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A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt, 2012)

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Rompus au jazz et à l’improvisation « étendue » – exercices de style revus à la lumière de références hautes, citations et clins d’œil, brèves pièces décalquées – Die Enttäuschung poursuivait en 2012 son œuvre iconoclaste.

Vier Albe, donc : sur lequel Rudi Mahall, Axel Dörner, Jan Roder et Uli Jennessen, donnaient non dans le revival mais dans l’old school revigorant. Car le swing des pièces originales du groupe est souvent bancal (Die Übergebundenen, Jitterbug Five…), multipliant accidents et anicroches que l’auditeur voudra bien rattacher à la queue de l'impétueuse comète. A son passage, ce sont des airs de danses minuscules, de marches licencieuses, d’expérimentations amusées ou d’embouteillages heureux, que celle-ci distribue : toutes preuves données en vingt-et-une plages d’exception.

Die Enttäuschung : Vier Halbe (Intakt / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2012. Edition : 2012.
01/ Die Übergebundenen 02/ Verzählt 03/ Aqua Satin Flame 04/ Das Jan vom Stück 05/ Falsches Publikum 06/ Vermöbelt 07/ Jitterbug Five 08/ Gekannt (A. Dörner) 09/ Trompete für Fortgeschrittene 10/ Wie Axel 11/ Eine Halbe 12/ Hereich 13/ Hello My Loneliness 14/ Vier Halbe 15/ Children's Blues 16/ Möbelrücken 17/ The Easy Going 18/ Verkannt 19/ Trompete für Anfänger 20/ Trompete für Profis 21/ Schlagzeug für Anfänger
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt, 2009)

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Cette année à Berlin, Rudi Mahall (clarinette basse), Axel Dörner (trompette), Jan Roder (contrebasse) et Uli Jennessen (batterie), se retrouvaient au sein de Die Enttäuschung, rare projet musical donnant son nom à chacun de ses enregistrements.

Die Enttäuschung cinquième du nom voit ainsi Mahall et Dörner évoquer une autre fois le couple Eric Dolphy / Booker Little pour hésiter avec superbe entre bop et free jazz sur quatorze compositions originales. D’unissons turbulents en solos imaginatifs et d’intérêts mélodiques en récréations dissonantes, les musiciens servent une musique habile qui trouve refuge sur ballade (Uotenniw, que signe Jennenssen) après avoir profité de joutes impulsives.

Rappelés sans cesse par le swing – sur Wiener Schnitzel comme partout –, les musiciens décident ici de lui obéir, là de lui jouer un autre tour : procès en latinité fait à un thème prétexte (For Quarts Only), expérimentations instrumentales ou mise à sac de l’entier vocabulaire du jazz en signe factice de mécontentement (Tatsächlich). Un peu de bop encore, contrarié bien sûr dans sa progression, et les membres de Die Enttäuschung peuvent commencer à réfléchir à la suite à donner à leur haute collaboration.

Die Enttäuschung : Die Enttäuschung (Intakt Records / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Rocket in the Pocket 02/ Tja 03/ Uotenniw 04/ Wiener Schnitzel 05/ Salty Dog 06/ For Quarts Only 07/ Tinnef 08/ Tue s nicht 09/ Nasses Handtuch 10/ Tatsächlich 11/ Rumba Brutal 12/ Hopfen 13/ Schienenersatzverkehr 14/ Bruno
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Die Enttäuschung: Die Enttäuschung (Intakt - 2007)

diegrisli_copySoutien de choix du pianiste Alexander Von Schlippenbach sur son monstrueux Monk Casino, le projet Die Enttäuschung impose cette fois au trompettiste Axel Dörner, au clarinettiste Rudi Mahall, au contrebassiste Jan Roder et au batteur Uli Jennessen, l'interprétation de compositions originales.

Renouant avec la cacophonie réjouissante des premières heures du free jazz – par l'amas, surtout, de legatos accrocheurs sortis de la trompette et de la clarinette basse (Drei-null, Vorwärts – Rückwärts) -, le quartette peut aussi défendre un swing, certes perturbé, sur Arnie & Randy, ou quelques morceaux d'inspiration latine signés Roder (Very Goode, Drive it Down on the Piano).

Révélant avec allant leurs influences diverses - Monk et Don Cherry sur le même Viaduct -, Die Enttäuschung cède ailleurs à des tentations plus personnelles: pratique instrumentale expérimentale sur 4/45 ou échange complexe et jubilatoire sur Selbstkritik Nr. 4. Au final, le groupe aura convaincu partout et de différentes manières.

CD: 01/ Drei-Null 02/ Arnie & Randy 03/ Vorwärts – Rückwärts 04/ Drive it Down on the Piano 05/ resterampe 06/ Klammer 3 07/ Worwärts – Rückwärts 08/ Oben Mit 09/ Viaduct 10/ Very Goode 11/ Wer Kommt Mehr Vom AGL 12/ Silke 13/ Selbstkritik Nr. 4 14/ Silverstone Sparkle Goldfinger 15/ Foreground Behind 16/ 4/45 17/ Mademoiselle Vauteck

Die Enttäuschung – Die Enttäuschung – 2007 – Distribution Orkhêstra International.

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Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt, 2005)

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Très peu de façons de servir le jazz auront été aussi personnelles que celle de Thelonious Monk. Rien de moins qu'un style inimitable mis au service de compositions novatrices suffira à envoûter les musiciens les plus pointus de la seconde partie du XXe siècle. Aujourd'hui encore, le charme persiste, et c'est au tour d'Alexander von Schlippenbach d'explorer le songbook du maître. Refusant de réfléchir à des probabilités de découpes partiales, le pianiste décide d'enregistrer en quintet l'intégralité des compositions de Monk. La démarche est inédite, et il ne faudra pas moins de quatre soirs de concerts pour en venir à bout. Un seul principe : ne pas pratiquer Monk comme on entretient les langues mortes, mais lui insuffler l'inédit d'arrangements originaux. "Avez-vous déjà vu des partitions sur mon piano ?" répondait, un jour de 1963, Thelonious Monk au journaliste François Postif qui l'interrogeait sur son rapport à l'improvisation.

L'improvisation, Schlippenbach la connaît pour l'avoir pratiquée souvent. Mais, cette fois, il lui défendra de mener la danse. Les partitions ont été consultées - au moyen de quelques efforts lorsqu'il a fallu mettre la main sur les moins diffusées d'entre elles -, au quintette, maintenant, de les respecter. Devant le public du A-Trane de Berlin, Schlippenbach et ses hommes investissent subtilement le répertoire choisi. Respectueux, ils font alterner des versions plus ou moins éloignées des originales. Si les secondes (Misterioso, Ask Me Now, Bolivar Blues) se permettent parfois quelques références décalées (la clarinette basse de Rudi Mahall rappelant certaines inspirations d'Eric Dolphy sur Boo Boo's Birthday), les premières se font réceptacles de toutes les audaces.

D'abord celle d'accélérer le rythme de certains standards. Derrière la batterie, Uli Jennessen mène la transformation de Thelonious ou In Walked Bud en hard bops opportunistes, ou celle de Consecutive Second's en bogaloo compact et rêche. Toujours impeccable dans sa façon de rendre nerveuses les interprétations, il peut aussi oser quelques influences latines délicates (Bemsha Swing, Shuffle Boil) ou servir une instabilité formelle de rigueur (Monk's dream). De l'audace, surtout, dans l'arrangement que l'on réserve aux thèmes. Parfois cités et réunis sous forme de condensés intelligents, ils subissent tous les affronts. L'Intro Bemsha Swing devient précis de conduction d'air dans un corps de clarinette, tandis qu'on découpe Evidence à la hache. Les incartades free, elles, se bousculent : Think Of One interroge les possibilités de chaque instrument, l'alambiqué Monk's Dream oppose la trompette d'Axel Dörner et ses suaves effets de sourdine aux implorations agressives de Rudi Mahall, qui, ailleurs, mettra en place de manière anguleuse un Straight No Chaser brillant.

Après ce genre de déconstructions en règle, il arrive à Schlippenbach de rêver d'épures. Servi par des duos sophistiqués - fuites élégantes cuivre et bois juste soulignées, mais de quelle manière, par l'archet du contrebassiste Jan Roder (Crepuscule With Nellie) -, ou par des solos réfléchis - la trompette de Dörner rappelant les efforts compressés du Steve Lacy de Materioso (Eronel), ou l'intervention sur piano-jouet de l'invitée Aki Takase (A Merrier Christmas) -, un jazz minimaliste s'insinue, à l'élégance sobre, inquiétante parfois (le goût de funérailles d'un Japanese Folk Song des limbes). Quand d'autres composent des ruines qui n'ont pas à subir l'épreuve du temps pour être considérées comme telles, le quintette de Schlippenbach, lui, choisit de s'intéresser à des chef-d’œuvres d'architecture. Il en aménage seulement quelques endroits pour plus de commodité, sans jamais en revoir la moindre fondation. Hommage appuyé autant que l'était le Be bop de Monk, Monk's Casino est un édifice somptueux, dont les pierres comme les interprètes sont de taille.

Alexander Von Schlippenbach : Monk's Casino (Intakt Records / Orkhêstra International)
Edition : 2005.

CD1 : 01/ Thelonious 02/ Locomotive 03/ Trinkle-Tinkle 04/ Stuffy Turkey 05/ Coming On The Hudson 06/ Intro Bemsha Swing 07/ Bemsha Swing - 52nd Street Theme 08/ Pannonica 09/ Evidence 10/ Misterioso - Sixteen - Skippy 11/ Monk's Point 12/ Green Chimneys - Little Rootie Tootie 13/ San Francisco Holiday 14/ Off Minor 15/ Gallop's Gallop 16/ Crepuscule With Nellie 17/ Hackensack 18/ Consecutive Second's - CD2 : 01/ Brillant Corners 02/ Eronel 03/ Monk's Dream 04/ Shuffle Boll 05/ Hornin'In 06/ Criss Cross 07/ Introspection 08/ Ruby, My Dear 09/ In Walked Bud 10/ Let's Cool One - Let's Call This 11/ Jackie-ing 12/ Humph 13/ Functional 14/ Work - I Mean You 15/ Monk's Mood 16/ Four In One - Round About Midnight 17/ Played Twice 18/ Friday The 13th 19/ Ugly Beauty 20/ Bye-Ya - Oska T. - CD3 : 01/ Bolivar Blues - Well You Needn't 02/ Brake's Sake 03/ Nutty 04/ Who Knows 05/ Blue Hawk - North Of The Sunset - Blue Sphere - Something In Blue 06/ Boo Boo's Birthday 07/ Ask Me Now 08/ Think Of One 09/ Raise Four 10/ Japanese Folk Song - Children's Song - Blue Monk 11/ Wee See 12/ Bright Mississippi 13/ Reflections 14/ Five Spot Blues 15/ Light Blue 16/ Teo 17/ Rythm-a-ning 18/ A Merrier Christmas 19/ Straight No Chaser - Epistrophy
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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