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Le son du grisli
17 juillet 2015

Enema Syringe : Upshutlenvolte (Fragment Factory, 2014)

enema syringe ipshutlenvolte

Ce n’est pas le catalogue de nez de la pochette qui m’aurait détourné de ce 33 rpm un tiers (rounds per minute = tours par minute, et là dans ta tête tout s’éclaire !) de l’Enema Syringe de Kai Parviainen dont j’avais loué (mais sans l’écrire, étant alors trop jeune) le Bögens Massage Institut du label Ultra Eczema.

D’autant qu’en dos de couv’, il y a cet enfant obèse qui me sourit (j’ai toujours eu un faible pour les enfants obèses) et cette femme qui fume qui pense (la contrepèterie de cette phrase donne la même phrase, ce qui ne lasse pas de m’abasourdir). Sur la A, de face, il y a marqué « (infinite version) » sous la pièce number 2 (En Krullig Mongoloid). Parce que ce ne serait pas moins bon que de laisser tourner pour toujours ces voix / beats / scratchs… de chanson indusbuzz.

Mais sur la B, de face, c’est un beat happening qui recadre tout le vinyle rond de la chose. Du genre techno facile mais qui lâche des pointes qui font mal sous l’effet de la centripète force (ne voyez là aucune malice). C’est donc presque musical, cette fois. En tout cas, ça marche pareil… Et (tenez-vous bien) tout ça enregistré en 1987. C’était une belle année, 1987…

Enema Syringe : Upshutlenvolte (Fragment Factory)
Enregistrement : 1987. Edition : 2014.
7’’ : A1/ Upshutlenvolte A2/ En Krullig Mongoloid (Infinite Version) – B/ Rytmarantz
Pierre Cécile © Le son du grisli

28 juin 2015

Mike Osborne : Dawn (Cuneiform, 2015)

mike osborne dawn

Derviche tourneur de la scène improvisée britannique, Mike Osborne assiégeait deux tournis : celui de son phrasé empli de hautes spirales et celui de sa propre schizophrénie, cette dernière l’éloignant à partir des années 1980 du circuit jazz. Pour l’heure, nous sommes en 1970 et l’altiste attaque les aigus à la base.

La phrase refuse de s’arrêter, le looping est dolphyen (Scotch Pearl), l’harmolodie parfois colemanienne (TBC) et la ritournelle épisodiquement aylérienne (1st). Ne pouvant que constater l’intensité des manœuvres, Harry Miller et Louis Moholo s’accrochent à l’insaisissable, s’en sortent à merveille.

Quatre ans plus tôt, toujours aux côtés d’un John Surman barytonnant sans conviction, du fidèle Miller et d’un vibrant Alan Jackson, l’altiste – toujours sans pianiste – cherchait à embrayer la boite aux lyrismes secs avant d’y échouer. Puis, tous ensemble, trouvaient dans l’Aggression de Booker Little le chemin des vives clairières. Moments magiques et documents précieux, cela va de soi.

Mike Osborne : Dawn (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966 & 1970. Edition : 2015.
CD : 01/ Scotch Pearl 02/ Dawn 03/ Jack Rabbit 04/ TBC 05/ 1st 06/ TBD 07/ Seven by Seven 08/ And Now the Queen 09/ An Idea 10/ Aggression
Luc Bouquet © Le son du grisli

29 mai 2015

Padna : Alku Toinen (Aagoo / Rev. Lab., 2015)

padna alku toinen

C’est la tristesse du monde (qui dit mieux ? ses catastrophes !) qui met Padna (Nat Hawks, dans le civil) au travail et qui inspire sa musique. Mélancolique, pour sûr, ce petit pianognangnan égaré dans l’espace. Défaitistes, ces voix perdues parmi des clouds de notes synthétiques… Accablés, ces field recordings ou ces citations musicales…

Mais résumer Alku Toinen à la gentille tristesse qu’il diffuse serait bien dommage. Car parmi ses sept exercices de pop expérimentale, l’album contient de petits moments de grâce qu’on attendait (presque) plus dans le champ de l’electronica. Et c’est comme ça que la rencontre de Battles et de Clara Rockmore éclate en bulles d'ambient légère. Avis donc aux amateur d’éclaircies.   

Padna : Alku Toinen (Aagoo / Rev. Lab.)
Edition : 2015.
CD / LP : 01/ Horse (As Sung by Fae Jur) 02/ Wolhee 03/ Praire Pine 04/ River Divination/Murmured Parting 05/ Threatening Weather 06/ Pinao 07/ China
Pierre Cécile © Le son du grisli

2 juin 2015

Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY, 2015)

herbert distel travelogue

Le voyage, en train notamment, remue l’œuvre sonore de l’artiste suisse Hebert DistelDie Reise (1985), La Stazione (1990), Railnotes (2003) sont les noms des disques publiés par le passé par hat ART et hatOLOGY. Sur Travelogue, des sons que lui et sa femme, Gil, ont attrapés entre 1984 et 1990 racontent aujourd'hui un départ et un voyage (première plage), une arrivée enfin (seconde plage).

Un grand signal, et c’est l'envol. Or, l’auditeur reste à quai. De là, devra se faire une idée du voyage au son de rumeurs lointaines, surtout, d’éléments qui résonnent dans le hall. Peu commun, celui-ci, puisque Distel l’a au préalable changé en surface sur laquelle faire tourner (ce sont là beaucoup de boucles) des appels sortis de maigres enceintes, le chant d’une faune urbaine (quasi fossiles incrustés dans l’architecture métallique) ou le bruit de moteurs minuscules.

Sous cloche, l’artiste organise donc un nouvel espace dans lequel diffuser une berceuse inquiétante, double pièce d’ambient concrète aux airs parfois d’électronique étouffée, qui aide à imaginer de quoi retourne le voyage. Avec une distance fabuleuse.

Herbert Distel : Travelogue (hatOLOGY)
Enregistrement : 1984-1990 / 2014. Edition : 2015.
CD : 01/ Departure and Journey 02/ Arrival
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

21 mai 2015

Cortex : Live! (Clean Feed, 2014)

cortex live

Quelque chose est donc resté de l’Ornette des débuts. Ce petit quelque chose se retrouve dans le quartet sans piano de Cortex. Dans la forme, bien sûr, parfois dans le fond. Une solide rythmique (Ola Høyer, Gard Nilssen), un cornettiste (Thomas Johansson) poussant quelques intonations peterevansiennes ici, exhumant un improbable West End Blues free ailleurs, un saxophoniste (Kristoffer Alberts) enserrant l’espace de son ténor rocailleux : Cortex ne joue pas toujours le jeu de la survivance.

Souvent se croisent des tempos détendus, retenus ; parfois les cuivres menacent de collision ; un embarbouillé rythme latin s’impose et glisse vers d’autres figures. Car Cortex est passé maître dans l’art d’enchâsser les formes, d’apaiser les transitions. Et dans ces moments précis, la chaude contrebasse d’Ola Høyer emprunte à Charlie Haden quelques bienveillants mimétismes. Le tout avec souplesse, conviction et inspiration.

Cortex : Live! (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Opening 02/ Cerebrum 03/ Endorphin 04/ Gray Matter 05/ Interlude 06/ Hub 07/ Casting
Luc Bouquet © Le son du grisli

19 mai 2015

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni, 2014)

bryan eubanks bornholmer suite

Malgré le signal (aigu, très aigu même) envoyé par Bryan Eubanks au début de cette suite tout en « open circuit feedback », on ne s’en remettra pas… mais on tiendra le coup, vu que le CD recèle de surprises, aussi perçantes soient-elles !

C’est ici ou là ou un peu plus loin un module rythmique qui fore et/ou qui crachote, là ou ici un exercice de déformation sonore, ailleurs ou là une loop à parfaire (ce sont mes pièces préférées), là ou ici encore un cristal, une cavalcade, un suraigu en contrechant, etc.

En tout, c’est cinquante plages (là-dessus, pas plus d’une dizaine à qui chipoter de l’intérêt) et au final une fantasia bruitiste (ou un noise épique) dont la diversité est la première qualité. Maintenant, si nous voilà rassasiés de convulsions électroniques des questions se posent encore sur les circuits ouverts et cette façon qu’ils ont de s’autoalimenter !

écoute le son du grisliBryan Eubanks
The Bornholmer Suite (extrait)

Bryan Eubanks : The Bornholmer Suite (Nueni)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01-50/ The Bornholmer Suite
Pierre Cécile © le son du grisli

4 mai 2015

Konrad Korabiewski, Roger Döring : Komplex (Gruenrekorder, 2015)

roger döring konrad korabiewski komplex

Diantre, une nouvelle affaire & déjà le premier indice (couverture du LP). Me voilà embarqué en véhicule motorisé derrière Sir (Roger) Döring et Lord (Konrad) Korabiewski. J'imagine qu'ils ne m’imaginaient certainement pas si fin limier… Et ce que de ma place à l’arrière j’aperçois de la route (ce type de bande rugueuse et cette forme de gros nuage) me fait dire qu’on est en Islande. Et en Islande de l’est, qui plus est.

Bingo, mecs ! L’Islande de l’est, rien que ça… Je m’attends maintenant à ce que vous me fassiez écouter vos plus belles prises de roucoulements de gobemouches et de respiration de flétans des glaces chopés lors de la saison propice à l’agrandissement de la famille. Alors ? Non ? Mais alors, quoi ? Est-ce que l’étiquette fieldrecs naturalistes de la firme Gruenrekorder m’aurait mystifié ?

J’ai failli vous avoir avec mon histoire de gobemouches… Bien sûr que je m’attendais un peu à ces solos ou solos à deux (je préfère cette façon de dire) de saxophones ténor et baryton et de clarinettes. Et de dictaphone, toc / un flétan derrière la clarinette ? comme si de rien n’était. Non ? Bref. Les instruments de Döring & Korabiewski sont d’un naturel époustouflant et leur jeu est pétri de mélancolie (pas de cette mélancolie fastoche post-ECM (parfois, quand même un peu), mais d’un vrai truc qui vous prend là). Et les huit petites pièces qu’ils lâchent sur ce vinyle sont autant de bouteilles à la mer lancées contre un glacier.

C’est loin, l’Islande, et tu m’étonnes que tu pleures. Mais ne pleure plus, Konrad, et toi non plus, Roger, ne pleure plus : j’arrive… Je suis derrière vous, face à l’Islande du Sud. Le retour c’est pour maintenant !

Konrad Korabiewski, Roger Döring : Komplex (Gruenrekorder)
Edition : 2015.
LP : Komplex
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 avril 2015

Keiji Haino, Peter Brötzmann, Jim O’Rourke : Two City Blues (Trost, 2015)

keiji haino peter brötzmann jim o'rourke two city blues 2

Il est de ces affiches qui donnent envie & même qui font même frémir… Imaginez donc : Keiji Haino, Jim O’Rourke et Peter Brötzmann. Oui, sur un même disque. Et avant cela, dans un même studio (est-ce une scène ?), le 23 novembre 2010 à Tokyo.

En hôte qu’il est, c’est KH qui semble mener la barque sur le grand titre, Two City Blues 2 (pas entendu le 1, sur LP). No-folk, no-blues, but wild, c’est ce qui se dit. Un peu de blues quand même, dans ces slides de guitare et ce saxophone qui singe de temps en temps l’harmonica. Jusqu’à ce que, of course, nos trois hommes montent dans les étages. La voix de fausset nous tirerait des larmes si les pop-gimmicks d’O’Rourke ne nous calmaient pas… Maintenant, il y a quelque chose de bizarre dans ce Brötzmann là, et ce quelque chose est peut être un quelqu’un qui n’ose pas.

Jusqu’à ce que, of course again, le saxophoniste y aille de sa franche expression. Peut-être est-ce trop tard ? Ou est-ce la voix d’Haino qui nous (me, oserais-je dire) porte sur les nerfs ? Avant que la réponse ne fuse, une vérité apparaît : assez mollasson, tout ça, en définitive (sache que). Dommage, j’aurais bien aimé frémir pour de bon.

Keiji Haino, Peter Brötzmann, Jim O’Rourke : Two City Blues (Trost)
Enregistrement : 23 novembre 2010. Edition : 2015.
CD : 01/ TWo City Blues 2 02/ One Fine Day
Pierre Cécile © Le son du grisli

31 janvier 2015

Roger Turner, Otomo Yoshihide : The Last Train (Fataka, 2015)

roger turner otomo yoshihide the last train

S’ils avaient déjà improvisé ensemble (Screen), Otomo Yoshihide et Roger Turner n’étaient plus que deux – même si enregistrés par Taku Unami – ce 17 février 2013 au Hara Museum de Tokyo.

Après avoir dompté et même enfoui un premier feedback, le guitariste informe son partenaire qu’il prendra son parti : ce sont deux percussionnistes qui, l’un à l’aiguille, l’autre au poing, se cherchent entre deux silences, et finissent par se trouver : l’accord n’étant pas d’impatience mais d’attente (The Wait) intelligemment transformée. Silence encore au moment de faire signe, les coups sont maintenant donnés et deux pratiques (désormais dissociées) s’affrontent. Le métal tinte et tonne bientôt sur les cordes qui crissent : quelques minutes seulement, avant que les relents de guitare fassent leur œuvre d’une batterie en morceaux.

Dans la collection de guitaristes que s’est constituée Turner (Bailey, Russell, Akchoté, Munthe), Otomo Yoshihide est un spécimen rare – du genre de ceux que l’on connaît, certes, mais dont on attend à chaque fois beaucoup de la mue prochaine. La capture est à sa hauteur.

Roger Turner, Otomo Yoshihide : The Last Train (Fataka)
Enregistrement : 17 février 2013. Edition : 2015.
CD : 01/ The Wait 02/ The Sign 03/ Crack 04/ Run
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

13 avril 2015

Werner Dafeldecker, Valerio Tricoli : Williams Mix Extended (Quakebasket, 2015)

valerio tricoli werner dafeldecker williams mix extended

Ce qui se passe en deux faces (pour moi en une seule, sur CD !) et une demi-heure : Werner Dafeldecker & Valerio Tricoli racontent deux histoires en solo puis réinventent ensemble l’Octophonic Tape Piece Williams Mix (1952, pour bandes magnétiques) de John Cage pour aboutir au Williams Mix Extended – qui sera donné en octobre 2014 à l’ISSUE Project Room.

Il faut avouer que l’électronique et la tape music y font assez bon ménage. Elles juxtaposent divers sons qui claquent comme des portes ou coulent comme l’eau d’une rivière, mais… Mais l’association n’est pas mémorable non plus puisque l’électroacoustique multiplie les séquences sans que l’auditeur (moi, dans le cas présent) n’applaudisse à l’unité du Grand Tout. Je me demande donc si les interprètes n’ont pas pris une trop grande liberté avec l’œuvre de Cage (et avec le hasard, du coup) au point de n’avoir joué que du Dafeldecker et du Tricoli.

C’est pourquoi sans déconseiller Williams Mix Extended j'étends mon propos jusqu'à dire qu'il n’a pas la force d’un Forma II ou Eis 9 (tiens donc, deux autres duos des musiciens de ce Mix).

Werner Dafeldecker, Valerio Tricoli : Williams Mix Extended (Quakebasket / Metamkine)
CD : 01/ 16:07 (page 1-96) 02/ 15:57 (Page 97-192)
Enregistrement : 2011-2012. Edition : 2015.
Pierre Cécile © le son du grisli

5 avril 2017

Alice Kemp : Fill My Body With Flowers And Rice (Fragment Factory / Erratum, 2017)

alice kemp fill my body

En 2013, en publiant Decay and Persistence, le label Fragment Factory mettait en lumière la pratique musicale d’Alice Kemp, pratique qu’une poignée d’enregistrements sous les noms d’Uniform ou de Defeatist avait eu du mal à faire émerger du lot toujours grandissant de pratiques expérimentales en tous genres pensées (ou rendues) aux quatre coins de la planète. Fait de différents bruits enregistrés à même le réel, son « théâtre concret » avait déjà ravi.

Avec Fill My Body With Flowers And Rice, qui regroupe des enregistrements datant de 2012 à 2015, la musicienne franchit un seuil, au point de provoquer un véritable intérêt. C’est, dans l’idée, une même façon de composer au moyen d’un matériau concret et d’atmosphères attrapées – au creux de l’une d’elle, un piano ou un couplet murmuré pourront se faire entendre, comme quelques sons empruntés à Rudolf Eb.er. Pour ce qui est de l’intention, elle est, de l’aveu même de Kemp, faite de fertilité et de déliquescence, de sexualité et de mort, de « sauvagerie » aussi. C’est, en conséquence, une étrangeté insaisissable qu’elle arrange là avec superbe.

Plongé dans l’obscurité d’un sous-bois, l’auditeur n’a d’autre réflexe que de tendre l’oreille. Déjà, des présences animales font impression : est-ce une nuée d’insectes qui survole une carcasse en décomposition quand un groupe d’oiseaux se garde bien de l’approcher ? Après quoi, c’est une voix tremblante qui se fait entendre puis un souffle que l’on croirait tiré d’un sommeil. Le noir est inquiétant, pas encore « érotique ». Un souffle l’y amène bientôt, tandis que le bois craque. Une autre inquiétude se lève alors ; mais, d’un bout à l’autre, la balade vaut la peine. Toutes les peines qu’on y trouve, même.

1

Alice Kemp : Fill My Body With Flowers And Rice
Fragment Factory / Erratum
Edition : 2017.
LP : Fill My Body With Flowers And Rice
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

24 mars 2015

Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica, 2014)

ilia belorukov kurt liedwart andrey popovskiy somebody rattled

Pour « Rattle », on trouve dans le dictionnaire « ébranler », « crépiter » ou « déstabiliser ». Et pour ce « Somebody », on se demande lequel des trois (Ilia Belorukov (saxophone, pédales d’effet, téléphone, ipod, objets), Kurt Liedwart (ppooll, electronics, objets trouvés) ou Andrey Popovskiy (lap steel guitare, pédale d’effets, electronics, objets)) ébranle, crépite ou déstabilise.

Car sur cette captation d’une performance à l’Experimental Sound Gallery de Saint-Petersbourg, on a beau tendre l’oreille, on réfléchit avant d’avancer que c’est ici un saxophone, là le logiciel ou là la guitare. Quand même, on se fait de temps à autre plus affirmatif, mais seulement quand (et bizarrement quand) le trio cherche à s’exprimer dans l’abstraction bruitiste.

Au début de la première face, j’attends… On recisèlerait au bistouri les sillons d’un vinyle de sax parcimonieux que ça me ferait le même effet. Mais voilà, la roue tourne et sonne l’heure d’un concrete chaos (mesuré mais haletant). Sur la face B, c’est encore différent. Nos comparses ont l’air de jouer en parallèle. Les electronics insinueux donnent le la (ou le no-la) et le fil conducteur qui crépitera ou que les sons ébranleront ou déstabiliseront. Diantre, Somebody Rattled, c’est quand même bien vu !

Ilia Belorukov, Kurt Liedwart, Andrey Popovskiy : Somebody Rattled (Hideous Replica)
Enregistrement : 22 février 2014. Edition : 2014.
K7 : A/ Side 1 [18 :22] B/ Side 2 [19:05]
Pierre Cécile © Le son du grisli

18 mars 2015

Merzbow, Mats Gustafsson, Balázs Pándi : Live in Tabačka 13/04/12 (Tabačka)

merzbow mats gustafsson balázs pándi live in tabacka

La veille de l’enregistrement de Cuts – disque qui consigna le premier la collaboration de Mats Gustafsson avec le duo Merzbow / Balázs Pándi –, les mêmes donnaient un concert à Košice, en Slovaquie. C’est ce concert que le vinyle estampillé Tabačka rapporte aujourd’hui.

Il faudra d’abord reconnaître à  Pándi une oreille alerte : au creux de la déferlante électronique que Merzbow et Gustafsson polissent à force d’orage et de convulsions, ne parvient-il pas à décerner un pouls sur lequel calquer ses pulsations ? Affirmées, celles-ci, qui décident de frappes sèches et renforcent bientôt le tumulte. Sur la fin de la première face, quelques sifflements ; sur le début de la seconde, Gustafsson passe au saxophone baryton. Graves répétés, ripages et même un solo déposé sur les roulements de batterie, comblent l’improvisation bruyante d’une façon différente. Pas rare, ni inattendue, mais efficiente encore.

Merzbow, Mats Gustafsson, Balázs Pándi : Live in Tabačka 13/04/12 (Tabačka)
Enregistrement : 13 avril 2012. Edition : 2015.
LP : A-B/ Live in Tabačka
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

le son du grisli

 mail 10 years

 

16 mars 2015

Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records, 2014)

miguel a garcia choirs

Dubitatif à l’écoute des deux premiers titres (c’est mon côté enfant gâté) et de leur succession de bruit blanc et de silence (à m’en demander si Miguel A. García  ne cherchait pas à tester l’état de santé de mon audition ou à constater la dégradation de mes acouphènes), j’ai commencé à tendre l’oreille (une seule pour débuter) quand il a lâché son puzzle stéréo d’effets électroniques pour un noise qui me va mieux, pour ne pas dire « plus fort ».

Même s’il accentue aussi les acouphènes dont je parlais plus haut, ce noise se nourrit des allusions rythmiques contenues en fin de plages 1 & 2 pour faire trembler plus franchement ma membrane tympanique. Et voilà que mon cerveau reçoit tout avec plaisir : les larsens, les interférences, les coups de tonnerre et les coups de semonce, tous ces bruits de machines dont j’ignore jusqu’à la couleur si ce n’est celle des voyants qui m’alertent d’un danger, et que j’imagine rouge, rouge, et rouge écarlate. Tout ça avec un sens du rythme que García a d’affirmé (voir plages 4 & 5). Alors, j’applaudis... mais je n’entends pas mes claps.

Miguel A. García : Choirs (Copy for your Records)
Edition : 2014.
CD : 01-05/ Choirs
Pierre Cécile © Le son du grisli

25 février 2009

Steve Lacy : The Gap (America, 1972 / 2004)

steve lacy the gap

Printemps 1972, Paris. Le Steve Lacy Quintet, formé l’année précédente, avise une « brèche » qui se révélera être une faille dans laquelle s’engouffrer : The Gap (America, 1972). La chute que racontent les notes précipitées de l’alto de Steve Potts en ouverture du morceau-titre ne laisse pas de surprendre : le saxophoniste s’y débat en virtuose, qui rivalisera plus tard avec le chant du soprano.Créée en 1967 – comme The Thing, que l’on entendra plus tard –, la pièce prend forme sous l’effet d’ « indices » (dont la mise-en-scène s’inspire des estampes que Sharaku consacra au théâtre, explique Lacy dans les notes de pochettes du disque) pensés pour obliger deux saxophones à évoluer de différentes manières, qu’il faudra concilier.

Avec aplomb, les deux hommes croisent le fer et de leurs éclats illuminent le décor élevé dans l’ombre par Irène Aebi (violoncelle), Kent Carter (contrebasse) et Noel McGhie (batterie). Après avoir sonné l’alarme – sifflements aigus des saxophones –, Lacy et Potts démontreront la même entente sur l’étrange bourdon des archets : Esteem les voit tisser d’autres entrelacs puis s’accorder sur une même note. L’atmosphère tient là de l’évidence et aussi du mystère, contrastant en cela avec La Motte-Picquet, ode à Paris que le sopraniste chante d’abord : La Motte-Picquet is a very nice stop, the people on by, and the metro on top. Enlevé, l’air offre ses quatre premières notes-syllabes aux souffleurs qui les répètent avant que la troupe n’entame une marche flottante. Alors, c’est l’heure de retourner le disque.

Sur sa seconde face, un seul titre : The Thing. Evocation des peintures de Jean Foutrier, la longue pièce – qui a alors déjà connu plusieurs versions et que Lacy qualifie de sorte de symphonie – est abstraite en conséquence. Répondant à d’autres indices – dans les notes de pochette, encore : sorties, entrées, conditions et puis surtout des quantités comme « très peu de choses, beaucoup de choses, choses isolées, une chose seulement, rien, tout. » –, la pièce est une autre histoire d’archets qui défaillent et découpent un paysage surréaliste que les deux saxophonistes, sur le conseil de la Poussée d’Infini chère à Michaux (Infini toujours en charge, en expansion, en dépassement, infini de gouffre qui incessamment déjoue le projet et l’idée humaine de mettre, par la compréhension, fin, limites et fermeture.), décideront de se disputer. Intense, le conflit aurait pu durer davantage s’il n’avait été empêché par le disque noir, dont la durée d’une face n’admet nul dépassement, et plus encore par un dernier crissement de corde qui, derechef, chassa Lacy et Potts du paysage. Mais déjà, avisaient-ils d’autres brèches.

Steve Lacy : The Gap (America)
Edition : 1972. Réédition : 2004.
CD : 01/ The Gap 02/ Esteem 03/ La Motte-Picquet 04/ The Thing 05/ La Motte-Picquet (Alternate Take)
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

6 février 2015

Mathias Delplanque : Transmissions (Crónica, 2014)

mathias delplanque transmissions

Retour au quotidien, ou presque, de la noise en music en compagnie d’un habitué des lieux, le toujours habile Mathias Delplanque. Alors que ses Chutes de 2013 ne nous avaient que moyennement convaincus, pour ne pas dire autre chose, le cru 2014 du producteur français est d’un tout autre acabit. Tout en jouant avec les codes et astuces du bruit et du concret, ses Transmissions varient à la fois les formes et le fond.

D’entrée, on ressent un tic tac malsain du fond des mers à la recherche d’une épave grouillante de menace, c’est d’autant plus réussi que la matière sonore est riche. Si on enchaine sur de brefs instants assourdis d’où s’échappent des échos inquiétants de boîte de Pandore, l’ombre incandescente de la bête humaine vient se greffer sur nos angoisses pre-mortem, avant qu’un immense morceau de bravoure – 39 minutes, svp – n’achève de transformer l’exercice en subjuguante odyssée vers le centre de l’univers, peuplé de bruits surgis de cavités où l’on ne nous veut pas que du bien.

Mathias Delplanque : Transmissions (Crónica)
Edition : 2014
CD : 1/ Part 01 2/ Part 02 3/ Part 03 4/ Part 04
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

25 février 2015

Lucio Capece : Factors of Space Inconstancy (Drone Sweet Drone, 2014)

lucio capece factors of space inconstancy

De la nécessité que ressent Lucio Capece de « revoir son approche instrumentale et sa façon de s’exprimer », de celle de faire de sa musique une « expérience perceptive » privilégiant désormais la « diffusion sonore plutôt que la projection », on trouvera ici l’histoire. Le disque Factors of Space Inconstancy, lui, en offrira deux exemples.

Le morceau-titre met le musicien en scène dans un dispositif qui rappelle, sans le reproduire, celui de Less is Less : ainsi, deux enceintes sans fil se balancent-elles près d’un walkman cassette relié à une pédale de volume dont le feedback fera réagir Capece au saxophone soprano. Comme sensibilisé par l’interférence des instruments, l’endroit résonne de notes différentes mais toutes fragiles, qui ici s’écartent et ailleurs se confondent sur l’équilibre toujours précaire d’un système oscillant.

L’oscillation et l’équilibre seront aussi le propos d’Eyes Don’t See Simultaneously, autre pièce de perception intensifiée. Là, les deux notes aiguës d’une sirène et le drone d’un synthétiseur analogique se contrarient avant que Capece ne décide de retourner son paysage : les basses l’emportent alors, et bientôt même : font masse. C’est le moyen qu’a aujourd’hui Lucio Capece d’aller voir derrière les évidences ; pas étonnant qu’on en tremble encore.

Lucio Capece : Factors of Space Inconstancy (Drone Sweet Drone / Metamkine)
Enregistrement : 2013-2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Factors of Space Inconstancy 02/ Eyes Don’t See Simultaneously
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 janvier 2015

Danae Stefanou : [herewith] (Holotype Editions, 2014)

danae stefanou herewith

C’est d’abord un coup de foudre pour un nom, Danae Stefanou (qui a déjà quelques enregistrements à son actif, dont on peut télécharger des extraits sur son site). Un coup de foudre pour une femme inconnue (mais que cet autre lien nous présente à sa manière), ni tout à fait Danae ni tout à fait Stefanou, qui semble renier tout ce qu’elle a appris du piano & prendre un malin plaisir à le lui faire comprendre.

Je ne sais avec quels instruments de torture, mais Danae s’en occupe. : il ne sonnera plus classique, son piano. Plus déterminée que la moins nonchalante des pianistes elle gratte la corde jusqu’à la rapper ou la glisse pour obtenir (presque toujours) des aveux et c’est le piano qui parle : non, il n’a rien d’un instrument classique, y’a qu’à écouter ses échos de fond de caverne, ses harmoniques filandreuses, son imitation bruyante de cloches d’église de Satan, ses enfantillages de piano-jouet…

Il fera tout pour établir the limits of imagined music measured… Le problème (qui, vous l’aurez compris, est loin d’en être un) est que le piano de Danae Stefanou finit par se trahir : car sur [herewith] tout est harmonieux.
 

Danae Stefanou : [herewith] (Holotype Editions)
Enregistrement : janvier-février 2014. Edition : 2014.
LP : A1/ Prefaced ‘’to Whom it may concern A2/ He Said A3/ A Folded Post-It Wedged A4/ Between the Window and the Wall – B1/ We Are the Pronouns that You Leave B2/ Unspecified B3/ The Limits of Imagined Music Measured B4/ By Densities of Foreground Noise
Pierre Cécile © Le son du grisli

19 janvier 2015

Dave Burrell, Steve Swell : Turning Point (NoBusiness, 2014)

dave burrell steve swell turning point

Steve Swell, qui fêtait récemment sa soixantième année, a encore l’âge de trouver en tel ou tel aîné un partenaire – un compositeur, même, dans le cas qui nous intéresse – à sa convenance. Il y a deux ans, en concert au Rosenbach Museum de Philadelphie, c'était Dave Burrell.

Pour Burrell, le piano a toujours été un jeu d’enfant, et sur la marche défaussée d’One Nation – qui inaugure la troisième des cinq suites qu’il dédia à la Guerre de Sécession –, le trombone se plie aux codes du jeu en question. Une chaloupe à pavillon prend alors lentement l’eau, sans alarme mais avec panache. Et c’est ce panache qui embellira la première moitié de ce recueil d’hymnes que jazz, blues et comptines vénéneuses se disputent.

Du free de jadis, on l’aura compris, Burrell n’a rien voulu retenir (c’est un retour à Earl Hines, même, sur ce Paradox of Freedom qu’il interprète seul) : son répertoire est composé de refrains qu’un peu d’audace bouscule, certes, mais que bientôt le sérieux étouffe. Abandonnant toutes dissonances, le lyrisme du pianiste se résigne maintenant à des évocations plus graves que poignantes. Que Steve Swell accepte, en jeune homme respectueux.

Dave Burrell, Steve Swell : Turning Point (NoBusiness)
Enregistrement : 19 janvier 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ One Nation 02/ Battle at Gettysburg
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 janvier 2015

Pandelis Karayorgis : Afterimage (Driff, 2014)

pandelis karayorgis afterimage

Délaissant la microtonalité de son regretté mentor, Joe Maneri, Pandelis Karayorgis s’engage en jazz. Et ce jazz ressemble à mille autres jazz. Basé à Chicago et ne se démarquant pas de la masse des combos de la Wind City, il fleurit, certes, entre chahuts et déconstruction, mais au risque de me répéter, il n’est pas le seul.

Devenu sage pianiste, Karayorgis ne tutoie plus la marge et semble ne plus savoir quoi faire de la feuille blanche. Ses complexes compositions s’oublient parfois au profit d’instances progressives (Afterimage) ou d’actes furieux (Obsession). Reste, ici, à louer les souffles combinés et les duels d’harmoniques à la charge de Dave Rempis et de Keefe Jackson. Le premier agité et le second anguleux font corps avec une rythmique (Nate McBride, Frank Rosaly) qui aurait pu en offrir sans doute plus si… La prochaine fois sans doute.

Pandelis Karayorgis : Afterimage (Driff Records)
Enregistrement : 2014. Edition : 2014.
CD : 01/ Ledger 02/ Haunt 03/ Nest 04/ Velocipede 05/ Veil 06/ Afterimage 07/ Simmer 08/ Sway 09/ Obsession 10/ Never Ending
Luc Bouquet © Le son du grisli

30 janvier 2017

Jonas Kocher & Joke Lanz à Nantes, le 27 janvier 2017

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Certes Jonas Kocher et Joke Lanz n’ont pas la même histoire mais, en termes d’improvisation, ils peuvent aujourd’hui faire front commun. Née en 2015 (cinq dates), leur association donna un concert l’année suivante à Berlin et puis sept autres ces jours-derniers en Belgique et en France. A Nantes, le duo était programmé au Blockhaus DY10, petit endroit dont la politique est de donner à entendre toutes sortes de musiques contre une participation tenant du symbole – deux impératifs qui fidélisent un public nombreux (pour la surface) et jeune en plus, c’est à dire : pas encore rompu aux us et coutumes de la « gestuelle free » ou du « noise entendu ».

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De quoi inspirer autrement les deux musiciens en leur faisant en plus oublier, ne serait-ce que le temps de leur prestation, ô combien de barbus circonspects... C’est donc un coup d’élastique qui claque et met le duo en branle : aux platines, Lanz décoche ses premiers sons ; à l’accordéon, Kocher semble s’échauffer un peu. Est-ce par ce qu’il est debout et sur ressorts que le premier semble mener la danse ? Est-ce par ce qu’il est assis et à l’écoute que le second lui emboîte le pas avec une perspicacité confondante ?  

Car bientôt – si ce n’est lorsque Kocher opère un retour exclusif à son instrument le temps d’étendre quelques graves ou de filer une suite d’aigus fragiles qui pourrait être estampillée Wandelweiser si elle ne trouvait son compte dans la courte durée – on ne fera plus forcément la distinction entre les trouvailles de l’un et les réactions de l’autre. Les rôles, d’ailleurs, pourront être inversés : torsions et contorsions partagées propulseront alors avec exubérance éclats et hoquets, collages et pliages, clins d’œil et même coups d’esbroufe assumés. Sur le porte-vinyles de Lanz, il y avait de quoi surprendre Kocher quand le soufflet de celui-ci s’est avéré prompt en plus d’être fertile. Le produit de la rencontre – non pas la somme, d’autant qu’au sortir du concert les musiciens peineront à s’accorder sur leur souvenir préféré : Nantes ou Amiens ? – est en conséquence enthousiasmant. On s'en rendra compte bientôt sur disque, semble-t-il, puisque le duo a profité de son passage au Havre (ci-dessous, un extrait du concert) pour entrer en studio... 



Guillaume Belhomme © Le son du grisli
Dessin (une) : Nantes, l'aventure d'une île, éditions Autrement.

guillaume belhomme daniel menche d'entre les morts

19 décembre 2014

Wolf Eyes : No Answer-Lower Floors (De Stijl, 2013)

wolf eyes no answer lower floors

En cette période de best-of-hits-matemoiçadanslerétro, je sacrifie au rite : voici assurément un des top-albums de l’année ! 2013, d’accord. Mais c’est déjà ça, non ?

On ne peut pas ne pas penser à l’influence Throbbing Gristle lorsque l’on écoute les premières minutes de No Answer-Lower Floors de Wolf Eyes. On se demandera en passant pourquoi l’oreille (non, ce n’est pas le cerveau mais bien l’oreille qui...) cherche à toujours mettre d’autres noms que celui du groupe qui l’a enregistré sur tout nouveau disque qu'elle écoute (me suivez-moi, vous ?).

Dans son énorme discographie, Wolf Eyes s’est montré plus farfelu, et c’est peut-être, sous ses faux airs d’indus « proprette », pourquoi No Answer-Lower Floors aura fait l’unanimité critique. Un retour aux fondamentaux, en quelque sorte, des rengaines dérangeantes d’un répétitif-tribal & d’un crapuleux-grinçant & d’un malsain-poétique & même, même, de bon augure… Qui sait si No Answer-Lower Floors ne fera d’ailleurs pas date dans la carrière de Wolf Eyes ? Un avant et un après ce retour aux fondamentaux ? Je vous dirai ça l'année prochaine, quand viendra pour moi le temps de chroniquer les Wolf Eyes sortis il y a quelques semaines…

Wolf Eyes : No Answer-Lower Floors (De Stijl)
Edition : 2013.
CD / LP : 01/ Choking Files 02/ Born Liar 03/ No Answer 04/ Chattering Lead 05/ Confession of the Informer 06/ Warning Sign
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 décembre 2014

Helmut Lachenmann, The JACK Quartet : Complete String Quartets (Mode, 2014)

helmut lachenmann complete string quartets

Trois compositions pour quatuor à cordes. Et c’est déjà l’intégrale de l’œuvre pour quatuor à cordes d’Helmut Lachenmann. La distance qui sépare ces trois pièces peut étonner : 1972, 1989, 2000-2001. Le quatuor à cordes ne hante pas les nuits de Lachenmann. Mais ses compositions pourraient pourtant hanter les nôtres.

D’autant qu’au beau milieu de la nuit, Lachenmann pourrait nous réveiller pour nous confier que le silence n’a pas tout envahi, pas plus la musique que le monde. Pour appuyer ses dires, il lancerait Gran Torso, une « musique concrète instrumentale » où des sons que l’on n’a pas l’habitude d’entendre dans la musique classique perturbent le silence. Les manches des violons de Christopher Otto, Ari Streisfeld et John Pickford Richards s’embrasent pour l’amadouer alors que le violoncelle de Kevin McFarland le rejoint… A son chevet, toutes les cordes le provoquent, chacune avec des sons « nouveaux » (résultant de ce que Lachenmann appelle des « moyens extraterritoriaux de jouer de l’instrument »).

Comme le temps passe, il en ira différemment avec Reigen Seliger Geister. La pratique instrumentale de The JACK Quartet est plus conventionnelle. Les archets dessinent dans le ciel des formes furtives, les instruments sont maltraités s’il le faut. Le silence est encore en question mais on en fait moins cas. Avec Grido, le compositeur retourne à plus de fragilité. Les cordes chuchotent dans les aigus et l’on trouve derrière leurs conciliations des angles sonores qu’on n’imaginait pas possible. Quand Lachenmann dit « ce que je veux, c’est toujours la même chose », on ne peut lui donner tort. On précisera seulement qu’il veut toujours la même chose (disons-le à sa place : un classique unclassable) mais avec des moyens différents : avant-hier les sons non conventionnels, hier les gestes extraordinaires.  



Helmut Lachenmann, The JACK Quartet : Complete String Quartets (Mode)
Edition : 2014.
CD : 01/ Gran Torso (1972) 02/ Reigen Seliger Geister 03/ Grido
Héctor Cabrero © Le son du grisli

19 novembre 2014

Pauline Oliveros, David Rothenberg, Timothy Hill : Cicada Dream Band (Gruenrekorder, 2014)

pauline oliveros david rothenberg timothy hill cicada dream band

Dans la besace de David Rothenberg, des animaux de toutes tailles (sauterelles, cigales, merles, grenouilles, une baleine à bosse même), auxquels le trio qu’il forme avec Pauline Oliveros (accordéon) et Timothy Hill (voix) devra répondre.

Naïf peut-être, le projet manque surtout d’inventivité : ainsi Oliveros se contente-t-elle de souffler quelques notes en improvisatrice nerveuse, Timothy Hill de donner dans le chant de gorge ou d’en appeler à jadis plus inspirés que lui (Stephan Micus, Nana Vasconcelos…) quand David Rothenberg (dont l’Ipad fantasme parfois le synthétiseur datant) verse sans mesure dans un folk naturaliste (& découverte souvent). Soit : comment une gentille idée devient, pour contrefaire le titre d’une des dix pièces de l’enregistrement, The Longest Disc in the World.
 
Pauline Oliveros, David Rothenberg, Timothy Hill : Cicada Dream Band (Terra Nova / Gruenrekorder)
Enregistrement : 2013. Edition : 2014.
CD : 01/ Who Said That? 02/ Arc Hive 03/ Room at the Inn 04/ Last Night in the Holocene 05/ Information National Forest06/ Several More Happened 07/ All Creatures Get It 08/ Three of a Mind 09/ As Many Inside as Outside 10/ The Longest Song in the World 11/ How We Got Here
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

20 octobre 2013

Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt, 2012)

die enttäuschung vier halbe

Rompus au jazz et à l’improvisation « étendue » – exercices de style revus à la lumière de références hautes, citations et clins d’œil, brèves pièces décalquées – Die Enttäuschung poursuivait en 2012 son œuvre iconoclaste.

Vier Albe, donc : sur lequel Rudi Mahall, Axel Dörner, Jan Roder et Uli Jennessen, donnaient non dans le revival mais dans l’old school revigorant. Car le swing des pièces originales du groupe est souvent bancal (Die Übergebundenen, Jitterbug Five…), multipliant accidents et anicroches que l’auditeur voudra bien rattacher à la queue de l'impétueuse comète. A son passage, ce sont des airs de danses minuscules, de marches licencieuses, d’expérimentations amusées ou d’embouteillages heureux, que celle-ci distribue : toutes preuves données en vingt-et-une plages d’exception.

Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
01/ Die Übergebundenen 02/ Verzählt 03/ Aqua Satin Flame 04/ Das Jan vom Stück 05/ Falsches Publikum 06/ Vermöbelt 07/ Jitterbug Five 08/ Gekannt (A. Dörner) 09/ Trompete für Fortgeschrittene 10/ Wie Axel 11/ Eine Halbe 12/ Hereich 13/ Hello My Loneliness 14/ Vier Halbe 15/ Children's Blues 16/ Möbelrücken 17/ The Easy Going 18/ Verkannt 19/ Trompete für Anfänger 20/ Trompete für Profis 21/ Schlagzeug für Anfänger
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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