein Solo. Ich spiele das Sopran und führe es durch multiphonische Klangwelten und schnelle staccato Läufe. Jacques setzt zu einem langen, bewegten und kraftvollen, rhythmischen Cluster Crescendo an. Dazwischen spielt er im Innern des Klaviers. Der Ausklang auf der Klaviatur stufenweise im Pianissimo. Nach einer Pause zeigen wir das Video mit Barre. Jacques und ich setzen ein. Wir spielen ein 30 minütiges Stück. Die Zuhörer, die Musiker Lou Mallozzi, Tim Daisy und andere sind begeistert ... „awesome“.
U.L.

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C'est en écoutant Urs débuter la soirée par un solo de saxophone soprano assis à côté du piano dont je dois jouer dès sa performance terminée, que me vient le souvenir de BLANC, un spectacle réalisé il y a plusieurs années de cela, avec le performer berlinois Christian Kesten, la clarinettiste-chanteuse Isabelle Duthoit et le vidéaste Alexandre Simon. L'unique raison de ce souvenir me semble être l'improbable lien qu'incarne le piano YOUNG CHANG, nouvellement installé à ESS, à l'intérieur duquel j'ai lu, au moment de la balance, le numéro G 050866, sous lequel est écrit YOUNG CHANG, en forme arrondie et en majuscules, et aussi, non loin, dans un rectangle en relief, la mention G-175, puis encore, levant et laissant mon regard traverser les cordes, d'abord le mot Trade, puis, séparé par une couronne de lauriers, celui de Mark, et légèrement en-dessous, en écriture gothique, YOUNG CHANG PIANO, suivi, dans une autre police, de YOUNG CHANG AKKI CO. LTD., pour terminer enfin avec l'inscription SEOUL. KOREA. Lien hautement improbable géographiquement car le spectacle BLANC prenait comme point d'appui L'empire des signes, un livre que Roland Barthes consacra au Japon, mais lien fortement en résonance avec la situation du solo que j'allais devoir affronter ce soir-là. L'écrivain français propose en effet dans son texte de se retrouver volontairement en prise directe avec le flux de la vie japonaise, où l’acte de porter un regard subjectif sur le Japon n’est en aucun cas une manière de photographier ce pays, mais plutôt une façon de se retrouver en « situation d’écriture », dans une position « où s’opère un ébranlement de la personne, un renversement des anciennes lectures, une secousse du sens, déchiré, exténué jusqu’à son vide insubstituable ». Situation d'écriture qui devient pour moi, ici, devant ce piano YOUNG CHANG et soumis au flux de mon propre environnement, situation de jeu, situation d'improvisation. J'aimerais faire mienne la proposition de Barthes lorsqu'il nous invite à « descendre dans l’intraduisible ». Comme il le propose, j'aimerais aussi pouvoir, à l'instant du solo, « arrêter le langage », c'est-à-dire atteindre ce nécessaire « vide de parole » qu'il évoque, et parvenir à « casser cette sorte de radiophonie intérieure qui émet continûment en nous, jusque dans notre sommeil ». Car c’est bien l’exemption du sens qui est au centre de la pratique du solo – mais cela vaut également pour les sons, la musique, en groupe – « exemption du sens, que nous pouvons à peine comprendre, puisque, chez nous, attaquer le sens, c’est le cacher ou l’inverser, mais jamais l’absenter. » Si le sens musical diffère du sens linguistique, son exemption n'en est pas plus facile. Un souhait : laisser le sens sonore et musical à lui-même et exprimer les sons « comme on presse un fruit ». Le choc, l'électrochoc de l'improvisation, quelle que soit sa durée, pourrait être celui que l'on éprouve à la lecture ou à l'écoute d'un haïku, où « le travail de lecture qui y est attaché est de suspendre le langage, non de le provoquer ». Pourtant loin de moi l’idée ou l'envie de donner une pertinence à un processus d'improvisation en suspendant « le langage sur un silence lourd, plein, profond, mystique, ou même sur un vide de l’âme qui s’ouvrirait à la communication divine [...], » car « ce qui est posé ne doit se développer ni dans le discours ni dans la fin du discours ». Etonnant, une nouvelle fois, d'observer combien la vision qu’offre Barthes de la vacuité formelle de cette forme poétique semble avoir été pensée pour l'improvisation : « le flash du haïku n’éclaire, ne révèle rien ; il est celui d’une photographie que l’on prendrait très soigneusement (à la japonaise), mais en ayant omis de charger l’appareil de sa pellicule. »
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

22 mai 2015

Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice, 2014)

prants hot skaker meet lead donut

Bhob Rainey & Chris Cooper ont des têtes bien pleines et donc des univers bien fournis. Leur addition dans Prants n’en est donc pas une mais plutôt une multiplication.

Une multiplication d’effets et d’expérimentations et en plus une diversité de points de vue… Du fer qui grince ou qui feedbaque, des cloches qui battent à la volée (et par deux fois, vain dieu), des electronics qui secouent tout le reste de l’ensemble chosé, des objets qui concrétisent des mélodies abstraites… C’est fou ce qu’une tape peut contenir, et tape encore, ce n’est pas fini…

Car Prants invite sur la face B des instruments à cordes (par ordre d’apparition sur la jaquette : harpes de Mary Lattimore et Jesse Sparhawk, violon de June Bender, violoncelle d’Eric Coyne & contrebasse de Matt Stein). Et voici leurs univers bien bousculés et leurs têtes bien pleines qui chavirent… et les nôtres avec (vous attendiez-vous à cette puissante et incitative conclusion ?).

Prants : Hot Shaker Meet Lead Donut (Notice Recordings)
Edition : 2014.
K7 : A/ Vapor Viper B/ Igotu Otius
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 juin 2017

Arto Lindsay : Cuidado Madame (Ponderosa / northern Spy / P-Vine, 2017)

arto lindsay le son du grisli cuidado madame

Un nouveau disque d’Arto Lindsay, c’est toujours un (petit) événement. Une envie de découvrir et une appréhension accrochée à la queue de cette envie : n’aura-t-il pas trop abusé des synthés ou de la basse de son fidèle Melvin Gibbs ? et les nouvelles chansons, comment sont-elles les nouvelles chansons ? Car il faut avouer que c’est souvent les montagnes russes, avec Arto. Un coup nous voilà parti dans une complainte brésilienne que n’aurait pas reniée le tropicalisme le plus triomphant, un autre c’est dans un marasme à couches électroquatrevingt qu’il peut vous plonger quand il n’essaye pas de vous perdre dans des expérimentations parfois alambiquées…

Sur ce nouvel album studio (plus de dix ans après Salt, même si depuis il y a eu la sortie de Scarcity, avec Paal Nilssen-Love), notre homme est accompagné  du fidèle Gibbs et s’est adjoint (entre autres) les services de musiciens qui promettent : le pianiste Patrick Wilson, le guitariste Patrick Higgins et le percussionniste Kassa Overall (qui a battu le tambour derrière Geri Allen ou Peter Evans). Avec Higgins, il cosigne par exemple cet Arto vs. Arto, un clash de guitares et de programmations qui renvoie à ses expérimentations les plus radicales (avec DNA mais aussi avec ses duos avec Peter Scherer ou ses exploits guitaristiques dans les Lounge Lizards).

Mais avant et après, il balance (oui, « balance »), comme à son habitude, entre des loops nonchalantes et des jeux de construction audacieux. Côté Brésil, Arto copie et colle le candomblé, met des mots sur une partition du violoniste Luis Filipe de Lima ou compose avec son amie Marisa Monte ou le jeune chanteur Lucas Santanna. Bref, il explose, comme à son habitude encore, toutes les frontières et si ça ne marche pas toujours on lui redira, pour Grain by Grain, Deck ou Uncrossed, tout le bien qu’on pense de lui, de son talent, de ses excès et même… de ses défauts !

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Arto Lindsay : Cuidado Madame
Ponderosa Music & Art / P-Vine / Northern Spy
Edition : 2017.
Pierre Cécile © Le son du grisli

 

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11 mars 2015

Convulsif : CD3 (Get a Life, 2015)

convulsif cd3

La première chose que l’on remarque dans Convulsif, c’est la forte basse électrique. Normal, dirons-nous, puisque c’est Loïc Grobéty qui la tient et que Loïc Grobéty n’est autre que le noyau dur / soleil noir autour duquel tourne le metal hurlant (ou free metal, pourquoi pas, ou grind affranchi, qu’en sais-je ?) du groupe.

Ce qui change ici du metal classique, c’est l’instrumentarium. Car dans Convulsif on peut croiser un violon (Jamasp Jhabvala), de l’électronique ou une clarinette (Christian Müller) en plus du trust basse / guitare (Stéphane Loup) / batterie (Maxime Hänsenberger). Et cette particularité semble agir sur les compositions redessinées par l’improvisation. Ainsi un gimmick de basse pourra forcer le groupe au martellement sonore ou un retour d’ampli servir de drone répulsif à tout velléitaire.

Emules de Sunn O))), Lotus Eaters ou Wrekmeister Harmonies, la musique de Convulsif est là, prête à s’enrouler comme un jack dénudé autour de votre neck déboîté : sur CD et même en tournée à travers l’Europe en mars et avril.

Convulsif : CD3 (Get a Life)
Edition : 2015.  
CD : 01-05/ CD3
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 juin 2014

Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.

musiques innovatrices 22 2014

Le festival intermittent – mais il s’agit tout de même de sa 22e édition ! – Musiques Innovatrices de Saint-Etienne est un peu parallèle à celui qui se tient en juillet, depuis 2001, à Marseille (MIMI). Il partage aussi avec lui le fait de se dérouler dans un lieu particulier. Les îles du Frioul pour ce dernier, le cadre du Musée de la Mine pour le Stéphanois. Se déroulant pendant les derniers jours d’une année scolaire, un peu avant les épreuves du bac, il m’a rarement été possible de m’y rendre. La configuration d’un emploi du temps combiné au weekend de la Pentecôte fut favorable à une troisième visite à ces Musiques Innovatrices.

Une programmation alléchante, sans être toutefois des plus avant-gardistes, motiva aussi ce déplacement de Strasbourg à Saint-Etienne. Certes, j’ai dû faire l’impasse sur la première soirée, qualifiée par l’organisateur de « soirée du souffle », souffle animé à la fois par les effluves issues du fado et de la bossa nova (Norberto Lobo et João Lobo) et les vents des Appalaches (Josephine Foster). Soirée qui suscita une forte adhésion.

La seconde se voulut plus aérienne, et servie avec un peu de psychédélisme, au fil de deux prestations. Celle du guitariste nîmois Thomas Barrière, suivie par celle que concoctèrent les deux italiens de My Cat Is An Alien. Devant un public quelque peu clairsemé, le premier sut remplir l’intéressante salle des pendus de la mine par des sons provenant d’une guitare à deux manches (douze et six cordes) et usant de divers procédés (frottages, dissonances, effets électroniques, ceux de la voix directement sur les cordes…) pour recréer une musique libre issue de détournement d’influences rock, blues voire arabisantes. Un peu plus tard, le concert de My Cat Is An Alien fut peut-être en-deçà des attentes. Fort d’une  bonne cinquantaine d’enregistrements sous tout format (et sans compter les albums solos et ceux parus sous d’autres noms), la formation des deux frères piémontais Maurizio et Roberto Opalio opère dans un style qu’elle qualifie de Psycho-System (coffret de six CD qui en détaille les divers aspects, sous les termes de delirium, catharsis, hallucination, enlightment…), une sorte de musique cosmique, générée ici principalement par les sons électroniques, offrant dans le déluge sonore quelques variations aux sonorités plus métalliques, parfois percussives et saccadées, mais qui rapidement semblent lasser une partie du public, laissant les autres sur leur faim.

my cat   konk

La troisième soirée s’annonça plus tellurique. Ce qui sied justement à cet endroit ouvert sur le ventre de la terre. En prélude et en fin d’après-midi, les festivaliers, plus nombreux que la veille, purent suivre la prestation de Toma Gouband pour un solo de lithophones et percussions. De grosses pierres et des cailloux plus petits étaient posés sur des cymbales et une grosse caisse. Et avec l’une ou l’autre de ces pierres, le musicien frottait, frappait les autres, esquissant des rythmes décalés qui s’interpénétraient, créant une atmosphère envoutante et curieusement aérienne. Peut-être un peu trop longue, la prestation perdit un peu de sa magie avec l’usage de la pédale de grosse caisse.

Le trio germano-britannique Konk Pack ouvrit la soirée par un set époustouflant, qui marqua la plupart des auditeurs, lesquels le considérèrent comme le climax du festival. Il est vrai que Tim Hodgkinson, Thomas Lehn et Roger Turner pratiquent leur improvisation de haut vol depuis une quinzaine d’années, forte de leur empathie et sans en bannir l’imprévisible. Armés l’un de sa guitare lapsteel, et accessoirement de sa clarinette, le second d’un synthétiseur analogique, et mus en permanence par l’impressionnant et imaginatif batteur, les musiciens créent une musique convulsive, tourbillonnante, électrique, alternant sauvagerie déferlante et accalmie parfois mélodique, une musique finalement très éruptive (un paradoxe dans un site minier…).

Plus prévisible fut le concert donné (en soliste) par Richard Pinhas. Un premier set d’une trentaine de minutes, un second d’une dizaine. Déclinant tous les deux des envolées étourdissantes nées du croisement de la guitare avec les ressources de l’électronique. Des sonorités parfois célestes pour lesquels on quittait l’environnement tellurique, d’autres plus incandescentes, entre terre et feu (on retrouve le côté éruptif de la prestation précédente !), ou plus majestueuses, les sons résonnant dans cette salle des pendus comme dans une cathédrale, dans laquelle les vêtements pendant des mineurs faisaient office d’exvotos ou de statuaires originales.

La Morte Young conclut cette troisième soirée. Les cinq musiciens, grenoblois, niçois et stéphanois conjuguèrent une musique qui partit d’un lent crescendo faussement planant pour aboutir à une saturation sonore bruitiste et bestiale, notamment par les effets de larsen, le travail sur les guitares et les diverses pédales (Thierry Monnier et Pierre Faure) sous-tendus par le batteur d’Eric Lombaert (Talweg), et le thérémine survolté de Christian Malfray et la voix de Joëlle Vinciarelli (Talweg). Plus onirique et apaisée fut la courte seconde pièce, bien que, elle aussi, s’acheva dans maelstrom étourdissant.

la morte young  lucio

Plus difficile de trouver un dénominateur commun à la quatrième et dernière journée de ces Musiques Innovatrices. Peut-être le souffle, si l’on associe le premier concert de l’après-midi (Lucio Capece) et le dernier avec son saxophone baryton (Joe Tornebene) ? Mais les deux autres… Finalement ce sera la journée des déambulations. Entre les lieux, entre les types de musique. Entre les lieux effectivement puisque le festivalier passa successivement de la salle des énergies vers celle des machines, avant de passer à l’auditorium et à la salle d’exposition. Entre les musiques aussi. La plus poétique fut celle que proposa Lucio Capece dans la salle des énergies : partant d’un souffle minimal cher aux adeptes du réductionnisme, il insuffla à sa musique une dimension particulière par l’emploi d’archet, ou de divers gadgets propres à varier les vibrations, avec des installations diverses, couplées ou non avec le saxophone, usant de petite boule, d’un ballon en déambulation, concoctant une mise en son de l’espace.

La salle des machines accueillit, elle, le duo Baise en ville, pour une confrontation entre une voix grave, usant d’onomatopées, de cris, de grognements (Natacha Muslera) et d’une guitare transpirant de sonorités sombres, de trituration des sons (Jean-Sébastien Mariage), s’inscrivant dans un univers d’improvisations plutôt rock, proposant, très occasionnellement, des passages plus évanescents, mais plus globalement dissonants et torturés. Sonar fut tout à fait différent. Plutôt rock aussi, ce quartet helvétique est une jeune formation (deux, trois ans) de vieux routiers, soit deux guitaristes (Stephen Thelen, Bernhard Wagner), un  bassiste (Christian Kuntner) – qui hantent la scène zurichoise depuis plus de deux décennies, en particulier le bassiste (Brom, Fahrt Art Trio, Kadash…) – et le batteur Manuel Pasquinelli, plus jeune et parfois en-deçà de la maitrise instrumentale de ses partenaires. Comme le suggère le nom de la formation, les quatre musiciens livrèrent une musique aux architectures sonores finement travaillées et ciselées, aux rythmes complexes, une musique percutante marquée par le sceau d’un rock progressif (Stephen Thelen aurait travaillé avec Robert Fripp !), aux lignes assez minimales et identifiables par l’usage d’accordages particuliers des deux guitares, une musique qui, au-delà de quelques riffs virevoltants, de quelques effets sur les cordes et de l’énergie qu’elle dégage, reste marquée par une approche calme, une sorte de lenteur suisse (cliché !), propre à illustrer le titre de leur troisième opus, Static Motion.

Un saxophoniste baryton quasi-inconnu eut la tâche de clore ces quatre journées de Musiques Innovatrices. Américain d’origine et lyonnais d’adoption, Joe Tornabene investit l’espace de la salle d’exposition en se déplaçant régulièrement, en proposant un travail sur le souffle continu et les sons multiphoniques. Un espace d’exposition qui fut, les trois premiers jours, investi par les installations de Thomas Barrière, faites de divers module, mobiles, avec des squelettes, répliques de bateaux à voile, mus par des ventilateurs et générant, bien sûr, des sons.

Musiques Innovatrices #22, Saint-Etienne, Musée de la Mine, 5-8 juin 2014.
Photos : Bruno Meillier © Les proliférations malignes & Pierre Delange © Merzbow-Derek.
Pierre Durr © Le son du grisli

18 mars 2014

Fri-Son 1983-2013 (JRP Ӏ Ringier, 2013)

fri-son 1983 2013

Par ordre alphabétique, d’abord, les noms (plus de quatre mille) des musiciens ou groupes passés entre 1983 et 2013 par Fri-Son, club autogéré de Fribourg. Le champ d’écoute est large, qui put recevoir aussi bien Sonic Youth, Alan Vega, And Also the Trees, Beastie Boys, Barn Owl, Eugene Chadbourne, The Ex, David Grubbs, Curlew, Einstürzende Neubaten, que Phill Niblock ou Irène Schweizer. Si convaincants soient-ils, ces gages donnés n’ont pas interdit l’endroit à des musiciens moins (bien moins, parfois) inspirés qu’eux – c’est, justement, que le champ d’écoute est large…

De celui-ci, un livre se fait aujourd’hui l’écho, qui raconte au gré de photos et de témoignages comment Fri-Son a été fabriqué : sur l’instant et parfois dans l’impromptu, en toute liberté capable de faire avec tel soutien institutionnel, surtout, en brassant toutes énergies plutôt qu’en les canalisant. A l’archive (noms et affiches), les auteurs ajoutent l’anecdote : et voici la rétrospective – habilement mise en forme par les éditions JRP Ӏ Ringier – d’une lecture agréable.

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Matthieu Chavaz, Julia Crottet, Diego Latelin, Daniel Prélaz, Catherine Rouvenaz : Fri-Son 1983-2013 (JRP Ӏ Ringier / Les Presses du Réel)
Edition : 2013.
Livre : Fri-Son 1983-2013
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 décembre 2011

Billie Holiday : The Complete Masters 1933-1959 (Universal, 2011)

billie holiday complete masters 1933 1959

Cinq grandes anthologies paraissent ces jours-ci, qui rendent hommage avec exhaustivité et même élégance à l’art singulier de Billie Holiday, Ella Fitzgerald, Louis Armstrong, Sydney Bechet et Charlie Parker...

Pour ce qui est d’Holiday, ce sont quinze disques et un livret qui reviennent sur une carrière aussi brève qu’imposante. A quelques titres près – à peine une poignée –, on trouve-là l’intégralité de ses enregistrements pour les labels Commodore, Columbia, Decca et Verve, classés dans l’ordre chronologique. Entre un premier titre enregistré dans l’orchestre de Benny Goodman en 1933 et ceux qu’elle signa en compagnie de la formation de Ray Ellis en 1959, on peut entendre la diva fasciner aux côtés de Teddy Wilson, Lester Young, Roy Eldridge, Charlie Shavers, Benny Carter, Oscar Peterson, Mal Waldron…  A quelques titres près – à peine une poignée –, c’est indispensable.

Billie Holiday : The Complete Masters 1933-1959 (Universal)
15 CD : The Complete Masters 1933-1959 (Universal)
Edition : 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 février 2014

Matthias Schubert : 9 Compositions for the Multiple Joy[ce] Ensemble (Red Toucan, 2013)

matthias schubert 9 compositions

Profitant d’être à la tête du Multiple Joy[ce] Ensemble, Matthias Schubert célèbre quelques-uns de ses inspirateurs à travers neuf compositions aux senteurs pluri-contemporaines.

Ainsi Conlon Nancarrow (récits itératifs, scansion soutenue), Helmut Lachenmann-Axel Dörner (dérèglements salivaires, rauques harmoniques), Anthony Braxton (jaillissement de cuivres, alto torrentueux), Duke Ellington-Billy Strayhorn (trombone au blues profond), Fred Frith (succession de silences et de contusions), Pierre Boulez-Igor Stravinsky (clarinette loyale sur tapis de dissonances et fusées rythmiques), Olivier Messiaen (violon en péril) et John Cage-Hans Martin Müller (flûte enragée) voient quelques-uns de leurs traits exaltés par le saxophoniste allemand.

Et offre aux solistes convoqués (Philip Zoubek, Udo Moll, Frank Gratkowski, Matthias Muche, Holger Werner, Axel Lindner, Angelika Sheridan) l’occasion de s’éloigner de leurs registres habituels. Disque étonnant et à réécouter souvent.

Matthias Schubert : 9 Compositions for the Multiple Joy[ce] Ensemble (Red Toucan / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Colon Zoubeck 02/ Moose 03/ Anthonykowski 04/ Duke Muche 05/ Frith Fields 06/ Boulevinsky 07/ Ende der zeit 08/ Akkorstudie 09/ John Müller
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 avril 2016

Danielle Liebeskind : Little Acts of Rebellion (Dear Music & Art, 2016)

danielle liebeskind little acts of rebellion

La pochette de ce (premier) disque de Danielle Liebeskind (qui n'est pas un gens mais un groupe, dirigé par Danielle Papenborg) m’a fait craindre le pire. Mais le pire n’est pas arrivé. Le bon non plus, remarquez. Mais bon.

Que ressentir devant cette sorte de poésie (en anglais) lue sur des morceaux improvisés sur deux jours par les sept musiciens du groupe ? De temps en temps on s’y laisse prendre, par exemple quand on ne peut qu’ignorer la nature des instruments ou si l’on avoue un faible pour les reverses, dont le groupe use et abuse même. Et d’autres fois, on s’ennuie ferme sur des parfums de muzak intello faite de guitares d’ambiance et de branchouilli-banjo. Comme la plupart des « little acts of rebellion », en fait : ça part d’un bon sentiment mais ça ne fait pas bouger grand-chose.



little acts of rebellion

Danielle Liebeskind : Little Acts of Rebellion
Dear Music & Art
Enregistrement : 8 et 9 mars 2014. Edition : 2016.
Pierre Cécile © Le son du grisli

17 juin 2015

Angles 9 : Injuries (Clean Feed, 2014)

angles 9 injuries

On pourrait dire d’Angles (sextette qui, augmenté, peut devenir octette ou nonette) qu’il est le groupe avec lequel Martin Küchen fanfaronne. Et encore : ses thèmes sont pratiques, au creux desquels le saxophoniste peut glisser d’autres plages d’inquiétude (Eti).

Sur Injuries, Angles joue donc à neuf. L’alto – parfois soprano contrefait – y vibrionne et tire parti de percussionnistes vaillants : vibraphone de Mattias Ståhl, batterie d’Andreas Werliin et même piano d’Alexander Zethson. Un écueil, toutefois : cet intérêt pour le flamboiement (qui rappellera ici Carla Bley, ailleurs Gato Barbieri) auquel le groupe quelquefois se brûle. Il fallait bien expliquer le titre donné à l’album.

Angles 9 : Injuries (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 15 et 16 décembre 2013. Edition : 2014.
CD / LP : 01/ European Boogie 02/ Eti 03/ A Desert on Fire / I’ve Been Lied to 04/ Ubabba 05/ In Our Midst 06/ Injuries 07/ Compartmentalization
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

16 mai 2015

Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD, 2012 / 2013)

peter ablinger regenstücke

C’est pas pour rien, le parapluie – oui, gars, j’ai décidé de commencer par le second des deux volumes de ce duo de volumes de paire de disques de Peter Ablinger… C’est que ça tombe, et des cordes encore, mais des cordes qu’on aurait cellophanées, cotonnées, étouffées dans le gras de la goutte. Et maintenant que ça canarde, je m’aperçois que ce sont des cordes d’Ensemble… Sitôt remarqué, sitôt disparues !

Blang ! D’autres gouttes (mon frère) mais plus petites et des bouts de voiture qui passent. Quoi comprendre ? Stadtoper fut ma première rencontre avec l'Ablinger Kompositor (from Vienne). Et ça tombait bien. La voiture est un avion, m’en fiche, trop tard c’est écrit que c’est une voiture. De quelle manière un compositeur contemporain (oui, on est là dans le champ du classic’contemp’) peut-il demander à son « ensemble » « toi, gars, tu me fais l’avion » et « toi, le feu qui crépite sous la pluie ».

Blang encore face 2 !! Et c’est de la percu triomphante, combien qu’y sont ? que diable qu’en sais-je ? Mais ça goutte encore, ce qui rattache le truc au filigrane du parapluie parce que ça tombe. Vous me direz « il tourne autour du pluie », mais parce qu’impossible de décrire d’une autre manière qu’en me souvenant...

En me souvenant de cette fille embrassée sous la pluie, de ses lèvres rouges, de cette pluie qui tombe, de cette fille qui court sous la pluie, et de moi mouillé. Après quoi, le dodécacophonisme (d’orchestre) ou la tempête de clavier (ça, c’est le premier volume de Regenstücke. pas aussi beau que le second, mais pas mal quand même). Mais revenons à nos baleines : vous est-il arrivé de pleurer sous la pluie (pour une fille aimée, un enfant battu, un animal qui meurt.................) ? Non ? Alors Regenstücke 2 !

Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD)
Edition : 2012 / 2013.
2 LP : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

6 mai 2015

Maja S.K. Ratkje : In Dialogue w Eugeniusz Rudnik (Bôłt, 2014) / Ratkje, Wesseltoft, Norment, Galåen : Celadon (Important, 2015)

maja s k ratkje in dialogue with eugeniusz rudnik

L’exercice auquel se plie ici Maja Ratkje a plus à voir avec la conversation qu’avec celui du simple disque partagé. A ses côtés : Eugeniusz Rudnik, qui signe la première et la troisième pièce de cette référence Bôłt. Ratkje, en sandwich, trente minutes durant.

Trahissant un intérêt certain pour la voix humain, Rudnik en a fait son matériau. Deux compositions l’attestent : Divertimento (1971) et Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux (2002). D’un concret flagrant, la première pièce invoque la radiodiffusion pour faire œuvre de poésie et d’électroacoustique. La seconde, plus inquiète, superpose d’autres voix (celles, en l’occurrence, du Groupe de Musique de Bourges pour lequel Rudnik l’a écrite) qu’elle prendra soin de dénaturer.

Entre les deux, donc, Maja Ratkje compose à partir de samples qu’elle peut elle aussi modifier ou augmenter d'archives personnelles. C’est alors une rame de métro qui freine pour desservir une station : de ses portes ouvertes fileront des voix de toutes natures, des oiseaux caquetant et des collages obscurs. Un trait d’accordéon marque le centre de la composition, qui y trouve un peu d’envergure : la voix d’une danseuse tournant sur sa pointe nous parvient là d’une boîte à musique qu’aurait compressée César. C’est là tout l’intérêt du dialogue en question : la voix de Ratkje au-delà de celles de Rudnik

Maja S. K. Ratkje : In Dialgue With Eugeniusz Rudnik (Bôłt)
Edition : 2014.
CD : 01/ ER : Divertimento 02/ MR : In Dialogue with Rudnick 03/ ER : Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Maja S

Michael Francis Duch enregistra Tomba Emmanuelle, Maja Ratkje est elle aussi allée. C’était en 2013, en compagnie de Jon Wesseltoft (accordéon, orgue et harmonium), Camille Norment (armonica de verre) et Per Gisle Galåen (cithare et harmonium). Jouant de l’acoustique de l’endroit, le groupe confectionne un folklore évanescent qui emmêle voix et bourdons légers. Certes la méthode est facile, mais il lui faudra encore se garder de tout excès de lyrisme pour parvenir à séduire vraiment : c’est le cas sur Beneath the Bough, la première des trois pièces du disque.

Maja S.K. Ratkje, Jon Wesseltoft, Camille Norment, Per Gisle Galåen : Celadon (Important)
Enregistrement : mai 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Beneath The Bough 02/ The Green Flood 03/ Afterglow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

26 novembre 2014

Jimmy Lyons : The Complete Remastered Recordings On Black Saint (Cam Jazz, 2014)

jimmy lyons complete recordings on black saint & soul jazz

Les cinq références Black Saint de ce coffret de rééditions – enregistrements datant de 1979 à 1985 – reviennent avant tout sur l’entente de Jimmy Lyons et de deux de ses plus fidèles partenaires : Karen Borca et Andrew Cyrille.

Ainsi retrouve-t-on l’altiste et le batteur sur trois disques dont deux furent déjà réédités l’année passée en Andrew Cyrille The Complete Remastered Recordings On Black Saint & Soul Note  –  il faudra donc aller y voir pour se souvenir de Nuba (enregistré avec Jeanne Lee) et Something In Return (composé en duo). Aux doubles, on aura pris soin d’ajouter Burnt Offering, duo enregistré en concert en 1982 – publié une dizaine d’années plus tard et « oublié » dans le coffret Cyrille. De taille, le disque enferme trois pièces démontrant l’intensité du jeu de l’altiste et la stimulante invention du batteur : Popp-A, Exotique et Burnt Offering, qui toutes contraignent le swing à la fronde d’une imagination vertigineuse, double qui plus est. 

Lyons aux-côtés de Karen Borca, l’association rappellera une autre boîte. Aux enregistrements de concerts jadis publiés par Ayler Records, font donc écho Wee Sneezawee et Give It Up. Avec le soutien de William Parker et Paul Murphy sur le premier disque, de Jay Oliver et du même Murphy sur le second, le saxophoniste et la bassoniste mêlent leurs voix à deux trompettistes différents : Raphé Malik (autre partenaire fidèle de Lyons) et Enrico Rava. L’épreuve est à chaque fois d’un free altier mais pas toujours de même hauteur : avec Malik, ce sont des courses instrumentales individuelles qui n’interdisent pas d’impeccables relais ; avec Rava, des cavalcades plus empruntées – exception faite de Ballada, merveilleuse conclusion au disque. Voilà donc pour Lyons chez Black Saint. Bientôt, peut-être, une autre réapparition en boîte ?

Jimmy Lyons : The Complete Remastered Recordings On Black Saint & Soul Note (CamJazz)
Enregistrement : 1979-1985. Réédition : 2014.
5 CD : Wee Sneezawee / Give It Up / Burnt Offering / Nuba / Something In Return
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

31 octobre 2014

John Coltrane : Offering. Live at Temple University (Impulse, 2014)

john coltrane offering

En 1966, John Coltrane se produit aux côtés de Pharoah Sanders, Alice Coltrane, Jimmy Garrison et Rashied Ali. En juillet de cette même année, il joue au festival de Newport puis s’envole au Japon où le quintet  donne une quinzaine de concerts. Il enregistre peu en studio préférant se concentrer sur des enregistrements live (Live at the Village Vanguard Again, Live in Japan).*

A Philadelphie, le 11 novembre, John Coltrane retrouve les bonnes vibrations de la tournée japonaise puis invite quelques amis musiciens à le rejoindre sur scène. Sûr et épais malgré quelques couinements d’anches, le ténor de Coltrane dérobe à l’harmonie de Naima un chorus de cris et fulgurances. Il faudra attendre la montée finale du thème pour reconnaître pleinement la Naima de Trane. Crescent est un pur chef d’œuvre d’intensité. Fidèle à sa réputation, Pharoah Sanders délivre un solo terrassant de convulsions et d’éclats mêlés. Après un chorus embrasé d’Alice Coltrane, émerge un solo de saxophone alto à la charge d’Arnold Joyner. Coltrane reviendra prendre un intense solo et exposera le thème final de Crescent. Serein dans la bourrasque, Trane semble vouloir tempérer l’ardeur d’un groupe, ici, particulièrement survolté.

C’est encore Pharoah Sanders, entre cris et vrombissements, qui ouvre les débats sur cette nouvelle version de Leo. Dire qu’il est foudroyant serait un doux euphémisme. Voici maintenant le batteur (Rashied Ali) en charge d’un solo sans le moindre temps mort : les frisés sur les toms et les fracas de cymbales viennent se heurter à une armada de percussionnistes particulièrement survoltés (Umar Ali, Robert Kenyatta, Charles Brown, Angie DeWitt). Après quelques inattendues mélopées vocales, Coltrane et son ténor se retrouvent pris entre les rythmes mouvants des uns et des autres. Malheureusement incomplète, cette version de Leo témoigne parfaitement des risques pris par ce nouveau Coltrane, adoré par beaucoup et incompris par pas mal d’autres. La version d’Offering est d’une intensité rarement atteinte. Profond et serein et d’une justesse inouïe, le ténor du leader s’efface au profit de Sonny Johnson dont le chorus de contrebasse perd de son intensité au fil des minutes. Et voici pour conclure une version très rapide de My Favorite Things. L’altiste Steve Knoblauch y prend un court et frénétique solo. Coltrane donne à nouveau de la voix mais son soprano peine à s’accoupler avec la frénésie rythmique des percussionnistes.

Adulé par ses admirateurs, certains organisateurs ne l’entendront pas de la même oreille. Au Front Room de Newark, le directeur du club demande à Coltrane de revenir à une musique moins abrasive. Ce dernier refuse et il est proprement viré du club. Cela se reproduira à plusieurs reprises en d’autres lieux. Coltrane explique ainsi le nouveau chemin qu’a pris sa musique : « Je suis désolé. J’ai un chemin à suivre avec ma musique et je ne peux pas revenir en arrière. Tous veulent entendre ce que j’ai fait. Personne ne veut entendre ce que je fais. J’ai eu une carrière étrange. Je n’ai pas encore trouvé la façon dont je veux parvenir à jouer de la musique. L’essentiel de ce qu’il s’est produit durant ces dernières années a été des questions. Un jour, nous trouverons les réponses ».



John Coltrane : Offering. Live at Temple University (Impulse / Socadisc)
Enregistrement : 1966. Edition : 2014.
2 CD : CD1 : 01/ Naima  02/ Crescent - CD2 : 01/ Leo 02/ Offering 03/ My Favorite Things
Luc Bouquet © Le son du grisli

lkl bouquet coltrane* Ce texte est extrait de Coltrane sur le vif, livre de Luc Bouquet à paraître le 6 mars 2015 aux éditions Lenka lente.

john coltrane luc bouquet lenka lente

21 août 2014

Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode, 2014)

ming tsao pathology of syntax

Nous avions prévu l’ascension du Mont Ming Tsao sans rien connaître de lui – Pathology of Syntax est la première présentation de ses travaux. Les premiers écroulements d’archet – n’était-ce pas quand même ceux de l’Arditti Quartet ? – ne nous découragèrent pas, bien au contraire. Nous nous engageâmes.

Pour y trouver une impression de nature que nous ne pouvions pas soupçonner chez ce compositeur américain (certes installé en Suède). Est-ce l’effet des grands et des froids espaces, mais le vent ne tire-t-il pas à lui les violons de Pathology of Syntax et ne pousse-t-il pas les cuivres de l’Ensemble Ascolta sur la pente abrupte d’(Un)Cover, les deux pièces d’ouverture inspirées par Beethoven ? Dans un autre genre (moins « classiquement contemporain », plus « impénétrable »), le trombone de l’Ensemble SurPlus ne brame-t-il pas sur Not Reconcilied ?

Pour faire pendant aux bruits de la nature, Ming Tsao compose avec des cordes intranquilles (ce sera encore le cas de celles de l’ensemble recherche), des notes qui dévissent jusqu’à remettre en question le canon. Sur la composition du même nom, le clarinettiste Anthony Burr et le violoncelliste Charles Curtis illustrèrent enfin notre inconscience : nous étions arrivés bien haut. Il nous fallait maintenant redescendre. Mais comment redescendre ?

Ming Tsao : Pathology of Syntax (Mode)
Edition : 2014.
CD : 01/ Pathology of Syntax 02/ (Un)Cover 03/ The Book of Virtual Transcriptions 04/ Not Reconciled 05/ One-Way Street 06/ Canon
Héctor Cabrero © Le son du grisli

17 juin 2014

Azeotrop, Felix Profos : Bock (Deszpot, 2013) / Steamboat Switzerland Extended : Sederunt Principes (DB Waves, 2013)

azeotrop felix profos bock

Axe répétitif pour le duo noise Azeotrop (Dominik Blum : orgue Hammond, Peter Conradin Zumthor : batterie). Les compositions de Felix Profos sont cadenassées. Aucun espoir d’évolution, le crescendo est exclu. Le beat est perturbé, défiguré. Le duo renforce la stridence, perfore quelques frêles tympans. Les issues sont bouchées.

En quelques plages, Azeotrop improvise. Les ambiances sont anxiogènes : cortège lent et appuyé vers un psyché-noise imbibé de noires terreurs, gong aux harmonies putrides surgissant d’une gangue sableuse et détrempée… La noirceur trouve trône. Dans un tel contexte, l’orgue Hammond étonne puis convainc. On aura prévenu : gare aux oreilles.

écoute le son du grisliAzeotrop, Felix Profos
Bock (extraits)

Azeotrop, Felix Profos : Bock (Deszpot)
Enregistrement : 2011. Edition : 2013.
CD / LP : 01/Horn  02/Marsch  03/Fieber  04/Bann  05/Ritt  06/Mühle  07/Gong  08/Loch  09/Dresden  10/Pupillenschmerz
Luc Bouquet © Le son du grisli

steamboat switzerland extended sederunt principes

Plus bruyant que le souvenir qu’on en gardait, Steamboat Switzerland (Dominik Blum, Marino Pliakas et Lucas Niggli), trio ici augmenté, démontre en concert, sur des compositions de Mark Kilchenmann, d’une esthétique changeante. Plus ou moins convaincante, celle-ci, selon qu’orgue et guitares rivalisent de lourdeur avec les frappes vigoureuses ou que les saxophones (d’autres invités ayant rejoint le trio) relativisent l’emportement de rigueur et la folie « progressive » (belle marche noire en seconde plage).

Steamboat Switzerland Extended, Mark Kilchenmann : Sederunt Principes (D.B. Waves, 2013)
Enregistrement : 5 février 2012. Edition : 2013.
CD : Sederunt Principes
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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