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Le son du grisli
23 juillet 2013

Sudo Quartet : Live at Banlieue Bleue (NoBusiness, 2012)

sudo quartet

S’il démontre que le festival Banlieues Bleues peut encore être pourvoyeur d’instants d’intérêt, ce Live célèbre encore davantage la complicité intacte du duo de cordes Léandre / Zingaro, sublimée par les présences de Sebi Tramontana (troisième larron d’un Chicken Check In Complex jadis enregistré aux Instants Chavirés) et Paul Lovens.

Volatil, le violoniste appelle à lui tous les graves de la contrebasse, les endort sur phrase défaite – la voix de Léandre prend alors le relai – ou entame avec eux un jeu de rapprochement et d’éloignement dont les mouvements profitent de la cohérence du quartette. C’est qu’en arrière-fond, trombone et batterie œuvrent aussi à la prestation haute : litanie improvisée délicate et puissante, voilà pour le souvenir.

EN ECOUTE >>> Sudo 1 >>> Sudo 4

Sudo Quartet : Live at Banlieue Bleue (NoBusiness)
Enregistrement : 25 mars 2011. Edition : 2013.
CD : 01-05/ Sudo 1 – Sudo 5
Guillaume Belhomme © le son du grisli

14 juin 2013

Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press, 2012)

jérôme poret weather dust storm report

L’artiste Jérôme Poret ne fait pas les choses à moitié. La preuve : il sort ces jours-ci deux CD de ses installations sonores et un livre qui retrace son parcours depuis 2004 par l’image, des essais de Sophie Auger et Thibaut de Ruyter & une interview donnée à Alexandre Castant. Dans celle-ci, il me révèle ce qu’est le son solidien (« les bruits qui se propagent dans les structures d’un bâtiment »).

Poret continue : « Un son solidien est vecteur de parasites (…) Ce qui me plaît dans ce type de sons, c’est évidemment qu’ils ne se transmettent pas par l’air mais par une matière qui, sans être morte, est inerte. » A l’écoute des enregistrements de ses installations et de ses performances, l’influence de ces sons ne fait pas de doute : les souffles sont nombreux quand on ne ressent pas à même le matériau sonore des déplacements lents et denses. Mais le travail de Poret peut aussi se nourrir de bruits de pas ou de clefs, de feedbacks de guitares et, même si l’on regrette parfois de ne pouvoir nous promener auprès de telle ou telle de ces installations sonores et trébuchantes (d’autant que l’artiste insiste dans le livre entre l’opposition de l’espace d’exposition (white cube) et l’espace scénique (black box)), la découverte par l’oreille des travaux de Jérôme Poret est belle et heureuse.

Jérôme Poret : Weather Dust Storm Report (Le Gac Press / Metamkine)
2 CD + Livre : Weather Dust Storm Report
Edition : 2012.
Pierre Cécile © Le son du grisli

28 mai 2013

Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian, 2013)

bondi demierre kocher dincise occa

Les bourdons et sifflements périssables, multipliés en conséquence, de l’accordéon de Jonas Kocher agiront une fois encore comme autant d’aimants. A eux, viendront dans un ordre ou un désordre que seul peut permettre l’improvisation de groupe – pas aussi fourni que l’Insub Meta Orchestra, celui-ci, mais imposant quand même –, le bruissement des cordes de piano que pince ou frôle Jacques Demierre, les rumeurs des caisses graves de Cyril Bondi, les ornements électroniques de D’incise.

C’est bientôt le battement d’un cœur que l’on soupçonne puis que l’on authentifie. Entre ses silences – courts mais parfois pesants, qui plusieurs fois en tout cas nous font craindre l’abandon –, il chante à force de tremblements orageux, de larsens contrits, de carillons presque éteints, d’harmoniques intimidées par leurs propres possibilités, voire formules… toutes sonorités qui, après avoir exploré tout l’espace, s’en reviendront droit au cœur large qui jadis les nourrit.

Cyril Bondi, D’incise, Jacques Demierre, Jonas Kocher : Öcca (Bocian / Metamkine)
Enregistrement : 29-31 août 2011. Edition : 2013.
LP : A1/ Telllre A2/ Scrae A3/ Rssac(s) – B1/ Iln Acynn
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

15 mai 2013

Dead Neanderthals : Polaris (Utech, 2013)

dead neanderthals polaris

« FUCK conventions and FUCK expectations » : sans forcément faire fi des conventions ni des attentes – ce serait oublier qu’avant eux sont passés dans le champ d’une improvisation revêche opposant saxophone et batterie Brötzmann et Bennink, Flaherty et Corsano ou encore Gustafsson et Nilssen-Love –, Dead Neanderthals s’adonne tout de même sur Polaris à une joute opiniâtre.

Sous l’influence de forces naturelles qui menacent quand ce n’est pas plus cérébralement inspirés par les nœuds de Shinkichi Tajiri, O (ténor) et R (batterie, donc) sonnent une demi-heure durant l’alerte d’instants rageurs. Avec un art non négligeable de la torpille ou du laisser-aller, le saxophoniste accuse les coups secs et les trombes de cymbales de son partenaire. Sous effervescence et sur le fil du rasoir, le duo se montre ainsi capable d’un jazz in opposition sinon insolite, en tout cas fort alerte.

EN ECOUTE >>> Plissken

Dead Neanderthals : Polaris (Utech Records / Metamkine)
Enregistrement : 6 novembre 2012. Edition : 2013.
CD : 01/ Neck-AIDS 02/ The Pit 03/ Knot 04/ Yamatsuka Eye 05/ Plissken 06/ Yolk
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

23 février 2013

Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura, 1973)

jac berrocal musiq musik

Cette chronique est extraite de sept trompettes, hors-série papier à paraître début mars 2013.

Jac Berrocal : « Une nuit d’août 1970, une 2CV poussive et bariolée s’arrêta au bord d’une piste finlandaise où je bivouaquais : c’était Roger Ferlet, passionné de pop et futur astrophysicien. Quelques heures après, arrivés au bord de l’aurore au cercle polaire, nous décidions de monter le Music Ensemble auquel se joindront aussitôt l’accordéoniste Claude Parle, Dominique Coster et le peintre Michel Potage. Grâce à la firme Futura, Musiq Musik vit le jour : soit une carte postale sonore avec des tambours de l’an 1000 qui croisent la détresse de réfugiés tibétains rencontrés dans des hôtels miteux du Népal. Pour l’histoire, ce disque en réverb’ naturelle fut enregistré en 1973 à quelques mètres de la tombe de l’évêque Pierre de Corbeille qui fut l’instigateur vers 1241 de la « Messe des fous ».

Ce projet fut réalisé par Gérard Terronès qui permit à bon nombre de musiciens de se faire entendre. Futura Records serait impensable aujourd’hui : songez, dans un catalogue à dominante free, Gérard produisait des albums de New Orleans, de rock étrange, du jazz bop, du théâtre musical, et ce disque atypique, objet brut musical. C’était une époque un peu folle : on pouvait monter un groupe l’après-midi, enregistrer des bandes le soir, trouver un  label le lendemain, et, en plus, la presse et les radios s’intéressaient à vous. » Ce premier album est aussi beau que le meilleur de Don Cherry : on y verra comme un écho dans les bandes inédites enregistrées à la même époque et que publiera plusieurs décennies après Emmanuel Carcano.

Jac Berrocal, Dominique Coster, Roger Ferlet : Musiq Musik (Futura)
Enregistrement : 1973. Edition : 1973.
LP : Musiq Musik
Philippe Robert © Le son du grisli

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22 février 2013

RadioMentale : I-Land (F4T, 2012)

radiomentale i-land

I-Land est la première (vraie) sortie du duo RadioMentale, malgré une carrière démarrée en… 1992. Auteurs d’une multitude de collages, mixes et montages sonores, qui ont valu à leurs créateurs une renommée franche et certaine, Eric Pajot et Jean-Yves Leloup trouvent dans leur introspection bruitiste un monde dont ils ont – heureusement – banni la notion de monotonie.

Mariage profondément subtil d’une musique concrète et d’une ambient fugace telles qu’on les retrouve passionnément sur le label Touch (pensons à Jana Winderen ou Thomas Köner), l’univers de la paire française invite à la fois à l’éveil et à la méditation. Poursuivant un sillon tracé entre @c et Gilles Aubry, tout en remuant les terres fertiles de Phill Niblock et Geir Biosphere Janssen, nos deux hommes manient avec brio l’art de l’inquiétude (les voix d’outre-tombe de Sinking) et invitent à leur table élégamment dressée un monde entre courants arctiques et vents urbains d’une formidable acuité (radio)mentale.

EN ECOUTE >>> I-Land (extrait)

RadioMentale : I-Land (F4T)
Edition : 2012.
CD : 01/ Smooth Operator 02/ Sinking 03/ Gotlander
Fabrice Vanoverberg © Le son du grisli

26 janvier 2013

Giuseppi Logan Project (Mad King Edmund, 2012)

giuseppi logan project

De Giuseppi Logan, perdu de vue depuis une trentaine d’années, on est content d’avoir des nouvelles. Celui qui a toujours œuvré dans la périphérie de la périphérie semble avoir assagi son souffle autant que désavoué sa nervosité. Peu loquace, naviguant entre microtonalité et dissonances, voici l’altiste aux portes de l’absence, déambulant plus que s’imposant puis s’ouvrant à quelque déchirant sursaut.

Ici, une musique du détail entre fragilité et fragilité et dont l’assise à la charge de l’insatiable Cooper Moore et du très sérieux Larry Roland (Ed Pettersen et Tracy Silverman sont bien trop lointains et superficiels pour nous interpeller) décrispe quelque peu un retour qui, s’il n’est pas renaissance, ne manque ni d’atouts ni de charme.

Giuseppi Logan : The Giuseppi Logan Project (Mad King Edmund / Souffle Continu)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ The Occupy Blues 02/ Improv 1 03/ Improv 2 03/ Satin Doll 04/ Spiral 05/ Sweet Georgia Brown
Luc Bouquet © Le son du grisli

16 janvier 2013

Ingebrigt Håker Flaten : Now Is (Clean Feed, 2012) / Paul Giallorenzo 3 (Not Two, 2012)

ingebrigt haker flaten now is

Trente-neuf petites minutes seulement pour inspecter le New York Quartet d’Ingebrigt Håker Flaten (Joe McPhee, Nate Wooley, Joe Morris). Trente-neuf petites minutes inquiétant l’harmonie (Times) et se glissant dans une pénombre sonique assumée (Pent).

Ici, faire se dresser la mélodie ; ailleurs, faire appel au free sans y convier cris et fureurs. Et ne pas s’interdire les solos (solo cabré de Joe Morris in As If) pas plus que la douceur des souffles (McPhee in Post). Et surtout : faire accroc au jazz tout en se l’appropriant. Ne pas rejeter ses zones d’inquiétudes et de turbulences (McPhee, toujours lui, in Giants). Puis, sans recourir à la violence, se dégager de la pénombre inaugurale. Tout cela pour faire de Now Is, un disque passionnant si ce n’est passionné.

Ingebrigt Håker Flaten New York Quartet : Now Is (Clean Feed / Orkhêstra International)
Enregistrement : 12 juillet 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Port 02/ Times 03/ Pent 04/ Knicks 05/ Giants 06/ As If 07/ Rangers 08/ Post
Luc Bouquet © Le son du grisli 2013

paul giallorenzo 3

Transformé en imparable contrebassiste de hard bop, voici Ingebrigt Håker Flaten en 2007, portant avec Tim Daisy All Together Now, première composition d’un lot de cinq signées du pianiste Paul Giallorenzo. Quelques libertés prises sur des pièces oubliant soudain toutes structures ne peuvent malheureusement faire de ce Paul Giallorenzo 3 autre chose qu’un disque de jazz acceptable à défaut d’être renversant – l’improvisation « tordue » qu’est Tremens n’y pourra rien, elle non plus.

Paul Giallorenzo : Paul Giallorenzo 3 (Not Two / Instant Jazz)
Enregistrement : 21 et 22 août 2007. Edition : 2012.
CD : 01/ All Together Now 02/ Across the Pond 03/ Sea Slish 04/ interlockin 05/ tremens 06/ The Sun’s Always Shining
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

4 janvier 2013

Laura Cannell, Rhodri Davies : Feathered Swing of the Raven (Brawl, 2012) / Rhodri Davies : Wound Response (Alt.Vinyl, 2012)

laura cannell rhodri davies swing of the raven

La flûtiste Laura Cannell et le harpiste Rhodri Davies ont enregistré Feathered Swing of the Raven lors d'une résidence en 2011. Ce qui signifie qu’ils ont appris à se connaître, à jouer ensemble, à s’écouter, pour le meilleur du disque (d'autant plus prenant qu'il est court) qui résulte de leur rencontre.

On dirait les flûtes taillées dans du bois flotté et que la harpe s'évapore à leur approche. Si les drones qu’elles conçoivent « collent » à l’air du temps, elles sont aussi soumises à des influences qui enrichissent le dialogue (organum, faux-bourdon et baroque, mais aussi ambient pittoresque et folklore primitif que sert particulièrement bien la voix de Cannell). C’est d’ailleurs dans cette dernière région que le duo choisit de s’installer définitivement. Placé dous le signe du corbeau, son campement est un repère agréable où l’on chérit le romantisme de Keats et les jeunes femmes de Burne-Jones.

EN ECOUTE >>> Desperada

Laura Cannell, Rhodri Davies : Feathered Swing of the Raven (Brawl Records)
Enregistrement : décembre 2011. Edition : 2012.
CD : Feathered Swing of the Raven
Héctor Cabrero © Le son du grisli

rhodri davies wound response

Seul mais amplifié, Rhodri Davies a pensé Wound Response : abandonnant drones et notes en suspension, ce n’est plus son discours musical que le harpiste « réduit », mais à la place son instrument. Changé en piano à pouces – sanza, kalimba ou mbira, au choix –, la harpe décoche des notes qui souvent saturent et enchaînent des motifs d'un minimalisme d’expression furieuse. Noter que la couverture de ce bel objet – épuisé déjà – profite de dessins de Jean-Luc Guionnet.

Rhodri Davies : Wound Response (Alt.Vinyl)
Edition : 2012.
LP : Wound Response
Guillaume Belhomme © Le son du grisli 2013

6 septembre 2005

Klaus Filip, Radu Malfatti, Mattin, Dean Roberts : Building Excess (GROB, 2004)

klaus filip radu malfatti mattin dean roberts building excess

Vienne, 4 juillet 2003. En studio, Klaus Filip, Radu Malfatti, Mattin et Dean Roberts s’essayent à une expérience électroacoustique qui pourrait bien changer les habitudes de l’audition commune. La guitare électrique de Roberts pèsera ses notes claires avant de les distribuer, les ordinateurs de Filip et Mattin dérouleront leur lot d’oscillations et de craquements, perturbations dont se nourrira le trombone – en filigrane plus qu’en sourdine – de Malfatti.

Dans une machine volante, le groupe progresse et prend possession de l’espace qui l'environne. C’est son transport que l’on entend et aussi les territoires qui concèdent et chantent, l’un après l’autre, avoir été découverts. Le silence suit, puis ce sont quelques souffles qui disent leur blancheur. Autant que de minces larsens ils font maintenant la bande-son de l’architecture élevée en quelques minutes, différente de celle qui sera déposée sur la couverture du digipack – éternel fantasme de modernité sortie de la cassure et colporteuse de froid, que tord l’association à bras le son.

Klaus Filip, Radu Malfatti, Mattin, Dean Roberts : Building Excess (GROB / Metamkine)
Enregistrement : 4 juillet 2003. Edition : 2004.
CD : 01/ Building Excess
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

10 juillet 2012

Jean-Marc Montera, Yves Robert, Gérard Siracusa : Anna S. et autres histoires (GRIM, 2012)

montera robert siracusa anna s

Comme Raymond Boni par exemple, Jean-Marc Montera fait partie de ces guitaristes qui peuvent se fondre dans milles atmosphères. Ici, nous sommes loin de l’ambiance des disques enregistrés avec Loren Connors et Thurston Moore, avec Lee Ranaldo ou encore Mike Cooper. Ici, il improvise avec Yves Robert et Gérard Siracusa.

C’est donc une toute autre aventure, qui date de 1983 et s’est déroulée à Dunois (c’est normalement nato qui se charge de faire reparaître les disques qui y furent enregistrés). Cette fois, c’est au GRIM (ô combien cher à Montera), d’accoucher de la réédition (sur LP, noblesse oblige). Pour notre plus grand bonheur, d’ailleurs, puisque qu’on y entend le guitare-héros évoluer avec un tromboniste volant et un batteur électrique. Montera compte ses effets et sa préoccupation est moins de faire hurler sa six cordes que de créer des champs magnétiques.

Sûr que Dunois a vu ce jour-là des nuages pastels se déplacer entre ses murs. Les musiciens s’y sont cachés, y ont fait des trous ou les ont dissipés, au choix. Au final, leur jeu a anéanti tous les styles qu’on serait tentés de post-iter sur le front des musiciens : impro, rock, expé, noise, concret… Osera-t-on le terme d’ambient rock ? d’expérimentation abstraite ? d’évanescence concrète ? ou enfin, de préludes féériques qui vont pas mal à l’évocation de cette mystérieuse Anna S.

Jean-Marc Montera, Yves Robert, Gérard Siracusa : Anna S. (GRIM)
Enregistrement : 11 et 12 avril 1983. Edition : 2012.
LP : A1/ Anna S. A2/ Invitus-Invitam A3/ Partage A4/ Les métamorphoses d’une illusion A5/ Le jeune-homme’s mère A6/ Tokonoma B1/ Dan, mouvement tremblé B2/ Une certaine inclinaison B3/ Le rêve d’Antiochus B4/ Rivières
Pierre Cécile © Le son du grisli

27 octobre 2015

Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness, 2015)

bradford gjerstad quartet delaware river

La veille du concert que documente Silver Cornet, le Bradford/Gjerstad Quartet – dans lequel on trouve le contrebassiste Ingebrigt Håker Flaten et le batteur Frank Rosaly, remplaçant Paal Nilssen-Love – donnait un autre concert, à Philadelphie. Que The Delaware River documente à son tour.

La prise de son prête main-forte à Bradford : elle rapproche en effet ses partenaires d’un free d’antan. Quelque peu étouffée, la batterie (Rosaly jouant là de nuances que Nilssen-Love a désormais tendance à décliner) n’en impose pas moins sur Sailing Up The, premier titre que cornet et alto se partagent selon la tradition : motifs mélodiques pour Bradford, saillances pour Gjerstad.

L'équilibre trouvé (assez rapidement), les musiciens inventent une musique libérée de (presque) toutes contingences. Certes, mais cérébrale aussi. C’est d’ailleurs là le charme de l’association Bradford / Gjerstad : son jazz d’improvisation est funambule, dont la force ne se joue pas dans la vitesse, ni l’intensité dans l’épaisseur.

écoute le son du grisliBradford/Gjerstad Quartet
River In

Bobby Bradford / Frode Gjerstad Quartet : The Delaware River (NoBusiness / Improjazz)
Enregistrement : 29 mars 2014. Edition : 2015.
LP : A1/ Sailing Up The – B1/ Delaware B2/ River In B3/ 1965 Was Amazing
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 août 2012

Xavier Charles, Terrie Ex : Addis (Terp, 2012)

terrie ex xavier charles addis

Les Ex n’en finissent pas de profiter du doux climat d’Addis-Abeba. Les tournées avec les représentants de l’Ethio-Jazz (Getatchew Mekuria en tête) et les rencontres informelles organisées pendant ces tournées (avec Ab Baars, Ken Vandermark, Mats Gustafsson, Paal Nilssen-Love…) fleurissent aujourd’hui au catalogue Terp.

Dans le chambre 103 du Baro Hotel ce jour-là (plus précisément, 2 jours durant), il y avait Terrie Ex et le clarinettiste Xavier Charles. Les bruits de la ville et du transport. Un chien aboie. Et le duo y va de ses rafales de clarinette et de ses attaques de médiator forcené. Mais, comme on aurait pu l’attendre, le duel n’est pas toujours frontal.

En effet, on comprend rapidement que Xavier et Terrie se tournent autour, invoquent les esprits… Avant de chicaner ? Que nenni. Il y a bien quelques échanges tendus entre les deux hommes, mais ils ne durent pas puisqu’ils ont décidé de voir ce que donnerait le dialogue de deux nerveux contrariés. C’est pourquoi leur collaboration étonne, avant de convaincre le plus simplement du monde, sans jamais forcer.

Xavier Charles, Terrie Ex : Addis (Terp Records / Differ-ant)
Enregistrement : 5 et 7 mai 2009. Edition : 2011.
CD : 01/ The Dog 02/ The Bell 03/ The Room 04/ The Bird 05/ The Horn 06/ The Door 07/ The Hammer
Pierre Cécile © Le son du grisli

16 juillet 2012

GGRIL, Evan Parker : Vivaces (Tour de bras, 2012)

ggril evan parker vivaces

Certains sont professionnels, d’autres sont amateurs : le GGRIL, basé à Rimouki, petite ville de l’est du Québec, dispose d’une dizaine de forces vives. Evan Parker, après Joëlle Léandre ou Jean Derome (rencontre que l'on peut télécharger ici), est ce soir leur invité.

Tout commence avec Semis, improvisation collective, courbaturant une masse épaisse, sobrement perforée par le soprano puis le ténor du britannique. Le concert se poursuit avec Bouturage, dirigé par Evan Parker. Débutant en douceur, la conduction de Parker posera quelques sûres balises (motif rythmique s’accélérant, modulations, surgissement d’une clarinette intrépide, accents répétitifs) avant d’encourager un intense duo d’accordéons. La dernière pièce, dirigée par le violoniste Raphaël Arsenault, laissera le saxophoniste – ici au ténor – évoluer en soliste au sein d’une improvisation anxiogène, ombrageuse, inquiétante. Oui, une belle soirée pour tout le monde.

GGRIL, Evan Parker : Vivaces (Tour de Bras / Metamkine)
Enregistrement : 2011. Edition : 2012.
CD : 01/ Semis 02/ Bouturage 03/ Marcottage
Luc Bouquet © Le son du grisli

30 mai 2012

Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim, 2011) /Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong, 2011)

bruno duplant slow breath

La pièce de musique que Bruno Duplant fait paraître sur le label de Radu Malfatti est justement dédiée au tromboniste. Réglant son pas sur celui du dédicataire, Duplant joue-là de mesure et de silences en se focalisant sur l’avènement et l’évanouissement d’une note. L’instrument choisi pour ce-faire est un cor, qu’augmente un peu d’électronique.

Un grave entame ce jeu d’apparitions et de disparitions : la présence « en soi » des notes convoquées alternant selon les nuances ou les directions qu’on leur donne – longueur et intensité varient ainsi, le ton peut changer, des souffles miniatures venir consolider le fil auquel Slow Breath est attaché, un parasite transformer la forme de l’espace où courent les vibrations. Au mitan, les rapprochements sont plus nombreux – deux notes peuvent même se gêner –, qui commandent à Duplant d'en revenir aux distances. Reprenant son ouvrage d’attente, le musicien persiste alors : le délitement en musique n’est pas l’affaire d’un temps retors à employer, plutôt la marque en négatif de tout ce que ce temps pourrait contenir.

Bruno Duplant : Slow Breath (B-boim / Metamkine)
Edition : 2011.
CD : 01/ Slow Breath
Guillaume Belhomme © Le son du grisli



bruno duplant late winter

Sur Late Winter/Early Spring, Duplant revient à sa contrebasse. Epaisse, elle enveloppe le guzheng et le mélodica de David Sait, les clarinettes de Paulo Chagas – la collaboration Duplant / Chagas s’en trouvant fortifiée. Ici, le minimalisme dispute à l’agitation expressionniste un folk à amok infusant sur steppes blanches (Late Winter). Moins convaincante, Early Spring voit le trio faire d’interventions verticales une forêt où se confronter avec une estime paresseuse.

Bruno Duplant, Paulo Chagas, David Sait : Late Winter/Early Spring (AudioTong)
Edition : 2011.
Téléchargement : 01/ Late Winter 02/ Early Spring
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

5 mars 2012

The Necks : Mindset (ReR, 2011)

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La force de The Necks est de savoir tourner en boucles sur des morceaux qui avancent dans une autre direction que celles que ces boucles conseillent. Sur Mindset, leur seizième, deux nouveaux titres montrent que cette force oeut faire effet de différentes façons.  

Sur le premier, le piano (Chris Abrahams) emboîte le pas à l’association de la contrebasse (Lloyd Swanton) et de la batterie (Tony Buck) : le power trio profite de son expérience et de ses expériences (minimalisme vs jazz vs rock) pour tailler dans le filet un beau morceau bruitiste et répétitif. Sur le second, The Necks va lentement & fait plus de cas du silence et de l’électronique. Cette fois c’est la basse qui se fait attendre. Mais lorsqu’elle arrive, un riff de batterie la soutient et un sifflement nous fait comprendre que le trio bout véritablement. A ce point que Daylights devient rapidement un mélange de jazz et de post-rock charismatique, qui dépasse de loin toutes les tentatives du Chicago Underground.

The Necks : Mindset (ReR / Orkhêstra International)
Edition : 2011.
CD / LP : 01/ Rum Jungle 02/ Daylights
Pierre Cécile © le son du grisli

15 novembre 2011

Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus, 2011)

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Au sortir de deux séances d’improvisation et d’un concert donné en septembre 2010 à New York, le quartette en place (Triple Point que forment Pauline Oliveros, Doug Van Nort et Jonas Braasch augmenté de Francisco López) aura glané assez de matériau pour permettre à chacun de ses membres d’en faire ici, par deux fois, sa propre chose sonore.

Les huit propositions électroacoustiques réunies sur Quartet for the End of Space, de varier en conséquence. Quand Doug Van Nort peint de volumineux espaces sous la menace de menaçantes espèces synthétiques (Outer) sinon ouverts aux quatre vents (Inner), Francisco López arrange toutes interventions en rafales-parasites (Untitled #270) ou en impérieux totems sifflants (Untitled #273).

Inquiets davantage qu’on n’oublie pas la nature des instruments au départ utilisés, Jonas Braasch s’adonne, lui, à des jeux de construction (Web Doppelgänger) qui pourraient lui permettre de décrocher une ou deux étoiles (Snow Drifts) tandis que Pauline Oliveros dispose des trajectoires de claviers transformés dans le sillage de Sun Ra (Mercury Retrograde) ou passe des bandes à la moulinette afin de mettre au jour une ode à la métamorphose (Cyber Talk). Ici ou là, quelques essoufflements : mais des essouflements de personnalités follement investies.

Pauline Oliveros, Francisco Lopez, Doug Van Nort, Jonas Braasch : Quartet for the End of Space (Pogus / Metamkine)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
01/ Doug Van Nort : Outer. 02/ Jonas Braasch : Web Doppelgänger. 03/ Francisco Lopez : Untitled #270. 04/ pauline oliveros : Mercury Retrograde 05/ Jonas Braasch : Snow Drifts. 06/ Doug Van Nort : Inner 07/ Oliveros : Cyber Talk 08/ Francisco Lopez : Untitled #273
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

12 janvier 2012

Wu-Tang : Wu-Tang Forever (Loud / RCA, 1997)

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"I bomb atomically, Socrates' philosophies and hypotheses can't define how I be droppin these mockeries, lyrically perform armed robbery"
"Not a role model, I walk a hard role to follow, I sold bottles of sorrow then chose poems and novels"

Inspectah Deck steals the show on this one. Widely considered as the unsung hero of the Clan, Deck takes a step back, inspects, lets the others drown hard and fast in their image, style and persona defined quicksand, and comes out on top with maturity, fineness, and an efficacy of language which results in single lines speaking volumes. His rhythmic sophistication allows him to put it where ever he wants, in front, behind, or dead on, Deck dances around the beat like a boxer. "Words attack like british bulldogs", but Deck has more to give than just attacks, he remains humble, capable of great compassion, even sadness concerning his background and the plight of his peoples.

Hats off also to Street Life and Ghostface also for their ripping performance on Hellz Wind Staff, plus the superb frankenstein monster beat stitching RZA who by this stage could use whatever he wanted and make it sound amazing.

Wu-Tang : Wu-Tang Forever (Loud / RCA)
Enregistrement : 1994-1997. Edition : 1997.
2 CD : CD1 : 01/ Wu-Revolution 02/ Reunited 03/ For Heavens Sake 04/ Cash Still Rules / Scary Hours 05/ Visionz 06/ As High As Wu-Tang Get 07/ Severe Punishment 08/ Older Gods 09/ Maria 10/ A Better Tommorow 11/ It’s Yours CD2 : 01/ Intro 02/ Triumph 03/ Impossible 04/ Mittle Ghetto Boys 05/ Deadly Melody 06/ The City 07/ The Projects 08/ Bells of War 09/ The M.G.M. 10/ Dog Shit 11/ Duck Seazon 12/ Hellz Wind Staff 13/ Heaters14/ Black Shampoo 15/ Second Coming 16/ The Closing 17/ Sunshower
Will Guthrie © Le son du grisli

23 septembre 2015

Marcio Mattos : SOL[os] (Emanem, 2015)

marcio mattos sol(os)

Seul, au soleil, le violoncelliste Marcio Mattos augmente ici (dix improvisations enregistrées entre la fin des années 1990 et 2010) son instrument d’un peu d’électronique, voire l’abandonne pour une contrebasse (instrument qu’il a découvert par le jazz).

A chaque fois, c’est pour envisager la corde – ses résistances et ses tensions – d’une autre façon : glissandi répétés ou graves attrapés à pleine main sur contrebasse, arpèges rapides en déroute, râles récoltés à l’archet, résonances d’une sculpture de cordes qui vibre, réduction d’instrument… C’est donc un art (de l’instrument) qui profite d’un autre, celui d’un discours « esthétique » toujours rafraîchi.

Quant à l’électronique, elle agit chez Mattos comme rarement chez d’autres improvisateurs, puisqu’elle tient en effet sa pratique instrumentale au secret quand, en concert (Prominence enregistré à Londres le 18 mai 2010), elle ne l’invite pas à un jeu de redites et d’accentuations (encore) autrement éloquent. Autour du soleil promis, c’est ainsi une éruption ou une éclipse, spectacles l’un comme l’autre saisissants.   

Marcio Mattis : SOL[os] (Emanem / Orkhêstra International)
Enregistrement : Fin des années 1990- 2010. Edition : 2015.
CD : 01/ Sunsquake 02/ Filaments of Imagination 03/ Convections 04/ The Diamond Ring 05/ Bailey’s Beads 06/ Saros 126 07/ Faculae 08/ Spicules 09/ Solwind 10/ Prominence
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

2 juillet 2011

Pres Revisited : Jozef Patkowski in Memoriam (Bolt, 2011)

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Deux disques édités en mémoire de Jozef Patkowski, musicologue, compositeur et surtout homme de radio ayant créé à Varsovie le Studio de Musique Expérimentale.

Le premier disque contient des pièces de musique nées dans le studio en question : parmi les pièces servies ici, trouver surtout celles de Boguslaw Scheaffer (dont l’Antiphona tire sa substance d’un beau chœur de femmes lasses) et de Krzystof Penderecki (Psalmus mêlant avec intelligence voix interférant et éléments électroniques perturbateurs). Le second disque revient sur un concert donné au Café Oto de Londres en 2009. En hommage au même Patkowski, il fait défiler dans le même ordre les mêmes pièces, la différence étant qu’elles sont cette fois « interprétées », selon différentes combinaisons, par Phil Durrant, John Tilbury, Eddie PrévostMokiloaj Palosz et Maciej Sledziecki. Ainsi donc Durrant fait de l’Antiphona citée plus haut un prétexte à la dérive d’un violon discordant ; Tilbury retient sur le même Psalmus la course de ses graves qu’il contraint en berceuse drue ; ailleurs encore, l’association des cinq musiciens improvisent un Hommage to Boguslaw Schaeffers Symphony dont les effleurements partagés révèlent d’irrésistibles plaintes enfouies. 

Pres Revisited : Jozef Patkowski in Memoriam (Bolt / Souffle Continu)
Enregistrement : 1961-1975 & 2009. Edition : 2011
CD1 : 01/ Boguslaw Schaeffer : Antiphona 02/ Eugeniusz Rudnik : Collage 03/ Krzysztof Penderecki : Psalmus 04/ Bohdan Mazurek : Epizody 05/ Boguslaw Schaeffer : Assemblage, wersja I 06/ Bohdan Mazurek : Esperianza (1967) 07/ Eugeniusz Rudnik : Dixi – CD2 : 01/ Antiphona 02/ Collage  03/ Psalmus 04/ Epizody 05/ Assemblage 06/ Esperienza 07/ Dixi 08/ Hommage to Boguslaw Schaeffers Symphony
Guillaume Belhomme © Le son du grisli

19 avril 2011

Gunter Hampel European Quartet : Undiconditional Confidence (Birth, 2011)

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Quelques rares partitions sont là pour nous rappeler que Monk et Dolphy ont, sans doute, quelques petites choses à voir avec la musique de Gunter Hampel. Le reste n’est qu’improvisation et inspiration.

On suit cette musique en perpétuel mouvement sans restriction aucune, scrutant ces étranges constructions qui font se succéder bop affranchi et free revendiqué, chorus hargneux et sombres ambiances. Et, ici, l’on scrute d’autant mieux qu’une caméra, au plus près des musiciens, espionne le quartet européen de Gunter Hampel. Toujours en action Messieurs Gunter Hampel (clarinette basse boisée et vibraphone avenant), Johannes Schleiermacher (ténor teigneux et sans limites), Andreas Lang (solide et exemplaire contrebassiste), Bernd Oezsevim (batteur à l’élégance toute naturelle).

Hors des modes, jouée avec une foi inébranlable, totalement artisanale et débarrassée des lourds diktats des producteurs-distributeurs, la musique de Gunter Hampel se déploie libre, belle, unie.

Gunter Hampel European Quartet : Undiconditional Confidence (Birth Records)
Enregistrement : 2010. Edition : 2011.
DVD 1 : Unconditional Confidence Part I -  DVD 2 : Unconditional Confidence Part 2
Luc Bouquet © Le son du grisli

18 octobre 2010

Lemur : Aigéan (+3db, 2010)

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J'espère que cette chronique sera jugée valable. Sinon, vous voudrez bien quand même la trouver honnête puisque j'avoue avoir écouté Aigéan plusieurs fois (cinq ou six) en l'espace de deux jours alors que j'étais alité pour soigner une forte fièvre (entre autre).

A côté de boîtes d'Advil entamées, il y avait donc sur ma table de chevet la pochette de ce disque. Les noms de trois musiciens sur quatre (Bjornar Habbestad, Hild Sofie Tafjord, Lene Grenager, Michael Duch) m'étaient inconnus et je parvenais à peine à distinguer la couleur de la pochette en question. Mais la musique répétitive de Lemur a été une belle expérience. Les instruments à cordes battent la mesure et les autres postillonnent avec une énergie innée, voilà mon premier souvenir.

Au plus fort de ma fièvre, un casque pesait sur mon front et dans mes oreilles, je trouvais la bande-son idéale de mes divigations (dont celle de lémuriens visitant Saragosse, vous chercherez pourquoi). Non, je n'ai pas aperçu de tunnel – je le répète, il ne s'agissait que d'une fièvre – mais j'ai eu l'impression de faire à mon humble tour le voyage en barque du Dead Man de Jarmush en écoutant Imbrium. La musique était répétitve et me plantait des aiguilles dans tout le corps : c'est à Habbestad que je ferais les plus grands reproches. Son jeu est agressif et n'allait pas toujours à mon état de convalescent, mais la potion a peut être aidé à ma guérison. Je me promettais de réécouter le disque une fois guéri. Depuis, je ne l'ai pas fait, de peur de voir la fièvre remonter.

Lemur : Aigéan (+3db records)
Edition : 2010.
CD : 01/ Dasht-Elut 02/ Panthalassa 03/ Betpak-Dala 04/ Imbrium 05/ Dzibilchaltun 06/ Saragasso 07/ Kriznajama
Pierre Cécile © Le son du grisli

24 mai 2010

John Zorn, Fred Frith : Late Works (Tzadik, 2010)

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Il y a longtemps que John Zorn et Fred Frith se tutoient, se mesurent, se cherchent, etc. Faisant fi de ce long temps là, John Zorn et Fred Frith se surpassent sur Late Works, ce qui était aussi espéré qu'inattendu.

Une guitare électrique (Frith) et un saxophone alto (Zorn) réunis pour faire naître des rythmiques technoïdes, des effets sonores impressionnants, des moments de calme auxquels on ne croit pas longtemps (la mélodie de western de The Fourth Mind est peut-être la seule exception à la règle) et des duos des duos des duos fous à faire pâlir le plus frappé des rockeurs (vraiment frappé ou faisant mine de l'être) excentriques. Late Works est donc un superbe disque : non pas de jazz mais de rock mal dans ses baskets, et d'improvisation mal dans son rock. Le bâtard nec plus ultra, quoi !

John Zorn, Fred Frith : Late Works (Tzadik / Orkhêstra International)
Edition : 2010.
CD : 01/ Foetid Ceremony 02/ Mosquito Slats 03/ Horse Rehab 04/ Legend of the Small 05/ Baffle Hats 06/ Movement of Harried Angels 07/ The Fourth Mind 08/ Creature Comforts 09/ Slow Lattice 10/ Ankle Time
Pierre Cécile © Le son du grisli

26 janvier 2010

Radian : Chimeric (Thrill Jockey, 2009)

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La feuille de presse l’affirme sans ambages – et  pour une fois, nous ne pouvons qu’acquiescer, Chimeric est un disque oublié des bancs de polissage. Brut et malfaisant, ce qui ne veut nullement dire qu’il est nourri de malfaçons, le nouvel effort de Radian se livre à un exercice d’automutilation d’une délicate facture noise. Evocation lointaine, mais très réelle, du très radical – et génial – Flame Desastre du trio Sister Iodine, le son des Autrichiens débauche des percussions martiales et des guitares tordues sans coup férir (Git Cut Noise). La tornade épuisée, des instants de repos chavirés embrassent l’horizon des magnifiques Kapital Band 1, rappel essentiel du rôle proéminent que joue Martin Brandlmayr aux fûts des deux formations viennoises. Meilleur morceau de ce troisième opus, ce très acoustique Feedbackmicro / City Lights est à vivre et à rappeler séance tenante.

Relativement peu travaillé à l’électronique, Chimeric ne rappelle que par instants épars la connexion quasi naturelle entre Stefan Németh et les manipulations sonores. Au mitan de l’esprit des labels Thrill Jockey et Mosz, voire Editions Mego, un titre tel que l’intrigant Git Cut Derivat évite toutefois les compromissions trop faciles. A l’instar du médian Chimera, dépassement ambigu entre calme jazztronica précaire et revendication noise rock, les paysages louvoient entre improvisations maîtrisées à l’extrême (est-ce de trop ?) et déclinaisons noircies au feutre de Till The Old World's Blown Up And A New One Is Created (vs Tortoise, on est sur Thrill jockey, que diable). Un chouia de relâchement en sus et tout eut été parfait.

Radian : Chimeric (Thrill Jockey / Amazon)
Edition : 2009.
CD : 01/ Git Cut Noise 02/ Feedbackmicro / City Lights 03/ Git Cut Derivat 04/ Chimera 05/ Kinetakt 06/ Subcolors
Fabrice Vanoverberg © le son du grisli

18 janvier 2010

Brooke Joyce : Waves of Stone (Innova, 2009)

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Brooke Joyce est un jeune compositeur qui enseigne la théorie, l’histoire de la musique et la composition au Luther College de Decorah (Iowa). Lauréat du Joseph Bearns Prize, il nous offre ici un CD-carte de visite assez fourni. Les six pièces du disque ont été composées entre 1994 et 2008. Ne s’y détermine aucune identité tranchée mais des influences parfois encombrantes.

Peu à l’aise quand il s’agit de composer pour la voix (l’insupportable Three Iowa Ballads, le plus réussi Come Up the Fields, Father), il semble trouver la juste harmonie avec Waves of Stone, pièce pour deux pianos aux lignes claires et distinctes. De même,  les résurgences sobres et angoissantes de Dark Waters, pièce pour violoncelle et piano, donnent à espérer des lendemains plus lumineux pour peu que le jeune compositeur n’hésite plus à emprunter de véritables chemins buissonniers. C’est tout le mal que l’on lui souhaite.

Brooke Joyce : Waves of Stone (Innova / Orkhêstra International)
Enregistrement : 2008-2009. Edition : 2009.
CD : 01/ Six degrees of Separation 02/ Dark Waters 03/ Three Iowa Ballads – The Miner’s Chant 04/ The Iowa Ballad – The Ballad of Hardin Town 05/ The Iowa Ballads – My Little German Home Across the Sea 06/ Come Up from the Fields, Father 07/ Waves of Stone – The Contemplation of Water 08/ The Contemplation of Stone – The Still Point 09/ Waves of Stone – The Pipes of Heaven 10/ Toydogmusic
Luc Bouquet © Le son du grisli

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