Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire

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Parution : Jazz en 150 figures de Guillaume BelhommeParution : le son du grisli #2Sortir : Festival Baignade Interdite
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Helmut Lachenmann, The JACK Quartet : Complete String Quartets (Mode, 2014)

helmut lachenmann complete string quartets

Trois compositions pour quatuor à cordes. Et c’est déjà l’intégrale de l’œuvre pour quatuor à cordes d’Helmut Lachenmann. La distance qui sépare ces trois pièces peut étonner : 1972, 1989, 2000-2001. Le quatuor à cordes ne hante pas les nuits de Lachenmann. Mais ses compositions pourraient pourtant hanter les nôtres.

D’autant qu’au beau milieu de la nuit, Lachenmann pourrait nous réveiller pour nous confier que le silence n’a pas tout envahi, pas plus la musique que le monde. Pour appuyer ses dires, il lancerait Gran Torso, une « musique concrète instrumentale » où des sons que l’on n’a pas l’habitude d’entendre dans la musique classique perturbent le silence. Les manches des violons de Christopher Otto, Ari Streisfeld et John Pickford Richards s’embrasent pour l’amadouer alors que le violoncelle de Kevin McFarland le rejoint… A son chevet, toutes les cordes le provoquent, chacune avec des sons « nouveaux » (résultant de ce que Lachenmann appelle des « moyens extraterritoriaux de jouer de l’instrument »).

Comme le temps passe, il en ira différemment avec Reigen Seliger Geister. La pratique instrumentale de The JACK Quartet est plus conventionnelle. Les archets dessinent dans le ciel des formes furtives, les instruments sont maltraités s’il le faut. Le silence est encore en question mais on en fait moins cas. Avec Grido, le compositeur retourne à plus de fragilité. Les cordes chuchotent dans les aigus et l’on trouve derrière leurs conciliations des angles sonores qu’on n’imaginait pas possible. Quand Lachenmann dit « ce que je veux, c’est toujours la même chose », on ne peut lui donner tort. On précisera seulement qu’il veut toujours la même chose (disons-le à sa place : un classique unclassable) mais avec des moyens différents : avant-hier les sons non conventionnels, hier les gestes extraordinaires.  



Helmut Lachenmann, The JACK Quartet : Complete String Quartets (Mode)
Edition : 2014.
CD : 01/ Gran Torso (1972) 02/ Reigen Seliger Geister 03/ Grido
Héctor Cabrero © Le son du grisli

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Ha-Yang Kim : Threadsuns (Tzadik, 2014)

ha-yang kim threadsuns

La « contre-langue » de Paul Celan ferait-elle écho à la « contre musique » de Ha-Yang Kim ? Et faut-il parler de contre-musique ici ? Sans doute pas, tant les propositions de la compositrice-violoncelliste ne renversent aucun code musical mais s’inscrivent plutôt dans la sphère minimale des musiques contemporaines.

Ici, Ha-Yang Kim compose une œuvre en trois parties dédiée à Paul Celan et interprétée par le JACK Quartet (Ari Streisfeld, Christopher Otto, John Pickford Richards, Kevin McFarland). Le jeu de miroir entre la coréenne et le poète roumain passe par des ambiances mortifères : dissonances et lente gestation d’un centre qui ne sera jamais trouvé, accords poreux, longues notes répétées et annonçant un chaos sans cesse différé. Et ce ne sont pas les mélodies faussement rassurantes du troisième mouvement qui viendront apaiser l’impression de fatal hantant la totalité de l’œuvre. Cette symphonie du désagréable trouvera néanmoins quelques vifs adhérents, le signataire de ces quelques lignes en étant un des membres les plus actifs.

Ha-Yang Kim : Threadsuns (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2014.  
CD : 01/ Threadsuns I 02/ Threadsuns II 03/ Thraedsuns III
Luc Bouquet © Le son du grisli

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Alex Mincek : Lift-tilt-filter-split (Carrier, 2011)

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Les cinq pièces récentes d'Alex Mincek regroupées ici constituent une bonne introduction à l'univers de ce jeune compositeur : abordant d'une façon ou d'une autre – mais toujours avec une énergique clarté – les problématiques de la répétition et de la modification, de l'identité et de la distinction, de la progressivité et de la soudaineté, ce répertoire intéresse dès la première audition.

Dans leurs jeux de reprises, les Pendulum III et V – ce dernier ferait presque songer à certaines conductions de Butch Morris – tout autant que Poco a poco, servis par l'efficace Wet Ink Ensemble, exposent leurs séquences et combinaisons d'une façon aussi incisive que la composition Lift-tilt-filter-split : le JACK Quartet (ledit quatuor à cordes s'est par exemple fait connaître dans Xenakis, pour le label Mode) y exprime son mordant avec une rauque électricité. Le duo Nucleus (pour saxophone & percussion, par Michael Ibrahim & Eric Poland) quant à lui, n'est pas moins digne d'intérêt ; davantage peut-être pour ses principes de composition que pour son monde sonore (qui ne surprendra guère l'amateur de Butcher & Sanders).

Un corpus de belle tension, qui mérite vraiment d'être découvert !

Alex Mincek : Lift-tilt-filter-split (Carrier Records)
Edition : 2011.
CD : 01/ Pendulum V (2009) 02/ String Quartet n°3 : lift-tilt-filter-split (2010) 03/ Pendulum III (2010) 04/ Poco a poco (2009) 05/ Nucleus (2007)
Guillaume Tarche © Le son du grisli

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