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Le son du grisli
27 mars 2017

Kevin Drumm : Elapsed Time (Sonoris, 2016)

kevin drumm elapsed time

A Chicago – la ville des vents mais aussi celle des abattoirs –, Kevin Drumm a enregistré entre 2012 et 2016 les pièces (inédites ou diffusées à peu, sur l’Hospital de Dominick Prurient Fernow par exemple) de six disques que le label Sonoris enfermait récemment dans une boîte. Sur celle-ci, une gravure de Gustave Doré (illustration de The Rime of the Ancient Mariner de Coleridge) offre au regard un navire en peine sur la mer démontée. Pour connaître un peu Drumm et avoir lu Georges Bataille, qui remarqua dans la revue Documents que « l’abattoir est maudit et mis en quarantaine comme un bateau portant le choléra », on pourra imaginer la cargaison du navire en question : bactéries, voire virus.

Or, si l’on papillonne d’une composition à l’autre – avec une désinvolture comparable à celle d’un œil balayant ce large dessin qui l’a piqué au vif –, le remuement n’est pas toujours de l’expérience. C’est la première surprise de cette somme d’enregistrements. Drumm y prend en effet le large à la barre d’une embarcation qu’il peut conduire calmement, prudemment même, et ce même quand la surface est d’huile. Et c’est en progressant qu’il charge, au fur et à mesure : bourdons (orgues, électronique), ondes diverses, souffles et sifflements, chœurs de spectres, graves profonds, enregistrements de terrain, multiples signaux et échos les réarrangeant…

Ambient industrieuse (Earrach) ou quiète (Shut-In), post-minimalisme installé (Equinox), étrange ballet ralenti (Tannenbaum, à entendre ci-dessous), classique détourné (crescendo malappris de Bolero Muter ou Vaisseau fantôme de February)… les zones que Drumm traverse sont nombreuses, à distance presque (nous fait admettre l’épatant The Whole House) toutes des épreuves bruitistes qui ont fait sa réputation. Là où il aurait pu se contenter de livrer des chutes comparables à ces « pièces et morceaux, rafistolés, sans plan, sans dessein, semblables à quelques chaos laborieux » que Georges Duhamel a regretté trouver à Chicago, Drumm a composé un paysage florissant et saisissant. Disparate, lui aussi, certes, mais cohérent ; abstrait, à sa manière, mais veiné de trajectoires le long desquelles il se réinvente. Au fond, et quitte à contraster avec le navire en perdition qu’arbore son écrin, Elapsed Time est une dérive heureuse arrangée comme de rien sur des noirs oppressants.  

elapsed time

Kevin Drumm : Elapsed Time
Sonoris / Metamkine
Enregistrement : 2012-2016. Edition : 2016.
6 CD : Elapsed Time
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

1 juin 2015

LDP 2015 : Carnet de route #15

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A l'occasion de la vingtième édition du festival Jazz in Arles, le trio Leimgruber / Demierre / Phillips improvisa en France le 21 mai 2015. Souvenirs d'Urs Leimgruber et de Jacques Demierre...

21 mai, Arles, France
Jazz in Arles

Arles hiess im Altertum Arelas oder Alrelate (kelt. „Sumpfort“), wurde von den Galliern an Stelle des ligurischen Theline gegründet und von Gaius Julius Ceasar 46. v. Chr. zur römischen Militärkolonie Colonia Julia Paterna Arelate Sextanorum gemacht. Arles gehört zu den sehenswertesten Städten der Provence und besitzt zahlreiche Überreste antiker Pracht, unter denen hervorzuheben sind: Amphitheater von Arles, um 90 n. Chr. Erbaut; Durchmesser 140 m x 103 m, mit zwei Geschossen mit ja 60 Arkaden und ca. 25.000 Zuschauern Platz bietend; im Mittelalter zu einer Festung ausgebaut, von der noch drei Vierecktürme (12. Jahrhundert) und die Arkadenvermauerung zeugen; Ab 1825 erfolgte schrittweise die Entfernung der zahlreichen Häuser im Inneren und angrenzend an das Oval; seit 1846 restauriert und gegenwärtig an Festtagen Schauplatz für Stierkämpfe. In diesem historischen Stadtteil befindet sich auch die Chapelle de Méjan, wo während dem Jahr die Vereinigung Méjan regelmässig Konzerte mit klassischer Musik und Jazz organisiert. Im Mai findet jeweils ein Jazzfestival statt. Für das Programm mit internationlen Musikern und Gruppen  sind Jean-Paul Richard und Nathalie Basson verantwortlich. Wir befinden uns in der Chapelle zur Tonprobe. Mit einzelnen Klängen, kurzen und langen Einsätzen machen wir uns mit der faszinierenden Raumakustik vertraut. Der Tontechniker räumt die Monitore weg. Wir spielen wie üblich rein akustisch. Das Licht wird eingerichtet. Anschliessend werden wir kulinarisch verpflegt. Das Konzert beginnt ohne Abtasten, mit Absicht und vollem Einsatz. Gesten und Bewegungen, die Essenz von Klängen an der Grenze des Hörbaren. Energie wird Form, Abstraktion wird Emotion, schroffes Gelände wird mikroskopische Textur. Extreme Dynamik, Stille, kraftvolle Crescendi fügen sich ein. Barre spricht in den kurzen Pausen spontan zum Publikum. Ich fühle mich auf der Bühne zu Hause. Dennoch bleibt das Konzert ein öffentlicher Akt. Das Publikum partizipiert, indem es aufmerksam zuhört. Die Leute sind enthusiastisch bis zum Schluss.
U.L.

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C'est entre deux rafales de violent mistral arlésien que nous avons réitéré, avec le même plaisir, les sons et autres actions que nous pratiquons en trio sur scène, concert après concert. Réitéré, car jamais il ne m'est apparu aussi clairement que c'est grâce au répété que nous construisons paradoxalement l'inouï de nos improvisations. Ce n'est pas en travaillant sur le neuf, sur l'inédit que la performance trouve son chemin dans l'instant, mais c'est à travers l'itération d'un certain nombre d'éléments déjà éprouvés, intégrés, automatisés, mémorisés, qu'émerge un contexte particulier, lequel, tout en accueillant l'ensemble de ces éléments performatifs connus, affiche sans ostentation mais avec évidence une originalité complète. A chaque concert, notre improvisation consiste, à travers la répétition d'un certains nombre de gestes sonores ou non-sonores, souvent associés à des fictions personnelles, en l'ouverture de nouvelles conditions de jeu qui ramèneront miraculeusement à la surface, comme autant de matériaux utilisables, d'éventuels accidents, tout ce qui peut être en rupture, tout ce qui ne fonctionne pas, ce qui est fissuré, ce qui relève de la faille. Et ce n'est pas s'ouvrir à l'imprévu, car cela voudrait dire que quelque chose était prévu. Rien n'a été planifié, aucune fin visée, ni de finalité qui impliquerait un chemin à suivre. Dans nos improvisations en trio, il n'y a pas irruption du réel au sein d'une représentation sonore, mais plutôt extension sans limite du réel. Cette extension est processus, elle est transformation infinie. Pas d'œuvre cadrée, mais une expérience du son et de l'espace qui n'existe que dans l'écoute produite du public et des musicien(nne)s.
J.D.

PS : dire aussi que c'est en fixant longuement les photos d'un spectacle de danse butho qui recouvraient les murs menant aux loges, que j'ai réussi à équilibrer ma présence et celle du Steinway & Sons, D, 554324, qui m'attendait, côté jardin, freins serrés et couvercle brillant dans la lumière d'une salle encore vide. 

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Photos : Jacques Demierre

> LIRE L’INTÉGRALITÉ DU CARNET DE ROUTE

 

12 septembre 2015

Justin Lépany : Agnes (In Redemption) (Creative Sources, 2015)

justin lépany agnes (in redemption)

Compositeur français installé à Berlin, Justin Lépany est aussi guitariste. Electrique, je précise. En tout cas sur son Agnes (In Redemption) = trois plages enregistrées tout récemment.

Si le CD sort sous l’excellente étiquette Creative Sources, on est loin d’une improvisation cérébrale et même peut-être bien pas dans l’improvisation du tout. C’est ainsi que sur la première plage, Lépany construit (Avec force delay ou chorus, à ce que j’en ai conclu) un solo de guitare qui doit autant au minimalisme US qu’au Krautrock ou à l’indus. C’est dire que, pendant 25 minutes, la pièce bouge pas mal. Accélérant le rythme des boucles de sa guitare, Lépany arrive même à nous faire croire que celle-ci nous parle (« avec des mots », je veux dire).

La suite est dans le genre d’Oren Ambarchi de Sagitarrian Domain (pour le deuxième morceau) et dans le genre dispensable (pour le troisième, qui colle divers petits jeux de guitare sans grand intérêt). Mais qu’importe la disparité d’Agnes (In Redemption), Lépany y a fait un plutôt bel effet !

Justin Lépany : Agnes (In Redemption) (Creative Sources)
Enregistrement : 2015. Edition : 2015.
CD : 01/ Agnes (in Redemption) 02/ Tügüdüdü (God of Smokes) 03/ And Raven Stole the Sun
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 avril 2015

LDP 2015 : Carnet de route #6

ldp 2016 28 mars zurich

Après Schorndorf, c'est à Zurich qu'Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips étaient attendus pour cause de Listening. Reprise du carnet de route : fin avril.

28 Mars, Zurich, Suisse
Seismogram im Sieb und Brot

And on we go - creating new spaces with sound that let our audiences live new experiences.   
B.Ph.

Seismogram“ – Konzertreihe für Experimentelles und Ungehörtes in Zürich.
Im Dezember 2011 haben junge Musiker die Reihe Seismogram zum Leben erweckt, um in Zürich eine Plattform zu bieten, die es den MusikerInnen ermöglicht ihre ganz neuen und frischen Projekte, die einem breiteren Publikum noch nicht bekannt sind, zu präsentieren. Seismogram ist eine Initiative, bei der sich die Besucher immer von neuem überraschen lassen können. Die Vielfalt an Musikrichtungen, Stimmungen und MusikerInnen ist gross und sehr abwechslungsreich. “Da wir keinen festen Ort fanden, in dem man die Reihe einsiedeln kann, haben wir bis jetzt jeweils immer die Lokalität gewechselt. Galeristen, Atelierbesitzer und Bewohner haben uns ihre Räumlichkeiten jeweils für einen Abend überlassen und zwischen den Musikern, unseren Gastgebern, unserem Stammpublikum und dem Publikum der jeweiligen Räume entstanden interessante und spannende Verbindungen“.

Die auftretenden Musiker stammen meist aus der experimentierenden und improvisierenden Szene Zürichs, aber auch aus anderen Teilen der Schweiz und Europa. So hat sich Seismogram seit 2011 zu einem wichtigen Treffpunkt und Austauschort für Musiker und Interessierte entwickelt.
Seit Februar 2014 ist Seismogram einmal im Monat im Sieb und Brot (Werkstatt für Siebdruck) an der Neugasse 145b, 8005 Zürich zu Hause. Anfahrt: Die Werkstatt befindet sich im Kreis 5 neben der Josefswiese am Ende der Neugasse im Hof hinter dem SBB-Backsteingebäude. Eine Treppe führt zum Eingang in den ersten Stock. Bus- und Tram-Haltestellen in der Nähe sind Hardbrücke, Schiffbau, Dammweg und Röntgenstrasse.

Das Konzert mit dem Trio „ldp“ findet in einem Raum der Werkstatt von „Siebundbrot“ zusammen mit einem hellwachen, mehrheitlich jungen Publikum statt. Eine besondere Begrüssung gilt der Pianistin Irene Schweizer, die als Überraschungsgast anwesend war.
Das Trio spielt einen langen Bogen, ein in der radikalsten Form gewähltes, einstündiges Konzert. Die Zuhörer sind begeistert.
U.L.

RIPPEN, bel canto, 211752. Sur le couvercle, RIPPEN, manufacture de pianos fondée à Ede, Pays-Bas, en 1926, s'affiche ainsi: RIPP N. Un vide entre sourde et nasale, une absence qui déjà fait son, une disparition qui pèse immédiatement sur ma décision de ne jouer aucun mi ce soir sur ce piano droit low cost (selon les mots de l'accordeur). Hommage lipogrammatique à la Perec pour une mécanique LANGER 80, qui, m'assure-t-il, bien que n'égalant pas les mécaniques RENNER, se laisse jouer sans problème. Un low cost qui assure, donc, mais qui ne fera pas oublier le fameux piano à queue Rippen à ceinture d'aluminium du début des années soixante.
Alors qu'aucun lyrisme ne se manifeste dans l'architecture solide et traditionnelle du piano droit de ce soir, surnommé abusivement bel canto et accueilli le jour même par Seismogram dans les locaux de Sieb und Brot, la série de cinq instantanés prise avant le repas dans le Werkstatt für Siebdruck à même la surface de la table servant de bar, comme autant de palimpsestes à forte abstraction, en dit long quant au bel canto réaliste du trio ldp et surtout à la possibilité "de penser l'art sans projet, ouvert à l'accident, à ce que l'on ne connait pas".  Je cite là Pierre Soulages, cité lui-même par Richard Jean, alias Monsieur Jean, membre du collectif sédunois L'Oeil&L'Oreille, groupe informel et résultat d'une action spontanée qui amène des individus à travailler ensemble.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

28 septembre 2015

Philippe Crab : Ridyller Rasitorier Rasibus (Le Saule)

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Un an après la parution du déjà remarquable Necora Puber, Philippe Crab réussit la gageure de lui donner une suite tout aussi passionnante. Cinquième album pour le musicien à l’humilité acérée dont la trajectoire de franc-tireur dans la dite « chanson française » s’avère suffisamment déboussolante et singulière, voire anachronique, pour réduire l’obsolète genre à une étiquette tout juste bonne à être décollée. De toute évidence, Crab ne se cherche pas délibérément une place, ne s’inscrit dans aucune filiation clairement identifiée, sinon identifiable. Il chuchote plutôt une beauté sans canon, accolée à la somptueuse évidence d’un monde en harmonie avec son esthétique. Un monde à rebours où le chanteur-guitariste remonte le temps pour accéder à des zones vierges : langue libre et rieuse, nourrie des cailloux d’Eric Chevillard et qui invente sa propre farandole de mots, accords de côté qui mettent à mal les conventions usitées, harmonies baroques qui se battent en duel, rythmiques reliées au berceau tellurique, son sans ornements qui convoque en creux quelque nostalgie folk appalachienne, collages sonores in vivo qui fouaillent le vivant… L’art s’affirme avec l’insistance têtue de ceux qui tamisent la brutalité du sens derrière la brillance de l’audace.
 
Le louable souci de Philippe Crab vise moins à élargir son audience qu’à approfondir et, simultanément, à aggraver la raison même de (se) jouer. D’un seul tenant, Ridyller rasitorier rasibus, titre qui emprunte sa substance poétique au recueil Dans la nature de Philippe Beck, chemine ainsi en trois denses étapes, durant un peu plus d’une heure. L’autre y rencontre soi-même, la quête de l’informulable rebondit sur la saisie du fugace. Se scrute dans les chansons de Crab ce qui remue et grommelle. Tortueux, le chemin fait office de savoureux périple et invite tout autant à la flânerie qu’à la découverte de saisissants impromptus. Souvent, le musicien opte pour une sorte d’épuisement, de ressassement, privilégie les motifs répétitifs, se joue de la durée. Chaque composition, jusque dans ses dérives instrumentales plus ou moins contrôlées, est question d’agencements à arbitrer, d’espaces à cerner, d’architectures à envisager. Il ne s’agit pas seulement de prendre son temps, mais d’en arracher des morceaux et de les nouer ensuite entre eux ; pas seulement de composer, ni même de décomposer, mais de bâtir un temps à soi, une cartographie sensible, celle des possibles. A l’instar du morceau sur Le Pont où l’attente de l’amoureux esseulé ouvre le monde alentour à la circulation des idées en un va-et-vient aussi envoûtant que déroutant. Crab semble bousculer les repères et étirer le temps afin de chercher une écriture qui échapperait à l’appréhension rationnelle des choses. L’intime, atteint au bout d’un long tête-à-tête, s’ouvre à des zones étrangement reculées de lui-même. Déploiement et tâtonnements hic et nunc d’un esprit vagabond qui considère la divagation et l’état second comme un délectable art de vivre.


 
Philippe Crab : Ridyller, rasitorier rasibus (Le Saule)
Enregistrement : 2014-2015. Edition : 2015.
CD / DL : 01/ Le rasoir d'O 02/ Le pont 03/ Idylle interrompue 04/ Mashuk 05/Sphère 06/ Dédier le temple 07/ MLH 08/ Lycophron 09/ Phorie 10/ Réponds 11/Un très joli ptè bois 12/Agraulé 13/ Les compagnies cycloportées 14/ Désidyllons 15/ Opulente nature 16/ Un cas banal de dissonance cognitive 17/Es tam polin 18/ Heureux les lapins
Fabrice Fuentes © Le son du grisli

25 septembre 2015

Marinos Koutsomichalis : Ereignis (Holotype, 2015)

marinos koutsomichalis ereignis

Mais dans quelles turbines Marinos Koutsomichalis (le fondateur du label Agxivatein) a-t-il passé (j’utilise le passé, car le LP a été enregistré en 2012) le Serge Modular System ? Ces deux premiers extraits du projet qu’il a engagé et intitulé « E Stato Eliminato » ne le disent pas, alors : écoute passive.

First face, c’est explosif, les expérimentations sont légion. Elles tirent dans l’espace, dérapent, bricolent une techno minimale, canardent de ces effets de micropro… Bon. Second face, c’est plus rentré. Le vinyle (mais n’est-ce pas Serge plutôt ?) craque pendant des secondes, après quoi il crépite… Il faut admettre que c’est un peu court pour ne pas dire assez décevant, en tout cas pas à la hauteur par exemple du solo ci-dessous. A ceux qui souhaitent le retour du Serge, je donnerais donc deux conseils : le Feu d'Yvan Etienne et la Terrace de Thomas Ankersmit !

Marinos Koutsomichalis : Ereignis (Holotype)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
LP : A/ Ereignis #1 – B/ Ereignis #2
Pierre Cécile © Le son du grisli

3 juillet 2015

Barney Wilen : Auto Jazz (Saba-MPS, 1968)

barney wilen auto jazz

Ce texte est extrait du troisième des quatre fanzines Free Fight. Retrouvez l'intégrale Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié aux éditions Lenka lente.

« Portrait d’un fantôme » : intitulée de la sorte, une interview réalisée en 1966 pour Jazz Magazine découvre un Barney Wilen rongé par le doute, pour qui l’adhésion au bop comme au jazz West Coast paraît loin. A l’époque, Barney Wilen joue en trio au Requin Chagrin, entouré de Jacques Thollot et d’Henri Texier (parfois remplacé par Jean-François Jenny-Clark). Il s’apprête à rejoindre, en 1968, les dandys des productions cinématographiques Zanzibar, rassemblement d’artistes à « l’innocence sauvage » parmi lesquels Philippe Garrel, Serge Bard et le mannequin Caroline de Bendern (compagne de Barney puis de Thollot, et future égérie de mai 68), tous devant beaucoup au mécénat de Sylvina Boissonnas.

Barney Wilen 1

A l’époque donc, Barney Wilen en a plein le dos du be-bop. Il le voit comme une « monoculture » paralysante dont seuls quelques-uns de ses contemporains, dont Jackie McLean et Ornette Coleman, auraient su tirer leur épingle du jeu. En fait, depuis qu’il a découvert la New Thing sur place, aux Etats-Unis, Barney Wilen s'interroge : « J’ai pris conscience de tout le travail que j’allais être obligé d’accomplir pour arriver à ce que je voulais. Au fond, la déception qui en a résulté était une réaction de paresseux. Cela m’a attristé de voir que j’avais perdu mon temps à jouer dans un certain style et que tout était à démolir et à refaire – à oublier. » Barney Wilen n’avait pas non plus la prétention de tout oublier des influences qu’il avait subies ; le sens du swing – notamment – continuant d’être primordial à ses oreilles. A ceux qui penseraient que le free jazz ne swingue pas, Barney Wilen oppose : « Ils se trompent absolument. Ils ne savent pas vraiment ce qu’est le swing. Ce n’est pas une question de tempo ni de métronome. Le swing participe plutôt de la magie… C’est une manière magique de faire ou de dire les choses telle, qu’on est toujours dépassé par ce qu’on fait. La musique, aujourd’hui, relève du magnétisme. Il en a toujours peut-être été ainsi, mais personne n’en avait pris conscience. » 

En 1966, la Zodiac Suite de Barney Wilen, enregistrée avec Karl Berger, Jean-François Jenny-Clark et Jacques Thollot, témoigne d’une nouvelle direction qu’entérine sa collaboration au Nouveau Jazz de François Tusques, que l’on retrouvera sur Auto Jazz.

Barney Wilen 2

Entre l’entretien dont sont extraits les propos cités plus haut et 1972, Barney Wilen déploie toute sa créativité. A la fois dans le free rock de Dear Prof. Leary, dont la référence au LSD et aux états de conscience modifiés est transparente ; mais aussi dans Moshi, résultant d’improvisations superposées  à des enregistrements de terrain entrepris en Afrique grâce au financement de Sylvina Boissonnas, puis sorti par Pierre Barouh sur le label qu’il avait monté avec les royalties de la B.O. d’Un Homme et une femme à laquelle il a participé aux côtés de Francis Lai.

Alors que Barney Wilen habite Monaco, il a l’idée, en mai 1967, d’enregistrer le Grand Prix, un sinistre hasard ayant fait que le pilote de l’écurie Ferrari, Lorenzon Bandini, se soit tué au cours de celui-ci. Barney Wilen, en possession de la bande faisant écho au drame, réfléchit à un spectacle total associant cet enregistrement, un quartette de jazz improvisant dessus, le film tourné sur le circuit par François de Ménil, et les effets lumineux d’Etienne O’Leary (de Ménil et O’Leary appartenant au cercle de copains rattaché aux productions Zanzibar). De l’aboutissement de ce projet, dont fut issue une représentation au Musée d’Art Moderne de Paris en 1967, est sorti un album réalisé par Barney Wilen, François Tusques, Beb Guérin et Eddy Gaumont accompagnant la fameuse bande magnétique – et témoignant de directions que le producteur Joachim-Ernst Berendt qualifia « d’art à cinq dimensions ».

Barney Wilen 3

Ce qui est offert consiste finalement en la théâtralisation d’un évènement progressant vers la tragédie. Dans Jazz Hot, Barney Wilen parle de conférer à la bande magnétique, par le biais de la musique improvisée, une « valeur mythique exemplaire ». Ce que réussit le mixage, convaincant, et comme mis à distance, de la course automobile. Dans Jazz Magazine cette fois, à propos du magnétisme évoqué plus haut, et du trio composé avec Henri Texier et Jacques Thollot : « Quand nous jouons ensemble, nous partons de malentendus, et nous finissons toujours par nous entendre. Nous partons de recherches et nous arrivons à des trouvailles. C’est cela qui est merveilleux. »

Dans le cadre du cinéma, et toujours pour Zanzibar, Barney Wilen participa, avec le batteur Sunny Murray, à la bande originale de Fun And Games de Serge Bard. On aimerait bien la voir éditée un jour : voilà qui changerait des Liaisons dangereuses et d’Ascenceur pour l’échafaud.

Barney Wilen : Auto Jazz. Tragic Destiny of Lorenzo Bandini (Saba-MPS)
Edition : 1968.
Philippe Robert © Le son du grisli / Free Fight

28 mars 2015

LDP 2015 : Carnet de route #5

ldp 2015 27 mars

Après Karlsruhe et avant un retour en Suisse (Zürich, Seismogram), Schorndorf. D'où Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips nous adressent le cinquième chapitre de leur carnet de route.

27 mars, Schorndorf, Allemagne
Klub Manufaktur

Last night the sound was so special. Of course it has to do with my ears and perception, but the space, a medium sized other-time industrial space, was instantly available to sound. It reminded me of early peyote experiences when the sounds became palpable, like putty in the hand. Plus a very positive medium-sized group of people to share the moment with us. Older people. I didn't see one young person, yet there must have been at least one, hidden amongst the long-beards. "So nice to hear you again". Really long-spending applause at the end. The sharing very special, beyond the usual waves. And a great part of what makes this type of concert a success are the people who organize it. Club Manufaktur. Volunteer folk. Werner, Andrea and the others. Giving a not small part of their lives to making their passion shareable. The local organizer is so important to us, the traveling musician-performer. The warm welcome, the right hotel, good food at the right time, the com work that over the years adds up to a room full of people to share the sounds and vibrations. The continual entrepreneurial struggle to keep the funding in tact over the years. Elements so vital to the life of the music. So dear sponsors, know that we appreciate you beyond the veil. Hugs & donuts all around.
The Black Bat spent the night at the opera.
B.Ph.

Der Konzertort „Manufaktur“ befindet sich in einem ehemaligen Fabrikgebäude. Der Raum mit seinen akustischen Voraussetzungen eignet sich hervorragend für live Musik.
Gute Freunde und Bekannte und ein aufmerksames Publikum kommen zum Konzert. Die Stimmung im Raum ist höchst konzentriert. Das Trio spielt einen extensiven ersten Teil. Nach der Pause spielt Barre Phillips ein Solo. Anschliessend fügt sich das Trio wieder zusammen, bis zum Schluss.
Zitat:
Die Spieler beobachten sich gegenseitig, nehmen Motive untereinander auf, ergänzen diese, zerspielen sie und horchen praktisch in die sich umschleichenden Töne hinein. Alles bleibt dabei aggressiv und rau, ganz frisch wie improvisierte Musik sein sollte. Trotzdem gibt es auch immer wieder Stille, ein Zurücktreten von Zweien gegenüber einem Einzelnen, wodurch hier die Balance zwischen den drei Individuen wunderbar hergestellt wird. Und dem Hörer Raum gelassen wird, zuzuhören. JAZZTHETIK
U.L.

Yamaha, P121n-Silent, E334739. La première image en pénétrant l'obscurité de la salle fut, à part la forme reconnaissable d'un piano droit, une paire de sabots, mi-bois, mi-cuir rigide, comme abandonnée face à l'instrument. Elle appartenait à l'accordeur, un homme aux cheveux longs, sympathique, chaleureux et édenté, qui semble aimer porter des chaussures de cuir souple dans ses sabots quand ceux-ci ne gisent pas de part et d'autre des pédales forte et una corda de l'instrument. "J'aime les résonances" me dit-il, " et les harmoniques", je comprends, moi aussi. Dans un geste contradictoire un peu tragique, il tenta de me convaincre que ce Yamaha vertical sonnait aussi bien qu'un piano à queue, mais qu'on ne pouvait de toutes façons pas demander l'impossible à un piano droit. J'ai tout de suite senti, au jeu, au partage des sons, que pour en avoir plus, il fallait en chercher moins. Il fallait élaguer le son du piano vers le silence et non lui ajouter une pression sonore qui allait très rapidement l'étouffer. (Je parle là de la version Yamaha P121n en mode acoustique et non en mode SILENT, où le pianiste porte un casque stéréophonique et où les marteaux ne frappent plus les cordes, mais où le mouvement des touches et d'autres paramètres performatifs sont captés par des senseurs optiques et convertis en données numériques. L'expérience d'écoute d'un concerto de Rachmaninov en mode SILENT, mais perçu depuis l'extérieur, c'est-à-dire en n'écoutant que la structure rythmique de la pièce rendue à travers la mécanique bruitiste des marteaux, est tout à fait enthousiasmante, rendant du coup parfaitement dérisoire l'espace sonore pianistique numérique proposé par la firme japonaise.)
Changer d'instrument chaque soir, comme sont amenés à le faire les pianistes, et quelque soit le type de piano envisagé, à queue, droit, toy, pose moins la question de l'instrument et de sa qualité intrinsèque, que celle du processus de perception et de la primauté qu'on lui accorde. Je dirais, avec David Dunn, que l'organisation de la perception est plus fondatrice que la manipulation des éléments matériels de base de la production du son. A chaque nouveau piano, une nouvelle stratégie d'écoute: primauté de l'esprit sur la matière ?
J.D.

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Photo : Jacques Demierre.

mail 10 years

11 avril 2015

Schlippenbach Trio : Features (HatOLOGY, 2015) / First Recordings (Trost, 2014)

schlippenbach trio features

A intervalles plus ou moins réguliers, ce vieux trio (voir ci-dessous) revient hanter nos étagères. Les vieux copains, on les connaît, on les écoute, on connait leurs mécanismes et l'on sait aussi qu’aujourd’hui ils ne vont pas fissurer la routine. Mais les vieux copains ne sont pas de vieux copains pour rien. Ils ont étoilé de noires nuits, sauvé de mornes journées. Et ils sont toujours dans la cité.

Les figures cassantes d’Evan Parker s’oublient parfois, les fusées de son vieux ténor ne possèdent plus la dureté d’antan. Mais le phrasé est toujours aussi intense, soutenu. Paul Lovens s’arrime de résonances, roule sur la peau, fusionne les métaux. Alex von Schlippenbach soutient l’espace, lui chante louanges et dithyrambes. Et si la tension du début s’est domestiquée au profit de l’attente et de la résonance, restent toujours la présence, les duos inspirés (souffle continu contre quincaillerie percussive, ténor rugueux contre frappe hirsute). Et quoi de mieux que les vieux copains pour réinventer le monde ?

écoute le son du grisliSchlippenbach Trio
Features

Alexander von Schlippenbach : Features (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2015.
CD : 01-15/ 01-15
Luc Bouquet © Le son du grisli

schlippenbach trio first recordings

Publiées à la fin des années 1970 par FMP – dont Lasse Marhaug a subtilement emprunté les codes graphiques pour composer cette couverture – sur la compilation For Example. Workshop Freie Musik 1969 - 1978, ces First Recordings (devant un maigre public) datent du 2 avril 1972. Quelques mois avant l’enregistrement de Pakistani Pomade, ils annonçaient donc le bel avenir du trio. Epais, nerveux, remuants, les premiers essais sont des tentatives qui aboutissent : fuites et déferlantes valant échappatoires, frappes sur piano et batterie contre soprano en équilibre ou ténor sifflant. Après quoi, le trio traîne sur gravats (Then, Silence) : ballade étrange (et murmurée), qui s’avèrera inspirante. 

Schlippenbach Trio : First Recordings (Trost)
Enregistrement : 2 avril 1972. Edition : 2014.
CD / LP : 01/ Deal 02/ Village 03A/ With Forks and Hope 03B/ Then, Silence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

cd

 

24 mars 2015

LDP 2015 : Carnet de route #3

ldp 2015 23 mars

Une centaine de kilomètres séparent Saint-Gall et Baden, où jouaient ce lundi soir Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips et dont se souvient la suite de leur carnet de route...

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23 Mars, Baden, Suisse
VereinJazz in Baden im Stadtbistro Isebähnli

Monday Jazz - I always felt that Monday was washing day, you know, the laundry. Interesting in Baden. Black Bat flew into the joint on its knees (yes, bats have knees), had a look aorund and said "Yeahsssss, this is a different story". I remember in the 70's doing this gig one early winter morning with Michel Portal and René Koering. It was a shortish video shoot for some off-the-wall France Télévision program. René was playing an electric keyboard. We were set-up on the platform of a suburban commuter subway train. It was rush hour, early in the morning. It was really cold, deep February. I played with thick leather gloves on. We improvised freely. And it was the strongest of those times, where you are performing for a mixture of people who are interested to check you out, curious others who are looking to see who the star is cuz there is a film crew and all the trimmings and those who are a bit aggressive because you're slowing down their movement, that I've ever had.
Monday Jazz was just a bit in that bag. I've become so spoiled. So used to performing for an audience that is on my side from the get go that when it's not like that it feels a bit strange, but a good strange. You have to dig down into those materials in you that are entirely genuine, with no artifice. It's more of a life and death situation than usual. And it's hard work. As B.B. wailed the vibrations overlaid the cold and the gloves came off and the spirits lined up in a row. Yeahssss, and the train station was just down the block.
B.Ph.

Baden (in einheimischer Mundart: [ba:de]) ist eine Einwohnergemeinde im Kanton Aargau.
Die Geschichte Badens reicht bis ins 1. Jahrhundert n.Chr. zurück, als die Römer im damaligen Aquae Helveticae die warmen Thermalquellen zu nutzen begannen. Im Jahr 1297 erfolgte die formelle Stadtgründung durch die Habsburger.
In Baden wird bis heute weiterhin gebadet. Die Stadt hat hat sich kulturell bemerkenswert entwickelt. Es gibt auch eine Jazzszene. Es gibt den Verein Jazz in Baden, der jeweils montags Konzerte im Restaurant „Isebähnli“ anbietet. Eine gute Möglichkeit an einem Ort wo gegessen und getrunken wird, musikalischen Lärm zu machen. Den einen gefällts, die andern verlassen fluchtartig den Ort. Das Konzert von „ldp“ besteht aus zwei Teilen.
Jeder spielt als Solist ein intensives Solo – Pause. Anschliessend spielt das Trio. Die Musik setzt sich mit einer gewissen Leichtigkeit wieder als Trio zusammen. Die Leute sind jetzt erst recht gefordert. Volle Ladung im Dreierpack. That’s is it, now we have to catch the train.
Ein aufmerksamer Zuhörer zum Konzert: "Einen musikalisch derart vielfältigen Abend habe ich, glaube ich, noch nie erlebt. Meine Frau übrigens war tief beeindruckt und im besten Sinn sprachlos, aber so geht es mir ja auch immer wieder…"
U.L.

K. Kawai, KG-2D, 1498720. Une fois par semaine, au Isebähnli, le public se voit proposer un repas suivi d'une écoute. A partir de la verticale du trio ldp, où depuis une quinzaine d'années se superposent trois voix solistes, se déplie ce soir-là une horizontale de trois solos juxtaposés qui articulent la première partie du concert en trois paroles instrumentalisées, celle du saxophone, de la contrebasse, et du piano. Jouer à la suite de Urs et Barre n'est pas chose anodine. Un sentiment de responsabilité, responsable de maintenir cette hallucinante qualité de l'instant que tous deux délivrent à tour de rôle dans le lieu, et, en même temps, un sentiment de plaisir intense de percevoir en soi leur jeu imprimer une urgence que sans eux vous n'auriez peut-être jamais su convoquer.
Malgré que Koichi Kawai, né à Hamamatsu en 1886 et entré dans l'industrie du piano à l'âge de dix ans, n'ait pas été chinois, mais japonais par naissance, c'est dans le mouvement même de m'asseoir au piano, que m'est revenu en mémoire le vieil adage cité par Jean-François Billeter dans son Essai sur l'art chinois de l'écriture et ses fondements que je lisais deux heures auparavant dans le train menant de Zürich à Baden : "pour partir à droite, commencer par aller à gauche ; pour descendre, commencer par monter". Mon solo avait commencé.
J.D.

b

Photos : Jacques Demierre

9 mars 2015

LDP 2015 : Carnet de route #1

ldp 2015 7 & 8 mars

Cette année, le trio ldp célèbre sa quinzième année d'existence et son doyen soufflera quatre-vingt bougies. Deux anniversaires qu'Urs Leimgruber, Jacques Demierre et Barre Phillips fêteront en différents endroits du monde où les auront menés Listening, tournée entamée le 7 mars dernier à Berne. Jusqu'en décembre prochain (promesse non contractuelle), les musiciens tiendront pour le son du grisli un carnet de route polyglotte que composeront photos, impressions et textes libres...

7  March, Berne, Suisse 
Sonarraum U64

A year, about that – Now about this, the story – Re-entering an old building, familiar from youth, what was that address? Ah, yes. And it's still warm in here. The windows aren't even dusty. Welcome welcome!
B. Ph.

Heitere Fahne is das es frächs Konzert gsi.
U. L.

Yamaha. Pas le meilleur, mais pas le pire, me lance-t-on. Aucune envie de répondre, juste observer. S’asseoir, me dire son architecture, arpenter ses cordes, prendre sa mesure. Laisser venir, croiser ma position verticale avec l’harmonie horizontale de sa table. Les premiers sons traceront le territoire.
J.D.

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8 Mars, St. Johann in Tirol, Autriche  
Artacts 15

A mountain with some holes
Fill'em with music
Crowd a crowd in there too
Festi-value you
Love it
Keep on flowing
B. Ph.

Hans Oberlächner, festival artacts, 15 Jahre Jubiläumsausgabe: Etwa jene nie versiegende Quelle, des Trio Leimgruber_Demierre_Phillips, seit 15 Jahren faszinieren die drei Charmeure an ihren Instrumenten mit ungebrochener Spontanität – welch andere Konstellation wäre wohl besser geeignet, als diese Band zu den Paten des Festivals zu erklären.
U.L.

Boston. Lassé de payer chaque fois le transport et la location, le festival l’a finalement acheté. Mais les pianos n’appartiennent à personne. J’ai l’impression que s’ils sonnent, s’ils acceptent de sonner, c’est qu’on leur a laissé leur indépendance. Méfiez-vous des “i’ sonn’ pas c’piano”.
J.D.

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Photos : Jacques Demierre

13 mars 2015

John Coltrane : Live at the Showboat (RLR, 2010)

john coltrane live at the showboat

Cette évocation de Live at Showboat est extraite du livre que Luc Bouquet a consacré aux enregistrements live de John Coltrane : Coltrane sur le vif, en librairie depuis le 6 mars.

L’un des clubs préférés de John Coltrane à Philadelphie se nomme le Showboat. Le saxophoniste y jouera une dizaine de fois au cours de l’année 1963. SI nous avons ici conservé les dates d’enregistrement proposées dans les livrets des disques, restons (très) perplexes quant à leur exactitude.

Le saxophoniste retourne à « Good Bait », composition de Tadd Dameron qu’il a souvent interprétée avec Gillespie. Rien à signaler ici, si ce n’est la justesse parfois approximative de Coltrane et un Roy Haynes imitant Elvin Jones à la perfection si bien que…

« Out of This World » est une composition d’Harold Arlen et Johnny Mercer que le quartet enregistra le 19 juin 1962 pour l’album Coltrane (Impulse). Après un début hasardeux, Trane va déborder quelque peu l’harmonie du morceau. Deux chorus du saxophoniste, ici : le premier dure dix minutes, le second huit minutes, et, dans les deux cas, grognements et débordements free se taillent la part du lion. Pour ne pas briser l’intensité du set, le saxophoniste expose très rapidement le thème de « Mr. P.C. ». Nous n’avons jusqu’ici jamais évoqué cette systématique du quartet consistant à ne pas attendre les applaudissements du public pour enchaîner très vite sur un nouveau thème. Sans doute, pour le saxophoniste, une nouvelle version de l’aller-toujours-plus-vite. Après un chorus enlevé et trépidant de McCoy Tyner – et un solo,incomplet, de Jimmy Garrison –, Coltrane et Jones (serait-ce réellement Roy Haynes ? Nous doutons de plus en plus), se livrent à un duo homérique. Sans doute le plus brûlant que nous connaissions sur cette véloce composition, dédiée, rappelons-le, au contrebassiste Paul Chambers.

« Afro Blue » est un thème de Mongo Santamaria que le quartet ne semble pas avoir enregistré en studio. Ce morceau, qui met en avant Tyner, sera joué presque chaque soir lors de la tournée européenne de l’automne 1963. On s’étonne, ici, d’un tempo anormalement lent et d’une batterie n’employant pas le rythme latin habituel (Jones ou Haynes ? Le doute persiste...). Avec ses trente-cinq minutes, cette interprétation d’ « Impressions » est l’une des plus longues que nous connaissons. Nous sont ici confirmés les témoignages de spectateurs parlant d’improvisations dépassant l’heure de jeu. Débuté au soprano, « Impressions » se poursuit par un impétueux chorus de piano. Mais ce sont les vingt-cinq minutes du solo de Coltrane – maintenant au ténor – qui sidèrent, et ce, littéralement. Inlassablement, le saxophone lance flèches et sagaies et varie les angles d’attaque tout en entretenant un déluge continu. A travers ces notes rugueuses et supersoniques pointe le cri coltranien, celui-là même qui éclatera au grand jour quelques mois plus tard.

John Coltrane : Live at the Showboat (RLR)
Enregistrement : 17 juin (?) 1963. Edition : 2010.
CD : Live at Showboat
Luc Bouquet @ Lenka lente / Le son du grisli

john coltrane luc bouquet

18 septembre 2014

Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popolo (Bronze Age, 2014)

nouveau jazz libre du québec en direct du suoni per il popolo

Membre fondateur du Quatuor de jazz libre du Québec (l’ayant certes déserté pour l’Inde en 1973), le batteur Guy Thouin ressuscitait récemment la « chose » en compagnie de deux saxophonistes, et autres vétérans : Bryan Highbloom (ténor et soprano) et Raymon Torchinsky (alto). La « nouvelle chose » rebaptisant l’ancienne Nouveau Jazz Libre du Québec.

En concert (20 juin 2013), le trio donne à entendre ce qu’est aujourd’hui le free jazz : un lot de souvenirs (de jeu, sinon d’écoutes) à réinventer sur le conseil d’une frivolité sagace. Ainsi, roulant des mécaniques sunnysiennes, Thouin dirige-t-il son trio sur une relecture de Bemsha Swing ou un air de Préfontaine (Valse à grand-mère), une danse bientôt interrompue ou une marche rapide – l’une et l’autre permettant aux saxophonistes d’en appeller à quelques figures de légende (Ayler, Coleman). Improvisant aussi, le Nouveau Jazz Libre du Québec dispense autrement sa fantaisie : combinaison de jazz débridé et de folklore bravache, soit, en effet, de quoi rafraîchir.

Nouveau Jazz Libre du Québec : En direct du Suoni per il popoli (Bronze Age)
Enregistrement : 20 juin 2013. Edition : 2014.
LP / CD : 01/ Bemsha Swingish 02/ Valse à Grand-Mère 03/ De Temps en Temps / Now and Then 05/ Tehai 06/ Thème 25ème Avenue 07/ String Theory: Dimension Dance 08/ Commun Blues / Down the Hobbit Hole
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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23 novembre 2015

Leif Elggren, Joachim Nordwall : Prepresence (Confront, 2015)

leif elggren joachim nordwall prepresence

On imagine Joachim Nordwall bien occupé : le catalogue iDEAL Recordings (Wolf Eyes, Merzbow, Anla Courtis…) à augmenter, des disques à enregistrer et des concerts à donner, et puis cet iDEAL festival à organiser. A Göteborg, le plus souvent, mais aussi à Stockholm. C’est là qu’a été attrapé, en 2011, ce concert de vingt minutes qu’il donna avec Leif Elggren.

Après s’être fait entendre face contre face (The Holy Cross Between Our Antlers), Elggren et Nordwall travaillaient donc ensemble à une musique d’un caractère ombreux – c’est le point qu’ont en commun leurs deux discographies. Sur la boîte de métal, l’autocollant noir ne fait pas mention des instruments employés par les deux hommes. On imagine une guitare électrique et un peu d’électronique.

C’est un drone parasite qui oscille, crépite, sature un peu : c’est, surtout, un tableau de massacre qui montre un homme découper une guitare à l’aide d’une tronçonneuse pendant qu’un second l’attend dans un étrange véhicule qui tourne. S’il n’est pas non plus indispensable à la discographie d’Elggren ni à celle de Nordwall, Prepesence est un document qui s’écoute avec facilité et, dans le noir, repose presque.

Leif Elggren, Joachim Nordwall : Prepresence (Confront)
Enregistrement : 28 février 2011. Edition : 2015.
CDR : 01/ Prepresence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 

12 novembre 2015

Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru, 2015)

simon whetham what matters is that it matters

La poésie de Simon Whetham n’est pas celle du quotidien (en tout cas pas le mien). Le quotidien, il l’arrache et le recompose selon son humeur. Et elle est souvent noire, sa poésie, même si elle ne s’interdit ni la distraction ni les tons pastels.

C’est d’ailleurs un bizarre de disque que What Matters is that It Matters. Car on ne sait jamais sur quel pied danser. Eh oui, Whetham peut balancer un petit air folklo' avant de déclencher une avalanche, jouter fort avec les turntables de Kiyoharu Kuwayama, faire passer un train qui décharge une ambient pop onirique, tâter d’une sorte de guitalélé pour conjurer le sort des moteurs de Ryu Hankil, modifier ses field recordings dans de gigantesques tubes à essai… La tête nous tourne, Simon.

Mais j’avoue que si What Matters is that It Matters fait l’effet d’une compil (de chutes ?) assez inégale, certains passages sont d’une bien belle beauté belle (--> Things Just Fall Where They Want to, The Innocence of Deceit).



Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Things Just Fall Where They Want To 02/ One Side of the Border 03/ What Matters Is That It Matters 04/ The Innocence of Deceit 05/ You Can’t Escape the Past 06/ The Other Side of the Border
Pierre Cécile © Le son du grisli

15 septembre 2015

Thomas Barrière : Primaire (Cassauna, 2014)

thomas barrière primaire

Thomas Barrière fait bien de prévenir « no loops no overdubs » car sa guitare à deux cous (double neck guitar, six cordes sur un manche et douze cordes sur l’autre) réserve bien des surprises (d’autant que des objets sont de la partie : EBow, walkman, pièces…).

Inspiré par toutes sortes de folklore, le guitariste fait couler une cascade de notes sur des drones sur Shemêhaza, arpège en Castafiore sur La danse des singes ou percute banal sur Crossroads, et gâche son pourtant superbe Rapaces en muezzinant de sa voix… Quand il chasse son goût pour l’exotique, on peut entendre des relents de La Monte Young ou d’Alan Licht (sur Ziqiel, sans doute le plus beau morceau de la cassette). On suivra donc l’évolution de son folk expérimental…

Thomas Barrière : Primaire (Cassauna Tape Company)
Edition : 2014.
K7 / DL : A1/ Shemêhaza A2/ Crossroads A3/ Rapaces – B1/ La danse des singes B2/ Harmattan B3/ Ziqiel
Pierre Cécile © Le son du grisli

10 juillet 2015

Cactus Truck : Seizures Palace (Not Two, 2015) / Are You FREE? (BeCoq, 2015)

cactus truck seizures palace

Pire que la tondeuse du dimanche et les cigales de l’été : le nouveau Cactus Truck (John Dikeman, Jasper Stadhouders, Onno Govaert). Le p’tit dernier se nomme Seizures Palace. Ici, ce n’est qu’éruption continue : pas de regret pour le silence. Papa Cage ne s’en remettrait pas.

Oui, c’est une bataille. C’est l’axe du brutal. Guitares cisaillantes, batterie en rebonds retors, saxophone forant le cri jusqu’à l’agonie : la morsure est fatale. Le chaos n’admet aucune reconstruction. Je ne sais comment les p’tits jeunes nomment ça : proto-noiso-préhistorico-punko-garage ? Moi, et depuis longtemps d’ailleurs, je ne sais qu’une chose : diable, que je les aime ! Après le non du peuple grec, une autre bonne nouvelle : le Seizures Palace de Cactus Truck.

Cactus Truck : Seizures Palace (Not Two Records)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ ? 02/ Will to Power 03/ Drones 04/ Fetzer 05/ Difference & Repetition 06/ Fuck You Nash 07/ One for Roy 08/ Fourth Wind
Luc Bouquet © Le son du grisli

cactus truck are you free

En trois temps – 01/ Are 02/ You 03/ FREE?, pour reprendre le nom du festival slovaque qui programma le trio ce 10 octobre 2014 –, Cactus Truck improvise et pose la question de la liberté (de jeu). Mais aussi des artifices qu’elle impose : free ascensionnel (un contrepoids – le trombone de Jeb Bishop, hier – aurait ramené à la raison le ténor de John Dikeman), colifichets « soniques » débités en repli commandé (guitare de Jasper Stadhouders là pour faire patienter le public entre deux emportements) et succession de reliefs contrastants découpés à la baguette (Onno Govaert, donc). Caractéristique d’une improvisation tonitruante, certes, mais sans grand caractère, aussi.  

Cactus Truck : Are You FREE? (BeCoq)
Enregistrement : 10 octobre 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Are 02/ You 03/ FREE?
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

31 août 2015

Easel : Bloom (Veto, 2015)

easel bloom

Le polystyrène que lacère sans relâche Michael Zerang n’y change rien : Christoph Erb et Fred Lonberg-Holm se livrent bataille. Et la bataille est longue. Leurs unissons malfaisants ne crachent que fiel et amertume. Il faudra que le percussionniste active sa quincaille rutilante et presse le pas pour que s’impose un semblant d’espace et de profondeur. Mais la colère de ce jour n’est pas prête de s’éteindre.

Revoici bruits et grincements, guitare perçante et souffles retors. Les dépôts soniques s’amoncellent, débordent. Ceci pour les deux premières improvisations du présent CD. Voici maintenant Perigan et on pourrait croire les secousses sismiques envolées : Zerang frétille comme un poisson dans l’eau. Mais sur le rivage se réveillent les vieux démons. Et saturent tous les espaces. Et ne jurent que par l’assaut, le combat. Aujourd’hui était bataille. Mais demain ?

Easel : Bloom (Veto Records)
Enregistrement : 29 avril 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Corolla 02/ Calyx 03/ Perigan
Luc Bouquet © le son du grisli

20 mai 2015

Dave Phillips, Chrs Galarreta : The Invisible Cage of Comfort (Fragment Factory, 2015)

dave phillips chrs galarreta the invisible cage of comfort

On ignore de quelle mythologie est issu le monstre que sont allés chatouiller ensemble – en relativisant l’énigme du sphinx sous l’étrange protection d’Anubis – Dave Phillips et Chrs Galarreta. L’étui de la cassette nous en donne un aperçu, quand l’écoute de la première face nous livre une estimation de sa force.

Face à la bête, deux hommes qui ne cachent pas leur fascination pour l’animal lové en eux. Ensemble (Bâle, 31 mai 2014) : When the Domestic Animal Burns, sur lequel le duo peint une bataille dans le même temps (celui d'une chute magnétique appelée à électrocution) qu’il lutte ; ou séparément (même lieu, même date) : Ecdysis : une respiration faible puis une aussi faible voix de gorge chassées bientôt par des bruits de scanner et de moteurs graves.

Le contraste entre la première et la seconde face est criant, sans doute nécessaire à Phillips et Galarreta au point d’être la clef des façons qu’ils ont d’inquiéter les esprits, avant de reprendre les leurs.

Dave Phillips, Chrs Galarreta : The Invisible Cage of Comfort (Fragment Factory)
Enregistrement : 31 mai 2014. Edition : 2015.
K7 : A/ The Invisible Cage of Comfort B/ Ecdysis
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

9 juillet 2015

Meridian : Tuyeres (Caduc, 2015)

meridian tuyeres

Pour mieux faire trembler le rayon qu’ils occupent, celui des usineurs sur tambours, Tim Fenney, Nick Hennies et Greg Stuart (entendu souvent avec Michael Pisaro) ont choisi l’association. S’il ne fut d’abord que Hoquet (Accidie Records, 2013), l’art de Meridian donne aujourd’hui dans la confection de Tuyeres.

Puisque la chose concerne la production d’énergie cinétique, le trio transforme de premiers soubresauts en rumeurs circulaires que semblent (semblent peut-être seulement) nourrir de légers feedbacks. Le vrombissement est maintenant installé, qui berce les percussionnistes et finit même par les endormir : sur un geste, le premier moteur s’éteint donc sous l’influence d’un autre, plus imposant, qu’il a généré.

Au troisième temps, Meridian repart : un de ses percussionnistes bat le tambour, un second frappe avec plus de conviction quand le dernier balise le parcours à distance. De la somme de trois martèlements, un grincement approche de temps à autre, qui transforme l’épreuve en nouvelle berceuse agitée. Puisque c’est dans le contraste que Meridian soigne sa balistique minimaliste.  

Meridian : Tuyeres (Caduc)
Enregistrement : mai 2014. Edition : 2015.
CDR : 01-03/ Tuyeres
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

18 août 2015

Hypercolor : Hypercolor (Tzadik, 2015)

hypercolor hypercolor tzadik

Punk ici ? Que nenni ! Mais quelques autres flirts : fusion, hendrixomanie, frisellomanie… Et puis faire et refaire suivant les vieux codes du rock with guitar hero : ne pas trop déranger les rythmes, inspecter quelques traverses musclées (Ernesto, Do You Have a Cotton Box?), redoubler d’énergie (Palace) et chuter dans quelque antre progressif (Little Brother).

Mais, et là est le mérite d’Hypercolor (Eyal Maoz, James Ilgenfritz, Lukas Ligeti) : ne jamais brouiller les cartes, ne jamais chercher à persuader qu’une modernité est en marche. Rester ce que l’on est : un combo rock with guitar hero (je sais, déjà dit). Et comprendre, pourquoi, le jeu de Lukas Ligeti en des sphères bien plus improvisées et innovantes qu’ici, nous paraissait si chargé, limite surchargé.

Hypercolor : Hypercolor (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2015.
CD : 01/ Squeaks 02/ Chen 03/ Forget 04/ Ernesto, Do You Have a Cotton Box? 05/ Glowering 06/ Palace 07/ Far Connection 08/ Transist 09/ Little Brother 10/ Quixotic
Luc Bouquet © Le son du grisli

4 août 2015

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : You Will Not Be Pressed to Buy (Shih Shih Wu Ai, 2012)

the milo fine free jazz ensemble you will not be pressed to buy

Si Earlier Outbreaks of Iconoclasm revenaient sur les premières années du Milo Fine Free Jazz Ensemble (1976-1978), ce double disque consigne deux enregistrements récents : concerts donnés en 2011 à la West Bank School of Music en compagnie de la vocaliste Viv Corringham et du cornettiste John O’Brien.De quoi faire passer l’Ensemble non plus pour un duo mais pour un grand groupe de trois, et aussi changer les formes qu’il improvise.

Le 1er avril, Fine et Gnitka se produisent avec Corringham qui, à ses vocalises, ajoute un peu d’électronique. L’échange est vif mais la théâtralité de l’invitée – comme sur ce Senilità publié plus tôt par Emanem – plombe l’ensemble des cinq pièces données ce soir-là.  

« Loin du jazz, loin du rock, loin des douceurs », disait hier Luc Bouquet. C’est aujourd’hui (ou presque) la même chose : avec O’Brien, le 7 octobre de la même année, l’Ensemble alterne les façons de faire, qui conservent quand même quelques points communs : nervosité, diversité, éclat. Auprès du duo, O’Brien sait se faire entendre : son souffle est même porteur de surprises qui, de l’ensemble, augmente l’art. 

The Milo Fine Free Jazz Ensemble : In Concert at the West Bank School of Music (Shih Shih Wu Ai)
Enregistrement : 1er avril & 7 octobre 2011. Edition : ?
2 CD : CD1 : 01/ 4111T1 02/ 4111T2 03/ 4111T3 04/ 4111T4 05/ 4111T4 05/ 4111T5 – CD2 : 01/ 10711T1 02/ 10711T2 03/ 10711T3 04/ 10711T4 05/ 10711T5 06/ 10711T6
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

3 août 2015

Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at the Bimhuis (TryTone, 2015)

oguz buyuberber simon nabatov gerry hemingway live at the bimhuis

Tensions, détentes, crescendos, decrescendos : comment en sortir ? En trente et une petites minutes, un trio (jeune de deux années) désire aller plus loin, plus profond que la fois précédente. Quoi de plus logique ?

Le clarinettiste Oğuz Büyükberber impose lacets et tension en début d’improvisation. Le chemin est accepté à mi-notes par ses deux partenaires. Mais la porte d’entrée se dérobe. S’entament des amorces, s’essayent des couleurs. On sentirait presque batteur et pianiste gênés par ce début d’improvisation en roue libre.

Tous bataillent pourtant. Resserrant le mouvement, Gerry Hemingway pénètre un rythme bancal et néanmoins rassembleur. Voici donc la clé. Simon Nabatov peut maintenant convulser sans retenue. Duo piano-batterie puis solo de clarinette basse : le faux pas est écarté. Le naturel se porte large. Une marche de guingois peut même surgir sans que l’on crie au blasphème. Fin.

Oğuz Büyükberber, Simon Nabatov, Gerry Hemingway : Live at Bimhuis (Trytone)
Enregistrement : 2012.  Edition : 2015.  
CD : 01/ 21-9-12
Luc Bouquet © Le son du grisli

20 juillet 2015

Lukas Ligeti, Thollem McDonas : Imaginary Images (Leo, 2014)

lukas ligeti thollem mcdonas imaginary images

Codes et usuels du langage improvisé au vestiaire, Lukas Ligeti (batterie) et Thollem McDonas (piano) s’offrent quelques blocs sportifs, limite démoniaques. Le premier précise sa direction : jeu rejetant finesse et vibration au profit d’un foisonnement sec, mâtiné d’un désir constant de pousser la saturation en de hautes sphères. Intégrant une figure rythmique pour aussitôt la rejeter, c’est lui qui le plus souvent pousse son partenaire à fouetter la trame.

On sait ce dernier soûlant de virtuosité vaine. On le découvre ici plus que supportable. Intimidant le trait, jamais en reste dans le cluster assassin, on lui donne ici mention honorable. Et espoir pour la suite. Parce que plusieurs fois hors sujet et dégageant les habitudes de jeu (sans jamais les pulvériser toutefois), Ligeti et McDonas donnent beaucoup à espérer. A suivre…

écoute le son du grisliLukas Ligeti, Thollem McDonas
Imaginary Images (extrait)

Lukas Ligeti, Thollem McDonas : Imaginary Images (Leo Records / Orkhêstra International)
Edition : 2014.
CD : 01/ Dark Correspondance 02/ Minds Fill In 03/ Whisper Stream 04/ Reflexivities 05/ Connecting Thoughts 06/ Advance in Standstill 07/ The Gravity of Up
Luc Bouquet © Le son du grisli

22 juillet 2015

Paul Dunmall, Tony Bianco : Homage to John Coltrane (Slam, 2015)

paul dunmall tony bianco homage to john coltrane

Est-ce le souvenir d’Interstellar Space qui rapprocha un jour Paul Dunmall et Tony Bianco autour de compositions de John Coltrane ? C’est en tout cas le troisième hommage que le duo rend au saxophoniste – après Thank You John Coltrane et Tribute to Coltrane. Et l’inspiration est la même, qui le travaille.

Deux fois en 2013 (Café Oto le 16 juillet et Delbury Hall de Shropshire le 7 novembre), Dunmall et Bianco révisaient donc leur classique avec une implication fiévreuse. Si ce n’est sur l’imposante texture filée d’Alabama, la batterie est sémillante et ses emportements comblent les attentes d’un ténor – abandonné deux fois pour une flûte en introduction de Psalm et un saxello sur My Favorite Things – dont Coltrane jadis dessina les (pour ne pas dire « décida des ») desseins.

Qu’ils ne gardent du thème qu’un court motif prétexte à inventer autrement (Giant Steps, Sunship…) ou approchent les versions originales avec plus d’égard (Central Park West, Alabama…), Dunmall et Bianco entretiennent la flamme avec, toujours, la ferme intention d’inventer « par-dessus ». The real risk is in not changing, avertissait en son temps Coltrane. Paul Dunmall et Tony Bianco, sur du Coltrane pourtant, confirment.

Paul Dunmall, Tony Bianco : Homage to John Coltrane (Slam / Improjazz)
Enregistrement : 7 novembre 2013 & 16 juillet 2013. Edition : 2015.
2 CD : CD1 : 01/ Ascension 02/ Resolution 03/ Central Park West 04/ Transition 05/ Psalm – CD2 : 01/ Ogunde/Ascent 02/ Naima 03/ The Drum Thing 04/ Sunship 05/ Giant Steps 06/ Expression/Affirmation 07/ Alabama 08/ My Favorite Things
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

john coltrane luc bouquet lenka lente

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