Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


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Sven-Åke Johansson : More Compositions (SÅJ, 2014)

sven-ake johansson more compositions

Sur un mode répétitif, nous croisons la route du compositeur Sven-Åke Johansson. Faisant respirer ses partitions de pauses en riens expiatoires, celui-ci convoque l'Holzblasensemble, ensemble de cuivres, et l’oblige à réitérer le motif jusqu’à l’excès (Italienische Vekehrverständigung). Ecrivant pour percussions et interprétant lui-même sa composition (Klingend und Festgehalten), le batteur ne s’éloigne que très peu de ses solos improvisés (faire résonner ses cymbales ou, au contraire, – sa grande spécialité – en stopper la réverbération, insister sur les cymbales frottées avec l’archet, rouler sur des toms sourds et en arrière-plans). Pour finir, le compositeur installe avec l’aide de l’Ensemble Zwischentöne, un motif récursif de quatre notes, lesquelles iront se décalant et se désintégrant en toute fin d’œuvre (Bom-Zeke-Bom). Ceci pour le CD 1.

En 1991, le compositeur invitait l’Akkordeon Orchestra Berlin à s’imaginer grandes orgues du Boardwalk Hall Auditorium Organ. Entre silences et clusters périlleux, tous enfantaient l’inquiétude. Concept réussi haut la main (Miniaturen für Akkordenorchester). A Berlin en 2007, SAJ obligeait la violoncelliste Agnieszka Dziubak à délaisser son archet au profit d’une brosse griffant le bois de l’instrument jusqu’au sang (In Memoriam Tom Cora). Ceci pour le CD 2.

Il y a deux ans à peine, SAJ composait pour harpe solo Variations on Vimse, se délestait de toute action anxiogène, laissait s’exprimer le suave arpège mais, chassez le naturel, imprimait quelque rude sécheresse à la mélodie (phrasé répétitif mettant à mal nos nerfs). Quelques années plus tôt (2006 plus précisément), il entourait de sépia ses percussions ondulantes (Nuue Kochstrasse). Et à Berlin, au tout début du XXIème siècle, faisait résonner pendant seize minutes un combo de Harley Davidson accouplé à un statique chœur mixte (Konzert für MC (H-D) und Gemischtem Choir). Ces dernières, anecdotiques. Ceci pour le troisième CD.  

Toujours sur la corde raide d’un minimalisme répétitif, Sven-Åke Johansson convoquait un combo de flûtistes à stationner en des hauteurs médianes souvent reproduites (Flötenquartee Nr. 1), soliloquait et ne ratait aucune des périphéries (archet sur cymbales et sur cerclage des fûts, polystyrène) de son set de percussions (Abovensen zur see), enfin troublait le motif de silences, timbales lointaines, carillons inégaux, piano éparpillé avant bref final grandiloquent (Die neue zeit ist pausenlos). Ceci pour le quatrième CD.

Pour clôre ce coffret, Johansson posait l’inquiétude, son cri voilé, sa poésie brouillée (Polis, Wachs und Pommade) à la lisière de la trompette d’Axel Dörner, retrouvait ses archets, cymbales et polystyrènes (Abovensen geht leicht gebückt), finalement, pactisait un motif, toujours réitéré, parfois pénétré de quelque glissendo anxiogène, le tout saupoudré d’avisées dissonances (Einen Staubigen Klang Finden). 

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Sven-Åke Johansson : More Compositions
SÅJ / Improjazz
Edition : 2014.
5 CD : More Compositions
Luc Bouquet © Le son du grisli

 

le son du grisli

Dans le premier numéro papier de la revue Le son du grisli, Luc Bouquet signera une rétrospective de l'oeuvre de Sven-Åke Johansson. Au sommaire également : Jason Kahn, Nurse With Wound, Zbigniew Karkowski et La Monte Young. Informations et précommande sur le site des éditions Lenka lente.

couv le son du grisli jedna

 

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Aaron Cassidy, Aaron Einbond : Noise In And As Music (University of Huddersfield Press, 2013)

noise in and as music

Les références d’Aaron Cassidy et Aaron Einbond sont celles, essentielles, au domaine qui les intéresse : manifestes futuristes ou écrits de Kurt Schwitters, Mille plateaux de Deleuze et Guattari, Noise/Music de Paul Hegarty, Noise Water Meat de Douglas Kahn… Lecteurs avertis, Cassidy et Einbond pouvaient bien aborder à leur tour le sujet du bruit en (« et comme ») musique.

Découpé en deux parties (Théorie / Pratiques), l’ouvrage alterne études – dédiées aux rapports du noise et de la voix, aux bruits du corps, à l’inside-piano d’Andrea Neumann… – et témoignages recueillis auprès d’une douzaine de musiciens affiliés « au genre » : Maja Ratkje, Peter Ablinger, Alice Kemp, Benjamin Thigpen, Antoine Chessex, George Lewis, Pierre-Alexandre Tremblay, Kasper Toeplitz, Lasse Marhaug… A ceux-là, deux questions ont été posées : qu’est-ce que la « noise music », selon vous ? Pourquoi en jouez-vous ?  

« Pour être en lien avec le réel » (Thigpen) ou « être en phase avec le monde » (Tremblay) : entre deux exposés (certains convaincants, d’autres fastidieux), les réponses font un tapage concret, qui aère l’ouvrage. Ainsi, le voici transformé en fantaisie bruitiste, qui abandonne de son sérieux sous l’effet des surprises qu’il recèle.

Aaron Cassidy, Aaron Einbond (dir.) : Noise In And As Music (University of Huddersfield Press)
Edition : 2013.
Livre (anglais), 238 pages.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD, 2012 / 2013)

peter ablinger regenstücke

C’est pas pour rien, le parapluie – oui, gars, j’ai décidé de commencer par le second des deux volumes de ce duo de volumes de paire de disques de Peter Ablinger… C’est que ça tombe, et des cordes encore, mais des cordes qu’on aurait cellophanées, cotonnées, étouffées dans le gras de la goutte. Et maintenant que ça canarde, je m’aperçois que ce sont des cordes d’Ensemble… Sitôt remarqué, sitôt disparues !

Blang ! D’autres gouttes (mon frère) mais plus petites et des bouts de voiture qui passent. Quoi comprendre ? Stadtoper fut ma première rencontre avec l'Ablinger Kompositor (from Vienne). Et ça tombait bien. La voiture est un avion, m’en fiche, trop tard c’est écrit que c’est une voiture. De quelle manière un compositeur contemporain (oui, on est là dans le champ du classic’contemp’) peut-il demander à son « ensemble » « toi, gars, tu me fais l’avion » et « toi, le feu qui crépite sous la pluie ».

Blang encore face 2 !! Et c’est de la percu triomphante, combien qu’y sont ? que diable qu’en sais-je ? Mais ça goutte encore, ce qui rattache le truc au filigrane du parapluie parce que ça tombe. Vous me direz « il tourne autour du pluie », mais parce qu’impossible de décrire d’une autre manière qu’en me souvenant...

En me souvenant de cette fille embrassée sous la pluie, de ses lèvres rouges, de cette pluie qui tombe, de cette fille qui court sous la pluie, et de moi mouillé. Après quoi, le dodécacophonisme (d’orchestre) ou la tempête de clavier (ça, c’est le premier volume de Regenstücke. pas aussi beau que le second, mais pas mal quand même). Mais revenons à nos baleines : vous est-il arrivé de pleurer sous la pluie (pour une fille aimée, un enfant battu, un animal qui meurt.................) ? Non ? Alors Regenstücke 2 !

Peter Ablinger : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2 (GOD)
Edition : 2012 / 2013.
2 LP : Regenstücke Vol. 1 / Regenstücke Vol. 2
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Nick Hennies : Duets for Solo Snare Drum (Weighter, 2013)

nick hennies duets for solo snare drum

Aux fringantes mailloches, Nick Hennies avait déjà révélé sur Cast and Work l’intérêt qu’il trouve à la pratique tenace capable de chants multiples. Avec le soutien de la violoncelliste Henna Chou, de la violoniste Vanessa Rossetto et du contrebassiste Brent Fariss, il développait un drone à couches multiples dont les bords seront subtilement rabotés : bientôt la ligne n’est plus la même, ses dérapages célébrant toutes l’inconstance du bourdon.

Sur les deux plages qui précèdent Cast and Work sur ce disque estampillé Weighter, Hennies interprète deux compositeurs qui l'inspirent : John Cage, dont il soigne One4 à la caisse claire, et Peter Ablinger, dont les silences de Kleine Trommel Und UKW-Rauschen éblouissent quand sur la composition passent les zébrures grises et noires. Sur compositions personnelles ou empruntées, une même délicatesse et un même savoir-faire.

Nick Hennies : Duets for Solo Snare Drum (Weighter)
Enregistrement : 2012-2013. Edition : 2013.
CD : 01/ One4 02/ Kleine Trommel Und UKW-Rauschen (“Conceptio”) 03/ Cast and Work
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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