Le son du grisli

Bruits qui changent de l'ordinaire


suivre le son du grisli Fil RSS au grisli clandestin Contact

Sortir : Sonic Protest 2017Interview de Jacques Ogerle son du grisli papier
A la question : interviewsAu rapport : impressions de concertsEn théorie : l'improvisation par l'écrit : John Butcher & Evan Parker

Mike Osborne : Dawn (Cuneiform, 2015)

mike osborne dawn

Derviche tourneur de la scène improvisée britannique, Mike Osborne assiégeait deux tournis : celui de son phrasé empli de hautes spirales et celui de sa propre schizophrénie, cette dernière l’éloignant à partir des années 1980 du circuit jazz. Pour l’heure, nous sommes en 1970 et l’altiste attaque les aigus à la base.

La phrase refuse de s’arrêter, le looping est dolphyen (Scotch Pearl), l’harmolodie parfois colemanienne (TBC) et la ritournelle épisodiquement aylérienne (1st). Ne pouvant que constater l’intensité des manœuvres, Harry Miller et Louis Moholo s’accrochent à l’insaisissable, s’en sortent à merveille.

Quatre ans plus tôt, toujours aux côtés d’un John Surman barytonnant sans conviction, du fidèle Miller et d’un vibrant Alan Jackson, l’altiste – toujours sans pianiste – cherchait à embrayer la boite aux lyrismes secs avant d’y échouer. Puis, tous ensemble, trouvaient dans l’Aggression de Booker Little le chemin des vives clairières. Moments magiques et documents précieux, cela va de soi.

Mike Osborne : Dawn (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1966 & 1970. Edition : 2015.
CD : 01/ Scotch Pearl 02/ Dawn 03/ Jack Rabbit 04/ TBC 05/ 1st 06/ TBD 07/ Seven by Seven 08/ And Now the Queen 09/ An Idea 10/ Aggression
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Chris McGregor's Brotherhood of Breath : Procession (Ogun, 2013)

Chris McGregor Brotherhood of Breath Procession

Plus besoin de télécharger sous MP3 pourri – qui plus est avec moult craquements – le Procession du Brotherhood of Breath sur quelque blog douteux (ne faites pas les innocents, vous téléchargez autant que moi !) : Ogun vient de rééditer la galette sur CD (on y trouve quelques inédits-bonus mais l’intégralité du concert reste à venir).

Cela se passait à la Halle aux grains de Toulouse le 10 mai 1977 et les riffs de la confrérie des vents étaient aussi hauts que le Makheka et le Kinder Scout réunis. Il y avait Evan « Trane » Parker, l’insolent Mike Osborne, le conteur céleste Dudu Pukwana, l’oublié Bruce Grant surfant avec sa flute sur le très grand mascaret du BoB, les inflammables Harry Beckett et Mark Charig, le pyromane Radu Malfatti (c’était avant son extinction de souffle), les stellaires Johnny Dyani et Harry Miller, le maestro des rythmes Louis Moholo-Moholo sans oublier évidemment la légèreté de l’ange Chris McGregor. Alors à quoi bon commenter la joie ressentie pour tous ici ? La joie ne se consigne pas : elle se partage et se clame haut et fort. Faut-il encore insister ?

Brotherhood of Breath : Procession – Live in Toulouse (Ogun / Orkhêstra International)
Enregistrement : 10 mai 1977. Réédition : 2013.  
CD : 01/ You Ain’t Gonna Know Me ‘Cos You Think You Know Me 02/ Sunrise on the Sun 03/ Sonia 04/ Kwhalo 05/ TBS 06/ Andromeda
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Selwyn Lissack : Friendship Next of Kin (Goody, 1969)

selwyn_lissack

Ce texte est extrait du premier volume de Free Fight, This Is Our (New) Thing. Retrouvez les quatre premiers tomes de Free Fight dans le livre Free Fight. This Is Our (New) Thing publié par Camion Blanc.

lissack1

En Afrique du Sud, en plein Apartheid, la loi interdit les spectacles multiraciaux. Afin de jouer en compagnie des Blue Notes dont il est le leader, le pianiste Chris McGregor doit s’enduire le visage d’huile de santal pour dissimuler la blancheur de sa peau. Après moult tracasseries policières, ce sextette est invité dans le sud de la France, à Juan, en 1964, où l’écrivain James Baldwin s’en entiche. Dans l’impossibilité de rentrer chez eux, les Blue Notes s’exilent un temps en Suisse avant de gagner Londres où ils irrigueront des années durant les milieux du free, de l’impro et même la scène dite de « Canterbury » (Soft Machine, etc.).

lissack4

Plus jeune que Dollar Brand et McGregor, le batteur et sculpteur Selwyn Lissack, originaire de Cape Town, en fait de même avec l'idée de rejoindre les Etats-Unis : débarqué en 1966 en Angleterre, il y restera quatre ans. C’est là qu’il rencontrera le Français Claude Delcloo, fondateur de la première mouture du magazine Actuel, encore en grande partie consacré au free jazz avant qu’il ne soit racheté par Jean-François Bizot. Claude Delcloo fut aussi le batteur de beaucoup des séances de la fameuse série Actuel du label BYG ; il était alors le leader du Full Moon Ensemble : un album en leur seul nom, deux en tant que backing band d’Archie Shepp au Festival du Jazz d’Antibes / Juan-les-Pins.

En 1969, Claude Delcloo s’occupe d'un sous-label BYG, Goody, en compagnie de Jean-Luc Young. Si BYG a réédité quelques Savoy, Bill Dixon par exemple, Goody éditera en France quelques Delmark, de Roscoe Mitchell, Joseph Jarman et Sun Ra. En matière de création originale : une curiosité, les Mad Rockers de Joachim et Rolf Kühn, avec Volker Kriegel et Stu Martin. Et surtout l’une des grandes réussites du free anglais : Friendship Next Of Kin de Selwyn Lissack.

lissack2

Un disque qui marquera malheureusement le début et la fin de la carrière de Lissack, suite à des embrouilles avec Delcloo à en croire l’intéressé. Deux morceaux, un par face, tous deux produits par l’ex-chanteur du groupe de blues-rock Aynsley Dunbar Retaliation, Victor Brox, avec la crème d’alors. Mongezi Feza à la trompette, bien avant qu’il n’enregistre avec Robert Wyatt. Mike Osborne et Kenneth Terroade aux saxophones – ce dernier venait juste d’enregistrer le tonitruant Love Rejoice pour BYG. Harry Miller à la contrebasse, doublé par Earl Freeman, du groupe de Sunny Murray. Et, curieusement, un mystérieux narrateur, et un pianiste, tous deux non crédités sur la pochette. A priori le narrateur peut être l’un des musiciens de cette séance, et pour le pianiste ce serait également le cas : selon certaines sources autorisées, il s'agirait d'Earl Freeman, mais le doute plane encore.

lissack3

La carrière de Lissack sera météorite, dommage. Il aura toutefois le temps de graver un autre LP, The Sun Is Coming Up pour le compte de Fontana, sous le leadership de Ric Colbeck, autre légende du free, en quartette avec le même Mike Osborne, et le bassiste français Jean-François Jenny-Clark.

Commentaires [0] - Permalien [#]

John Surman : Flashpoint (Cuneiform, 2011)

grislipoint

Un zeste d’Africa-Brass, un zeste de big-band bien swinguant, un zeste de free héroïque : John Surman, en ce printemps 69, multiplie les figures avec décontraction et détermination. Donne la parole aux diplomates (Kenny Wheeler, Ronnie Scott, Fritz Pauer), aux éruptifs affamés (Alan Skidmore, Mike Osborne), à ceux qui ne savant pas trop quoi en faire (Malcolm Griffiths, Erich Kleinschuster, Alan Jackson) ; charge le merveilleux Harry Miller de lier le tout. Et n’oublie pas, au passage, de signer quelques vaillants solos.

En CD et en DVD noir et blanc (avec indications et remarques du leader après chaque prise), cette répétition filmée mérite amplement le détour.

John Surman : Flashpoint : NDR Jazz Workshop – April ’69 (Cuneiform / Orkhêstra International)
Enregistrement : 1969. Edition : 2011.  
CD : 01/ Mayflower 02/ Once Upon a Time 03/ Puzzle 04/ Gratuliere 05/ Flashpoint - DVD : 01/ Mayflower 02/ Once Upon a Time 03/ Puzzle 04/ Gratuliere 05/ Flashpoint
Luc Bouquet © Le son du grisli

Commentaires [0] - Permalien [#]

Harry Miller's Isipingo: Which Way Now (Cuneiform - 2006)

isipisli

Contrebassiste sud-africain exilé en Angleterre, Harry Miller a pu y rencontrer dans les années 1970 certains compatriotes (notamment le pianiste Chris McGregor et le batteur Louis Moholo) collaborant déjà avec quelques improvisateurs locaux (Keith Tippett, John Surman…). Ayant choisi, parmi eux tous, les membres de son propre groupe, il enregistrera avec Isipingo un seul et unique album : Family Affair.

C’est dire l’importance du document qu’est Which Way Now, enregistrement d’un concert donné en 1975 à Brême, par un sextette dans lequel on trouve Miller, Tippett et Moholo aux côtés de Nick Evans (trombone), Mongezi Feza (trompette) et Mike Osborne (saxophone alto). Sur les pas du Brotherhood of Breath de McGregor, le groupe installe un jazz chatoyant et efficace, ponctué ici par les dissonances du piano (Family Affair) ou là par les attaques nerveuses de la batterie (Eli’s Song).

Déposant le thème à l’unisson en ouverture et fermeture des quatre compositions, les musiciens se succèdent entre les deux le temps de solos presque tous convaincants (sinon : Tippett plutôt laborieux sur la fin d’Eli’s Song, Osborne peu inspiré par Children At Play). Marquant les structures de ses gimmicks puissants, Miller ne cesse d’élargir le champ des possibilités de ses partenaires, ce qui permet, par exemple, de changer un swing allègre en combinaison plus complexe d’improvisations emmêlées (Which Way Now).

Un peu à la manière dont Ronnie Boykins – autre contrebassiste – avait, de l’autre côté de l’Atlantique, fomenté The Will Come, is Now, Harry Miller réussit à rendre accessible l’avant-garde turbulente d’une époque, à coups d’interprétations espiègles autant que frondeuses. Et à Brême, en plus.

CD: 01/ Family Affair 02/ Children At Play 03/ Eli’s Song 04/ Which Way Now

Harry Miller's Isipingo - Which Way Now - 2006 - Cuneiform Records. Distribution Orkhêstra.

Commentaires [0] - Permalien [#]

>