Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Simon Whetham : Against Nature (Crónica, 2016) / Contrivance (1000füssler, 2015)

simon whetham against nature

Une façon peut-être de s’éloigner du field recording pur… Simon Whetham joue ici contre nature : cinq fois, à partir de sons attrapés en compagnie d’Agder Kunstsenter en Norvège entre octobre et novembre 2013.

La branche sur laquelle il se pose n’est donc plus réaliste : pas concrète non plus, puisque l’électronique la travaille. Souffles endurants, rumeurs électriques, signaux alternatifs, plaintes animales ou céramiques, trembleurs de toutes sortes : dans le matériau qu’il trouve et transforme, Whetham trouve toujours de quoi composer – et même, étonner (dernières minutes d’Against Nature [3]). Avec un naturel, justement, confondant.


against nature

Simon Whetham : Against Nature
Crónica Electronica
Edition : 2016
CD : 01-05/ Against Nature [1] – Against Nature [5]
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



simon whetham contrivance

C’est un petit disque (22 minutes), mais aussi ce qu’il reste d’une installation : « Found Sound Materials », que l’on put (façon de parler) voir et entendre en Corée en 2014. Est-ce le bruit que fait cette cage illuminée de couverture en réponse aux allées et venues qui la frôlèrent ? Ce qui est certain, c’est qu’elle respire : industrieusement, et son souffle rejoint les vents qui la transpercent. De ces présences qui rôdent (en plus de la sienne), Whetham tire des chants autrement saisissants. Peut-être davantage, d’ailleurs, que ceux d’Against Nature.

contrivance

Simon Whetham : Contrivance
1000füssler
Enregistrement : 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Contrivance
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru, 2015)

simon whetham what matters is that it matters

La poésie de Simon Whetham n’est pas celle du quotidien (en tout cas pas le mien). Le quotidien, il l’arrache et le recompose selon son humeur. Et elle est souvent noire, sa poésie, même si elle ne s’interdit ni la distraction ni les tons pastels.

C’est d’ailleurs un bizarre de disque que What Matters is that It Matters. Car on ne sait jamais sur quel pied danser. Eh oui, Whetham peut balancer un petit air folklo' avant de déclencher une avalanche, jouter fort avec les turntables de Kiyoharu Kuwayama, faire passer un train qui décharge une ambient pop onirique, tâter d’une sorte de guitalélé pour conjurer le sort des moteurs de Ryu Hankil, modifier ses field recordings dans de gigantesques tubes à essai… La tête nous tourne, Simon.

Mais j’avoue que si What Matters is that It Matters fait l’effet d’une compil (de chutes ?) assez inégale, certains passages sont d’une bien belle beauté belle (--> Things Just Fall Where They Want to, The Innocence of Deceit).



Simon Whetham : What Matters is that It Matters (Baskaru)
Enregistrement : 2012. Edition : 2015.
CD : 01/ Things Just Fall Where They Want To 02/ One Side of the Border 03/ What Matters Is That It Matters 04/ The Innocence of Deceit 05/ You Can’t Escape the Past 06/ The Other Side of the Border
Pierre Cécile © Le son du grisli

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Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency, 2014)

simon whetham from the mouths of clay

Début 2013, Simon Whetham était en Colombie, la Casa Tres Patios de Medellín l’ayant invité à faire le voyage. Entre autres occupations, il parcourut le Museo Universitario de la Universidad de Antioquia, prélevant dans l’espace de quoi composer – et faire « parler les silences » – avant de s’intéresser de plus près à un lot d’urnes funéraires (préhispaniques, sinon récentes encore).

Inspiré par les anciens travaux d’Alvin Lucier, Whetham enregistre l’ « âme » des récipients d’argile pour y diffuser ensuite les rumeurs qu’il y a trouvées, en somme les remplir des rumeurs amplifiées. Au fond de chaque urne, non pas un œil mais la bouche promise, dont la langue est d'un surréalisme confondant : résonances arrangeant en surface sifflements, bourdons, frottements et crépitements. En seconde face, Alejo Henao et Miguel Isaza enrichissent ce ballet flottant d’autres discrétions, extraites d’antiques instruments de musique. Voilà le souvenir à conserver du passage de Whetham à Medellín, assez saisissant pour espérer que les images de l’installation présentée à la Casa Tres Patios nous parviennent un jour.  



Simon Whetham : From the Mouths of Clay (Helen Scarsdale Agency)
Enregistrement : janvier-avril 2013. Edition : 2014.
Cassette : A-B/ From the Mouths of Clay
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Simon Whetham : Never so Alone (Cronica, 2012)

simon whetham never so alone

Simon Whetham a séjourné en 2010 dans la ville de Pessoa et de Monteiro. Il en a rapporté Never so Alone, des enregistrements environnementaux qui révèlent ce que de Lisbonne il a entendu, vu, senti…

Mais c’est une Lisbonne rêvée et abstraite que Whetham s’attache à peindre. Ses chimères prennent leur source dans les eaux du Tage et dans les ruelles qui, telles des artères fantastiques, ont mené l’Anglais jusqu’au cœur de la ville. Never so Alone renferme ses battements et laisse filtrer des présences – des oiseaux, des hommes en conversation, des prêtres en célébration, qui forment un monde qui cale ses chuchotements sur un ballet de vapeurs blanches, grises et noires. Lisbonne postmoderne, Lisbonne vibrante, Lisbonne à cœur ouvert. Telle est l'inoubliable Lisbonne de Simon Whetham.

EN ECOUTE >>> Interlude, Lifesigns/Ashcloud

Simon Whetham : Never so Alone (Crónica Electronica)
Enregistrement : avril 2010. Edition : 2013.
CD : Never so Alone
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Störung : Sound & Visual Art (Störung, 2012)

störung sound & visual art

Le propos du Störung Festival de Barcelone est explicite, que rappelle le titre de ce DVD augmenté d’un livre : Sound & Visual Art. A l’intérieur, onze collaborations audiovisuelles reviennent sur la neuvième édition du festival. Pas toutes convaincantes : lorsque pêche l’électronique (D-FuseXX+XY Visuals And Sound Art Project, Asférico, Andy Guhl) l’image n’a pas toujours la force de nous le faire oublier.

Pour ce faire, on peut néanmoins compter : sur Anla Courtis, dont les voix ralenties et étouffées sous cloche illustrent les images sépia de fantômes en goguette ; sur Francisco López, dont la spatiale création réagit au noir et blanc de Paul Prudence ; sur Kim Casone qui, à l’image et au son, promène un homme en forêt sombre le temps de conter une histoire dont on déplore la brièveté ; Simon Whetham, enfin, qui manipule de grands vents sur un paysage inventé par Hugo Olim. Quatre musiciens sauvent ainsi la rétrospective : au point de permettre qu’on l’écoute seulement.

Störung : Sound & Visual Art (Störung)
Edition : 2012.
DVD : 01/ D-fuse : Gradualism #01 02/ Dextro & AM : 26_071 Auda 03/ S. Brauer, S. Subero & Alan Courtis : Malabia bla bla 04/ P. Prudence & F. López : Hydro-organic Machine Study 05/ Kim Cascone : Black Flame 06/ XX+XY Visuals and Sound Art Project : Mater States 07/ Aleix Fernández & Asférico : Shapes 3.0 08/ Andy Guhl : Laptop-condensored 09/ Hugo Olim & Simon Whetham : Rhizoid 10/ Elufo & Asférico : Fuerza Natural II 11/ Diego Alberti & Federico Monti : Untitled 09
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Interview de Simon Whetham

 Whethamsli

Artiste sonore qu'inspirent les field recordings (disques publiés sous étiquettes Gruenrekorder, Entr’acte, Touch…), Simon Whetham publie ces jours-ci sur Dragon’s Eye Recordings Prayers Unheard, récit sonore et réinvention d’un récent séjour à Cracovie. Intéressant au point de le passer à la question…

Quels ont été vos débuts en musique ? Eh bien à 18 ans, j’ai commencé à jouer de la batterie, ensuite de la guitare parce que je tenais à écrire des chansons. J’ai joué de la guitare pendant une vingtaine d’années et j'ai fait partie de nombreux groupes mais à la longue ça m’a un peu fatigué, j’étouffais au sein d’un groupe… Je voulais aussi faire quelque chose de plus abstrait, sans rythme défini, sans mélodie, même si je ne savais pas par où commencer jusqu’à ce que je découvre le field recording.

Comment présenteriez-vous Prayers Unheard ? Quelle place a ce disque dans votre discographie ? Je pense que Prayers Unheard est un disque important pour moi dans la mesure où j’ai, en plus des field recordings, utilisé pour la première fois des signaux radio captés dans un endroit spécifique comme matériau brut pour mes compositions. Après avoir composé Lightyears, une commande qui m’avait été faite et dans laquelle j’utilisais presque exclusivement des éléments musicaux, j’ai commencé à réfléchir aux ondes radio qui nous assaillent sans arrêt et à leurs conséquences dans le même temps que j’élaborais des sons à partir de microphones. Ces vibrations nous atteignent très subtilement et il est possible de se servir de celles-ci si tant est qu’on possède le matériel adéquat, les amplifier, les décoder… Prayers Unheard m’a aussi fait me rendre compte combien mes propres réactions, mes émotions à un environnement, avaient un effet sur mon travail. Il ne s’agit pas de transposer sur disque un enregistrement de sons venus d’une rue de Cracovie mais plutôt de créer une musique qui soit directement en lien avec Cracovie et aussi le fruit de mon expérience personnelle, dans laquelle trouver ma façon de voir les choses et mes émotions. 

En écoutant ce disque, j’ai parfois pensé à Gershwin et d’autres fois à Gavin Bryars… L’un et l’autre sont-ils des influences ? Je ne connais pas bien Gershwin, mais ce que je sais de lui a ce même caractère émotionnel ; quant à ma connaissance de Bryars, elle est très approximative. J’ai du mal à me sentir concerné par certains de ses travaux, comme si je n’arrivais pas à les comprendre, comme s’il me fallait rechercher le pourquoi de chacune de ses propositions… J’espère que mon propre travail ne demande pas ce genre de contexte ou d’arrière plan… Pour ce qui est de mes influences, c’est un sujet délicat pour moi étant donné que j’essaye de laisser le matériau donner forme à mon travail… J’ai pu aborder quelques pièces en pensant « tiens, j’aimerais être assez silencieux ici, ou minimale », mais une fois que tu commences à travailler avec les sons, ça devient à chaque fois totalement différent !

Comment alors avez-vous « rencontré » le field recording ? J’ai dû lire quelque chose à son sujet sur le site internet Epitonic. Le terme m’a intéressé alors que j’étais sur le point de rejoindre trois artistes visuels à l’occasion d’un voyage de recherche en Islande. Ils partaient avec des caméras pour collecter du matériau pour leurs travaux et ça m’a parlé, en tant que musicien, de faire de même avec des sons. J’avais alors un lecteur / enregistreur minidisc, un pré-ampli externe et un micro AKG : je me suis mis à grimper près de cascades, de glaciers et sur des baleiniers, afin de collecter tous ces sons… La première idée était d’utiliser ces enregistrements comme point de départ pour des compositions d’ambient, mais après avoir écouté ce que j’avais enregistré – à l’époque, je ne vérifiais même pas ce que j’étais en train d’enregistrer – j’ai compris que ces sons formaient la bande-son idéale de mon voyage, de ces expériences. J’ai à cette époque aussi découvert le Weather Report de Chris Watson dans une boutique de disques de Reykjavik, 12 Tonar, ainsi que des enregistrements de Lawrence English dont je n’avais jamais entendu parler jusque-là. Des enregistrements environnements sur CD ! Ca a été un grand tournant dans ma vie !

Qu’est-ce que pourraient réussir à dire les field recordings que ne pourraient pas dire d’autres formes d’instruments ? Pour moi, j’aime avant toute chose la chasse aux sons – sortir dans un endroit avec plusieurs types de micros et voir ce que je peux y trouver. J’aime aussi beaucoup l’inattendu – tu peux penser qu’approcher un micro d’un certain type d’objet créera un son incroyable, et puis rien… Alors, tu vas voir un autre objet, près du premier, et là tu entends un son complètement fou que personne d’autre que toi ne peut entendre à ce moment précis. Cela me fait souvent sourire, et même parfois rire aux éclats !

Sur votre site internet, vous parlez de « Sound Model Making Design »… Mon site parle de mes trois champs d’action, même si je m’occupe moins de design ces temps-ci. Je suis aussi maquettiste, mais ma pratique sonore est ma véritable passion.

Vous travaillez aussi en collaboration avec des artistes à l’occasion d’installations…  Votre approche musicale est-elle différente dans cette optique ? J’ai en effet beaucoup travaillé avec des artistes, et la liste s’allonge sans cesse. J’ai une exposition itinérante qui s’appelle Active Crossover et qui m’a permis de collaborer avec Douglas Benford, Iris Garrelfs, Paul Khimasia Morgan, Charlie Romijn, Michael  Blow, Felicity Ford, KIWA, Maksim Shentelev, Andi Chapple, Rowan Forestier-Walker, Dominic Lash, Sound Meccano, Cheapmachines, Martin Franklin, Ian Murphy, Toomas Thetloff, Jonathan Coleclough, John Grzinich, Dylan Nyoukis, Alexander Thomas, Mark Durgan, Joined By Wire, Shawn Pinchbeck, Jez riley French, Daniel Jones, Colin Potter et Joseph Young… Ce projet présente l’état actuel de mon travail, mes réactions aux différents endroits où il a été monté ainsi que mes diverses collaborations. L’exposition est faite de telle sorte que vous pouvez soit écouter mon travail isolément, soit vous focaliser sur celui des artistes invités ou encore voir ce que donne la rencontre des deux dans un troisième espace, ces créations qui évoluent sans cesse.

Vous avez écrit : Dans mon travail, j’essaye d’amener l’auditeur à faire attention à des sons que l’on ne remarque pas d’habitude. En tant qu’amateur de sons, quelle votre idée du silence ? Je ne suis pas sûr que cette chose existe…. Et c’est tant mieux !

Simon Whetham, mars 2011.
Héctor Cabrero @ Le son du grisli

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Simon Whetham : Prayers Unheard (Dragon's Eye, 2011)

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Il arrive aux disques de faire l’effet de villes ou de quartiers qui plaisent alors qu’on ne s’y attendait pas. On était venu là on ne sait pourquoi et nous voici sous le charme d’une rue, d’une façade, d’un bâtiment quelconque. C’est l’effet que fait Prayers Unheard de Simon Whetham, un artiste sonore anglais qui s’est amouraché des field recordings.

Grâce à eux, il raconte ce qu’il a vu ou ressenti à l’occasion d’une promenade. Ici, c’est Kazimierz, l’ancien quartier juif de Cracovie. Ici, c’est Prayers Unheard & ici l’abstraction est totale et belle à ce point qu’on en sort convaincu qu’une grande symphonie peut être abstraite. Comme si Gavin Bryars interprétait minimalement le Jüdische Chronik de Chostakovitch. Ces chants sont dramatiques parce que ravagés par l’espoir dans le même temps qu’ils sont voués à se taire.

Prayers Unheard quant à elles vous montent à la gorge à force de tocsins étouffés, de vents et d’aigus électroniques. Une oppression qui chavire, un violon lointain qui vous rappelle que le chant des oiseaux (que l’on entend aussi) n’est pas le plus courageux de tous. Est-ce maintenant un bout de Stormy Weather qui s’infiltre avant que des pas vous ramènent à votre point de départ : celui à partir duquel vous avez commencé à découvrir le Monde. Celui que vous retrouverez pour renouer avec votre innocence.

Simon Whetham : Prayers Unheard (Dragon’s Eye Recordings)
Edition : 2011.
CD : 01/ Part First (An Uncertain Distance) 02/ Part Second (Paths, Crossing) 03/ Part Third (The Chamber)
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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