Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Radu Malfatti, Taku Unami : (Erstwhile, 2012)

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D’ordinaire, le silence « se fait ». Au Stone de New York, le 11 septembre 2011, ce sont Radu Malfatti et Taku Unami – intimes pour avoir plusieurs fois enregistré ensemble (Tokyo Sextet [2005]: Electronic Version, Kushikushism, Goat vs Donkey) – qui firent le silence. Qui n’est plus ce qu’il était…

Dans le public, d’abord, des conversations que chasse l’entrée des musiciens. Dans l’obscurité ce 11 septembre 2011 ou plus tard sur disque – c'est-à-dire à distance et privé même des ombres –, il faudra guetter le moindre son pour espérer pouvoir ensuite seulement supposer ce que le duo trame. Objets déplacés, rumeur de la rue, grincement d’une porte, respirations s’il tend bien l’oreille : l’auditeur se fait tout un monde du peu qui lui parvient. Pour ne pas le perdre tout à fait, c’est une note de guitare acoustique qu’Unami soudain taquine ou un grave de trombone qui, à peine mis au jour, disparaît – du bout des lèvres, Malfatti pourra plus loin évoluer sur une poignée de notes.

Cinquante minutes : une expérience et plus encore un moment que Malfatti et Unami ont choisi de ne pas traduire ni transformer en musique, mais plutôt de révéler en négatif. En fin de parcours, le tromboniste demande à son partenaire s’il en a fini, souligne qu’il n’est que l’invité, la réponse à la question est un oui derrière lequel l’enregistrement prend fin. L’autre question laissée en suspens (par le musicien, le label, et à leur suite le chroniqueur) ne concernera pas tant la performance sonore – l’art en a vu jouer bien d’autres – que son passage sur disque. Dont le titre même s'efface devant un soupir.

Radu Malfatti, Taku Unami : s/t (Erstwhile / Metamkine)
Enregistrement : 11 septembre 2011. Edition : 2012.
CD
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

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Yoshio Kuge : The Fist (Hibari, 2009)

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Si c’est sous les traits du cogne-dru qu’on connaît le batteur Yoshio Kuge – avec Haino et O’Rourke par exemple – il sait aussi éveiller, comme des objets trouvés, les matières sonnantes qui tombent sous ses baguettes et mailloches, en percussionniste subtil… Ainsi l’écoute-t-on, au fil d’une déambulation urbaine que retracent les quarante-neuf instantanés de ce disque, tandis qu’il interroge cuves, bidons, tôles ondulées, containers et palissades.

Escorté in situ par Taku Unami qui brandit son micro et accomplit un travail essentiel (d’écoute périphérique, de captation de vibrations), Kuge extirpe ou intègre son drumming aux ambiances traversées (rues, voies ferrées ou routières, sites industriels, jardins d’enfants). Il serait abusif de dire que le musicien dresse, par cette mosaïque qui emprunte au field recording, le portrait d’une ville ; sans doute s’agit-il davantage d’une dérive ludique et paysagère, de « percussion de terrain », amusée d’appuyer quelques beats et figures – jusqu’au haïku virtuose – sans chichis, joyeusement.

Yoshio Kuge : The Fist (Hibari Music / Metamkine)
Edition : 2009.
CD : 01-49/ The Fist
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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