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Le son du grisli
24 janvier 2014

Joris Rühl, Antez (obs / Azimut, 2013)

joris rühl antez

Vous ne me demandez rien mais je vais vous le dire quand même : j’aime les choses qui grincent et qu’on fait tourner. J’en déduis que Joris Rühl et Antez – un clarinettiste et un percussionniste que je ne connaissais pas jusque-là – étaient faits pour me plaire. Mais eux étaient-ils faits pour s’accorder ?

Eh bien oui bien sûr (quelle question)… Il n’y a qu’à écouter ce disque sans titre, fait de deux extraits de concerts organisés à Zürich (WIM) et Grenoble (La Promotion) en 2012 & que produisent les labels (enfin, je crois que ce sont des labels, tout ça reste obscur) obs (avec un « o » minuscule) et Azimut (sans « h »). L’improvisation des deux hommes suit une minérale-logique rocheuse qui, une fois terminée l’introduction au tom basse, siffle siffle et siffle beaucoup et tourne tourne donc : brute, industrielle, angoissante… L’improvisation du duo tout pour plaire !

écoute le son du grisliJoris Rühl, Antez
(extrait)

Joris Rühl, Antez : (obs / Azimut)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01-02/ -
Pierre Cécile © Le son du grisli

31 décembre 2013

Instant Chamber Music (Setola di Maiale, 2013)

instant chamber music

On pourra reprocher certaines petites choses (improvisations shuntées et incomplètes) à Marcello Magliocchi (sculptures sonores), Matthias Boss (violon), Paulo Chagas (flûtes, hautbois, clarinettes, saxophones) et Maresuke Okamoto (contrebasse) mais jamais on ne mettra en doute le bien fondé de leur entêtement. Car ce sont avant tout des aventuriers du bruyant, des soldats aux marches guerrières. Ils sont indomptables, impolis et cela me plait.

Le violoniste furète l’aigu avec malice, aime à bavarder sèchement avec ses amis. On ne peut pas ne pas le remarquer. Il entretient la résonnance et l’oppression. Il crisse et empoisonne l’espace. Et il trouve en Paulo Chagas, sopraniste quasi evanparkerien, un souffleur à sa juste démesure, quitte à laisser  parfois ses deux autres camarades sur le banc de touche. Mais tout ce beau monde, de se réunir en une dernière et discordante improvisation (12026), sans clés ni certitude si ce n’est celle de donner sens et contour à l’art singulier du désordre.

écoute le son du grisliInstant Chamber Music
120226

Instant Chamber Music : Instant Chamber Music (Setola di Maiale)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Scaffolding on the Previous Day 02/ After Silence 03/ Rainy Season 04/ Rumor of Another Forest 05/ After Rain in Another Forest 06/ Yellow in White 07/ Pulse of Essi 08/ The Catcher in the Boss 09/ 120221 #Quartet 10/ 120221 T.17 11/ 120226
Luc Bouquet © Le son du grisli

7 décembre 2016

Celer, Dirk Serries : Background Curtain (Zoharum, 2016)

celer dirk serries background curtain

Trois notes, il n’en faut pas plus à Celer et à Dirk Serries (Fear Falls Burning, Vidna Obmana) pour commencer une collaboration qui s’avèrera fructueuse. Du Japon du premier à la Belgique du second, les bandes ont dû faire plusieurs fois le voyage, certain !, et il est donc plutôt normal de dire de ces deux plages sont… sidérales.

La première (Above/Below) n’est d’ailleurs (en plus) pas loin d’être sidérante. Ses surplus de couches dévident des câbles de sons qui débordent du chemin des ondes et du chemin des drones. La deuxième (Below/Above) n’est pas la première qu'on aurait passée à l’envers, non. Elle s’en démarque au contraire par son côté « concret » (on peut presque y déceler les instruments qui ont servi à son interprétation : une guitare au bottleneck et un son du genre harpsichord). Moins paisible mais diantrement efficace quand même. De quoi diversifier le propos ambientique de deux maîtres du genre.

Celer, Dirk Serries : Background Curtain
Zoharum
Edition : 2016.
CD : 01/ Above/Below 02/ Below/Above
Pierre Cécile © Le son du grisli

8 février 2014

Dead Neanderthals : … And It Ended Badly (Gaffer / Raw Tonk, 2013)

dead neanderthals and it endend badly

C’est à Gaffer qu’on doit la mise au jour (et donc le retour) du Dead Neanderthals. Aussi vigoureux, aussi fort, aussi remonté (si ce n’est plus) qu’hier…

Rappel des faits : Polaris.  Maintenant … And It Ended Badly. On n’oserait croire à la fin du Neanderthal, même si on ne peut que constater son gros râle d’agonie (There Was A Great Battle). Heureusement du corps gisant deux saxes sortent maintenant : Colin Webster et Otto Kokke, s’il faut les nommer. Ils se chamaillent et Rene Aquarius (à la batterie) compte les points.

Mais quand il les asticote (à grands coups de bâtons), c’est encore mieux : le jazz rock est free, ce qui pousse les saxophonistes à se différencier (l’un joue plusieurs fois la même note et l’autre en attaque trente-six). Et si la conclusion déçoit un peu en comparaison de ce qui s’est passé plus tôt, c’est qu’elle illustre le poème que forment les titres des six plages du CD. Tout s’explique !

Dead Neanderthals : … And It Ended Badly (Gaffer / Raw Tonk)
Enregistrement : 1er décembre 2012. Edition : 2013.
01/ There Was A Great Battle 02/ Weapons Drawn, Blood Spilled 03/ Both Sides Fought Bravely 04/ It Went On For Days 05/ And It Ended Badly 06/ And In Tears… Of Course
Pierre Cécile © Le son du grisli

7 février 2014

Daunik Lazro, Joëlle Léandre : Hasparren (NoBusiness, 2013)

daunik lazro joëlle léandre hasparren

Ce qui se passe ici est très simple, très naturel : cela se nomme complicité. Nous étions nombreux à le savoir et à attendre ce CD. Il aura fallu un petit village bien allumé du Pays Basque et les lituaniens de NoBusiness pour que… Mais ne nous énervons pas : le disque est là, voilà bien l’essentiel.

La complicité, donc. Une complicité vieille de combien d’années déjà ? Pas important. Ecoutons plutôt. Il y a le baryton de Daunik Lazro et la contrebasse de Joëlle Léandre. Tous les deux sont en vol, prêts à fendre l’harmonie. L’une n’agite pas son archet pour rien. Malgré sa grande maîtrise, elle trouve encore le moyen de (se) surprendre. L’autre pivote et n’a de proie que le cri qu’il arpentera plus tard. Pour le moment, ils restaurent des contrepoints rauques. Parfois, mesurent les distances entre l’hyper grave et l’hyper aigu. Si on ne les connaissait pas, on pourrait dire qu’ils s’observent. Mais tel n’est pas le cas. Ils cherchent et zèbrent leurs flux. L’une glisse, l’autre cisaille et tous les deux résonnent. Et voici que quelque chose s’élève. Et ce qui s’élève n’est pas rien. Nous dirons qu’ils font de la tempête une tendresse infinie. Cela est si simple, cela est si naturel : cela se nomme complicité.

écoute le son du grisliDaunik Lazro, Joëlle Léandre
Hasparren IV

Daunik Lazro, Joëlle Léandre : Hasparren (NoBusiness)
Enregistrement : 2011. Edition : 2014.
CD : 01/ Hasparren I 02/ Hasparren II 03/ Hasparren III 04/ Hasparren IV 05/ Hasparren V 06/ Hasparren VI
Luc Bouquet © Le son du grisli

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22 novembre 2013

Johannes Bauer, Isabelle Duthoit, Luc Ex : Bouge (CCAM, 2013)

johannes bauer isabelle duthoit luc ex bouge

Cette chronique inaugure une semaine dédiée aux bassistes à l'occasion de la parution, mardi prochain, du onzième hors-série papier du son du grisli : sept basses.  

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Pour vérifier que Luc Ex bouge encore, on peut le suivre en Bouge (ah !) avec la vocaliste Isabelle Duthoit et le tromboniste Johannes Bauer. L’expérience promet, je vous l’assure, en promet même de toutes les couleurs (sur vingt-et-un petits morceaux).

Ça commence par des sirènes et un morceau brut de décoffrage à la Ex (The)… la basse qui crache un motif accidenté, la voix qui aboie aigu et le trombone qui gronde saccadé. Impressionnant, et si la suite l’est un peu moins, elle l’est tout de même assez pour qu’on applaudisse le trio pour sa performance…

Car quand les deux hommes sont moins vaillants, Madame les pique au nerf. Pour ce faire elle siffle, s’insurge, gémit, râle, théâtralise, ou encore – pour citer des verbes qui ne tarderont pas à rentrer dans le Larousse – elle asiatise (japonise ou coréane), boise (à la clarinette) et même il arrive qu’elle talwègue… De quoi relancer la machine mâle, qui canarde pour faire front quand elle n’y va pas de main morte ave trombone-hache et médiator-cisailles !

Enfin, je ne vous quitterais pas sans avouer (quitte à laisser toute la parole à la Cécile qui est en moi) que la mélodie que Bauer a inventé « sur » Rosa a bien failli me tirer des larmes. Voilà pourquoi Bouge, croyez-moi, j’y reviendrai.

Johannes Bauer, Isabelle Duthoit, Luc Ex : Bouge (CCAM)
Enregistrement : Avril-Mai 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Krapplack 02/ Alizarine 03/ Capucine 04/ Cinabre 05/ Pourpre 06/ Ocer 07/ Amarante 08/ Sang 09/ Lava 10/ Vermillon 11/ Zinnoberrot 12/ Tomaat 13/ Carmin 14/ Coquelicot 15/ Rosa 16/ Roest 17/ Vuurrood 18/ Scarlet 19/ Ruby 20/ Aniline 21/ Kirsch
Pierre Cécile © Le son du grisli

http://p3.storage.canalblog.com/38/07/335931/59148710.jpg

luc ex pannonica

Luc Ex emmènera ce vendredi 22 novembre à Nantes, Pannonica, un autre de ses projets, Assemblee, dans lequel entendre aussi Ingrid Laubrock, Ab Baars et Hamid Drake. Le samedi 23, le groupe se produira à Avignon, AJMI La manutention. 

26 décembre 2018

Body/Head : The Switch (Matador, 2018)

body head the switch

L’heure n’est plus à l’intention – presque déloyale sous ses airs de franchise – de tout dire, et de tout dire encore dès les premières secondes, pour laisser ensuite la première expression en suspens de longues minutes durant… la remplir de fulgurances, l’agacer de temps à autre au son d’une mésentente, l’abandonner enfin quand l’imagination peine à la déroule.

C’est que Body/Head n’est plus l’association d’une bassiste-icône et d’un post-ado que la guitare tourmente davantage que le quotidien : les bruits sont désormais bel et bien là, forgés et même assimilés au gré de combien de concerts, au point que même les disques – passage obligé encore, semble-t-il, malgré les « temps difficiles » – en sont pleins. Celui-ci, le dernier en date, s’ouvre sur le son d’un jack que l’on branche et rebranche dans une guitare électrique.

La guitare est le premier instrument du duo, la voix le second : Bill Nace hésite entre deux notes, vibre en conséquence ; Kim Gordon garde à tout jamais ou presque ses distances. Aguerris, ce sont-là deux véritables personnages jouant volontiers de faux-semblants, et pourquoi ne le feraient-ils pas ? De poses en postures, Gordon – qui donne de la voix comme jamais, depuis Dirty – et Nace font leur affaire de bruits divers : retours d’ampli, grésillements, arpèges las, motifs rabattus au médiator, replis en mélodie…

Et alors, donc ? Body/Head n’a que faire des genres – avec ses trois instruments combien en évoque-t-il au gré des séquences de The Switch ? Noise atmosphérique, post-indus, poésie sonore malade de ses propres mots, sentences valant musique et, même, chansons expérimentales changées en serments. Si les mots existent chez Body/Head, les mots peinent à dire ce qu’il se passe au son, c’est-à-dire ce qui arrive de plus beau : le grand disque, à ce jour, de l’association Gordon / Nace. Le plus beau disque, qu'est-ce à dire ?, de Body/Head.

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Body/Head : The Switch
Edition : 2018.
Matador
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

29 novembre 2019

The Wedding Present : Tommy 30 (Scopitones, 2019)

the wedding present tommy 30

Cette chronique a été publiée à l'occasion de la parution de Pop fin de siècle, aux éditions du layeur, soit : 90 portraits de groupes / musiciens de "rock indépendant" ayant agi entre 1985 et 1995. The Wedding Present est l'un des 90 noms au sommaire du livre.

Dans le texte qu’il signe dans le digipack de Tommy 30, le bassiste Terry De Castro raconte comment David Gedge le rappela dans The Wedding Present pour célébrer sur scène les 30 ans de Tommy, la première des nombreuses compilations du groupe. Comme Danielle Wadey (guitare) et Charles Layton (batterie), De Castro dut apprendre à jouer des morceaux datant du Wedding Present des origines (avec Gedge, alors : Keith Gregory, Peter Solowka et Shaun Charman) ; chose faite, ce fut la tournée, puis un enregistrement.

Notamment parce que Gedge regrettait les conditions « médiocres » dans lesquelles les 45 tours autoproduits (estampillés Reception) avaient été enregistrés – c’était le début des années 1980, et celui aussi du Wedding Present. Le son de Tommy 30 est ainsi irréprochable, si l’enjeu n’est bien sûr plus le même. En leader expérimenté, Gedge (la voix est intacte) emmène une troupe qui devra se montrer à la hauteur et de sa vivacité et de son endurance.

Alors, défilent les morceaux regonflés pour l’occasion, dont ce Go Out and Get ‘Em, Boy! qui attira l’attention de John Peel : le médiator arpège, et c’est l’art nerveux du Wedding Present qui nous revient : Once more, At the Edge Of the sea, Living And Learning (aux origines du Brimful Of Asha de Cornershop, non ?), You Should Always Keep In Touch With Your Friends, What Becomes of the broken hearted?... Une question se pose maintenant : faudra-t-il réenregistrer Seamonsters ? Et Watusi ? Peut-on seulement imaginer réenregistrer ces deux albums là ? David Gedge le pourra-t-il, lui ?  

The Wedding Present : Tommy 30
Scopitones / Orkhêstra International
Edition : 2019.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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couv

6 décembre 2013

Looper : ųatter (Monotype, 2013)

looper matter

Redire que Looper est ce trio formé de trois des plus remarquables improvisateurs d’hier (déjà), du jour (sûrement) et de demain (sans doute) : Martin Küchen, Nikos Veliotis et Ingar Zach. Noter aussi que Looper est ce cœur fragile que l’on entend battre sur le début de ųatter, vinyle dont la pochette – juxtaposition d’images, tirées d’une vidéo de Veliotis, qui nous propulse en salle d’opération – pour lui nous fait craindre le pire, mais dont la musique, du même, atteste l’endurance et même la force subtile.

Il faudra pour cela fondre d’abord tous les matériaux : saxophone alto, violoncelle, percussions et radio. L’opération est délicate, dans tous les sens du terme, qui ajoute à sa propre rumeur les chants d’instruments lustrés avec application : claire et grosse caisses effleurées, saxophone réservé, violoncelle maniaque. Au rapport, ce-dernier l’emporte donc et dessine, d’un archet amplifié, la ligne de laquelle le groupe ne déviera plus. Jonchées d’inquiétudes, celle-là, et de graves impératifs. Malgré les unes et les autres, sur sa ligne le trio danse : en appelle à l’accident, s’en remet au péril.

écoute le son du grisliLooper
Alignement

Looper : ųatter (Monotype / Metamkine)
Edition : 2013.
LP : 01/ Slow 02/ In Flamen 03/ Alignement 04/ Our Meal
Guillaume Belhomme © Le son du grilsi

28 novembre 2013

Maxime Petit : How Many Miles To Babylon? (2013)

maxime petit how many miles to babylon

Un détail attire notre attention : Lasse Marhaug est au mastering… Oui, mais avant ?... Basse électrique branchée directement sur la table (c’est ce qu’on suppose en tout cas), médiator bien calé, envie de s’appliquer à  la confection de sa carte de visite (il n’y en a qu’une centaine, dans une jolie pochette sérigraphiée)… voilà Maxime Petit prêt pour trois prises ! Les dites prises ne font pas un disque très long mais elles montrent de quoi le bassiste est capable.

Malgré son titre (How Many Miles To Babylon?), voilà Petit en route pour des terres plus « expérimentales » que celles de Peter Tosh sans toutefois réussir à cacher son goût (c’est ce qu’on suppose, bis) pour les musiques d’ailleurs (ce que confirmerait le troisième morceau, baptisé du nom d’une ville née de l’imagination de Gabriel Garcia Marquez). En plus de quoi, lorsqu’il ne cherche pas la pépite sonore en geek lo-fi, Petit peut faire de sa basse un mbira (Fira Palace) ou jouer de plus en plus fort un air qui sent fort le manioc (Macondo, justement). Certes, le son manque un peu d’étoffe et la production de pittoresque, mais la tentative est pour le moins originale et même… honnête.

Maxime Petit : How Many Miles to Babylon? (Autoproduction)
CDR / DL : 01/ Fira Palace 02/ City-O-Matic 03/ Macondo
Enregistrement : 17 & 18 juillet 2013. Edition : 2013.
Pierre Cécile © Le son du grisli

1 mai 2013

Little Women : Lung (Aum Fidelity, 2013)

little women lung

Avant de se retrancher dans l’excès sonique (mais beaucoup moins que dans Throat, leur précédent opus), Little Women (Travis Laplante, Darius Jones, Andrew Smiley, Jason Nazary) sera passé par d’inattendues étapes. Ici, font lien respirations et silences : tous deux moteurs et inspirateurs des zébrures à venir.

Oubliant d’éclabousser, le combo accorde aux cymbales de temps d’onduler. Offre aux saxophones des chants croisés. Egratigne un unisson vocal. Déconstruit l’arpège. Déborde le silence de frappes cadrées et saturantes. Fait du souffle un fiel. Gangrène l’ostinato. Retrouve apaisement et résurrection. Raconte et respire. Et surtout : construit sans gradation mais avec entêtement un édifice aux multiples clartés.

EN ECOUTE >>> Lung (extrait) >>> Lung (extrait) 

Little Women : Lung (Aum Fidelity / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/Lung
Luc Bouquet © Le son du grisli

21 novembre 2013

Bererberg Trio : Feel Beetrr (Veto, 2013)

bererberg trio feel beetrr

Dans l’art de se coller l’un à l’autre sans pour autant se copier, Josh Berman (cornet), Christoph Erb (saxophone ténor, clarinette basse) et Fred Londberg-Holm (violoncelle, guitare) savent quel chemin emprunter. En courroux au début, nous les découvrirons mystérieusement réconciliés en fin d’enregistrement.

Entre les deux, le trio connaîtra des périodes d’acidité et de nervosités. La caresse sera âcre, sournoise. La corde grincera, les souffles seront de combat. Ils estropieront les unissons, réduiront en cendres les vertes boutures, s’enduiront d’assauts et de secousses anxiogènes, mettront l’épiderme à nu. Le cornet sera de continuité, la clarinette basse d’appui et d’aplomb, la guitare tissera le ravage. Et on ne sait trop pourquoi, les contrepoints sanglants de début s’adouciront en fin de disque. La tristesse des au-revoir peut-être…  

Bererberg Trio : Feel Beetrr (Veto Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Furaha 02/ Felice 03/ Boldogsag 04/ Kutentizza 05/ Fortuna 06/ Onni 07/ Tsuki
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 juin 2013

Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed, 2013)

kris davis capricorn climber

Choisissant, même dans ses axes les plus complexes, une certaine neutralité, Kris Davis et ses amis (Mat Maneri, Ingrid Laubrock, Trevor Dunn, Tom Rainey) hésitent à se brûler les ailes.

Les compositions de la pianiste ne sont pas de celles qui s’ouvrent à la facilité. Elles se divisent en blocs et en sous-groupes, saxophone et violon (Laubrock est beaucoup plus microtonale que Maneri ici) n’en finissant pas de s’entremêler en de rigides fiels contrapunctiques. Si la compositrice passionne quand il s’agit d’intercepter et de moduler un trait obsessionnel, elle échoue à recycler un jazz qui ne semble guère la passionner. Soit accepter la forme tout en refusant sa ponctuation, ses possibles excès et élans. En résulte une timidité d’approche, heureusement sauvée par de trop brèves interventions solistes (Mat Maneri, Ingrid Laubrock). On pense à certaines compositions de Braxton ou de Tim Berne, possibles modèles – voire maîtres – d’une pianiste dont on attend toujours qu’elle s’ouvre à plus de sentimiento.

EN ECOUTE >>> Pass the Magic Hat

Kris Davis : Capricorn Climber (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 22 mars 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Too Tinkerbell 02/ Pass the Magic Hat 03/ Trevor’s Luffa Complex 04/ Capricorn Climber 05/ Bottom of a Well 06/ Big Band Ball 07/ PI Is Irrational 08/ Dreamers in a Daze 09/ Too Tinkerbell Coda
Luc Bouquet © Le son du grisli

19 avril 2013

PascAli : Suspicious Activity (Creative Sources, 2012)

PascAli suspicious activity

L'agacement que l'on peut ressentir devant ce catalogue (assumé au demeurant comme tel, au prétexte de collecter des « vignettes musicales » représentatives) de vingt-deux saynètes improvisées par Sean Ali & Pascal Niggenkemper aux « contrebasses préparées » se dissipe curieusement au fil de ce qu'il faudrait envisager comme un ensemble de diapositives proposant des perspectives différentes sur un même problème – celui qui confine presque à un genre : le duo de contrebasses (Kowald & Parker, Léandre & Saitoh, Guy & Phillips, Dafeldecker & Fussenegger, etc.).

Frappant, sciant, fouettant, vrillant, Niggenkemper (dont on connaît les prouesses chez Clean Feed, Red Toucan ou NoBusiness) & Ali dépassent la simple tentative d'épuisement de la contrebasse : ouf !

PascAli : Suspicious Activity (Creative Sources / Metamkine)
Edition : 2012.
CD : Suspicious Activity
Guillaume Tarche © Le son du grisli

5 avril 2013

Roscoe Mitchell : Duets with Tyshawn Sorey and Special Guest Hugh Ragin (Wide Hive, 2013)

roscoe mitchell duets with tyshawn sorey and special guest hug ragin

De silences introspectifs en grand charivari, Roscoe Mitchell, Tyshawn Sorey et Hugh Ragin démontrent qu’un disque n’a aucunement obligation d’unité. Quand on espère la souplesse des futs de Sorey c’est un piano qui déboule. Un piano fait de braises et de cendres. Un piano pour se brûler les ailes. Roscoe Mitchell, parfait décomposeur d’habitudes, insiste sur de scintillants carillons avant de convoquer un spectre de souffles allant du plus grave au plus aigu. Et Ragin, de trancher dans le vif des ses aigus mordants.

Et les styles n’ont plus le moindre besoin de s’énoncer. Ils s’agitent et forent de nouvelles pépites. Désirez-vous du free, des songes intérieurs, de modernes motets, des zébrures appuyés, du répétitif fluet ? N’en doutez pas : vous allez être servis.

Roscoe Mitchell : Duets with Tyshawn Sorey and Special Guest Hugh Ragin (Wide Hive / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ The Horn 02/ The Way Home 03/ Bells in the Air 04/ Out There 05/ Scrunch 06/ A Cactus and a Rose 07/ Chant 08/ Meadows 09/ A Game of Catch 10/ Waves 11/ Windows with a View
Luc Bouquet © Le son du grisli

4 avril 2013

Patrick Thinsy : Disappearances (Tanuki, 2013)

patrick thinsy disappearances

Voilà une cassette qui ne me fait pas regretter d’avoir rebranché ma vieille platine (Sony, désolé). Non pas parce qu’elle est dorée, ni parce qu’elle se glisse dans un étui carton (lui-même protégé par une gaine noire) avec du papier d’Arménie tamponné « For Nina », mais parce qu’elle m’informe de l’existence de Patrick Thinsy.

En fouillant bien, je suis tombé ici, où j’ai appris que Thinsy a déjà collaboré avec Ignaz Schick, z’ev ou Martin Tétreault, et qu’il semble vénérer Phill Niblock. Bonnes références, donc, qui n’étonneront pas les chanceux qui pourront mettre la main sur l’un des cinquante exemplaires de sa cassette. Car la première face accouche d’un drone fragile mais qui ne s’oublie pas comme ça. Comme un brin de chromosome, il fait des tours et des détours au milieu d’autres sons, aussi fragiles et subtiles que lui.

La face B se contente d’un buzz, de coups de burin et de clics : est-elle moins originale pour autant ? Eh bien non, car une voix de femme fait son entrée. Son enregistrement est découpé et ajoute à la bizarrerie de son message en français et de sa diction. C’est donc une tout autre atmosphère... et une tout autre réussite. Patrick Thinsy, enchanté !

Patrick Thinsy : Disappearances [For Nina] (Tanuki Records)
Edition : 2013.
K7 : Disappearances [For Nina]
Pierre Cécile © Le son du grisli

18 janvier 2013

Aki Onda : South Of The Border (Important, 2012)

aki onda south of the border

Non ce n’est pas Aki Onda qui va à la musique mais bien la musique qui vient à Aki Onda. En ouvrant ses archives cassettes pour la troisième fois, le Japonais le prouve encore : ses « memories » (qui sont ici six souvenirs enregistrés au walkman lors d’un voyage au Mexique) recèlent des trésors.

Ça commence comme ça : une fanfare joue dans la rue, maladroite elle s’arrête, des passants parlent, elle reprend, rebat le tambour, resonne faux, reclaudique. Plus loin (The Sun Clings...) il y aura une autre fanfare, du même genre mais sublimée par la cassette qui accélère ou ralentit ses morceaux et, surtout, qui connaîtra la joie de se faire dévorer par des milliers d’oiseaux d’engeance hitchcockienne (voilà bien quelque chose à entendre !).

Mais les fanfares ne font pas tout et il y a d’autres rencontres dans ce Rec.Mode Trip mexicain : sur Bruise & Bite, on imagine le walkman tressautant au fond d’une poche et enregistrant des véhicules qui passent, des voix et ô surprise un orgue ou énorme flûte de bois (ou l'inverse) que l’on entendra aussi sur I Tell A Story Of Bodies That Change, qui elle tient plutôt de l’ambient. Un bon quart d’heure de plage zenifiante qui propulserai Brian Eno (jeune) ou Bruce Gilbert (en solo) dans un temple bouddhiste. En tout cas c’est le film que l’on se fait ou celui que projette Aki Onda, cinéaste sonore qui traite et mélange mieux que personne le bizarre et le quotidien.

Aki Onda : South of the Border. Cassette Memories Volume 3 (Important Records)
Edition : 2012.
CD : 01/ A Day Of Pilgrimage 02/ Dust 9:18 03/ Bruise & Bite 04/ The Sun Clings To The Earth And There Is No Darkness 05/ I Tell A Story Of Bodies That Change
Pierre Cécile © Le son du grisly 2013

21 janvier 2013

François Carrier, Michel Lambert : Shores and Ditches (FMR, 2012)

françois carrier michel lambert shores and ditches

La St. Leonard’s Shoreditch Church de Londres inspirerait-elle les improvisateurs s’y produisant ? Après le lumineux Shoreditch Concert avec Hannah Marshall, Nicola Guazzaloca, Gianni Mimmo et Leila Adu (Amirani Records), c’est au tour du duo François Carrier - Michel Lambert (+ invités) d’investir les lieux.

En duo, d’abord, batteur et saxophoniste veillent à ne pas troubler la résonnance de l’église palladienne. L’altiste organise la mélodie tandis que le batteur-percussionniste se déleste des tissus étouffant les peaux de ses fûts pour s’en aller conquérir de justes résonnances. Plus loin, en trio avec le contrebassiste Guillaume Viltard, la douceur s’arme d’un épais venin. L’altiste répond à une sirène de police qui passait par là et la contrebasse laisse échapper quelques fines larmes. Ensuite, en quintet, avec Daniel Thompson et Neil Metcalfe, flûte et alto avouent leurs désirs de correspondance, débattent et insistent sur quelque trame obsessionnelle. Et enfin, les cloches de la St. Leonard’s Shoreditch d’accompagner le saxophoniste en un duo à l’inspiration continue. A qui le tour maintenant ?

François Carrier, Michel Lambert : Shores and Ditches (FMR / Improjazz)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Caldera 02/ Upstream 03/ Lava 04/ Reef 05/ Wadi 06/ Shores and Ditches
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

14 décembre 2012

Richard Barrett, Han-Earl Park : Numbers (Creative Sources, 2012)

richard barrett han-earl park numbers

Le gargarisme est convaincant. D’un côté les electronics de Richard Barrett, de l’autre la guitare d'Han-Earl Park. Tous deux grouillent et cisaillent les volumes, réactivent la matière folle, rendent la télégraphie à sa fonction première : transmettre (Tolur). Leur improvisation en miroir engorge leur transe succube, fait déborder le vase, bouche la robinetterie (Tricav).

Parfois, au milieu des monstres soniques qu’ils viennent de créer, émerge une guitare façon Bailey (Ankpla). Mais rarement rassasiés (Uettet pour me faire mentir), les voici rassurant leur nervosité naturelle en un final aux brûlures fatales (II……). Le gargarisme est convaincant. Le vertige, tout autant.

Richard Barrett, Han-Earl Park : Numbers (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Tolur 02/ Tricav 03/ Ankpla 04/ Uettet 05/ Creens 06/ II……
Luc Bouquet © le son du grisli

20 décembre 2018

Jacques Demierre, Anouck Genthon : Tǝɣǝrit (Confront, 2018)

jacques demierre anouck genthon teyerit

Sur son « intérêt pour la voix, le rapport entre la langue et la musique, le lien avec l’expérience de la linguistique (…) et, par-dessus tout, le rapport au sonore que sous-tend l’universalité de l’expérience du langage, qui ouvre sur un champ de possibles où créer du sens, mettre en forme, composer avec des matériaux appartenant à des mondes différents »*, Jacques Demierre a bâti une partie de son œuvre. Et Tǝɣǝrit est l’une des références de cette partie.

Composé en compagnie du fidèle Vincent Barras et réinventé, en quelque sorte, au côté de la violoniste Anouck Genthon, Tǝɣǝrit délivre des messages qui nous échapperont forcément, autant sur la forme que sur le fond. S’il s’agit de Voyelles, c’est par exemple bien un mot qu’on croit ici entendre, un mot forcément déformé à loisir : d’ « orgie » en « bougie » possibles, l’auditeur hésite alors et, s’il tarde trop à prendre une décision ou si la prononciation à peine entamée d’un nouveau phonème le distrait, se fera reprendre d’un coup d’archet.

A défaut de pouvoir déchiffrer le langage parlé de Demierre – de sa nouvelle mouture, en tout cas –, s’inquiéter de hiérarchie. Ainsi le violon de Genthon semble-t-il encadrer les expériences du vocaliste en tenant compte de ses stratagèmes et de ses effets : un mot déformé, un cri soudain, un grognement, une interjection valant repli… L’archet peut être franc, gratter la corde de façon plus « expérimentale », imiter le shamisen, agacer le partenaire… Ainsi, malgré la différence des gestes et des formulations, voix et violon, violon et voix, tissent des entrelacs qui, peu à peu, structurent un réseau musical des plus attachant.

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Jacques Demierre, Anouck Genthon : Tǝɣǝrit
Confront
Enregistrement : 2017. Edition : 2018.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

28 février 2017

Raymond Boni, Jean-Marc Foussat, Joe McPhee : The Paris Concert (KYE, 2017)

A l’occasion de la parution d’Agitation Frite, livre de Philippe Robert consacré à l’underground musical français de 1968 à nos jours, le son du grisli publie cette semaine une poignée de chroniques en rapport avec quelques-uns des musiciens concernés en plus de deux entretiens inédits tirés de l’ouvrage...

raymond boni jean-marc foussat joe mcphee paris concert

C’est au Centre Américain de Paris – encore boulevard Raspail, disparu depuis – que Jean-Marc Foussat fit ses premiers essais de synthétiseurs (dans le studio du compositeur Ahmed Essyad) et qu’il entendit pour la première fois Joe McPhee (souffleur qui connaissait l’ARP 2600 pour avoir déjà enregistré avec John Snyder). C’était le milieu des années 1970. Quarante ans plus tard, les deux hommes se retrouvaient en compagnie de Raymond Boni le temps d’une « réunion » et d’une « célébration ».

Ce sont là les noms des deux plages du disque qui nous intéresse : The Paris Concert, enregistrement récent mais qui aurait pu ne pas l’être. Car sur, un écho léger, la guitare électrique évolue discrètement quand le synthétiseur glisse des nappes d’un autre (et bel) âge ; McPhee, quant à lui, s’exprime du bout des lèvres à la trompette, fait tourner un court motif au saxophone quand il ne répond pas à quelques coups donnés par Boni sur sa table d’harmonie par une de ces « ballades en marche » dont il a le secret.  

S’il affiche une même distance, le guitariste profite en seconde face du bel art qu’il a de discourir : ses notes, prestes et nombreuses, vont sur la somme – d’autant plus étrange qu’elle est cohérente – que Foussat et McPhee font d’éléments sonores disparates parmi lesquels des voix passées au tamis de tel ou tel instrument s’élèvent. Moins libre qu’hier, plus lâche aussi : une question d’époque, peut-être, qui ne change rien à la qualité de l’association.

paris concert lp

Raymond Boni, Jean-Marc Foussat, Joe McPhee : The Paris Concert
KYE
Enregistrement : 2015. Edition : 2016.
LP : A/ Reunion – B/ Celebration
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

 

face b

2 février 2012

Weird Weapons : 2 (Creative Sources, 2011)

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Je pensais, jusqu’à cette écoute, pouvoir reconnaître la guitare d’Olaf Rupp. Mais au début de Buckram, est-ce elle qui gratte ou la contrebasse de Joe Williamson ? Et aussi, est-ce elle qui gonfle ou la peau de la caisse claire de Tony Buck ? Impossible à dire.

Heureusement, la guitare de Rupp me revient, répétitive et acharnée sur les trois ou quatre cordes qui suffisent à ses arpèges. Cette fois nul doute c’est bien là Williamson alors que Buck s’escrime à enfoncer ses baguettes plus profond dans les fûts. Je reconnais donc la guitare de Rupp parce que je m’aperçois que ses deux partenaires sont occupés ? Soit, qu’importe. Ce qui importe c'est que tout tourne et que les arpèges dansent avec un drone et un bruit de métaux. La guitare classique de Rupp ne lâche rien, elle tient bon sous la pression conjointe de bassiste de Trapist et du batteur de The Necks. Le premier Weird Weapons était sorti sur Emanem. Le second ne trahit aucune de ses promesses.

EN ECOUTE >>> Shantung & Buckram

Weird Weapons : 2 (Creative Sources / Metamkine)
Enregistrement : 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ Shantung 02/ Buckram
Héctor Cabrero © Le son du grisli

6 octobre 2011

Ghédalia Tazartès : Repas froid (PAN,2011)

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Voir le nom de Ghédalia Tazartès sur une pochette est toujours l’assurance d’une aventure sonore hors du commun – le présent Repas froid confirme excellemment la règle. Jongleur de genres qu’il mélange avec un aplomb unique et une franchise réjouissante, le musicien parisien aux origines turques explose, une fois de plus, les canevas attendus – et ça fait un rude bien aux écoutilles.

Mélange de mélodies populaires, de chants nasaux en une langue indéfinissable, de field recordings claquants, de dialogues cinématographiques, de discours politiques (en russe ?) et de mille autres petites – ou grandes – choses, les deux faces du LP produisent un effet psychédélique stupéfiant qui vaut largement toute la beuh d’Afghanistan. Le cap des 64 balais atteint, on se réjouit de constater que Tazartès cultive un jardin anarchique que nombre de ses jeunes confrères feraient bien de visiter un jour. Saint-Ghédalia, prie pour eux, pauvres pécheurs.

Ghédalia Tazartès : Repas Froid (PAN / Souffle continu)
Réédition : 2011.
LP : 01-20/ -
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

1 septembre 2011

Interview de Gino Robair

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Pour avoir changé ses percussions en surfaces qu’il « énergise », Gino Robair s’est rapproché des sonorités qu’il avait en tête. Enregistrées en 2000 ou en 2009, celles-ci sont à entendre sur deux disques qui scellent sont entente avec John Butcher et sont édités ces jours-ci : Scrutables et Apophenia

... La musique m’a toujours environné, même si j’ai d’abord été intéressé par la country que mon père appréciait et par le folklore hongrois que mon grand-père maternel avait coutume de jouer. A trois ou quatre ans, mon père a essayé de m’apprendre à jouer de la guitare mais je préférais taper avec des cuillères en bois sur les pots et les casseroles que j’attrapais dans l’armoire. Je crois que c’est un truc que j’ai fait dès que j’ai réussi à tenir assis.

Cuillères et casseroles ont ainsi décidé de votre instrument de prédilection ? J’ai tellement harcelé mes parents avec cette idée de jouer de la batterie qu’ils ont fini par m’acheter un kit pas trop cher quand j’ai eu sept ans. J’ai suivi des cours particulier pendant deux ans, j’ai appris à lire et à jouer des rythmes de rock et de jazz jusqu’à ce que le sport me distraie et que j’arrête de jouer. Et puis, à 12 ans, j’ai eu une révélation : mon cousin a apporté un disque des Beatles et, pendant l’écoute, je me suis dit : « eh, mais je peux le faire ! ». A partir de là, j’ai passé des heures et des heures sous un casque à jouer sur des disques des Beatles, de Rush, Elton John, Black Sabbath, Yes et des tonnes d’autres groupes. J’ai aussi gagné les rangs d’une fanfare, ceux d’un orchestre de concert et d’un groupe de jazz au collège, dans le même temps que je prenais des leçons de piano, de batterie et de marimba. Au lycée, j’ai décidé de devenir musicien professionnel, ce qui m’a amené à suivre les leçons de timbales de William Kraft, qui jouait de ces instruments dans l’Orchestre Philharmonique de Los Angeles. A cette époque j’ai aussi commencé à composer, des pièces pour instruments et bande magnétique.

Quelles étaient alors vos influences ? Essentiellement des batteurs de rock et de pop, mais j’ai toujours été attiré par les musiques « inhabituelles ». A 14 ans, je suis tombé sur Fingerprince de The Residents et j’avais déjà entendu des compositions de John Cage, Steve Reich et Edgar Varèse. J’ai été très influencé par l’usage des percussions dans la musique de Frank Zappa et par les rythmes complexes qu’on y trouvait ; par celle de Gentle Giant aussi… Et puis, quand le punk rock est arrivé, j’en suis tombé amoureux, mes groupes préférés ont été Fear, Dead Kennedys, X et Black Flag. J’ai aussi apprécié beaucoup de groupes estampillés New Wave, surtout Oingo Boingo et les débuts d’XTC.

Comment êtes-vous venu à l’improvisation ? A moins que vous me disiez avoir toujours improvisé…Oui, c’est une chose que j’ai toujours fait, dans tous les aspects de ma vie. Mon professeur de piano au lycée était organiste et il s’est montré d’une grande patience avec un élève qui préférait souvent composer et improviser plutôt que de réviser ses leçons. A tel point qu’il a commencé à m’en apprendre sur la théorie et me laissait l’écouter improviser à l’orgue, ce qui m’a aussi beaucoup inspiré. Evidemment, dans les groupes de rock, les chansons sont créées à partir d’improvisations, c’est pourquoi j’ai pu ressentir le besoin de m’atteler à une musique plus écrite autant que de travailler avec l’improvisation. L’Université de Redlands que je fréquentais avait un New Music Ensemble dont les membres avaient aussi formé un groupe d'improvisation. J’ai donc rejoint ce groupe : The Anything Goes Orchestra (AGO). De temps à autre nous improvisions de minuit à six heures du matin sur les ondes de la station de radio du collège, nous jouions plusieurs disques et cassettes à la fois, interprétions des travaux Fluxus, ce genre de choses… Les membres d’AGO ont monté Rastascan Records aux environs de 1984, et notre première publication a été un flexi qui a été inséré dans des numéros d’Option Magazine. Ensuite, nous avons produit quelques cassettes. Après m’être installé dans la Bay Area en 1986, j’ai relancé Rastascan et ai commencé à sortir des LP et des CD.

Vous me parliez tout à l’heure de votre intérêt pour les musiques « inhabituelles ». C’est ce qui vous a poussé à aller chercher du côté des techniques étendues ? J’ai toujours adoré rechercher des sons qui sortaient du commun ainsi que de nouvelles manières de faire de la musique. C’est ce que j’ai fait en tant que percussionniste. En tant que compositeur, j’ai toujours exploré les combinaisons de timbres et les percussions en promettent d’illimitées. Depuis le début des années 1990, j’ai développé ma propre voix en solo, et j’ai très vite compris que je ne devais pas m’en tenir à la batterie et aux percussions traditionnelles, ou même à des instruments de mon invention. Tout objet est un instrument potentiel, y compris le public.

Pouvez-vous m’expliquer de quoi retourne cette appellation de « surfaces énergisées » (energised surfaces) ? J’ai travaillé d’arrache-pied pour dépasser mon rôle de batteur et de « gardien du temps » et, à un moment donné, je me suis rendu compte que la plupart des sons que j’enregistrais ne donnaient pas l’impression de provenir de percussions classiques. Que je joue de l’archet sur une cymbale ou un tube de métal, me serve d’un Ebow ou frappe n’importe quoi avec une baguette de bambou, c’est à chaque fois une surface que j’ « énergise ». Cette appellation décrit précisément ce que je fais, que je frappe quelque chose, le gratte ou que j’active la peau d’un tambour en soufflant dans un instrument à vent. Dans ce domaine, ma plus grande influence reste les guitares couchées de Keith Rowe et Fred Frith : disons que je tenais à transformer la caisse claire autant qu’ils ont pu changer l’approche de la guitare. J’ai donc commencé à me servir de mes éléments de batterie comme de résonateurs pour d’autres objets, à gratter la peau des tambours avec des cymbales, ce qui, depuis, est devenu une pratique répandue. Je me suis rendu compte ensuite que je pouvais imiter un saxophone en faisant résonner des objets sur mes éléments de batterie ou encore utiliser mon Ebow à même ma caisse claire et ajouter ajouter des objets métalliques (des balais, par exemple).
La deuxième partie de ce challenge était de le faire de manière acoustique plutôt que d’amplifier simplement ces instruments avec un micro et de les transformer en utilisant des pédales d’effets. C’était un des clichés sixties que je tenais à éliminer. Mon idée était de faire sonner les instruments acoustiques de façon à ce que l’on pense qu’ils provenaient d’un matériel électronique. C’est pour cela que j’aime tant travailler avec John Butcher : il fait la même chose avec le saxophone…

Quels musiciens ont exercé une influence sur votre travail ? La liste de mes influences est très, très longue, et il faudrait savoir de quel pan de mon travail on parle – chaque musicien a influencé telle ou telle chose bien spécifique. Par exemple, les percussions du Jaipongan de Sunda  ont beaucoup influencé mon jeu dans le Splatter Trio et dans Pink Mountain. Les concepts de « collage-form » de Braxton ont joué un grand rôle dans mon travail de compositeur, particulièrement sur mon opéra I, Norton. La musique du Zappa du début des années 70 m’a aussi démontré qu’il était possible de jouer un rythme complexe tout en donnant l'impression qu’il est naturel et produit sans grands efforts. Je reçois d’à peu près tout ce que j’entends aujourd’hui, bien que, en vieillissant, je suis de plus en plus inspiré par les sons de l’environnement, qu’il soit urbain ou rural. Mais aujourd’hui, les influences ne sont pas nécessairement musicales. Les livres, les beaux-arts ou encore les choses qui m’arrivent quotidiennement peuvent me révéler de nouvelles possibilités d’approche. Musicalement parlant, je suis sans doute davantage influencé par mes collaborations actuelles que par l’écoute de musique enregistrée. Les artistes avec lesquels j’aime le plus travailler sont ceux qui vont voir au-delà de l’évidence et du confort – Tom Waits, John Butcher, John Shiurba, Liz Allbee, ou Anthony Braxton me viennent tout de suite à l’esprit. Je dois dire que je suis souvent surpris, et en fin de compte inspiré, par les innombrables musiciens que j’ai rencontré en tournée, la plupart développent des choses uniques qui échappent aux médias traditionnels.

Vous m’avez écrit un jour à propos de notre chronique de Blips and Ifs, enregistré avec Birgit Ulher : « C’est intéressant de voir ce duo qualifié de ‘radical improv’. Je ne vois pas bien ce que ça signifie. Pour moi, il s’agit de ma musique, un point c’est tout : des sons que j’aime entendre, qui me ravissent, du « Radical Ear Candy ! »  Le terme « expérimental » aurait-il été plus juste ? Même sous forme de « sucre expérimental »… Il y a un souci avec le terme de «  musique expérimentale ». Certaines personnes entendent ce mot et pensent que le musicien s’adonne simplement à une expérimentation, et il peut arriver que d’une certaine manière ils aient raison. Maintenant, Birgit et moi, pour prendre cet exemple, ne savions pas ce que nous allions faire avant de le faire, ce qui n’est pas plus expérimental que, disons, un compositeur traditionnel qui essaye des combinaisons avant de coucher sa composition sur le papier. Nous expérimentons tous plus ou moins lorsque nous créons de la musique et ce, que l’on donne dans le sérialisme ou la chanson. La différence est que les improvisateurs ne pourront rien changer à ce qu’ils jouent lorsqu’ils le font sur scène, il y a donc un risque d’échec ; le risque de sortir un truc que tu regretteras ensuite. Moi je trouve cela très exaltant. Mais le fait qu’il y ait un tel risque ne signifie pas pour autant que ce soit expérimental. En Anglais, un terme comme “radical improv” semble suggérer que ce que Birgit et moi faisons demandera des efforts à l’auditeur, ce qui peut décourager un public potentiel, peut-être peu ouvert d’esprit, et tendrait à faire croire que ce que nous avons joué n’est destiné qu’à des spécialistes ou des connaisseurs. De mon côté, je ressens ça comme de la musique, tout simplement, que l’on peut écouter même si on s’y connaît peu en art sonore contemporain ou je ne sais quoi… En concert, nous ne prétendons pas donner une expérience d’art supérieur et prétentieux. Nous manipulons plutôt le son selon ce que nous jugeons intéressant d’entendre, sans relation cependant avec le vocabulaire de la musique populaire. C’est peut-être cela qui peut sembler radical aujourd’hui, notamment aux Etats-Unis… Jouer de la musique qui n’a rien de commun avec les styles commerciaux.

En écoutant vos disques, on peut ceci étant parfois entendre des références au folk, aux musiques classique ou électronique… Encore faut-il considérer la « musique électronique » comme un « style »… Pour moi, un synthétiseur analogique est simplement une source sonore, un outil. Quand je joue de la mandoline sur Jump or Die, le Tribute à Braxton publié par Music & Arts, ce n’est pas parce que le folk m’influence mais parce que j’ai trouvé que le timbre de l’instrument épousait la mélodie d’Anthony tout comme le son de la basse clarinette sur ce morceau.

Pensez-vous toujours défendre votre propre esthétique en improvisant ? Je joue beaucoup de sortes de musique, professionnellement ou non – rock, jazz, classique, folk, gamelan. Tout ce que j’ai fait par le passé a une influence sur ma manière d’improviser aujourd’hui et je ne pense pas avoir à défendre une esthétique personnelle. Je joue ce qu’il m’apparaît musicalement sensé, selon la situation, c'est-à-dire l’endroit où je joue et les personnes avec lesquelles je joue. Par exemple, mon travail avec Tom Waits pourrait apparaître comme étant à l’opposé de ce que j’ai fait avec Birgit Ulher ou John Butcher. Or, tout cela vient du même endroit. Quand Tom m’a demandé de travailler à la partition d’une de ses chansons, je l’ai fait par le biais de l’improvisation. En est née une pièce de musique avec un rythme circulaire assez régulier et une sorte de progression d’accords – enfin, pas toujours. Lorsque je travaille avec Butcher ou Ulher, nous profitons d’un langage commun, qui tourne autour des principes de timbre et de densité sous couvert de collaboration instantanée et créative (notez que je n’ai pas utilisé le terme d’ « expérimentation »). Pink Mountain, pour sa part, est un groupe de rock qui se sert de l’improvisation libre pour créer un matériau dont on fera des chansons – d’un certain côté, cela se rapproche de la musique concrète. Dans tous les cas, ce que je finis par jouer doit s’adapter au projet. Les « puristes » de l’improvisation m’en voudront peut être d’avoir dit cela, mais je préfère donner parfois dans l’idiomatique plutôt que de me cantonner au non-idiomatique. D’autant que nous savons bien que le non-idiomatique est devenu un idiome comme un autre... En définitive, j’ai du mal avec les classifications dont les gens se servent pour qualifier la musique. J’aime jouer avec de bons musiciens, quelle que soit la musique qu’il font. Le plus important pour moi restent la surprise et le challenge et je choisis mes partenaires en fonction des possibilités qu’ils m’offrirent à obtenir l’une ou l’autre…

De quelle façon vous avez rencontré John Butcher ? Je l’ai entendu pour la première fois au milieu des années 1990, sur Spellings de la version quartette du Frisque Concordance de Georg Graewe. Butcher était invité à jouer un solo au Beanbenders de Berkeley et, à cette occasion, je lui ai proposé d’enregistrer un disque sur mon label, Rastascan. Pendant son séjour, nous avons joué en studio et pendant cette séance lui comme moi avons adoré le jeu de l’autre. Quatorze ans plus tard, nous continuons de développer notre vocabulaire en duo et continuons à nous surprendre. A la base, j’ai été séduit par son son unique – qui sonne souvent plus électronique qu’acoustique d’ailleurs – et sa musicalité. J’aime particulièrement les façons qu’il a de ne pas se sentir obligé de jouer du saxophone de manière traditionnelle. En fait, j’oublie souvent qu’il joue du saxophone. Ce que j’entends chez lui, c’est un souffle sous contrôle qui génère des sons qu’augmentent des éléments percussifs. Dans l’Ensemble de Butcher, on trouve quelques-uns de mes musiciens favoris, avec lesquels je suis ravi de jouer. C'est une formidable combinaison d’instruments et des musiciens de premier ordre. De plus, dans ses compositions, John a cet art de balancer avec savoir-faire entre structure et improvisation, tout ça fait que la musique coule de source. Malgré tout, le duo reste ma combinaison préférée lorsque je travaille avec lui, car lui et moi rentrons assez profondément dans le son de l’autre. Ce nouveau disque, Apophenia, est un des exemples de cela, si bien que de temps à autre vous ne pouvez pas dire qui joue, de lui ou de moi, tant les timbres auxquels nous travaillons sortent de l’ordinaire.

Pensez-vous que ce travail se rapproche des ouvrages d’un « réductionnisme » qui semble avoir fait école dans le sillage d’AMM, ou de cette « Echtzeitmusik », appellation qui semble davantage satisfaire les musiciens concernés ?
Non. Je ne pense pas du tout appartenir à cette mouvance appelée réductionniste. Ce que je fais, et pourquoi je le fais, vient d’ailleurs, même si à première vue ce que je fais peut parfois sonner comme ce qu’il se joue à Berlin ou Londres. Je me suis intéressé à AMM à cause de leur son, cependant mon oreille rattachait ce qu’ils faisait aux concerts de musique contemporaine, celle de Feldman, Wolff et Cage. En d’autres termes, j’y suis arrivé sous l’influence de Cardew. Les premiers disques que j’ai entendus d’AMM n’avaient pour moi aucune relation avec le jazz. Plus tard, j’ai écouté d’autres disques dans lesquels j’ai entendu de lointains rapports au jazz, mais ce n’est pas ce qui m’intéressait le plus chez eux. Je ne suis d’ailleurs pas un grand fan de Jazz – avec un J majuscule. J’aime la musique de nombreux musiciens de jazz (Braxton, Sun Ra, Carla Bley, James Blood Ulmer par exemple) mais je me moque un peu de la « culture jazz professionnelle », et surtout de l’arrogance machiste qui entoure le milieu. J’ai eu la chance de jouer avec Braxton, mais je ne pense pas cette musique en termes de jazz. Le ROVA n’est pas du jazz non plus, selon moi. Dans les boutiques, on trouvera leurs disques dans le rayon jazz, mais ils devraient plutôt se trouver dans celui de la musique classique moderne. Bien sûr, ils ont collaboré avec des musiciens de jazz, mais ils ont aussi joué avec Frith et Kaiser et Terry Riley. Or, comme ils jouent du saxophone et qu’ils font une place importante à l’improvisation dans leur travail, ils sont classés sous l’étiquette jazz. Ce qui est une honte, puisque leur musique va voir bien au-delà…

En tant que compositeur, comment gérez-vous ce rapport entre écriture et improvisation ? Je compose et improvise depuis l’âge de 11 ans, et je suis intrigué par les frontières troubles qui délimitent ces deux approches. C’est ce qui m’a amené à la musique de Braxton et du ROVA, comme à certaines formes de gamelan, et à des groupes de rock comme Grateful Dead : où s’arrête la prédétermination et où commence l’intuition ? Mon opéra, I, Norton, décrit d'ailleurs ce rapport, tout comme les groupes dans lesquels je joue, Splatter Trio et Pink Mountain.

Envisagez-vous vos improvisations comme des « compositions instantanées » ou feriez-vous une nuance ? La réponse la plus simple serait de dire « oui, mes improvisations sont des compositions instantanées ». Mais il y a un petit souci avec ça… En effet, si c’est le cas, alors beaucoup d’improvisations sont de bien piètres compositions – parfois, elles peinent à être musicalement intéressantes (tous les musiciens ont leurs coups de fatigue, même Coltrane, Brötzmann, Braxton ou AMM). Une composition vous permet d’arranger les choses selon vos vœux en prenant le temps qu’il faut pour cela. Vous n’avez donc pas d’excuses si la composition est mauvaise. Ainsi, pour moi, il ne s’agit pas de créer une composition sur l’instant. Je me moque de savoir si mes improvisations sont réussies ou agréables d’un point de vue esthétique. Selon moi, improviser devant un public va voir au-delà de la déclamation artistique, cela tient davantage de la preuve de vie et même peut-être de l’affirmation politique radicale. Dans le monde dans lequel nous vivons, cela a pour moi plus de poids que, disons, d’écrire simplement une pièce de musique et de convaincre quelqu’un d’autre de la jouer.

Gino Robair, propos recueillis en juillet 2011.
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

24 novembre 2010

Muta : Bricolage (Al Maslakh, 2010)

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Ces travaux de Bricolage sont ceux de Muta, le disque est leur second. Comme sur Yesterday Night You Were Sleeping at My Place, Alessandra Rombolá (flûtes, préparations), Rhodri Davies (harpe électrique, electronics) et Ingar Zach (percussion, drone commander, scruti box), composent avec leurs qualités et leur entente.

Alors, on pourrait reprendre, pour définir cette musique d’établi, les mêmes termes qu’hier – drones encore et pièces sombres autant – auxquels ajouter les éléments d’un langage commun au vocabulaire fourni davantage et dont une roue motorisée disperse les éléments : Rombolá traînant sur le carreau quelques uns de ceux-là lorsqu’elle n’ouvre pas le corps de sa flûte à un bestiaire hurlant ; Davies progressant en discret dans sa forêt de cordes électriques ; Zach commandant tous allumages de moteurs minuscules ou transformant sa cymbale en autre machine à drones.

Célébrer pour finir la persistante angoisse enfantée par la seconde rencontre de Muta sur disque. Au mixage, cette fois, Giuseppe Ielasi : pas étranger non plus aux râles magnifiques du cerbère bricolant.

Muta : Bricolage (Al Maslakh)
Enregistrement : 8 avril 2009. Edition : 2010.
CD : 01/ Driphlith 02/ Encilion 03/ Goriwaered 04/ Hafflau 05/ Llinyn 06/ Osgo
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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