Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Premier bruit Trente-six échosAu rapport : Festival Le Bruit de la MusiqueParution : le son du grisli #2
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Aaron Cassidy, Aaron Einbond : Noise In And As Music (University of Huddersfield Press, 2013)

noise in and as music

Les références d’Aaron Cassidy et Aaron Einbond sont celles, essentielles, au domaine qui les intéresse : manifestes futuristes ou écrits de Kurt Schwitters, Mille plateaux de Deleuze et Guattari, Noise/Music de Paul Hegarty, Noise Water Meat de Douglas Kahn… Lecteurs avertis, Cassidy et Einbond pouvaient bien aborder à leur tour le sujet du bruit en (« et comme ») musique.

Découpé en deux parties (Théorie / Pratiques), l’ouvrage alterne études – dédiées aux rapports du noise et de la voix, aux bruits du corps, à l’inside-piano d’Andrea Neumann… – et témoignages recueillis auprès d’une douzaine de musiciens affiliés « au genre » : Maja Ratkje, Peter Ablinger, Alice Kemp, Benjamin Thigpen, Antoine Chessex, George Lewis, Pierre-Alexandre Tremblay, Kasper Toeplitz, Lasse Marhaug… A ceux-là, deux questions ont été posées : qu’est-ce que la « noise music », selon vous ? Pourquoi en jouez-vous ?  

« Pour être en lien avec le réel » (Thigpen) ou « être en phase avec le monde » (Tremblay) : entre deux exposés (certains convaincants, d’autres fastidieux), les réponses font un tapage concret, qui aère l’ouvrage. Ainsi, le voici transformé en fantaisie bruitiste, qui abandonne de son sérieux sous l’effet des surprises qu’il recèle.

Aaron Cassidy, Aaron Einbond (dir.) : Noise In And As Music (University of Huddersfield Press)
Edition : 2013.
Livre (anglais), 238 pages.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Maja S.K. Ratkje : In Dialogue w Eugeniusz Rudnik (Bôłt, 2014) / Ratkje, Wesseltoft, Norment, Galåen : Celadon (Important, 2015)

maja s k ratkje in dialogue with eugeniusz rudnik

L’exercice auquel se plie ici Maja Ratkje a plus à voir avec la conversation qu’avec celui du simple disque partagé. A ses côtés : Eugeniusz Rudnik, qui signe la première et la troisième pièce de cette référence Bôłt. Ratkje, en sandwich, trente minutes durant.

Trahissant un intérêt certain pour la voix humain, Rudnik en a fait son matériau. Deux compositions l’attestent : Divertimento (1971) et Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux (2002). D’un concret flagrant, la première pièce invoque la radiodiffusion pour faire œuvre de poésie et d’électroacoustique. La seconde, plus inquiète, superpose d’autres voix (celles, en l’occurrence, du Groupe de Musique de Bourges pour lequel Rudnik l’a écrite) qu’elle prendra soin de dénaturer.

Entre les deux, donc, Maja Ratkje compose à partir de samples qu’elle peut elle aussi modifier ou augmenter d'archives personnelles. C’est alors une rame de métro qui freine pour desservir une station : de ses portes ouvertes fileront des voix de toutes natures, des oiseaux caquetant et des collages obscurs. Un trait d’accordéon marque le centre de la composition, qui y trouve un peu d’envergure : la voix d’une danseuse tournant sur sa pointe nous parvient là d’une boîte à musique qu’aurait compressée César. C’est là tout l’intérêt du dialogue en question : la voix de Ratkje au-delà de celles de Rudnik

Maja S. K. Ratkje : In Dialgue With Eugeniusz Rudnik (Bôłt)
Edition : 2014.
CD : 01/ ER : Divertimento 02/ MR : In Dialogue with Rudnick 03/ ER : Breakfast on the Grass in the Cave of Lascaux
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

Maja S

Michael Francis Duch enregistra Tomba Emmanuelle, Maja Ratkje est elle aussi allée. C’était en 2013, en compagnie de Jon Wesseltoft (accordéon, orgue et harmonium), Camille Norment (armonica de verre) et Per Gisle Galåen (cithare et harmonium). Jouant de l’acoustique de l’endroit, le groupe confectionne un folklore évanescent qui emmêle voix et bourdons légers. Certes la méthode est facile, mais il lui faudra encore se garder de tout excès de lyrisme pour parvenir à séduire vraiment : c’est le cas sur Beneath the Bough, la première des trois pièces du disque.

Maja S.K. Ratkje, Jon Wesseltoft, Camille Norment, Per Gisle Galåen : Celadon (Important)
Enregistrement : mai 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ Beneath The Bough 02/ The Green Flood 03/ Afterglow
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Phantom Orchard Orchestra : Through the Looking Glass (Tzadik, 2014)

phantom orchard orchestra through the looking glass

Crénom, quitte à être courageux (c’est un synonyme de « mâle »), je le dis et je vais le dire : maintenant c'est confirmé j’aime pas Phanthom Orchard Orchestra, ce repère de zombies femelles qui trustent l’électroamoustique – mon gars, y’a que les femelles qui piquent ! –  comme d’autres (des gars et des vrais) s’en mettent par-dessus (et même dessus tout court) la cravate.

Ça crinouille larmoyant (The Beauty and the Beast me l’accorde) et t’as de la pince au piano et à la harpe que t’en veux bientôt plus (mais alors plus jamais) et par-dessus tout ça, on trouve quoi ? De la bobine musicale qui ferait même pas une bonne B.O. pour un 8 mm de Jacques Demy. En bonne soumise qui a couché, fière de la chevelure d’un centimètre qu’elle a sur le caillou (voilà que je parle de moi à la troisième personne), je vais te balancer les noms : Zeena Parkins, Ikue Mori, et avec qui que je te le demande ?... Maja Ratkje, Sylvie Courvoisier, Sara et Maggie Parkins.

Mais aussi, en bonne coucheuse toujours, j’ose avouer maintenant (une fois la guerre passée) l’amour (contraint, maman) que j’ai eu pour Maja. C’est pas dans mes habitudes de pleurer comme une femme mais nardinamouk cette mélodie de voix sur Goblin Spider m’a tiré quelques larmes (de crococils). A tel point que j’ai trouvé (sur un titre et sur un titre seulement, je vous le jure mon Père) que le dégingandé et les chinoiseries (je dis pas ça parce que je suis raciste, les gars) des sorcières Parkins et Mori valaient bien le détour (un détour d’un morceau sur douze qu'elles ont enregistrés !) et que ça a même fait ressortir le côté femelle qu’il y a en moi. Vilaine(s) !

Phantom Orchard Orchestra : Throught the Looking Glass (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 18-19 octobre 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Luminous Fairies 02/ Goblin Spider 03/ The Little Mermaid 04/ The Snow Queen 05/ Alice In Wonderland 06/ Kaguya 07/ Snow White 08/ Hedgehog In the Fog 09/ The Beauty and the Beast 10/ Psyche and Cupid 11/ The Ugly Duckling 12/ Sleeping Beauty
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik, 2012) / Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka, 2013)

phantom orchard orchestra trouble in paradise

Voici la liste des invitées au bal des fantômes de Zeena Parkins & Ikue Mori : Maja Ratkje (qui était déjà d'Orra), Hild Sofie Tafjord, Sara Parkins, Maggie Parkins, Shayna Dunkleman. Ce qui fait du beau monde sur CD : sept sorcières fantastiques dont on pouvait attendre en effet qu’elles remuent un coin de ciel…

Spécialistes en collages de toutes sortes et en bris de sons, Parkins & Mori unirent donc leurs efforts dans des performances parfois excentrico-hystérique (Over the Gap) ou des saillies hybrides pas franchement détonantes (Face) qui ont bien du mal à rivaliser avec d’autres groupes à trois lettres (POO contre DNA ou YMO). Souvent amusantes, rarement concluantes, le jeu des dames sait quand même se montrer surprenant, comme sur le folk barré de Sun Metal (la harpe orientale et les voix angoissantes) ou le folk féérique de Red Blue and Green. Pas suffisant toutefois.

Phantom Orchard Orchestra : Trouble in Paradise (Tzadik / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008. Edition : 2013.
CD : 01/ Over the Gap 02/ Red Blue and Green 03/ Sun Metal 04/ Face 05/ Inner Reflection 06/ House for 7 07/ Laughter in the Dark 08/ Trap
Pierre Cécile © Le son du grisli

ikue mori steve noble prediction and warming

Sur la batterie remontée de Steve Noble tombent dès l’ouverture des 0 et des 1, s’ouvrent et se ferment des rideaux de pluie de synthèse, s’immiscent d’incongrues et parfois même facétieuses sonorités… Souvent capable seulement d’anecdotes, le dialogue du batteur et d'Ikue Mori arrive tout de même quelques fois à conjuguer cohérence et mystère, notamment lorsque le tambour fait tourner en satellites un lot d’illuminations électroniques (Combustion, Atmospheric Pressure).

EN ECOUTE >>> Montparnasse Derailment

Ikue Mori, Steve Noble : Prediction and Warming (Fataka)
Enregistrement : 16 novembre 2011. Edition : 2013.
CD : 01/ Seismic waves 02/ Montparnasse Derailment 03/ Combustion 04/ Convection 05/ Atmospheric Pressure 06/ Black Death (Steve’s March) 07/ Land of Famine 08/ Inferno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Slugfield : Slime Zone (PNL, 2012)

slugfield slime zone

Sous le nom de Slugfield et le signe de l’escargot, Maja Ratkje, Paal Nilssen-Love et Lasse Marhaug, se sont unis. Leur expressionnisme est ample, et cette Slime Zone qu’ils investissent est là pour prendre des couleurs.

Des bleus, notamment, tant la frappe de Nilssen-Love est appuyée et ses coups portés partout, quand ce ne sont pas plutôt les cymbales qui servent d’outils à inciser : des plaies ouvertes sourdent la voix de Ratkje et des morceaux de disques passés par les platines de Marhaug, tous éléments de provocation érigeant le défouloir en façon de faire qui soulage autant qu’elle sonne.

Lorsqu’il n’est pas abstrait, le trio peut prendre son envol : porté par un retour d’ampli ou expédié haut par un fût qui claque. Dans les hauteurs, la conversation gagne en férocité et l’électroacoustique en feintes. La démonstration eut lieu à l’Oslo Jazz Festival le 18 août 2010. Son souvenir est saisissant. 

Slugfield : Slime Zone (PNL / Metamkine)
Enregistrement : 18 août 2010. Edition : 2012.
CD : 01-05/ Slime Zone
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Maja Ratkje : River Mouth Echoes (Tzadik, 2008)

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Avant Ballads avec John Hegre ou avant les concerts avec Joëlle Léandre, il y eut Spunk pour Maja Ratkje. Après le groupe et après les duos, il y eut aussi divers enregistrements dont ceux des six pièces de River Mouth Echoes.

Sur ces six morceaux, Maja Ratkje ne joue pas toujours : elle peut s’effacer au profit de l’Oslo Sinfonietta ou d’une section de viols du nom de Fretwork. Quand elle participe à l’interprétation d’une de ses œuvres, elle joue de « processings » ou chante, seule ou avec les saxophonistes Rol-Erik Nystrom et Torben Snekkestad, le contrebassiste Hakon Thelin ou l’accordéoniste Frode Haltli.

C’est pourquoi River Mouth Echoes adopte une posture étrange puis une autre : Maja Ratkje écrivit pour ce faire un dialogue de larsens – des oscillateurs déversent des chants de sirènes folles – ou une rencontre tripartite entre instruments acoustiques dégénérés. De ses troubles, Maja Ratkje fait des paysages habités par des parasites fantasmagoriques. De ses certitudes, elle compose un nouveau baroque, ascensionnel, ou adresse un clin d’œil à Meredith Monk le temps d’un poème criard. Pour tout cela, on ne peut qu’aimer l’esprit frappeur de Maja Ratkje

Maja Ratkje : River Mouth Echoes (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2008.
CD : 01/ Øx 02/ Essential Extensions 03/ Wintergarden 04/ River Mouth Echoes 05/ Waves IIB 06/ Sinus Seduction (Moods Two)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Après avoir donné hier un concert en solo, Maja Ratkje se produira au Festival Météo ce vendredi 27 août au sein de Spunk.

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John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder, 2006)

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Pour s’être échappé momentanément de Jazzkammer (duo qu’il forme habituellement avec Lasse Marhaug, repéré, entre autres labels, par Smalltown Supersound ou Rune Gramofon, le Norvégien John Hegre a pu succomber autrement aux joies de l’accouplement. Auprès de sa compatriote, compositrice et chanteuse Maja Ratkje – issue, elle, de Spunk -, il dépose sur Ballads une musique électroacoustique rassurante.

Jouant d’abord d’accrocs rythmiques, d’interventions brutes de guitare bientôt bouclées, le duo installe un paysage sonore fait de peu de choses, certes, mais judicieuses toutes, et engageantes. Frottant ici les micros de sa guitare électrique, osant là l’apparition d’un brin de mélodie, Hegre arrange selon différents modes les constructions d’électronique raisonnée qu’il fomente avec Ratkje.

Field recordings montés en avalanches (Private Matter), assimilations nobles d’éléments de musique concrète (Hesitating Interruptions of Spring), ou superpositions aléatoires d’expérimentations hybrides (Art Compasse), Hegre et Ratkje convainquent presque à chaque fois – exception faite pour un Hammock Moods atmosphérique, pauvre et traînard – de la pertinence des fruits de leur rencontre. Raisonnant les égards fiévreux qui les ont fait connaître pour déposer, ensemble et soulagés, un Ballads vibrant.

John Hegre, Maja Ratkje : Ballads (Dekorder / Metamkine).
Edition : 2006.
CD : 01/ Autumn Leaves 02/ Binoculars and Traces 03/ Private Matter 04/ Blues for Silent Bakers 05/ Hesitating Interruptions of Spring 06/ A Quiet Day at The Office 07/ Art Compass 08/ Hammock Moods
Guillaume Belhomme © Le son du grisli
 

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